Chapitre 5: Le Taureau de Crète

Quel bovin pouvait rivaliser de beauté et de merveille avec le Taureau de Crète, issu de la mer suivant la volonté du roi Poséidon, maître incontesté des océans ? Pourtant cette bête, malgré la splendeur de sa peau d'un blanc immaculé, la perfection de ses longues cornes et le galbe de ses muscles, faisait le malheur du roi Minos et de tous les Crétois. Sa force et sa sauvagerie étaient telles que tout était détruit sur son passage, et de ses naseaux, disait-on, il pouvait souffler le feu. Héraclès l'invincible affronta rudement la bête, usant de toute sa force avant de pouvoir la maîtriser.
***
Ban, Nachi et Geki étaient arrivés au centre de l'immense cratère. En ces lieux irréels ils auraient pu croire être sur une autre planète. Face à eux un homme, les bras croisés, attendait visiblement leur venue. Son armure d'ivoire était la preuve qu'il s'agissait là d'un Juggernaut. Il avait la peau mate, une barbe noire et broussailleuse, et sa stature était encore plus imposante que celle de ses prédécesseurs. Son Trophy était entièrement blanc, avec des gravures sur chaque partie du corps. Son épaule droite représentait la tête d'un taureau, et dans son dos se trouvaient deux énormes cornes courbées, pointant vers l'avant telles des armes menaçantes.
- Voilà donc les intrus ! Vous n'êtes pas très discrets... leur dit-il en se grattant la barbe. J'ignore ce que vous faites ici, mais vous ne ressortirez pas vivants de cette clairière ! Le seul honneur que je puisse vous accorder est de connaître le nom de votre bourreau : je suis Birah, Juggernaut placé sous les armes du Taureau de Crète !
- Et nous, nous sommes des Saints d'Athéna, lui répondit Nachi. Tout ce que nous souhaitons, c'est réunir les différentes parties de l'armure d'Héraclès, afin de sauver le Sanctuaire. Et si tu ne peux y consentir passivement, nous sommes prêts à combattre.
- Pff ! Cette histoire est complètement ridicule ! Héraclès n'a que faire de vos petits soucis, c'est un dieu et un guerrier inégalé, il a plus de mérite que tous les dieux réunis. Vous allez d'ailleurs pouvoir découvrir sa puissance à travers moi, son plus fidèle représentant. Je vous attends, attaquez-moi donc tous les trois à la fois, et vous subirez le courroux d'Héraclès !
Geki prit à part ses compagnons :
- Les amis, cet adversaire est pour moi, continuez votre route et hâtez-vous de récupérer les autres parties.
Puis il s'adressa à l'ennemi :
- A mon tour de me présenter : Geki, Saint de bronze de la constellation de la Grande Ourse, et tu vas avoir affaire à ma force !
Et sans perdre plus de temps, il le charge la tête la première :
- Heavy Charge !
Birah le bloqua facilement avec les mains, et les deux mastodontes s'empoignèrent alors paumes contre paumes. Nachi et Ban profitèrent de la situation pour continuer leur route, chacun de son côté.
Seul à seul, Geki et Birah se séparèrent en se repoussant mutuellement. Ils s'observèrent un instant. Le Juggernaut semblait satisfait de son adversaire :
- Tu sembles plus fort et plus solide que tes autres compagnons, confessa-t-il. J'ai donc de la chance, je suis tombé sur le moins mauvais ! Le combat durera peut-être plus qu'une minute ! Mais trêve de bavardage et commençons !
Geki crut soudain que sa vision lui jouait des tours car les cornes au-dessus des épaules de son adversaire semblaient s'allonger à vue d'œil, mais ce n'était pas un mirage, et c'est lorsque l'extrémité des deux pointes arrivèrent à son niveau qu'il comprit que c'était bien réel. Cette prise de conscience in extremis lui permit de saisir d'une poigne ferme les deux cornes avant qu'elles n'atteignent sa poitrine. Il tenait bon, mais les armes continuaient de grandir, le poussant encore plus énergiquement et se rapprochant inexorablement de son cœur. Lui reculait peu à peu sous la pression de ces armes, sachant que s'il lâchait prise son corps serait percé de part en part. Ses jambes ne parvenant plus à maintenir son appui au sol, il fut violemment poussé contre un rocher qui se brisa sous l'impact. Geki tomba au sol parmi les restes du rocher ; n'étant plus dans la trajectoire des cornes, celles-ci reprirent leur taille normale. Le Juggernaut exultait :
- Ah ah ah ! Il ne pouvait pas en être autrement, tu n'es qu'un humain, et moi je suis le bras d'Héraclès ! Ah ah ah !
Son rire résonnait dans tout le cirque du cratère. Geki se releva sans montrer son désarroi.
- Tu fais une certaine fixation sur Héraclès, dis-moi...
Cependant, il était stupéfait par la technique du Juggernaut, et surtout par la force qui l'avait ainsi jeté à terre. Il savait qu'il devait absolument s'approcher de lui pour avoir une chance de le vaincre, aussi entama-t-il une course en direction de Birah, mais ce dernier reprit sa position de combat.
- White Bull Spears !
Ses cornes s'allongèrent à nouveau. Geki tenta de passer au travers en se protégeant, mais ses bras furent lacérés et les deux cornes vinrent se planter dans ses épaules, brisant son armure et transperçant sa chair, provoquant une douleur atroce. Son sang s'écoulait abondamment, mais les pointes n'avaient pas traversé son corps. D'un mouvement sec, l'Australien souleva Geki encore accroché à ses cornes et jeta au loin le corps meurtri du Saint.
Etendu au centre de cet immense espace dans la poussière et le sang, Geki tenta de se remettre debout malgré ses blessures. Le voyant ainsi gesticuler, Birah se rapprocha de lui et entreprit de l'achever en l'écrasant avec son pied : il le frappa encore et encore, attendant le moment où il ne bougerait plus.
Chaque coup infligeait à Geki davantage de souffrance, et ses cris s'en ressentaient en résonnant encore plus dans les montagnes. Réalisant que ses plaintes risquaient de pousser ses compagnons à rebrousser chemin pour lui venir en aide, sa combativité reprit le dessus : il roula sur le côté afin d'éviter le nouveau coup de pied que lui destinait Birah, puis d'un balayage de la jambe il le fit tomber au sol et en profita pour se relever. Le Juggernaut, les deux genoux à terre, se releva à son tour.
- Qu'espères-tu faire dans un état pareil, dit-il, légèrement humilié par cette chute, la barbe salie par le sable. Dès le départ tu étais impuissant face à moi, alors maintenant que tu es estropié, tu seras encore moins capable de m'atteindre !
Sans dire un mot, Geki se remit en position de combat et approcha son ennemi, mais celui-ci s'éloigna d'un bond et lança à nouveau son attaque :
- White Bull Spears !
Cette fois, Geki savait qu'il était vain d'espérer pouvoir bloquer l'attaque ou de tenter de passer au travers, il fallait donc essayer autre chose. Lorsque les deux pointes arrivèrent face à lui, il se baissa brusquement, mais de peu, si bien qu'il se retrouva la tête entre les deux lances qui venaient de passer au-dessus de ses épaules. Profitant de l'avantage de la situation, il s'élança dans une course rapide vers Birah en restant entre les deux longues armes d'ivoire. Surpris par cette approche inattendue, l'Aborigène n'eut pas le temps de réagir : à peine avait-t-il ramené ses cornes à leur taille originelle que Geki était là, juste sous son nez, et qu'il l'empoignait au niveau de la taille et le soulevait en l'écrasant entre ses bras.
- Bear Hug !
Malgré sa stature impressionnante, le Juggernaut était broyé par l'étreinte de l'ours sans parvenir à s'en libérer. La pression augmentait rapidement, et il était sur le point d'entendre ses propres os craquer, lorsqu'il cria avec force une invocation :
- Fire Nostril !
Sur sa poitrine, deux orifices gravés dans l'ivoire firent soudainement jaillir une gerbe de flammes qui enveloppa Geki. L'intensité du feu le força à lâcher prise immédiatement, et il tomba à la renverse, dévoré par les flammes.
Birah, un genou à terre, récupérait sa respiration en toussant et se frottait les reins. Enfin remis de la douleur de l'étouffement, il se redressa et se tourna vers le corps calciné gisant au sol.
- Tu as été un adversaire coriace, Saint de la Grande Ourse, mais le Taureau de Crète n'a pas que ses cornes comme armes, ses naseaux sont également capables de projeter un souffle brûlant. Tu as découvert à tes dépens la force qui réside en moi. Rien ne peut me résister, je suis le plus grand guerrier d'Héraclès. En fait, je suis même le plus apte à le représenter, je suis son semblable ! dit-il avec exaltation. Le jour où cette guerre avec nos ennemis de toujours sera terminée, Héraclès descendra sur terre et se réincarnera. Il choisira pour hôte l'homme le plus robuste et le plus vaillant de son armée, et ce sera moi ! Que pouvais-tu contre la réincarnation du dieu de la force ? Ta défaite était inévi...
Il s'interrompit soudainement, comme s'il venait d'apercevoir un fantôme.
- Mais ce n'est pas possible ! dit-il en se ruant sur ce qu'il pensait être le corps de son adversaire, et qui n'était en fait qu'une armure vide !
Le corps n'y était effectivement plus, il ne pouvait pourtant pas avoir disparu !
- Je suis ici !
C'était la voix de Geki. Elle venait de derrière l'Aborigène, alors il fit volte-face et découvrit face à lui le Saint de bronze qui, bien que partiellement brûlé, était bel et bien vivant.
- A présent, finissons-en, chevalier d'Héraclès !
Birah, immobilisé par la surprise, se ressaisit alors, un sourire aux lèvres :
- Bravo, tu es plein de ressources. Ce combat commence à devenir intéressant, aussi je ne voudrais pas qu'il soit biaisé d'une quelconque façon. Remets ton armure que l'on détermine lequel de nous deux est le plus vaillant !
Geki récupéra sa Cloth sans quitter son opposant des yeux, et une fois fait, il reprit sa position de combat. Le silence était total. L'heure n'était plus au bavardage, les deux belligérants l'avaient bien compris. Birah rompit le calme et s'élança dans les airs en direction de Geki tout en déclenchant son attaque une nouvelle fois :
- White Bull Spears !
Geki n'avait pas bougé. Tandis que ces deux glaives d'ivoire s'approchaient de son corps pour le percer de part en part, le temps sembla se figer. Ses retrouvailles avec son maître et le nouvel entraînement qu'il avait subi il y a peu lui revinrent en mémoire à cet instant crucial.
***
Les Montagnes Rocheuses : cette chaîne montagneuse vaste et sauvage s'étend sur tout le continent nord américain, du Canada aux Etats-Unis. C'est un lieu où la nature possède encore tous ses droits et où les animaux vivent en liberté dans les forêts, les lacs et les falaises. Entre l'été et l'hiver, le climat et le paysage changent radicalement au point que le décor n'est plus reconnaissable.
Au milieu de ces montagnes se trouve le village de Rocky : c'est là que Geki était retourné deux mois plus tôt à la recherche de celle qui lui avait permis de devenir un Saint d'Athéna. Il revenait tout juste du tournoi où il venait de subir un cuisant échec.
- Tokala ! Tokala, où te caches-tu ?
Personne dans la forêt montagneuse ne semblait faire écho à son appel, mais il continuait de crier ainsi ce nom. Au bout d'un moment, une silhouette apparut en bondissant d'un arbre et atterrit face au Saint.
- Ah c'est toi, dit-elle d'un ton blasé.
Tokala, le maître de Geki, était vêtue d'une tenue marron et portait un masque blanc marqué de plusieurs lignes sur les joues qui évoquaient les peintures de guerre des Indiens. Elle ne devait pas dépasser les 1,60m, et la voir ainsi face à Geki ne la grandissait guère. Sa peau était mate, et ses cheveux bruns et lisses étaient noués en une longue natte qui descendait jusqu'à sa taille, ne laissant aucun doute quant à ses origines amérindiennes. Geki la regardait de haut :
- Pourquoi cette attitude, Tokala, tu n'es pas plus surprise de me revoir ? J'ai traversé la moitié du globe pour revenir ici.
- Et alors, en quoi est-ce prodigieux ? De toute façon, je savais que tu reviendrais, je suppose que tu souhaites parfaire ton entraînement ?
- Eh bien...
- Inutile de répondre, je l'avais déjà prévu. Mais n'attends rien de moi, et va-t'en.
- Attends, Tokala, laisse-moi t'expliquer !
A ces paroles, la femme, qui avait déjà tourné les talons, s'immobilisa, attendant la suite. Alors Geki continua :
- Il y a un traître au Sanctuaire, peut-être même plusieurs. Une tentative de meurtre a été intentée envers Athéna il y a 13 ans, mais elle en a réchappé. C'est elle qui nous a réunis au cours de ce tournoi, ce qui signifie que ma mission est de défendre Athéna et de combattre le mal, et j'ai besoin de devenir encore plus fort pour accomplir mon rôle.
- "Ta mission" ? "Défendre Athéna" ? "Combattre le mal" ? Mais tu t'entends parler des fois Geki ? Pour qui te prends-tu, pour le sauveur du monde ? Quant à vouloir devenir plus fort, tu devrais plutôt dire "tout recommencer à zéro" ! lui dit-elle avec mépris.
- Comment oses-tu... répondit-il, bouillonnant.
Tokala lui coupa la parole d'un ton sec :
- J'ai assisté à la retransmission de ton combat lors du tournoi, Geki, j'ai vu comment tu as connu l'échec. Ne serait-ce pas plutôt pour cette raison que tu souhaites t'entraîner ?
- Ce Saint de Pégase a eu de la chance, j'étais à deux doigts de le vaincre.
Tokala éclata de rire.
- Si c'est vraiment ce que tu penses, alors c'est que tu es encore plus pitoyable que je ne le pensais !
- Je n'en supporterais pas davantage ! dit-il, écumant de rage. Vous n'êtes qu'une...
- Qu'une quoi, Geki ? Qu'une femme ? Qu'un Saint de bronze ? C'est vrai, je ne suis pas un homme, et mon grade n'est pas plus élevé que le tien. Cependant je suis ton maître, et tu te dois de me montrer le respect qui m'est dû, à moi : Tokala d'Indus ! Tu es un être trop prétentieux Geki, pendant toutes les années que tu as passées ici, tu n'en faisais qu'à ta tête, tu t'es même amusé à tuer des dizaines d'ours dans la montagne pour pratiquer ta technique, ce qui est en contradiction avec toutes les règles que je t'ai enseignées : le but d'un Saint est de protéger la vie sous toutes ses formes, et certainement pas d'exterminer des animaux pour son plaisir ! Si tu as obtenu la Cloth de la Grande Ourse, c'est parce qu'elle t'a choisi par dépit, mais tu n'en étais pas digne ! Je t'ai laissé partir à ce tournoi car je savais que tu y rencontrerais la défaite et que j'espérais que ça te permette de mûrir, mais je vois qu'une fois de plus je t'ai surestimé ! Tu es sans espoir, Geki, disparais de ma vue, tu n'es plus mon élève, j'ai honte de toi !
Ces dernières paroles furent prononcées avec force et rage.
Geki était comme fou furieux ! Il s'élança vers Tokala avec toute l'agressivité qui l'habitait :
- Personne n'a le droit de me parler comme ça ! Hanging Bear !
Il saisit son cou frêle avec les deux mains, à une telle vitesse et avec une telle force qu'elle ne put réagir, et elle se retrouva prisonnière de ce corps trois fois plus massif que le sien. L'étreinte se resserrait de plus en plus, cependant Tokala lui adressa ces paroles :
- Geki, tu n'as rien compris aux pouvoirs des Saints, ni au cosmos, et si la seule façon de te le faire comprendre est de risquer de te tuer, tant pis pour toi ! Indian Sacred Spirits !
Elle joignit les deux mains devant elle, et d'entre ses doigts jaillirent une centaine de gerbes d'énergie prenant la forme d'esprits qui frappèrent Geki sur tout le corps. Le jeune Saint fut jeté quelques mètres en arrière, le corps marqué de blessures sanglantes, d'autant plus nombreuses qu'il ne portait pas son armure.
Etendu au sol, le regard fixé au ciel, Geki semblait plus atteint moralement que physiquement. La guerrière s'approcha de lui, non sans une certaine méfiance de la part de ce guerrier sans valeur, et lui dit d'un ton sans pitié :
- Geki, j'espère que cela te servira de leçon car la prochaine fois, je ne te laisserai pas la vie sauve.
Puis elle disparut parmi les arbres aussi vite qu'elle était apparue.
Les derniers rayons du jour disparaissaient à l'horizon, et Geki n'avait toujours pas bougé de son emplacement. Si son corps était définitivement immobile, son esprit, lui, s'agitait plus que jamais. Le regard toujours dirigé vers les étoiles, il regarda sa constellation protectrice, la Grande Ourse, et une larme coula sur sa joue. Etait-il vraiment digne de porter cette armure ? Ne s'était-il pas égaré en choisissant de suivre sa propre voie, sans écouter les enseignements de son maître ? Et maintenant, avait-il une chance de réparer ses erreurs ? Il resta ainsi pensif toute la nuit, malgré ses plaies.
Au petit matin, il se décida enfin à se relever et rejoignit Tokala ; celle-ci méditait en haut d'un rocher et faisait face au lever du soleil.
Sans un mot, il déposa la boîte d'armure de la Grande Ourse devant elle, puis s'agenouillant et baissant la tête, il lui déclara :
- Maître, je vous rends cette Cloth, je ne la mérite pas. Certes, j'ai passé avec succès l'épreuve finale de survie au milieu de la montagne ; pendant deux mois, j'ai survécu par mes propres moyens dans ces territoires sauvages, contre le froid de la nuit, la chaleur du jour, la férocité des animaux et le manque de nourriture ; j'ai su trouver l'armure sacrée, perdue au milieu de ces montagnes, ce dont personne d'autre n'a été capable, mais je ne le dois qu'à ma force physique et à mon instinct. Cette armure ne m'est pas destinée.
Il marqua un silence, puis reprit :
- Cependant, j'aimerais que vous me donniez une seconde chance, acceptez-moi comme élève, et je vous jure de me donner corps et âme dans l'entraînement que vous me prodiguerez, quitte à y risquer ma vie.
La jeune femme avait toujours le dos tourné, le corps auréolé par la lumière de l'aurore. Elle ne disait rien. Le vent, les arbres, les éléments eux-mêmes semblaient l'accompagner dans ce silence pesant. Puis elle se retourna, et s'approcha de lui d'un pas lent. Geki ferma les yeux et baissa plus encore la tête, il sentait une pression presque insoutenable sur son corps et son âme. Et soudain le contact d'une main douce et chaleureuse sur son épaule fit disparaître en un instant tout ce poids qui l'écrasait. Il ouvrit les yeux : Tokala le regardait de son visage masqué. Elle n'eut pas besoin de parler pour que Geki devine son approbation : il avait obtenu la reconnaissance offerte aux vrais Saints.
***
Durant les deux mois qui suivirent, Tokala lui enseigna comment utiliser l'énergie du cosmos dans chacun de ses coups, et aujourd'hui il allait lui prouver que son apprentissage n'avait pas été vain.
Les cornes blanches étaient sur le point de le traverser, alors il les esquiva d'un déplacement sur le côté, mais d'un mouvement brusque Birah balaya l'espace avec ses cornes, fauchant au passage Geki, violemment frappé au niveau du flanc droit.
Il était de nouveau à terre, alors les cornes reprirent leur taille initiale pour repartir tout aussi vite dans sa direction, et Geki les attrapa encore une fois entre ses mains. Cette fois-ci il les serra d'une poigne terrible, et tout en concentrant son cosmos dans ses mains, il déclencha sa technique spéciale :
- Hanging Bear !
Cette prise capable de broyer le cou d'un adversaire pouvait en faire de même avec ces armes, et effectivement il ne fallut pas longtemps pour qu'elles soient pulvérisées. Emporté dans le mouvement, Birah tomba à la renverse, sans comprendre ce qu'il s'était passé :
- Mais c'est impossible ! Personne ne peut stopper une technique d'une telle force, à part Héraclès lui-même !
Profitant de la surprise de son adversaire, Geki l'attrapa et, le maintenant solidement entre ses bras puissants, bondit avec force dans les airs :
- Atomic Drop !
Il retomba lourdement au sol, le corps de son ennemi en premier, et le Juggernaut fut écrasé. L'armure d'ivoire résista au choc, mais le porteur quant à lui s'écroula inconscient, et il allait sans doute le rester un bon moment. Geki lui-même s'affaissa sur un genou, épuisé par ce rude combat, puis il regarda le corps de son adversaire, et plus particulièrement l'épaule droite dont l'éclat était plus intense que le reste ; il la saisit alors d'une main afin de la détacher, mais une poigne solide vint lui saisir le bras. Surpris, Geki s'exclama :
- Tu es encore conscient ? Après un tel coup, tu devrais être assommé pour un bon moment !
- Tu veux dire que tu m'as volontairement laissé en vie ? répondit-il en parlant dans sa barbe.
- Mon but n'est pas de te tuer, ni de tuer qui que ce soit d'ailleurs. Je souhaite uniquement récupérer cette pièce d'armure, lui dit-il en pointant du doigt l'épaule droite du Trophy, nous en avons besoin pour déjouer la trahison qui ronge le Sanctuaire de notre déesse, Athéna. Les pièces maîtresses vous seront rendues une fois notre mission achevée.
Le bras lâcha sa prise, il semblait pensif.
- Connais-tu la légende de ce lieu, chevalier d'Athéna ?
- Cette histoire de bébé tombé du ciel ?
- Effectivement, c'est sous cette forme que nous a été transmis ce mythe. La vérité, c'est que Tnorala est le lieu où Héraclès a été envoyé lorsqu'il tenta d'accéder à l'Olympe.
Voyant que plus aucune agressivité n'animait l'Aborigène, Geki écouta son histoire. Le récit se poursuivit :
- Lorsque Héraclès avait atteint un niveau de puissance tel que plus un seul être ne pouvait lui résister, il essaya de rejoindre le royaume des dieux, sentant au plus profond de lui que ses origines étaient liées à ces êtres divins. Zeus, voyant son fils forcer les limites du territoire olympien, fut ému par tant de force et de volonté, mais Héra le poussa à réagir le plus violemment possible contre cet acte blasphématoire. Ainsi pressé par sa perfide épouse, le roi des dieux n'eut d'autre choix que d'abattre sa foudre immortelle sur le héros, qui chuta sur terre avec la force d'une météorite. Il n'aurait dû plus rien subsister de son corps, mais pourtant Héraclès était encore en vie. Lui qui n'était même pas encore dieu avait été capable de survivre au tonnerre du puissant Zeus ! Il était en très mauvais état, certes, mais il était vivant ! Tous les Olympiens furent impressionnés au plus haut point par une telle résistance. Et c'est cet événement, chevalier de bronze, qui incita les dieux à donner une chance à Héraclès, et c'est à ce moment-là que lui furent imposés les douze travaux.
Il se tut un moment. Il souriait rêveusement tant l'admiration qu'il portait à son modèle était forte. Il poursuivit :
- C'est pourquoi j'affectionne particulièrement cet endroit, et à chaque fois que je viens m'entraîner, je choisis le centre du cratère, là où Héraclès l'invincible est tombé il y a des milliers d'années.
Son sourire disparut, marquant la fin de son récit sur le dieu de la force, puis il dirigea son regard vers la pièce maîtresse que tenait Geki :
- Emporte cette épaulette, tu l'as bien méritée. Si un Juggernaut n'est pas capable de reconnaître sa défaite, c'est qu'il ne mérite plus de porter son Trophy et de représenter Héraclès.
Geki le regarda dans les yeux, constatant que l'homme était honnête, puis tourna les talons afin de reprendre sa route.
Si Tokala avait observé ce combat, elle aurait sans doute été fière de lui. Cette pensée le réjouit.
Puis il pensa à Athéna, et son pas se pressa.
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Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.