Saint seiya: Episode G: interlude: guerre sainte

Deux très belles images pour commencer la lecture

L'interlude de ce second tome est encore plus beau et coloré que le premier réalisé par Okada et à mon avis plus intéressant car il ne reprend pas une scène de l'anime ou du manga bien que l'image que j'ai reproduit à gauche me fasse penser à ce screen des oavs où l'on voit Dokko et Shion se soutenir mutuellement dans le soleil déclinant. Cet interlude est intéressant à deux titres: tout d'abord la bataille ne prend pas place dans le monde des enfers ni même au sanctuaire mais sur un champ de bataille couvert de cadavres de chevaliers et de spectres ce qui fait plus penser à une bataille rangée qu'à des affrontements individuels coutumiers à Masami Kurumada. Ensuite parce que les soldats d'Hadès prétendent que leur maître a déjà été vaincu et emprisonné par Athéna, ce qui ne peut manquer de surprendre car quelle armée continuerait à se battre sans généraux? Et à plus forte raison, quelle armée laisse son chef se faire battre? A moins bien sûr qu'Hadès soit parti à la première ligne de front et ait été vaincu par Athéna et plusieurs chevaliers d'or comme c'est le cas à Elysion dans le manga. La fin de cet interlude est très poétique et on retrouve la thématique récurrente de la lumière purificatrice/salvatrice souvent utilisée par Okada par l'intermédiaire d'Aiola.

 

Saint seiya: Episode G: chapitres 6,7 et 8

Les chapitres 6,7 et 8 de ce manga sont très "straightforward" comme disent nos amis anglais, c'est à dire qu'ils suivent la même trame dans le même lieu et avec les mêmes protagonistes. Je ne vois donc pas l'intérêt de les séparer.

Du point de vue purement scénaristique, le premier chapitre "un être noir comme l'ébène" ne sert vraiment qu'à effectuer un petit cours de mythologie émaillé de libertés prises par l'auteur avec la doxa. Ainsi on peut lire qu'au commencement il y avait Gaïa, ce qui est faux. Au commencement il y avait Chaos, l'état primitif où toutes les choses étaient là mais aucune n'était à sa place. Ensuite émergèrent les entités primitives vénérées par les peuples primitifs: Nyx la nuit, Erèbe les ténèbres, Pontos l'océan originel, Eros le désir, Hélios le soleil et enfin Gaïa la Terre. Je sais, les auteurs ne définissent pas tous la même parenté à Hélios ou Eros mais il faut être logique: comment les dieux se sont-ils unis en absence de désir? Gaïa engendre Ouranos de façon autonome, l'épouse et de cette union naissent les hécatonchires, les cyclopes et les Titans ainsi que les Ménades si je me souviens bien. La plupart de ces naissances prennent place dans la Théogonie d'Hésiode. Contrairement à ce que dit Okada, Ouranos ne jette pas ses enfants dans le Tartare mais force Gaïa à les garder dans son sein, ce qui la fait énormément souffrir. Elle libère son dernier né, Cronos qui armé d'une faucille castre son père et le coupe en morceaux ou le laisse humilié, le texte n'est pas très explicite. Cette castration donne d'ailleurs naissance à Aphrodite pour certains auteurs. Cronos, une nouvelle fois en contradiction avec les dires d'Okada ne libère pas les Cyclopes et les Hécatonchires mais les jette dans le Tartare. Ensuite Cronos n'est pas le dieu du temps, le dieu du temps se nomme "Chronos" et sera essentiellement introduit dans la mythologie romaine qui entretiendra une certaine confusion entre Cronos, Chronos et Saturne, le second dévorant ses enfants pour ne pas vieillir et le dernier pour que règne sur Terre la lignée de son frère Titan.

Enfin, Zeus détrône Cronos après lui avoir fait vomir ses frères et soeurs et défait les Titans avec l'aide des Cyclopes au cours de la Gigantomachia. Par contre, si un certain nombre de Titans sont jetés dans le Tartare et d'autres condamnés à des tâches infamantes comme Atlas, rien n'est certain concernant Cronos lui-même. La mythologie romaine dit que privé de ses pouvoirs il se rendit en Italie où il fonda une ville régie par des lois justes et qu'à la fin il se réconcilia avec son fils, Zeus pour former un nouvel âge d'or. Le dieu Saturne était pour cette raison très honoré à Rome alors qu'en Grèce les divinités primitives ou chtoniennes étaient honorées lors des mystères d'Éleusis et de Samothrace. D'autres auteurs tardifs disent qu'il s'exila sur l'île des bienheureux, souvent confondue avec les Champs Elysées.

Une entrée en scène qui me fait penser au rapt de Perséphone par Hadès sur son char à chevaux noirs

Ce tome est également l'occasion de mettre en scène un personnage qui semble être le leader charismatique des Titans, Hypéron le Noir. Personnage pourtant assez insignifiant dans la Gigantomachia comme ses frères d'ailleurs. Okada privilégie beaucoup la mise en scène et j'ai le sentiment que le design des titans dérive directement de celui des spectres qu'il s'agisse de l'armure d'Hypéron qui avec ses cornes enroulées autour du casque me fait beaucoup penser à celle de Rhadamanthe ou des soldats qui ressemblent traits pour traits aux spectres inférieurs d'Hadès que l'on voit assaillir le sanctuaire.

Le combat en lui-même est très bien fait et surtout plus long que ceux de Kurumada donc moins bâclé. Cela permet surtout d'introduire les techniques d'Aiola, lightning bolt et lightning plasma ainsi que celle d'Hypéron, Ebony Vortex. Je ne décrirai pas le combat car ce serait gâcher le plaisir du lecteur. Mais je remarque que beaucoup de recettes sont réutilisées et réappropriées par Okada: le compréhension de l'attaque ennemie après l'avoir encaissée plusieurs fois, la personne à protéger (Lythos en l'occurence), les doutes des spectateurs (Milo et Deathmask essentiellement) et l'utilisation de l'armure. Okada, à mon avis, a su mener un très bon combat car, à ma connaissance, c'est la première fois qu'un chevalier se sépare volontairement de son armure pour tromper son adversaire et prendre l'avantage. Aldébaran fait de même contre Sorrente, certes, mais Athéna l'empêche de poursuivre l'affrontement. Le départ de Hypéron m'a fait penser à celui de Masque de Mort confronté à Mu et Shiryu: une fois qu'il a perdu l'avantage psychologique l'adversaire préfère partir. Cet épisode introduit également Marine de l'Aigle dont l'armure est très détaillée mais dont les répliques me laissent un arrière-goût un peu caricatural: "Vous ne pouviez pas rêver mieux? Mourir en vous amusant avec une beauté comme moi."

Saint seiya: Épisode G: chapitre 9

Parfois j'ai l'impression qu'Okada s'amuse encore plus en dessinant que moi en le lisant

J'ai surtout apprécié l'humour de ce dernier épisode avec le fameux: "tu t'es planté de chemin" et ces petites disputes qui me rendent Aldébaran très sympathique. Sinon il n'y a pas grand chose à dire sur cet épisode. On apprend que Cronos est une "âme désincarnée" privée de son corps et de son arme enfermée dans une prison d'éclairs qui le tourmentent continuellement. Plutôt étrange que son "âme" ait quatre bras et soit aussi gigantesque dans la mesure où les âmes de Shakka et Saori paraissaient tout à fait normal dans le manga lorsqu'elles voyagent dans le royaume des morts. Idem pour Hadès dont l'âme semble plus vaporeuse que physique. Quoiqu'il en soit il n'y a pas grand chose de nouveau dans cet épisode car les évènements sont assez attendus de ceux qui connaissent la série: le passage du pont aux spectres notamment et l'apparition de Mu qui réprimande ses frères d'armes pour leur agressivité comme il le fera pour Shiryu dans des circonstances similaires. En conclusion je regrette un peu dans ce tome de ne pas constater l'évolution psychologique entrevue chez Aiola à la mort de John Black mais il faut bien faire des concessions aux amateurs de combat n'est-ce pas?

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Cette article est copyright Diego Jiménez
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.