Chapitre 7: Le Lion de Némée

 

 

 

 

Ce lion féroce fils d'Orthros et d'Echidna, qui résidait dans une caverne sombre au milieu de la forêt de Némée, terrorisait toute la région de l'Argolide. Il était plus grand et plus large que tous les fauves du monde, ses griffes et ses crocs pouvaient déchirer n'importe quel corps, et son rugissement assourdissant tétanisait quiconque l'entendait. Mais surtout, ce monstre était doté d'une peau invulnérable sur laquelle toutes les armes de bronze, d'argent ou d'or se brisaient. Le héros Héraclès, loué soit son nom, dut le priver d'air en l'étranglant de ses bras invincibles pour enfin lui ôter la vie. La peau du terrible animal devint dès lors la tunique du guerrier légendaire, qui s'assura ainsi la plus sûre des protections.

 

***

 

Deux chevaliers, l'un Saint d'Athéna, l'autre Juggernaut d'Héraclès, se faisaient face au sommet de la plus haute cime des montagnes du nord de Tnorala. Était-ce le destin qui avait décidé d'opposer ces deux lions ?

Leurs cosmos grondaient déjà dans l'air et semblaient même s'affronter. Afin de concrétiser cette lutte, les deux combattants projetèrent avec leurs mains toute l'énergie de leur corps : elles vinrent s'entrechoquer dans un bruit assourdissant et un éclat de lumière aveuglante. Les deux jets se résistaient mutuellement, puis celui du Juggernaut prit le dessus, absorbant complètement l'autre jusqu'à atteindre Ban, repoussé quelques mètres en arrière, ses pieds laissant deux longues marques dans le sol.

Le bruit et la lumière des deux énergies s'étant estompés, le silence reprit sa place, avant d'être à nouveau interrompu par une voix de Stentor :

- Tu as un sacré cran de venir défier seul à seul le maître du Big Five, surtout avec une énergie si ridicule ! Tes acolytes ont eu de la chance de s'en sortir vivants jusqu'ici, mais contre moi vous tomberez tous un à un, et toi le premier ! Viens, viens donc m'attaquer, je te promets de ne pas bouger, ainsi tu comprendras à quel point tu n'es pas de taille !

Sa voix était grave et forte, chaque phrase semblait résonner dans toute la région, donnant encore plus de puissance et de véracité à ses paroles. Son visage, entouré d'un casque terrifiant en forme de tête de lion, était celui d'un homme d'âge mûr, bien plus âgé que les Juggernauts qu'ils avaient rencontrés jusque là, mais il n'en semblait pas moins fort, sa taille et sa musculature valaient bien celle de ses hommes. Ban était quelqu'un de robuste, mais face à cet homme, il semblait soudain bien malingre ! Le cou de l'Aborigène était entouré d'une collerette de tissu semblable à une crinière qui partait de son armure. Tel était Ularu, le chef du Big Five.

Bien que l'invitation de son ennemi à le frapper était pour le moins déroutante, Ban avait l'intention de le prendre au mot, il ne voulait pas se laisser impressionner, et il fallait bien tout tenter. Alors il entama une course rapide vers son adversaire, et arrivé assez près de lui pour le frapper, il lui asséna un coup de poing dans lequel il avait mis toute sa puissance.

Ularu ne recula pas, il ne tenta même pas d'esquiver et il reçut le coup au milieu du torse, mais sans effet. Ban s'immobilisa, pris par le doute et plongé dans d'intenses réflexions : "C'était donc là qu'il voulait en venir en me laissant l'attaquer ? Il serait si puissant que mes coups ne le touchent même pas ?"

Comme pour montrer sa supériorité, le Juggernaut ne profita même pas de la situation pour contre-attaquer. Ban s'éloigna alors de cette forteresse imprenable face à laquelle il se sentit tout d'un coup minuscule et impuissant.

- Tu ne vaux guère plus qu'un lionceau face à un chef de meute, je vais mettre fin à cet embryon de combat en un seul coup !

Et plaçant les deux bras pliés devant lui, de façon à avoir les avant-bras parallèles, il contracta ses muscles énormes, donnant naissance à un souffle d'énergie qui jaillit de son thorax pour tout dévaster sur son passage dans un rugissement assourdissant :

- Great Roar !

Ban fut emporté par la bourrasque et se retrouva projeté contre la roche qui se brisa sous l'impact. Il s'écroula au milieu des débris de pierre, dans le silence le plus total. Ularu admirait le spectacle de sa victoire ; il était toujours dans la même position, immobile, triomphant, lorsqu'une silhouette rapide comme un félin bondit de sous les décombres pour se retrouver au-dessus de l'Australien : Ban attaqua cette fois avec sa technique spéciale, un coup de poing qui déclenche une explosion au moment de l'impact :

- Lionet Bomber !

Le Juggernaut ne semblait pas avoir anticipé cette offensive et il reçut le coup suivi de l'explosion en plein visage. Une fois la déflagration passée, Ban constata que sa botte secrète n'avait pas eu plus d'effet que son premier coup. Cette fois il n'eut pas le temps de se remettre de sa surprise que le bras invincible du chef du Big Five l'attrapa à la gorge et le plaqua au sol. Il vit ce visage marqué par les années crier "Great Roar" et il reçut l'émanation énergétique à bout portant.

L'effet fut tel qu'il se retrouva enfoncé dans la pierre. Ularu relâcha son étreinte et se redressa, le corps du Saint gisant à ses pieds.

Découvrant avec frustration qu'un soubresaut agitait encore cette carcasse vaincue, il lui lança à nouveau son attaque :

- Great Roar !

Le rugissement du Lion résonna avec force, mais sans couvrir totalement le cri de douleur de Ban, qui fut projeté au fond d'un cratère dans lequel tout son corps disparut. Le silence revint.

C'était terminé. Ban était vaincu, et seul son esprit était encore en activité. Plongé dans l'inconscience de la défaite, il se remémora ce qui l'avait amené ici : l'armure d'Héraclès, il devait se battre pour l'obtenir, pour Athéna, pour ses compagnons, et pour son maître Andwele.

Ah... Andwele ! Cet homme si chaleureux qui l'avait tant changé. Il se rappelait surtout l'accueil qu'il lui avait réservé à son retour du tournoi après sa défaite cinglante, il y a de cela deux mois.

 

***

 

Le Kilimandjaro, la plus belle image d'Afrique, est aussi, du sommet de ses 5895 mètres, la plus haute cime du continent. Semblant jaillir du milieu de la savane et couverte de neiges éternelles, cette montagne est en fait un volcan qui ne s'est jamais réellement éteint. Elle se dresse au nord de la Tanzanie, et sa taille est telle qu'elle peut-être observée du Kenya, au Nord, comme si elle faisait partie de ce territoire.

En 1958, le journaliste et romancier Joseph Kessel écrivit "le Lion", une œuvre dans laquelle il décrivait la relation particulière entre un petit lion et une jeune fille aux abords du Kilimandjaro. Aurait-il pu ne serait-ce qu'imaginer qu'il avait frôlé de si près le lieu où réside depuis les temps antiques la Cloth du Petit Lion ?

 

Ban était face à son maître, le visage baissé en signe de respect. Il s'adressa ainsi à lui.

- Maître, expliquez-moi !

- Mon petit Ban, je ne peux rien t'expliquer que tu ne saches déjà au fond de toi même, et ta présence ici prouve que tu en prends conscience. Alors parle, pour une fois livre-moi toutes tes pensées, les réponses s'y trouvent.

Ban releva la tête, puis prenant une grande inspiration, il parla.

- Maître, lorsque je suis parti d'ici avec l'armure du Lionet, j'étais invincible ! Sur les cinquante élèves que vous entraîniez, je me suis montré le plus fort. J'ai enduré toutes les épreuves et vaincu tous les obstacles, j'ai même passé avec succès le test final. Et pourtant... pourtant lors de ce tournoi j'ai été vaincu lors de mon premier combat !

- Tout ce que tu dis là est vrai, Ban, mais tu ne te poses pas les bonnes questions. La première question que tu dois te poser, c'est : pourquoi es-tu devenu chevalier ?

Jusqu'à présent, Ban s'était toujours contenté de lui dire que c'était pour défendre la justice, mais aujourd'hui il n'avait plus le cœur à mentir à ce maître tant respecté, qui semblait voir dans son âme de son regard dur comme la pierre et noir comme la nuit. Alors il décida de lui confier ce qu'il avait sur le cœur, à lui qui était sans doute la seule personne capable de le comprendre.

- Je... je voulais devenir quelqu'un, avoir un nom et être respecté ; c'est pourquoi je voulais devenir fort et que chacun se souvienne de moi pour mes efforts. J'en ai assez d'être un orphelin anonyme, qui comme des centaines d'autres enfants, n'existe aux yeux de personne. Depuis mon plus jeune âge, je n'ai pas d'existence, je ne suis qu'un nom sur les papiers des orphelinats dans lesquels je passe, c'est comme si le monde n'avait pas prévu de place pour moi. Voilà pourquoi je voulais devenir fort, plus fort que n'importe qui, je voulais être le numéro 1 ! Si la vie ne m'avait rien donné, je comptais l'obtenir par moi-même.

A l'écoute de cette confession, Andwele continua de fixer son élève sans mot dire. Ban sentit plus que jamais le poids de son profond regard.

- Je m'excuse maître, je sais que tout cela n'est que fierté.

- Tu as raison Ban, c'est de la fierté. De la fierté, de la souffrance, de la détresse, c'est en fait beaucoup de choses. Mais tu te trompes lorsque tu dis que tu n'es personne. Certes tu es très discret et peu enclin à la discussion, mais ce que tu ne transmets pas par la parole, tu le transmets par ton cœur, par ton regard et ta présence. Il est vrai que bien souvent les gens ne s'en aperçoivent pas, mais toute personne qui suit son instinct ne peut pas ignorer qui tu es vraiment. Je t'ai bien observé durant les six années que tu as passées ici, et si tu ne sais pas qui tu es, moi je le sais : tu es sérieux, appliqué, concentré, proche de la nature et de la vie sous toutes ses formes, même les plus insignifiantes, et rien dans ton entourage n'échappe à ton attention. Tu es la force tranquille, capable de se déchaîner lorsque c'est nécessaire. En un mot, tu es Ban.

L'homme d'âge mûr remarqua que son disciple, pris par l'émotion, était au bord des larmes. Il reprit son monologue sur un ton plus solennel :

- En fait, il te manque uniquement un but dans la vie, une raison d'être, et pourtant tu l'as déjà : protéger la déesse Athéna et défendre la justice. D'ailleurs, tu vas être amené à agir concrètement dans cette optique bien plus tôt que tu ne le penses !

Cette dernière phrase éveilla particulièrement l'attention de Ban, il comprit immédiatement que son maître allait lui faire d'importantes révélations. L'Africain ne tarda pas à lui donner raison :

- Un grand drame s'est abattu sur le Sanctuaire, le berceau de la chevalerie, et toi et les autres Saints de bronze qui combattez aux côtés de Saori êtes les seuls à pouvoir agir, car tous les autres chevaliers sont manipulés par les forces du mal. Bientôt, vous allez devoir vaincre cette menace vous-mêmes.

En entendant cela, le visage de Ban afficha une grande surprise. Il savait que son professeur était un maître dans l'art d'étudier les événements et de prévoir leurs conséquences, tel un incroyable stratège du monde, il ne doutait donc pas de ce qu'il venait d'entendre. Il attendait nerveusement la suite de ces révélations.

- Je sais qu'un traître réside au Sanctuaire, Ban, et je sais encore bien d'autres choses, sur cette Saori par exemple, ou sur le lien qui t'unit aux autres Saints réunis durant le tournoi.

- Un lien ? Mais de quoi parlez-vous, maître ?

- Je te le dirai lorsqu'il sera temps, Ban, mais pas maintenant. Ce que tu dois savoir pour le moment, c'est que plusieurs de ces jeunes Saints que tu as côtoyés à la Corporation Grade vont venir te chercher ici, mais pas avant deux mois. En tout cas, si tu as su tirer une leçon de ton échec au tournoi et que tu es revenu aujourd'hui près de moi, c'est que tu es prêt.

- Prêt ? Mais pour quoi ?

- Mais pour achever ton entraînement bien sûr.

 

***

 

Pendant ce temps, Ularu parlait à voix haute, comme pour concrétiser sa victoire :

- Et voilà pour le premier ! Il n'aura pas fait long feu ! Le combat vient à peine de commencer qu'il est déjà enterré ! Maintenant, je n'ai plus qu'à m'occuper des quatre autres, puisque mes hommes ne se sont pas montrés à la hauteur. De toute façon, j'ai observé à distance chacun des combats qu'ils ont livrés, et je connais donc toutes leurs techniques ! Rien ne peut surpasser mon art de la guerre !

Entendant cela dans son demi-sommeil, Ban reçu comme un électrochoc : chacun de ses compagnons avait vaincu son opposant et réussi sa mission ! Mais ils étaient maintenant affaiblis et, comble de malheur, leurs techniques n'avaient plus de secret pour Ularu. C'était donc à lui, Ban, de finir le combat, sinon la victoire allait leur échapper définitivement ! Tout le monde comptait sur lui, il ne pouvait pas abandonner !

Le chef du Big Five, observant du bord de la falaise les autres Saints qui se regroupaient et montaient jusqu'au sommet, fut soudain troublé dans sa concentration par une énergie qui s'amplifiait derrière lui. Son regard perçant et sage à la fois se tourna vers Ban qui se tenait tant bien que mal sur ses jambes, le corps ensanglanté et l'armure brisée. Ses yeux en revanche exprimaient la férocité du lion.

- Je vois que je t'ai sous-estimé, lui dit l'Australien. Tu as la peau dure chevalier, alors s'il te faut encore une attaque pour être définitivement éliminé, tu vas être servi. Le temps que tes amis arrivent, et j'en aurai fini de toi.

Justement, Ban avait la ferme intention de finir le combat avant que ses compagnons n'arrivent, et s'il n'en avait pas la capacité, il souhaitait au moins affaiblir le chef des Juggernauts.

Le voyant ainsi, tenant à peine debout, Ularu ne put se retenir de lui lancer de cruels sarcasmes :

- Mais pourquoi t'obstines-tu ? Tu ne peux rien contre moi ! Tu n'es pas plus qu'une poussière dans mon œil, tu n'es rien !

"Rien !" Ce mot résonnait douloureusement dans la tête de Ban. Sa répartie fut immédiate :

- Non, je ne suis pas rien ! Je suis Ban, Saint d'Athéna au service de la justice !

Clamant ces paroles avec vigueur, il s'élança à nouveau contre l'Aborigène et lui asséna une pluie de coups avec la fureur d'une bête sauvage, en mettant toutes ses forces et toute son énergie dans chacun de ses coups de pied et de poing, et en visant chaque partie de son corps pour trouver son point faible. L'assaut avait été foudroyant, et Ularu lui-même ne l'avait pas vu venir, mais rien n'y faisait : ni son Trophy ni même les parties de son corps non-protégées ne subirent la puissance de ses offensives. En fait, c'est comme si chacun de ses coups était stoppé à quelques millimètres de son corps, comme si une seconde peau, invisible et indestructible, le recouvrait entièrement. Etait-ce là son pouvoir ?

D'après la légende, le Lion de Némée possédait une peau que rien ne pouvait transpercer, Héraclès lui-même s'en était vêtu après la défaite du monstre, s'assurant ainsi une défense invulnérable. Mais ses réflexions furent vite interrompues par Ularu qui perdait patience :

- A présent ça suffit ! Je vais écraser une fois pour toutes le moucheron que tu es ! Great Roar !

Au même instant, Jabu et les autres firent leur entrée, et la seule chose qu'ils virent, ce fut Ban qui, touché par une terrible attaque, chuta dans le vide. Ils virent tous son corps tomber du haut de la falaise, et tous en même temps sentir leur cœur se serrer.

- Ban, nooooooooooon !

Mais il était déjà trop tard, le corps de leur ami n'était déjà plus visible. Ichi, en larmes, s'adressa au Juggernaut :

- Toi, tu vas payer pour avoir tué notre ami ! Il ne méritait pas de mourir, il combattait pour une cause juste!

- Vous vous moquez de moi ? Pour parvenir jusqu'ici, vous n'avez pas hésité à blesser gravement mes frères d'armes, et l'un d'eux a même perdu la vie à cause de vous, alors ne me faites pas la morale !

- Nous n'avons pas voulu ces combats. Tout ce que nous souhaitons, c'est récupérer l'armure d'Héraclès et faire cesser ces querelles intestines !

- Vous voulez mettre un terme à la guerre qui fait rage ici ? Vous ne savez pas de quoi vous parlez ! Parmi tous les Juggernauts vivants aujourd'hui, je suis le seul survivant de la précédente guerre ! J'ai vu de mes propres yeux mes camarades mourir et nos ennemis périr, et je sais que cela va encore se reproduire, et que tous mes frères vont succomber si je ne suis pas là pour les diriger et les protéger !

- Tu appelles ça les protéger ? Tu les pousses à se battre !

- Et vous ? Vous pensez peut-être pouvoir changer les choses ? Mais si vous êtes incapables de me vaincre, alors c'est que vous ne pouvez rien pour nous et que vos paroles ne sont que du vent ! Prouvez-moi que vous êtes forts, et je pourrais peut-être croire que vous avez vraiment le pouvoir de changer les choses. Mais en attendant, ne venez pas me donner de leçons sur ce qu'il se passe ici ! Je suis Ularu, Juggernaut représentant le Lion de Némée ! Qui de vous souhaite être ma prochaine victime ? Toi, Saint de la Licorne, dit-il en pointant du doigt Jabu, ou toi, le Saint de l'Ours ? Ou peut-être désirez-vous m'attaquer tous en même temps ?

Les Saints de bronze se regardèrent mutuellement, puis d'un signe de tête, Jabu attesta auprès des autres qu'il souhaitait prendre la relève.

Il avança d'un pas vers le grand guerrier, puis essuyant ses larmes d'un revers de la main, il tourna son pouce vers sa propre poitrine :

- C'est moi ton prochain adversaire, et je vais te faire payer la mort de notre frère. Autrefois, j'ai eu à le combattre, mais aujourd'hui je vais me battre pour le venger !

- Très bien, j'accepte.

- Il n'en est pas question !

Cette voix venait de derrière Jabu, elle ne provenait ni de Nachi, ni de Geki, ni d'Ichi, mais de qui alors ? Tous regardèrent en direction de la falaise à laquelle ils étaient adossés : c'était Ban ! Il était en vie ! Il avait dû s'accrocher à la roche lors de sa chute et remonter à la force de ses mains, et malgré les blessures qui recouvraient son corps, il semblait plus déterminé que jamais à finir son combat. Ses frères furent tous soulagés de le revoir, mais ils voulaient le dissuader de continuer. Ban se contenta de leur dire :

- Ayez confiance en moi, je peux le vaincre.

- Mais tu es fou, répliqua Geki, tu es encore sous le choc de ses attaques, laisse-nous faire à pré...

Il ne put finir sa phrase, interrompu par Nachi qui lui posa la main sur l'épaule en lui faisant un signe de tête qui voulait tout dire : "c'est son combat, nous devons respecter sa décision".

Alors tous reculèrent pour laisser le champ de bataille aux deux lions.

Ban avait tout essayé contre ce géant de pierre, mais rien n'avait pu percer cette seconde peau. Toutefois il avait une idée : Ularu devait très certainement générer de façon permanente de l'énergie pour créer cette protection, ce qui nécessitait sans doute une certaine concentration, d'où son inertie presque totale depuis le début du duel ; il lui fallait donc briser cette concentration !

Ban chargea à nouveau son adversaire, qui avait bien l'intention de le recevoir comme il se devait

- Great Roar !

La déflagration rugissante se perdit dans le vide, car l'intrépide Saint de bronze s'était ramassé au niveau du sol tout en poursuivant sa course, et une fois à proximité de son opposant, il contre-attaqua :

- Lionet Bomber !

Cette fois, il n'avait pas visé le corps de l'Aborigène, mais le sol juste sous ses pieds, qui se brisa instantanément, lui faisant perdre l'équilibre et le laissant sur les genoux, les mains à terre, dans une position assez inconfortable au milieu du sol brisé.

Il n'eut pas le temps de se relever au milieu de toutes ces pierres brisées que Ban l'attaqua par le haut, profitant que sa concentration soit brisée :

- Lionet Bomber !

Il frappa Ularu en plein dans le dos, l'explosion fut retentissante, et un nuage de poussière se souleva. Ban s'éloigna le temps que le nuage se dissipe, mais une silhouette énorme jaillit alors de la fumée et l'assaillit d'un violent coup de poing dans le ventre. Le Saint fut plié en deux par la douleur ; Ularu enchaîna en le frappant à la nuque des deux poings, le jetant face contre terre.

Se relevant, Ban ressentait encore les coups de son ennemi reçus au ventre et à la nuque. Il constata par ailleurs que l'Aborigène n'avait toujours aucune égratignure. Se serait-il trompé dans son analyse ? Sa seconde peau serait-elle opérante quelle que soit la situation, même si sa concentration était brisée ? Il lui fallait en tout cas vite trouver autre chose, car à présent Ularu était furieux.

- Mais quand vas-tu abandonner ? Ne vois-tu pas que c'est inutile ?

Il faut dire que le chef du Big Five était lui aussi déconcerté, tant la résistance du chevalier du Lionet était prodigieuse. De plus, Ban n'avait pas l'intention d'abandonner, bien au contraire, son cosmos grandissait à chaque instant, rivalisant d'intensité avec celui du Juggernaut.

Jabu, qui assistait au duel sans en perdre une miette, savait que Ban n'abandonnerait pas si facilement. Déjà lors de leur rencontre au tournoi il avait pu constater que le Saint du Lionet, même de force inférieure, s'était relevé encore et encore afin de poursuivre le combat, il avait été obligé de lui porter de nombreux coups et de réduire son armure en lambeaux pour le vaincre définitivement. Aujourd'hui, Ban était bien plus fort, et sa capacité à se relever n'en était que plus grande !

Pour la première fois depuis le début de l'affrontement, le Juggernaut passa lui-même à l'attaque, bien décidé à en finir avec cette blague qui devenait trop longue pour être drôle. Il attaqua Ban en le frappant de ses énormes poings, et ce dernier parvenait à en esquiver certains, mais plus la furie d'Ularu se déchaînait, plus Ban devenait impuissant face à un tel florilège de coups, si bien qu'il fut vite acculé contre un rocher. Le Juggernaut en profita pour invoquer à nouveau sa botte secrète, à laquelle Ban opposa sa propre technique spéciale :

- Great Roar !

- Lionet Bomber !

Ban avait lancé son attaque avec une telle vélocité qu'il toucha la poitrine de l'Australien au moment même où son rugissement jaillissait. Sous l'impact, le chef du Big Five recula de quelques pas, et Ban fut jeté plusieurs mètres en arrière, bien plus atteint pour sa part. Mais quelle ne fut pas la stupeur d'Ularu en découvrant une énorme fissure au milieu de son armure, faisant apparaître une blessure sur sa poitrine !

Jabu, Ichi, Geki et Nachi poussèrent une exclamation commune tant ce retournement tenait du miracle. Ils avaient tous vu ce Juggernaut recevoir sans broncher les coups de leur compagnon, et voilà qu'il était maintenant blessé !

Tous se posaient la même question : comment ce prodige avait-il été possible ? Ban ne leur donna aucune réponse, il n'était pas homme à parler sans nécessité, mais il avait bel et bien découvert le secret de cette seconde peau. Celle-ci était en fait constituée d'énergie produite en permanence par le Trophy, mais lorsque Ularu invoquait son rugissement, il expulsait de l'énergie par son thorax, et donc à cet endroit-là, au moment précis de l'attaque, son bouclier n'était plus activé ! Voilà ce qu'avait finalement découvert Ban, et voilà comment il était parvenu à l'atteindre et le blesser.

Il avait enfin fait couler le sang de son ennemi, mais en se tenant debout face à lui, il fut soudain pris d'un vertige et ses genoux se plièrent sous son poids, manquant de le faire chuter. Il se ressaisit, espérant que son moment de faiblesse n'avait pas été perçu par l'ennemi, mais de toute façon il était exténué, et ses blessures le faisaient souffrir.

"Même si le corps est brisé, le cosmos lui est immortel". C'est ce que lui répétait tout le temps son maître, mais il n'était pas sans ignorer que cela dépendait également du niveau du dit cosmos, et même si le sien s'était beaucoup développé ces derniers temps, il était encore loin d'avoir atteint l'aboutissement total. Cependant, il devait porter encore un coup, un seul, et celui-ci devait mettre fin au combat, sinon il n'était pas sûr de pouvoir continuer cet affrontement.

Le chef Juggernaut quant à lui voyait les choses sous un jour nouveau: pour la première fois depuis le commencement de leur combat, il estimait son opposant comme étant une réelle menace.

Comment ne l'avait-il pas vu plus tôt ? Ce jeune Saint au corps si frêle et à l'armure si dérisoire, qu'il avait envoyé à terre à plusieurs reprises et qui n'avait pas été capable de l'atteindre une seule fois, ce jeune homme avait finalement obtenu des résultats grâce à sa persévérance et ses efforts.

Ularu semblait réfléchir, son visage marqué par les années baissé vers le sol. Hésitait-il ? Il redressa la tête et fit à nouveau entendre sa voix caverneuse :

- Bravo ! Je suis impressionné par les ressources dont tu as su faire preuve et je reconnais ton courage et ta valeur. Mais je ne vous laisserai pas nous voler nos pièces maîtresses ! Savez-vous pourquoi Héraclès a toujours eu tant d'affection pour le peuple Aborigène ? Tout simplement car c'est le plus libre qui soit. Lorsque le divin héros fut foudroyé par son père et que son corps presque sans vie échoua sur notre continent, nos ancêtres le soignèrent des jours durant, y mettant tout leur savoir et lui consacrant tous leurs efforts. Ils ne l'ont pas fait parce qu'il était le fils d'un dieu, ils ignoraient jusqu'à son identité, ils ont agi ainsi uniquement parce que c'était un homme qui avait besoin d'aide. Par la suite, Héraclès est longtemps resté parmi eux, et il fut subjugué par la façon dont ce peuple, plutôt que d'adorer les puissants Olympiens comme c'était le cas de tout humain sur terre à l'époque, vivait uniquement dans la prière de la nature et de leurs propres croyances, aussi vieilles que le monde. C'est cet aspect qui plut au héros légendaire, cette volonté de suivre leur propre route. Comprenez-vous maintenant ? Nous sommes les serviteurs d'Héraclès, nous n'avons pas à nous plier à la volonté d'Athéna ou de ses Saints ! Et je n'abdiquerai pas !

Ainsi était-il résolu. Par ailleurs, il avait désormais compris le danger que représentait Ban, il n'allait pas lui laisser l'occasion de gagner une autre manche. Il croisa les bras devant son visage, puis les écarta sur les côtés d'un mouvement vif :

- Lion Infinite Force !

S'en suivit une explosion d'énergie, et de tout son corps jaillit un souffle qui commençait à tout détruire autour de lui : il était donc impossible d'esquiver cette attaque à moins de s'éloigner loin, très loin. Même Jabu et les autres, qui étaient pourtant à plus de vingt mètres, commençaient à être soufflés par la salve. Mais le plus terrifiant, c'est que cette énergie semblait augmenter en intensité, et si ça continuait ainsi, ils allaient bientôt tous être pulvérisés ! Ce guerrier avait décidément une puissance illimitée !

Ban regarda le sol avec un léger sourire, il savait ce qu'il devait faire. D'un signe de tête il demanda aux autres de se retirer le plus loin possible, tandis que lui-même peinait de plus en plus pour résister à la pression du souffle.

Dans ce chaos de destruction, Ularu regardait autour de lui ; il avait bien vu les quatre autres Saints s'éloigner, mais il n'apercevait plus Ban. L'énergie qu'il dégageait avait désormais atteint un niveau mortel, sans doute son opposant avait-il été pulvérisé en tentant de s'approcher de lui, pensa-t-il. Soudain, le sol juste à côté de lui s'entrouvrit comme sous l'impulsion d'un volcan qui se réveille, et Ban en surgit tel un fauve sautant sur sa proie : le Saint de bronze s'était approché de lui en passant sous terre ! Ban avait effectivement remarqué que les roches dans ce cratère étaient poreuses, il en avait déduit qu'en creusant le sol, il trouverait bien un passage pour accéder jusqu'à son adversaire. C'était un pari risqué, mais la chance avait été avec lui.

A ce moment-là, l'assaut ne dura que quelques secondes, mais pour Ban, tout sembla se passer au ralenti : toujours en train de projeter l'énergie dévastatrice de son "Lion Infinite Force", le chef du Big Five fut pris au dépourvu par Ban, mais ce dernier était dangereusement fouetté par l'énergie infinie, et son armure se brisait en plusieurs endroits. Aussi proche de la source du souffle, il n'allait pas rester longtemps entier, mais il attaqua si vite qu'il ne fut pas atteint davantage : ses deux poings frappèrent la poitrine du Juggernaut :

- Lionet Chain Explosions !

Cette technique ultime consistait à créer une réaction en chaîne afin que l'ennemi ne subisse pas une explosion, comme c'est le cas avec "Lionet Bomber", mais une multitude de détonations sur tout le corps, chaque déflagration se nourrissant de la précédente.

C'était là une arcane périlleuse que Ban ne maîtrisait pas complètement. En effet, si le coup était mal porté, les explosions pouvaient se propager sur son propre corps au lieu de celui de l'ennemi. Mais malgré les risques, il n'avait pas hésité. "Quelle autre meilleure occasion aurai-je de la mettre en pratique ?" s'était-il dit. Aussi avait-il employé son ultime technique, et avec succès : Ularu fut traversé d'une dizaine d'explosions sur tout le corps, et son Trophy fut brisé en de nombreux endroits, laissant apparaître de profondes blessures calcinées. Le maître incontesté des Juggernauts du Big Five s'écroula de tout son poids sur la terre souillée par son sang.

Le souffle infini avait cessé, le calme était revenu. Ban était debout, respirant fortement tout en se tenant le ventre encore douloureux de tous les coups qu'il avait encaissés. Il s'approcha de l'Aborigène inconscient et lui retira son casque, puis se dirigea vers ses compagnons qui étaient revenus près du lieu du combat. Il leur tendit la pièce, et au moment de leur donner, il s'écroula. Alors qu'il allait durement percuter le sol indigne, Geki le rattrapa avec une douceur fraternelle. Les quatre compagnons étaient émus aux larmes et pleins de reconnaissance envers leur frère d'armes, qui avait combattu jusqu'au bout pour les sauver. Jabu ramassa le casque du Lion.

- Merci Ban, grâce à toi, nous détenons déjà la moitié de l'armure d'Héraclès sans qu'aucun d'entre nous n'ait eu à livrer un deuxième combat sanglant au cours de cette journée maudite. La lutte est enfin terminée pour aujourd'hui, et c'est à toi que nous le devons. A présent, profite du repos que tu mérites, car pour l'heure nous quittons le champ de bataille.

 

 

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Cette fiction est copyright Vincent
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