Chapitre 3: La biche de Cérynie

 

 

 

Artémis, ô chaste déesse de la chasse ! de quelle beauté pouvait se flatter cet animal qui de ta protection bénéficiait ! La Biche sacrée, vivant dans les bois de Cérynie, était dotée de bois d'or et de sabots d'airain, lesquels lui assuraient de n'avoir jamais aucun égal dans l'art de la course, ni parmi les bêtes, ni parmi les hommes. Héraclès lui-même poursuivit cent jours durant la divine créature, et dut finalement recourir à l'une de ses infaillibles flèches pour arrêter la course jusqu'ici inaltérable de la Biche, en la touchant si précisément que le sang ne fut pas même versé, évitant ainsi la colère de la divine sœur d'Apollon.

 

***

 

Décidément, les Saints n'étaient pas au bout de leurs surprises. Tya les avait menés à un endroit au moins aussi impressionnant que l'immense rocher qu'ils venaient de quitter. Effectivement, après des heures de marche dans le désert, ils étaient arrivés face à un énorme cratère ; celui-ci faisait cinq kilomètres de diamètre pour cent cinquante mètres de hauteur ; il était le résultat de la chute d'une météorite tombée il y a des millénaires et dont l'impact avait eu un effet un million de fois supérieur à la bombe lancée sur Hiroshima en 1945. Ce cratère, c'était le Tnorala, également appelé Gosse Bluff par les étrangers, et c'était un domaine sacré pour les Aborigènes. Tya n'avait pas eu trop de mal à découvrir que des Juggernauts s'y entraînaient.

Après quelques conseils pratiques, la femme les quitta, non sans une certaine hésitation, mais face à la détermination des jeunes guerriers, elle ne pouvait que se retirer.

Au pied du cratère se trouvait une forêt, ou du moins quelques arbres regroupés qui, au milieu de ces étendues de sable, faisaient office de bois. A peine les Saints s'étaient-ils avancés entre les arbres qu'une ombre rapide comme l'éclair les attaqua, mais Jabu se montra aussi vif que l'ennemi et s'interposa d'un bond. Ayant touché terre, l'ombre se retourna et leur adressa la parole :

- Qui êtes-vous ? Je n'avais jamais vu vos armures auparavant. Ce sont nos ennemis qui vous envoient à l'intérieur même de nos terres ?

Jabu prit la parole :

- Non, nous sommes des Saints d'Athéna, et tout ce que nous voulons, c'est l'armure d'Héraclès, qui va nous permettre de démasquer le démon qui sévit au Sanctuaire.

- Des Saints d'Athéna ? Mais que faites-vous ici ? Et comment connaissez-vous l'existence des Trophies ? Peu importe ! Vous êtes ici sur le territoire du Big Five, et ce délit est passible de mort, alors moi, Gheeger, Juggernaut de la Biche de Cérynie, je vais tous vous exécuter.

- Nous ne voulons pas la guerre, Juggernaut, mais uniquement utiliser l'armure de votre dieu le temps de défaire le maléfice qui nous accable. Héraclès a toujours été l'ami d'Athéna, alors au nom de cette amitié, accordez-nous cette faveur.

- Nous sommes actuellement en pleine guerre, et vous voudriez que l'on vous donne nos armes ? Vous n'avez pas l'air de comprendre la gravité de la situation.

- Si, nous comprenons parfaitement ce que vous vivez et à quel point ça doit être difficile.

- Vous nous comprenez ? Ha ! Vous ne manquez pas d'air ! Et comment pourriez-vous nous comprendre ? Tenez, regardez cet immense cratère juste derrière... Une légende de notre pays explique sa présence de la façon suivante : il y a bien longtemps, deux étoiles de la Voie Lactée partirent danser en laissant leur bébé endormi dans son berceau. Durant leur absence, le berceau bascula et tomba sur terre, atterrissant à l'envers avec le bébé dessous, de telle sorte qu'ils ne purent le retrouver. Alors durant des siècles les parents continuèrent à chercher, et aujourd'hui encore leur quête se poursuit, et elle se poursuivra sans doute longtemps après notre époque. Tel est le récit ancestral rattaché à ce lieu. Comprenez-vous le sens de cette histoire, et la part de vérité qu'elle renferme ?

Il toisa les cinq Saints, mais aucun ne souffla mot. Il continua :

- Non, je m'en doutais, vous en êtes incapables ! Ces légendes sont nôtres, elles sont aussi anciennes que votre ordre des Saints d'Athéna. Vous ne connaissez rien à notre peuple, notre pays ou notre ordre, alors ne venez pas me raconter vos mensonges ! Je vais tous vous tuer ici même afin que plus jamais personne ne vienne nous déranger, car nous avons notre propre guerre à préparer !

- Tu ne t'attaqueras à personne d'autre qu'à moi, Juggernaut ! Je suis Jabu, Saint de bronze de la Licorne, et je serai ton adversaire, puisque le combat est notre seule alternative.

- Je relève ton défi, Saint de bronze !

Malgré l'animal svelte qu'il était censé représenter, le guerrier était d'une musculature imposante, et il était bien plus grand que Jabu. Pourtant, il semblait très vif et léger dans ses mouvements. Sa peau était mate comme celle de Tya, il était lui aussi de la race des Aborigènes. Autour de son cou il portait trois colliers identiques en tous points, un détail intriguant que Jabu ne manqua pas de relever. Son armure d'ivoire était intégralement décorée de gravures fines et précises, et la forme générale de la protection évoquait bien la Biche légendaire. En regardant attentivement chaque partie, Jabu remarqua que les pieds du Trophy avaient un éclat plus intense que le reste. "Ce sont les pieds !" se dit-il intérieurement. "Ce sont les pieds qui constituent la pièce maîtresse !" Il fit signe aux autres de poursuivre leur chemin, et afin de leur ouvrir la route, il attaqua Gheeger d'une rafale de coups de poing. L'Australien esquiva facilement d'un bond, mais la diversion fut suffisante pour permettre aux autres de passer. Le Juggernaut regarda sans réaction les quatre Saints s'éloigner, puis se retourna vers Jabu :

- Dommage, ils ne périront pas de ma main, mais soit certain qu'ils seront exécutés jusqu'au dernier.

- Tu devrais plutôt t'occuper de moi et te concentrer sur notre combat ! Unicorn Gallop !

Le coup fut porté à la vitesse de l'éclair, mais il ne frappa que le vide, son adversaire n'étant déjà plus là. Le guerrier de la Biche s'était déplacé derrière Jabu, et ce dernier n'entendit que l'invocation de son ennemi avant de sentir son corps se briser en deux : Brazen Splendid Kick !

Il venait de recevoir un puissant coup de pied dans le dos, et l'impact l'avait projeté à terre quelques mètres plus loin. Jabu était consterné : non seulement sa vitesse, mais aussi sa force physique étaient tout simplement surprenantes. C'était donc ça la puissance des Juggernauts ?

- Voilà une parfaite démonstration de ma force, moi qu'on appelle le "vent rapide" ! Mais ne me dit pas que c'est déjà terminé ? lui lança-t-il d'un ton moqueur.

- J'ignore encore si je vais pouvoir te vaincre, lui répondit Jabu en se relevant douloureusement, mais je suis sûr d'une chose, c'est que le combat est loin d'être terminé ! Unicorn Gallop !

Encore une fois Gheeger esquiva le coup, et avec la formidable vitesse qui est la sienne, il se retrouva derrière Jabu, prêt à contre-attaquer.

- Brazen Splendid...

- Unicorn Gallop !

Le Juggernaut n'eut pas le temps de porter son coup que Jabu se retourna et le frappa de si près qu'il ne put esquiver, et rencontra le sol à son tour. Il ne resta pas longtemps ainsi étendu à terre et se releva, furieux.

- Tu penses pouvoir triompher d'un guerrier du dieu de la force avec de telles ruses ? lui dit-il en palpant nerveusement ses colliers du bout des doigts.

Mais en dehors de la surprise provoquée par une telle riposte, le coup ne semblait pas avoir particulièrement affecté le Juggernaut, et celui-ci repartait déjà à l'attaque. Il se mit à courir autour de Jabu à une telle vitesse qu'il en devenait presque invisible. Jabu avait bien du mal à le suivre des yeux, il ne pouvait que l'apercevoir à quelques rares moments durant lesquels ses déplacements se ralentissaient. Toutefois, il lui sembla repérer un détail étrange... mais tandis qu'il se faisait ces réflexions, Gheeger apparu juste sous son nez et le frappa de plein fouet :

- Golden Twin Antlers !

Jabu fut propulsé encore plus loin, tombant dans le sable en crachant son sang.

La bataille avait à peine commencé qu'il était étendu là, déjà blessé et ensanglanté, et le doute commençait à s'infiltrer en lui. Leurs adversaires n'étaient-ils pas trop forts pour eux ? Peut-être avaient-ils eu tort de venir ici, et peut-être allaient-ils tous mourir sans accomplir leur mission ? Désespérant ainsi, son difficile entraînement en Algérie lui revint en mémoire, et particulièrement le jour où il avait obtenu son armure.

 

***

 

Oran, ville d'Algérie située entre la mer et des montagnes arides, passe pour la cité la plus occidentale du Maghreb. Ayant connu à travers l'histoire de nombreuses occupations, elle se dénote par un brassage culturel particulièrement prononcé. C'est là que depuis des millénaires repose la Cloth de la Licorne.

Ce jour-là, Jabu, qui s'entraînait depuis des années pour se montrer digne de revêtir ce présent sacré, avait reçu l'ordre de se rendre au milieu du désert situé au sud-est de la ville, à un endroit redouté de tous les habitants de la région. Beaucoup d'histoires circulaient au sujet de ce lieu, certaines personnes racontaient y avoir vu des animaux étranges, qui ne se montraient que la nuit. Jabu était à l'endroit indiqué, une petite vallée désertique entourée de trois hautes dunes de sable. Il avait beau être dans le plus découvert des lieux sur terre, il se sentait comme prisonnier de ces trois sommets. Les indications de son maître étaient claires, mais cependant très étranges : s'il voulait acquérir la Cloth de la Licorne, il devait rester au milieu de ces trois collines durant toute la nuit, et, d'après les dires de son professeur : "l'armure se présentera d'elle-même à toi si tu en es digne". Alors c'est ce qu'il fit.

Tout d'abord attentif au moindre bruit, au moindre mouvement, il se lassa rapidement de cette prudence inutile. Après quelques heures, il sombra dans un sommeil léger, qui fut de bien courte durée, car bientôt il fut réveillé en sursaut : quelque chose se rapprochait de lui, et cette chose se rapprochait très vite. Ce qu'il entendait ressemblait à des bruits de sabots, qui venaient d'entre les deux dunes qui lui faisaient face. Les yeux fixés vers la provenance de ce son, il attendait, intrigué de savoir ce qui allait apparaître à l'horizon. Sa surprise fut supérieure à tout ce qu'il attendait, car ce qui était apparu là-bas, c'était une licorne ! Une véritable licorne d'un blanc immaculé, dont la corne aiguë brillait d'un éclat magique. Elle se tenait là, fière et majestueuse, le fixant droit dans les yeux avec une expression presque humaine. Jabu ne tenait plus, il devait tenter de toucher cette créature pour s'assurer qu'elle était bien là, sous ses yeux. Il marcha doucement dans sa direction, mais soudain le sol se souleva, et du sable jaune jaillit un monstre immonde et énorme, monté d'une multitude de bras et couvert d'une peau visqueuse. Cette créature s'attaqua immédiatement à Jabu en poussant des cris stridents, et ce dernier ne put que reculer face à une telle horreur. Puis il concentra le cosmos dans son poing et porta un coup au centre de ce qui semblait être la poitrine du monstre, transperçant sa chair dans une gerbe de sang violet. La créature s'écroula au sol telle un arbre abattu.

Il reprit alors sa marche vers la licorne, mais d'autres monstres tous aussi hideux les uns que les autres apparurent à leur tour et l'entourèrent, bien décidés à lui barrer la route : certains rampants, d'autres volants, tout un bestiaire peuplait désormais ce lieu auparavant si calme. S'ensuivit alors une bataille d'une rare violence, et Jabu, attaqué de toutes parts, frappé, lacéré, écrasé, blessé, continuait d'avancer vers la licorne immobile. Il remontait ainsi cette marée offensive, tuant et recevant des coups, et se retrouva ainsi à quelques mètres de l'animal fabuleux, qui n'avait toujours pas bougé d'un cil. Les monstres le serraient de plus en plus, il était peu à peu débordé par leurs assauts, mais il n'était plus qu'à quelques centimètres de son objectif. Il dégagea toute la puissance qu'il lui restait, repoussant les monstres, et parvint dans un ultime effort à toucher de la main son animal protecteur. Alors tous les monstres disparurent en se changeant en poussière, la licorne se changea en lumière pour prendre la forme d'un caisson métallique : c'était la Cloth ! Puis tout devint incroyablement lumineux, obligeant Jabu à fermer les yeux.

En les rouvrant, il constata qu'il était allongé au sol, au même endroit où il s'était endormi, et qu'aucune blessure ne marquait son corps, de même qu'aucune trace autour de lui ne semblait témoigner de la lutte qui venait d'avoir lieu : tout ce qu'il venait de vivre n'avait été qu'un rêve ! Telle était donc l'épreuve finale !

Il regarda vers l'endroit où la licorne lui était apparue, et y découvrit le caisson de l'armure qu'il convoitait tant. Celle-ci s'ouvrit, et chaque pièce de l'armure s'envola pour venir recouvrir son corps.

 

***

 

Il avait tant lutté pour devenir Saint, et maintenant qu'il lui était donné de combattre pour la justice et d'accomplir son devoir, il ne pouvait pas abandonner ! Son corps ne pouvait concevoir de mourir et son âme d'abandonner.

Le voyant ainsi inanimé, Gheeger pensait en avoir terminé avec lui, mais Jabu se releva, sous le regard effaré de son ennemi.

- N'en as-tu donc pas assez ?

- Je n'en aurais assez que lorsque ta pièce maîtresse sera en ma possession. Par ailleurs, le coup que tu viens de me porter m'a permis de comprendre une chose essentielle.

- Ah oui ? Et en quoi ta déduction pourrait-elle changer le cours des événements ? Tu ne peux qu'échouer face au "vent rapide" !

Il s'élança alors dans une nouvelle course, mais cette fois-ci, Jabu fit un bond prodigieux dans les airs pour se soustraire au danger. Bien décidé à ne pas le laisser s'échapper, Gheeger le poursuivit dans le ciel et l'attaqua, mais Jabu riposta.

- Brazen Splendid Kick !

- Unicorn Crazy Run !

Le choc des deux attaques résonna avec puissance, et les deux adversaires retombèrent au sol. Jabu s'écroula, grièvement touché, son armure brisée au niveau de la poitrine. Gheeger quant à lui semblait indemne, et son armure intacte. Mais lorsqu'il tenta de mettre un pied devant l'autre, il perdit l'équilibre et trébucha. Il ressentait une douleur térébrante au genou gauche, et en regardant sa jambe, il constata que son Trophy y était brisé à cet endroit. L'impact était minuscule, mais il avait suffit à lui fracturer la rotule.

C'était donc ce point que visait Jabu avec son dernier coup ? Mais quel intérêt avait-il eu à sacrifier sa vie pour lui briser le genou ? Car il n'avait pas pu survivre à un tel coup et une telle chute ? se disait-il intérieurement, tentant de chasser le doute qui s'éveillait en lui. Mais tandis qu'il était penché sur sa jambe blessée, il vit du coin de l'œil le Saint de bronze se relever tel un mort-vivant.

A cet instant, Gheeger ressentit la peur ; non pas la crainte de la douleur, de la défaite ou de la mort, non, mais la terreur qui nous prend lorsque nous sommes confrontés à quelque chose qui nous dépasse. Cet homme, simple Saint de bronze, s'était relevé à chaque fois, malgré son infériorité évidente. Etait-il immortel ? Il comprit alors la situation présente :Jabu avait désormais des chances de le vaincre. Celui-ci prit la parole.

- Lors du dernier coup que tu m'as porté, j'ai compris que ton incroyable vitesse reposait essentiellement sur la vivacité de tes jambes, bien plus que sur le reste de ton corps ; aussi je t'ai attiré dans les airs, là où tes jambes ne pouvaient plus te permettre de te déplacer à cette vitesse phénoménale, et j'ai profité de cette occasion pour briser ton point fort ! La technique "Unicorn Crazy Run" fonctionne sur le même principe que "Unicorn Gallop", mais au lieu d'envoyer plusieurs coups dispersés, toutes les frappes sont portées exactement au même endroit, au millimètre près. Cependant, l'attaque perd en portée et en effet, mais si elle atteint bien sa cible, elle ne peut que la briser !

Maintenant que ton genou est brisé, tu ne pourras plus courir aussi vite qu'auparavant. Ton avantage sur moi s'est envolé, j'ai gagné la partie. Abandonne !

- Maudit Saint ! Je n'abandonnerai pas ! Une guerre bien plus importante nous attend contre nos ennemis, ils nous ont fait bien trop de mal, et je ne pourrai mourir avant de leur avoir fait payer.

- Vous êtes ridicules ! Vous vous entretuez sans raison depuis des générations ! Comment peux-tu prétendre être plus dans le vrai que l'autre camp ?

- Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Tu ne sais pas ce que c'est que de vivre ce que j'ai vécu !

Disant cela, il s'élança, plein de rage, malgré sa jambe blessée :

- Brazen Splendid Kick !

Le coup faillit toucher Jabu tant la colère avec laquelle il était porté était intense, mais il fut esquivé de justesse. Le Juggernaut attaqua encore tout en poursuivant ses propos enragés :

- Tu ne sais pas ce que c'est que de grandir dans la haine de ceux qui ont tué tes proches, de te sentir orphelin et de le devoir à tes ennemis ! Golden Twin Antlers !

Cette fois, Jabu bloqua avec les deux mains le coup, qui n'avait plus sa puissance habituelle, et frappa l'Aborigène en retour :

- Unicorn Gallop !

L'impact fut si violent que l'ivoire constituant le Trophy vola en éclats au niveau de la poitrine et que le sang gicla. Gheeger tomba à terre. Le combat était terminé.

En s'approchant de lui, Jabu fut rassuré de le voir toujours en vie. Cependant, la vision de cet homme étendu au sol et couvert de sang lui ramena en mémoire l'image de son maître agonisant dans ses bras, provoquant en lui une grande douleur.

- Maître....

Il chassa alors, non sans mal, ce souvenir amer de son esprit.

Gheeger, quant à lui, était étendu sur le dos, et en portant la main à son cou, il sembla paniquer en constatant qu'il n'avait plus ses colliers. Il regarda alors tout autour de lui, se retourna, et commença de se déplacer vers Jabu, ses blessures l'obligeant à ramper. Jabu ne saisissait pas : voulait-il continuer de se battre ? Pourtant, en regardant le visage de l'Australien, il découvrit des yeux pleins de larmes ! Cet homme n'avait en lui aucune volonté de combattre, uniquement de la tristesse. Jabu comprit alors que cet homme ne se dirigeait pas vers lui, mais vers un objet qui se trouvait à terre, juste à côté de lui, et qui était tombé durant le dernier assaut : il s'agissait des trois colliers de Gheeger.

Sans vraiment comprendre la raison de cet acharnement, Jabu fut touché par l'attitude du Juggernaut. Il ramassa alors les ornements pour les lui remettre directement entre les mains. En retour, l'homme qui rampait près de lui le regarda avec une surprenante reconnaissance mêlée à une terrible tristesse. Jabu intrigué par un si brusque revirement, tenta de le questionner :

- Ces colliers, ils ont une importance pour toi, n'est-ce pas ? Que représentent-ils ?

- C'est... dit-il, au milieu des larmes, ce sont trois colliers que nos parents nous avaient offerts à moi et à mes deux frères. J'étais le plus jeune des trois, et lors de la précédente bataille, seuls eux deux ont participé aux affrontements. Ils m'avaient remis leurs colliers en me promettant de revenir les chercher après la guerre, mais ils ne sont jamais revenus. Ils sont morts, tous les deux ! Nous trois étions inséparables, unis comme un seul corps, et aujourd'hui, je suis seul, seul sans mes frères.

Et ses larmes reprirent de plus belle. Après quelques instants, Jabu reprit la parole d'une voix plus calme :

- Tu sais, tout à l'heure, lorsque tu disais que j'ignorais ce qu'est d'être orphelin, tu te trompais, car je le suis moi-même. Mais à la différence de toi je n'ai jamais voué ma vie à le faire payer à d'autres, je l'accepte, c'est tout. Par ailleurs... j'ai des compagnons sur lesquels je peux compter, et c'est aussi important qu'une famille. Toi-même tu n'es pas seul, tu as ton clan. Ce cycle des vengeances ne fait que créer d'autres orphelins, que ce soit parmi les tiens ou parmi vos ennemis, Vous devez briser ce cercle, chacun d'entre vous en a le pouvoir.

Gheeger devenait plus serein, et le flot de ses larmes commençait à se tarir. Alors il entreprit d'enlever son armure, et tant bien que mal, il retira chaque pièce le protégeant.

- Je préfère me dévêtir de mon armure, je n'ai plus l'esprit d'un guerrier pour l'endosser pour le moment. Tu peux emporter les sabots d'airain, tu les as mérités, mais maintenant laisse-moi.

Jabu le regarda un instant sans bouger, puis se décida à s'emparer des pièces maîtresses pour les placer dans une besace qu'il accrocha dans son dos. Il lança un dernier regard au Juggernaut, puis se détourna et repartit sur la trace de ses amis.

Le coup qu'il avait reçu à la poitrine lors de l'ultime assaut lui avait laissé une douleur lancinante. Il avait pris beaucoup de risques pour gagner ce combat, et avec cette blessure, il ne serait sans doute plus en mesure de livrer un autre combat aujourd'hui. Il allait devoir s'en remettre entièrement à ses amis.


 

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Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.