Chapitre 6: Les boeufs du roi Géryon

Sur l'île d'Erythie paissaient de magnifiques bœufs au pelage vermillon, trésor inestimable défendu par Eurytion le violent bouvier, Orthros le chien à deux têtes, et le roi Géryon, leur terrible propriétaire, dont le corps triple était signe d'une descendance divine. Héraclès à la force sans égale s'empara de ces innombrables bestiaux en terrassant leurs gardiens, et emporta avec lui la multitude pour une longue et périlleuse traversée.
***
Nachi, qui était parti vers l'Est, s'était finalement retrouvé face à l'entrée d'une grotte. Celle-ci prenait la forme d'un tunnel, au fond duquel se dessinait la silhouette d'un Juggernaut qui l'ayant visiblement repéré marchait vers lui. Nachi fit de même, et les deux hommes se retrouvèrent face à face au milieu du couloir. Le guerrier n'était pas très grand, Nachi le dépassait même de quelques centimètres, mais il était bien plus large que lui des épaules, et ses membres étaient bien plus robustes. Il semblait particulièrement sûr de lui :
- Voilà donc l'un des intrus qui s'attaquent à nos hommes depuis tout à l'heure ? Je suppose que vous êtes des mercenaires à la solde de ces sauvages que nous combattons depuis si longtemps ? Ces lâches essayeraient-ils de nous affaiblir avant la bataille ?
- Nous n'avons pas plus de lien avec eux qu'avec le Big Five, lui répondit Nachi, lassé de cette litanie inefficace. Je suis Nachi, Saint de bronze du Loup. Notre objectif est de réunir l'armure d'Héraclès, dont nous avons besoin au Sanctuaire pour aider Athéna.
- Inutile de te fatiguer, tu ne pourras pas me convaincre, rien ne sera capable de nous empêcher de massacrer nos ennemis ! Alors dès que l'on en aura terminé avec vous, ce sera leur tour ! Je suis Mayarnah, Juggernaut des bœufs du roi Géryon, et je n'ai pas de temps à perdre ! One Thousand Drove !
L'Aborigène n'avait laissé s'écouler qu'une demi seconde à peine entre sa phrase et son attaque, et le coup avait été fulgurant. Nachi ne s'attendait pas à être attaqué si vite, et il fut martelé de plein fouet. Son armure avait résisté, lui sauvant par-là même la vie.
Le visage contre terre, il se releva avec effort, ressentant dans sa chair la douleur provoquée par ce coup : il avait l'impression d'avoir été piétiné par un troupeau entier ! Il réalisait maintenant la puissance des Juggernauts.
Mais son adversaire n'avait visiblement pas l'intention de faire durer le combat, car il attaquait déjà une deuxième fois.
- One Thousand Drove !
Nachi n'eut pas plus le temps de se protéger, et il se retrouva de nouveau à terre. Son armure, cette fois, avait été fissurée. Mayarnah n'avait pas bougé de sa position.
- J'aurais pensé que tu m'occuperais un peu plus, petit Saint, je suis bien déçu ! De toute façon vous ne pouviez rien contre nous.
- Ca je n'en suis pas si sûr !
Ainsi lui avait répondu Nachi ; lui qui paraissait hors de combat se releva sans montrer de signe de fatigue, puis levant la tête vers Mayarnah, il dévoila un regard plein de force et de détermination. Ce n'était pas un homme proche de la défaite qui faisait face au guerrier d'Héraclès, loin de là, mais un homme parfaitement conscient et résolu :
- Sache que j'ai délibérément encaissé ton attaque lors de ces deux assauts ; si je l'avais voulu, je me serais défendu mieux que ça, mais parfois il faut savoir faire face au danger pour se convaincre qu'on peut le surmonter.
Cette phrase frappa le Juggernaut comme s'il avait été touché par la foudre. Pour Nachi, il s'agissait là du plus précieux des enseignements de son maître, un homme qui avait fait preuve de beaucoup de sagesse et de lucidité lorsqu'il était retourné le voir après le tournoi, et qui avait su le percer à jour mieux que n'importe qui.
***
Le Libéria, petit pays tropical situé sur la côte ouest de l'Afrique, entre Sierra Leone, la Guinée et la Côte d'Ivoire et faisant face à l'Atlantique Nord. La quasi-totalité de la population est constituée de tribus africaines telles que les Kpelle, les Bassa, les Gio, etc. Cet état, qui fut créé à l'origine pour permettre aux anciens esclaves noirs d'Amérique de revenir dans leur continent originel en totale liberté (d'où son nom), a souffert de nombreuses guerres civiles et frontalières ces dernières décennies, et il en ressort économiquement affaibli.
La zone est divisée en quinze états fédéraux, parmi lesquels se trouve le Bomi. C'est là que se situe Bomi Hills, le lieu où repose depuis les temps les plus anciens la Cloth du Loup.
Ce jour-là, Nachi était retourné auprès de son professeur, un Saint d'argent. En tant que tel, il lui était souvent ordonné de partir en mission ; mais dès que l'occasion le lui permettait, il retournait au Libéria, son pays natal. Nachi était agenouillé devant cet homme au visage patibulaire et au regard inflexible.
- Eh bien Nachi, que fais-tu ici ? Parle, je t'écoute.
- Maître, je suis revenu vous voir afin de parfaire mon entraînement. Durant les six années que j'ai passées ici, vous m'avez appris plus qu'il n'était possible d'apprendre en toute une vie. Pourtant, j'aimerais continuer de percevoir votre enseignement, je suis sûr que vous pouvez m'apprendre encore beaucoup. Je suis prêt à tout risquer, y compris ma vie.
- Nachi, je te connais assez bien pour savoir que tu es sincère, et que tu suivras mes ordres à la lettre même si je te demandais de mourir. Tu as toujours été un élève loyal et courageux.
Il toisa son élève, comme pour lire en lui, puis son regard redevint dur comme l'acier. Au terme d'un silence, il reprit :
- Cependant, je décèle en toi une faiblesse, comme une blessure invisible à l'œil nu que je ne te connaissais pas.
- Une faiblesse ? Mais de quoi parlez-vous ?
En guise de réponse, son maître déplia ses bras en criant son invocation.
- Cornephoros !
Le souffle de l'attaque n'avait pas encore touché Nachi que celui-ci s'était recroquevillé en poussant un cri d'horreur, et il resta dans cette position, tremblant et suant. Pourtant, Algethi n'avait pas réellement porté son coup, ce n'était qu'une ruse. Il baissa les bras et reprit la parole.
- J'ignore ce qu'il t'est arrivé au Japon, mais tu as subi un dommage psychique, même si ton corps lui n'en garde aucun trace.
Nachi n'avait pas voulu cacher quoique ce soit à son mentor, mais il avait simplement eu honte de lui en parler. Il n'aurait jamais cru qu'il comprendrait aussi vite. Afin de prouver son honnêteté, il décida de lui dire toute la vérité :
- J'ai participé à un tournoi au Japon. Je sais que c'est contraire aux lois de la chevalerie, mais je souhaitais tant mettre en pratique la puissance que vous m'avez permis d'acquérir ! Mais le destin est imprévisible, et au lieu de prouver ma valeur j'ai subi la défaite dès mon premier combat. Je pensais être fort, mais mon adversaire m'a porté un coup, un seul, et j'ai vu l'enfer. Non seulement j'ai été vaincu, mais depuis, la peur qu'il a instaurée en moi et qui a failli briser mon âme continue de me hanter.
Algethi semblait pensif. Il interrogea son disciple :
- Et cet homme qui a créé cette terreur en toi, qui étais-ce ? Connais-tu son nom ?
- C'était un Saint maudit venu de l'Ile de la Reine de la Mort, il portait l'armure du Phénix.
- L'armure du Phénix dis-tu ? Un homme aurait enfin été capable de l'endosser ? On raconte que jamais cette Cloth n'a été portée depuis la création des 88 protections sacrées ! Désormais je comprends mieux. Cependant, cette peur peut être annihilée, mais pour ça tu vas devoir me faire une confiance aveugle et risquer ta vie. De toute façon tu n'as pas le choix, en te présentant à moi chargé de requêtes tu m'as offert ton existence, et tu n'y réchapperas qu'en montrant suffisamment de force et de volonté.
- Je... je suis prêt.
- Le meilleur moyen de se convaincre qu'on peut surmonter un danger est d'apprendre à y faire face encore et encore, aussi vais-je te faire endurer les pires souffrances jusqu'à ce que tu restes inflexible face à la menace. Alors seulement tu seras prêt.
A ces paroles, Nachi eut un tremblement, mais il se contrôla, il devait s'en remettre entièrement à son maître.
Les jours qui suivirent furent d'une difficulté insoutenable, Algethi n'avait pas menti ! Nachi dut encaisser tous les coups portés par son professeur, quelle qu'en soit la violence et quelles qu'en soient les blessures qui en résultaient, et peu à peu, la peur fut chassée de son esprit comme on exorcise un démon.
***
Mayarnah, bien qu'ébranlé par cette détermination, n'était pas encore prêt à renoncer :
- On va voir si ça ne te fait rien d'encaisser mes coups ! One Thousand Drove !
Mais l'onde de choc s'arrêta entre les mains du Saint, avant de se désagréger d'elle-même.
- Mais c'est impossible ! Personne ne peut stopper à mains nues une technique d'une telle force !
- En observant la façon dont un coup est porté, il est possible de le déjouer, surtout si on l'a déjà vu deux fois !
- Je ne crois pas un mot de tes élucubrations ! Aucune ruse ne peut rivaliser avec la force des Juggernauts ! Mes poings et mes pieds suffiront à te faire plier ! Je t'écraserai avec mes propres mains jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de toi !
Et dans un élan rapide, il porta à Nachi une multitude de coups de poing et de coups de pied, chacun donné avec une grande force destructrice. Le Saint du Loup esquivait calmement les offensives en observant attentivement son adversaire. Certains coups au lieu de toucher Nachi atteignaient les parois de la grotte, faisant trembler toute la cavité. La rafale se poursuivait et Nachi, toujours observateur, attendait le moment propice.
Percevant finalement une ouverture dans la garde de son ennemi qui était tout à ses attaques, Nachi profita de l'occasion pour le frapper violemment à la poitrine :
- Dead Howling !
La technique spéciale du guerrier d'Athéna projeta Mayarnah jusqu'à la paroi supérieure de la grotte, pour le laisser retomber durement au sol. Le petit Juggernaut se releva immédiatement, écumant de rage, et criant et gesticulant, il s'élança vers son opposant, qui le reçut d'un uppercut porté à la mâchoire. Il retomba de nouveau au sol, légèrement sonné.
Cette fois il se relève dans une explosion de fureur. Ses yeux injectés de sang semblaient être ceux d'un fou, et il hurlait comme un animal, prêt à charger à nouveau malgré le sang qui coulait sur son visage.
Une voix mystérieuse, forte et autoritaire, retentit soudain :
- Calme-toi !
Ces deux seuls mots suffirent à changer radicalement l'atmosphère du lieu, qui l'instant d'avant ressemblait à l'enfer. Mayarnah s'était alors calmé, et semblait entièrement à l'écoute de cette voix. Celle-ci résonna à nouveau :
- Souviens-toi de ne jamais sous estimer ton adversaire, et de ne pas uniquement te reposer sur ta force. Réfléchis un peu avant de te jeter une nouvelle fois dans la gueule du loup, et la victoire sera tienne, tu as suffisamment de ressources pour le vaincre.
La voix se tût et le silence reprit sa place comme si tout n'avait été qu'un rêve. Mais il n'en était rien, Mayarnah avait été métamorphosé par ces quelques paroles. Sa rage et son agressivité avaient disparues de son visage, il s'était totalement calmé.
Intrigué par cette intervention insolite, Nachi ne put résister à la tentation de questionner l'Aborigène :
- Quelle était donc cette voix puissante ?
- Cette voix ? C'était celle de notre chef Ularu, le plus puissant d'entre nous. Tant qu'il sera à notre tête, aucune victoire ne nous échappera !
- Comment ? Il y a un autre Juggernaut dans cette grotte ?
- Oh non, il est sans doute au sommet d'une des montagnes du Nord, comme à son habitude lors de l'entraînement, mais il doit suivre chaque combat qui a eut lieu depuis votre arrivée pour se faire une idée de nos progrès.
- Mais il ne peut pas observer notre combat à une telle distance ! En plus nous sommes dans une grotte !
- Oh si il en a le pouvoir ! Il observe chaque seconde de notre affrontement en se repérant à nos énergies. Pour un tel expert de la guerre et du combat, rien n'est plus facile ! Mais inutile de parler davantage de lui, puisque de toute façon tu ne sortiras pas d'ici vivant. Tu ne seras que le premier sur la longue liste de mes futures victimes ! Après toi, je tuerai tous les Juggernauts du clan adverse ! Et plus j'en tuerai, plus je serais heureux ! Et une fois qu'ils seront tous morts, ce sera à leur village de payer ! Ils ne restera plus aucune trace de leur existence ! Ah ah ah !
Son rire était presque démoniaque.
Nachi se risqua à une question.
- Mais pourquoi leur en veux-tu autant ? Ils ne méritent pas une telle haine !
Le rire de Mayarnah s'arrêta net, il dirigea alors vers le Saint un regard plein d'agressivité. Après l'avoir toisé quelques secondes, il s'adressa ainsi à lui :
- Tu veux savoir à quel point ces hommes sont des bêtes cruelles, des créatures sans âme qui ne méritent pas de vivre ? Eh bien je vais te raconter ce qui est arrivé à ma mère, la plus innocente des femmes. Lors de la dernière bataille entre nos deux clans, ma mère avait refusé que j'y participe. C'était une personne très douce et très aimante, elle contestait la violence sous toutes ses formes, et était farouchement opposée à cette guerre, qu'elle avait tenté de faire cesser durant toute sa vie. Lorsque la bataille était sur le point d'éclater, elle essaya de convaincre les Juggernauts de ne pas se battre, mais personne ne l'écoutait, seul le combat se faisait entendre. Alors elle s'interposa entre les deux factions, et... et...
Il se tut un instant, des larmes amères coulèrent sur ses joues. Et avec un ton plein de haine, il reprit :
- Et elle fut assassinée, lâchement frappée par la fureur de nos ennemis qui n'avaient pas été capables de contrôler leur folie meurtrière !
Nachi écoutait, profondément attristé. Cette histoire l'avait ému, lui-même n'ayant jamais connu sa mère. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de penser que les deux factions étaient autant responsables de cette tragédie, mais il se garda bien de faire part de son opinion.
L'Australien se remit à parler, s'essuyant les larmes d'un geste rageur.
- Tu comprends maintenant la menace que représentent ces monstres sanguinaires ? Je ne pourrai vivre tant qu'ils ne seront pas tous morts en souffrant atrocement ! Maintenant, fini la discussion ! Je n'ai plus de temps à perdre avec toi !
Nachi était du même avis, et cette fois c'est lui qui lança l'assaut :
- Dead Howling !
Mais le souffle du Loup fut stoppé aussi vite qu'il fut lancé. Mayarnah n'avait pour ce faire utilisé qu'une seule main ! Surpris de voir sa technique avoir si peu d'effet, Nachi attaqua une nouvelle fois.
- Dead Howling !
Cette fois-là, le coup fut non seulement stoppé, mais en plus Mayarnah lui en renvoya l'énergie avec les deux mains, le projetant deux mètres en arrière. Etourdi par la décharge, le jeune Saint se releva, impressionné par la maîtrise dont faisait preuve son adversaire lorsque celui-ci se contrôlait.
Ce fut le moment que choisit Mayarnah pour attaquer. Il positionna ses deux poings parallèles face à lui, comme s'il s'agissait d'un canon qu'il pointait vers son opposant :
- Guardians Assault !
Un coup rapide comme l'éclair fut porté à Nachi en plein dans le ventre.
A peine avait-il encaissé cette frappe qu'il vit que le Juggernaut se préparait à relancer son attaque.
- Guardians Assault !
Nachi se protégea alors le ventre contre cette offensive qu'il ne voyait même pas venir, mais cette fois-ci c'est au niveau des jambes qu'il fut frappé : ses deux tibias furent touchés dans un bruit sec, et il en fut renversé, tombant au sol, le visage contre terre.
Mais quelle était donc cette technique qui, portée de la même façon, frappait différemment ? Comme s'il lisait dans son esprit, le guerrier d'Héraclès lui dit.
- Tu sembles dérouté, Saint du Loup, mais c'est normal ! L'assaut des gardiens est une technique aléatoire : mon Trophy génère une onde de choc qui peut frapper de différentes façons, et rien ne peut te permettre de deviner quel coup sera porté ! Tu viens de recevoir la masse d'Eurythion, puis la double morsure d'Orthros, apprête-toi maintenant à encaisser la triple charge de Géryon ! Guardians Assault !
Le coup atteignit simultanément les deux épaules et la tête, faisant voler le casque de Nachi au fond de la grotte. Voyant le chevalier d'Athéna impuissant, Mayarnah continua d'employer son "Guardians Assault" encore et encore, emprisonnant Nachi sous une pluie de coups imprévisibles qui l'affaiblissaient peu à peu.
Il était frappé aux jambes, au ventre, à la tête et aux épaules sans pouvoir ni parer ni esquiver ; des morceaux de son armure se brisaient sous les coups successifs, laissant le corps sans défense, et ses cris de douleur résonnaient en écho dans la caverne, témoignant cruellement de la force de ces assauts.
Soudain la rafale s'arrêta, et Nachi s'écroula tel un corps sans vie face au Juggernaut triomphant.
- Ce petit jeu m'a assez amusé, chevalier. Entendre tes hurlements est un passe-temps très réjouissant, mais tout plaisir a une fin, alors je vais t'achever.
Etendu au sol, Nachi ressentait des douleurs dans presque tout le corps. Il était si blessé et épuisé que le simple fait de se retourner lui demandait un effort surhumain. Regardant son ennemi à la petite taille et aux épaules si larges, puissant, invincible, il commençait à douter de pouvoir le vaincre. En fait, il doutait même de pouvoir s'en sortir vivant.
Il remarqua alors que l'armure de Mayarnah brillait d'un éclat légèrement doré au niveau de sa jambe gauche : il s'agissait de la pièce maîtresse ! Il avait presque oublié qu'il combattait pour obtenir cette partie d'armure ! Il avait une mission à accomplir, ses amis comptaient sur lui, il ne pouvait pas baisser les bras !
Il se releva une nouvelle fois, bien que tout son corps réclamât le repos. Intérieurement, il recherchait une ultime stratégie : "J'ai l'impression que je n'ai plus le choix... Vais-je devoir utiliser ma technique la plus dangereuse lors de mon premier combat ?"
Ainsi plongé dans ses pensées, il regardait en direction du ciel, qu'il ne pouvait voir à travers le plafond de cette caverne.
"Non, il y a une autre solution !"
En effet, il venait d'avoir une idée, et cette pensée le replongea dans le passé.
***
C'était vers la fin de son entraînement, Algethi lui avait annoncé qu'il devrait subir aujourd'hui l'épreuve finale, qui allait déterminer s'il méritait ou non de recevoir la Cloth sacrée du Loup. Il l'avait emmené près d'un gouffre au fond duquel se trouvait une grotte dont la seule issue était la maigre ouverture par laquelle ils regardaient tous les deux. Tandis que Nachi tentait de voir ce qu'il pouvait bien y avoir en bas, son maître le poussa sans prévenir dans le trou. Surpris et effrayé, il chuta dans un cri jusqu'au fond, parvenant à atterrir sans se blesser. Puis il tourna son regard vers le ciel, où son maître le fixait toujours avec le même regard sévère. L'élève resta interdit un instant, se doutant qu'il s'agissait là d'une épreuve. Algethi ne tarda pas à lui fournir des explications.
- Tu es dans la Grotte du Dernier Loup. Comme tu peux le constater, elle ne fait pas plus de deux mètres de largeur. Inutile de penser à t'en sortir en brisant les parois, il n'y a que de la pierre dense et solide sur des dizaines de mètres alentour, tu ne pourrais pas aller bien loin. La seule issue est donc au-dessus de toi, là où je me trouve, mais je vais bientôt la refermer à l'aide d'un rocher que seul un chevalier pourrait détruire.
- Mais, maître, si je détruis ce rocher, je serai enseveli sous les décombres !
- Tu as bien compris l'objet de cette épreuve, Nachi, tu vas devoir faire preuve d'un contrôle parfait de ta puissance pour ouvrir une brèche assez grande pour te permettre de sortir, mais sans y mettre trop de force sinon tu seras enterré vivant. Cette épreuve n'a que deux issues : soit tu deviens chevalier, soit tu meurs !
Le Saint d'Héraclès referma alors l'entrée comme convenu. Juste avant d'enfermer définitivement son élève, l'homme délivra un ultime conseil à son apprenti :
- Nachi, surtout n'agis pas sans réfléchir.
Puis l'ouverture se referma, le coupant du monde extérieur et instaurant les ténèbres et le silence.
Tel un détenu dans une prison, il tournait en rond dans le peu d'espace qu'il avait, réfléchissant à la façon dont il allait s'en sortir, sachant que, sans la moindre lumière, il allait devoir réussir cette épreuve en se fiant uniquement à ses autres sens.
Voilà déjà plusieurs heures qu'Algethi avait jeté son disciple dans le gouffre. Tandis qu'il était pris par le doute et qu'il tentait d'éloigner de lui l'idée que Nachi pourrait ne pas s'en sortir, il entendit une explosion et vit Nachi sauter en dehors de la grotte d'un bond énergique pour atterrir juste en face de lui.
Un deuxième phénomène se produisit : dans un halo de lumière étincelante, un caisson métallique jaillit du fond du puits en flottant doucement dans les airs. Lorsqu'il arriva au niveau de Nachi, il s'ouvrit ardemment et neuf pièces d'armure en sortirent pour recouvrir chaque partie du corps de celui qui était désormais chevalier du Loup. Algethi considérait son apprenti, le regard plein de fierté.
***
Mayarnah, le rude guerrier des Bœufs de Géryon dont la taille ne faisait pas honneur à la force, s'apprêtait à lancer une nouvelle fois son attaque. Nachi savait que la solution qu'il envisageait était très dangereuse, mais il préférait prendre ce risque plutôt que d'avoir recours à sa dernière carte.
Faisant face au Juggernaut, il lança son attaque, et les deux invocations résonnèrent en même temps dans la grotte :
- Dead Howling !
- Guardians Assault !
Nachi fut violemment touché au ventre, reculant sous l'impact, tandis que Mayarnah ne fut même pas effleuré par la salve du Saint. En fait, celle-ci n'avait pas du tout atteint l'Australien mais frappa au beau milieu du plafond. Le temps de comprendre quel était le réel objectif du Saint du Loup, le Juggernaut voyait déjà d'énormes blocs de pierre tomber sur lui, tandis que Nachi avait plongé vers la sortie, et à peine avait-il roulé en dehors de la caverne que celle-ci s'écroula comme un château de cartes.
Il fallut quelques instants pour que le nuage de poussière se disperse et rende visible ce qui n'était plus qu'un amas de pierres. Nachi constata qu'il était bien le seul à s'en être sorti.
En cherchant au milieu des décombres, il aperçut une main qui dépassait des ruines. Il dégagea avec précaution les rocs qui recouvraient le corps du guerrier : Mayarnah était bel et bien mort. Ce constat emplit de tristesse le jeune Saint qui pour la première fois ôtait la vie à un humain. Le visage de l'Aborigène, bien que sali par la terre et par le sang, était empreint d'une sérénité mélancolique.
- J'aurais voulu que ce combat termine sans qu'aucun de nous ne meure, mais le destin en a décidé autrement. J'espère que la haine qui t'habitait quittera ton âme dans le calme de la mort et qu'enfin la paix s'offrira à toi, Mayarnah, vaillant Juggernaut des Bœufs de Géryon, défenseur d'Héraclès.
Après un instant de silence, Nachi retira la pièce maîtresse du Trophy et l'enfouit dans un sac en toile attaché à sa taille, puis il reprit la route.
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Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.