Chapitre 9: Les écuries du roi Augias

 

 

Ah, Héraclès, toi le héros si brillant, quelle farce cruelle les dieux te réservèrent en t'ordonnant de nettoyer les immenses étables du roi d'Elide, le divin Augias ! Encrassées du fumier le plus noir et du purin le plus abject, ces écuries requéraient du glorieux fils de Zeus de s'abaisser à une ingrate tâche qui n'était pas de sa condition, flattant ainsi la vanité de la jalouse Héra. Mais le fleuve Alphée, détourné de son cours par la force et la ruse du héros à l'éternelle réputation, nettoya en une journée les étables souillées, et ce qui devait être le plus sordide des travaux fut accompli en le plus ingénieux des actes.

 

***

 

Ichi fut le premier à être attaqué par un Juggernaut, mais il esquiva son attaque massive d'un bond en arrière. Ce nouvel adversaire était semblable en corpulence aux autres guerriers de son ordre. En revanche, ses longs cheveux jetés en arrière étaient blonds par endroit, un curieux détail qui le différenciait indéniablement des autres.

- Je suis Garwah, Juggernaut des Ecuries d'Augias, et je t'ai choisi comme adversaire. Approche, nous n'avons pas de temps à perdre, car après vous il nous reste à vaincre nos véritables ennemis, ces félons du Big Five.

- Moi je suis Ichi, Saint de bronze de l'Hydre.

Du premier coup d'œil il repéra la pièce maîtresse, située au niveau du bras gauche. Mais tandis qu'il était en pleine observation, le Juggernaut en profita pour attaquer :

- Black Manure !

Aussitôt une substance épaisse et nauséabonde fut projetée en flux rapide sur Ichi. Ce dernier ne comprit pas tout de suite de quoi il s'agissait, mais déjà cette odeur et cet aspect le rendaient malade, et peu à peu cette matière le recouvrait.

- Mais... c'est du fumier ?

- C'est exact ! Apprête-toi à mourir de la façon la plus humiliante qui soit ! Ah ah ah !

Et bientôt la tête même d'Ichi disparut sous la masse immonde, comme enterré vivant.

Voyant que plus aucun signe de vie n'émanait de cet amas, Garwah stoppa son attaque.

Soudain trois griffes jaillirent du fumier, puis trois autres, et telle une tornade, Ichi fit tournoyer ses bras armés de ces crocs acérés, et se libéra ainsi de la matière abjecte, écumant de rage. Il n'était plus que colère :

- Tu vas me payer ça !!!

Il fonça vers cet homme qui le narguait, un sourire en coin. Alors que tout son être était emporté par l'irritation, l'image de son maître lui apparut, comme si elle se trouvait là en personne. Et en un instant il se calma, et la colère le quitta ; il venait de reprendre le contrôle de lui-même.

Il était incroyable de constater à quel point Ilmatar avait une influence sur lui, même à des milliers de kilomètres. D'ailleurs, elle avait toujours eu une telle emprise sur lui. Il se souvint de la dernière fois qu'il l'avait vue, quelques semaines plus tôt au lac Holts, à la fin de son deuxième entraînement, juste avant qu'il ne rejoigne ses compagnons à Athènes.

 

***

 

C'était au petit matin, la lumière naissante du soleil se reflétait sur la surface de l'eau en un éclat presque divin. Les deux mois de son nouvel entraînement s'étaient écoulés très rapidement.

Un genou à terre, la tête baissée, Ichi s'apprêtait à faire ses adieux à Ilmatar. Son professeur lui avait demandé de se relever, puis sur un ton solennel, elle lui avait dit :

- Lorsque tu es venu ici il y a six ans, tu étais empli d'une haine qui ne t'a pas quittée durant tout ton entraînement. Tu haïssais tant les hommes que c'était devenu là ta raison d'agir. Je comprenais ta haine, ta haine d'orphelin. Tu en voulais à tes parents qui t'avaient abandonné, tu en voulais à ceux qui se moquaient de ton apparence, tu en voulais à tous ces gens qui t'entouraient et qui vivaient mieux que toi, au point que tu en es devenu cruel et mesquin. Il est vrai que cette rancune t'a donné la force d'aller toujours en avant et de franchir tous les obstacles jusqu'à remporter l'armure de l'Hydre Femelle, mais cela t'a rendu mauvais, tu as enseveli tes sentiments sous une barrière amère, et un Saint qui ne combat pas avec tout son cœur et avec toute son âme ne peut pas remporter la victoire. C'est ce qui t'a perdu au tournoi, et c'est ce qui t'aurait perdu dans n'importe quelle autre situation.

Ichi estimait énormément Ilmatar, mais il ne l'aurait jamais crue capable de lire si facilement en lui. Elle le connaissait si bien, peut-être mieux qu'il ne se connaissait lui-même.

- Vous avez raison, maître. Lors du tournoi, j'aurais été capable de tuer quiconque était en face de moi, mais tout ce que j'ai obtenu ce fut une lamentable défaite.

- Ichi, même si la haine et la rancune présentes en toi ont pris si longtemps le dessus, je sais que tu es une personne sensible, capable des sentiments les plus beaux, j'ai pu le constater les rares fois où tu t'es montré à moi tel que tu es vraiment. Aujourd'hui, j'ai la certitude que tu as changé. Durant ce nouvel entraînement, tu as prouvé que tu étais capable du meilleur.

A ces paroles, Ichi ne put réprimer quelques larmes. Celles-ci étaient la preuve qu'il avait effectivement beaucoup changé, et il ne s'en était même pas aperçu ! Ses larmes redoublèrent, il se sentait tellement mieux à présent, et cette libération, il la devait à la femme qui se tenait majestueusement face à lui.

- Pourquoi... pourquoi faites-vous tout ça pour moi, Ilmatar ? Je n'étais rien, vous m'avez tout appris, vous m'avez construit et vous m'avez ouvert au monde. Pourquoi ? Je n'ai rien fait pour vous, moi.

- Tu te trompes. Sache que depuis les temps les plus anciens, les Saints de l'Hydre Mâle et de l'Hydre Femelle sont liés de façon inaltérable, tels le Ying et le Yang : ils s'opposent comme ils s'attirent, et notre génération ne fait pas exception. Je suis le maître, tu es l'élève, je suis une femme, tu es un homme, je suis d'argent, tu es de bronze. Et pourtant, un lien plus fort que tout nous unit, lui dit-elle en le regardant fixement.

Elle sembla hésiter un instant, puis reprit la parole sur un ton bien moins enjoué, changeant de sujet comme si la conversation la mettait mal à l'aise :

- J'ai reçu une lettre du Sanctuaire il y a quelques semaines, et je tiens à ce que tu sois au courant. Ce message contenait un ordre émanant du Grand Pope lui-même : celui de te tuer si tu venais à te représenter devant moi. Bien sûr, je n'ai jamais eu l'intention de l'honorer. Que le Sanctuaire soit effectivement sous le joug d'un traître ne change rien au fait qu'un représentant d'Athéna ne peut demander à un maître de tuer son élève, simplement pour cette histoire de tournoi. Ce n'est là qu'un prétexte. En revanche, ma décision va faire de moi une traîtresse, et le Sanctuaire enverra sans doute un Saint pour m'exécuter.

- Comment ? Mais alors...

- Ne m'interromps pas Ichi ! dit-elle d'un ton sec.

Puis reprenant d'une voix plus douce :

- Aie confiance en moi. Je n'ai pas peur, je sais que je peux vaincre l'assassin qu'on m'enverra.

Les larmes qui avaient cessé de couler sur le visage d'Ichi reprirent de plus belle. Il regarda Ilmatar avec tous les sentiments qu'il nourrissait à son égard, à tel point qu'elle ne put en supporter davantage.

- Va-t-en ! dit-elle affectueusement. Et ne te fais pas de soucis pour moi.

Il essuya ses larmes d'un geste fier, et regarda intensément la femme chevalier. Son masque décoré de dessins de serpents ne suffisait pas à cacher la grâce qui se dégageait d'elle. Grande et fine, chacun de ses gestes était doux et beau à voir, même lorsqu'elle combattait, et sa longue chevelure blonde avait toujours eu un effet quasi hypnotique sur le jeune Saint. Il se releva.

- Très bien, mais si je ne dois pas m'inquiéter pour vous, permettez-moi au moins de vous garder présente dans mes pensées.

Il ne réalisa pas tout de suite ce qu'il venait de dire, et comprenant qu'il était allé un peu loin il se mit à rougir. Visiblement Ilmatar n'apprécia pas ce manque de respect car un lourd silence pesait maintenant sur eux. Alors Ichi tourna les talons et commença à s'en aller, mais il entendit la Finlandaise s'adresser encore une fois à lui :

- Ichi !

Il se retourna, et la vit retirer doucement son masque. Il resta paralysé par cette vision, par cette beauté qu'il n'avait jamais espéré découvrir, mais le malheureux ignorait totalement le sens de ce geste.

Elle lui dit alors, lui parlant pour la première fois sans son masque, le visage marqué par l'émotion :

- Dans ce cas, moi aussi je penserai à toi.

Ichi fit des efforts surhumains pour se retenir d'exprimer la joie qu'il ressentait. Il fit volte-face et repartit, le cœur heureux.

 

Voilà ce dont il se souvenait. En revanche, ce qu'il ignorait encore aujourd'hui, c'est la visite qu'Ilmatar reçut quelques jours après le départ du jeune Saint.

Un soir, au bord du lac, un homme vêtu d'une armure s'était présenté à elle. Son apparence était dissimulée dans la pénombre. Sa voix grave la questionna :

- Ilmatar d'Hydrus, où est le cadavre du Saint ayant participé au tournoi ?

- Il n'y a aucun cadavre ici. Jamais je ne pourrais tuer mon élève, encore moins pour une si futile raison !

- Les règles de la chevalerie sont strictes et inaltérables, ce n'est pas à toi d'en discuter le bien-fondé. Quiconque transgresse les lois du Sanctuaire doit mourir !

Disant cela, il avança d'un pas, dévoilant son apparence à la guerrière. L'homme était de grande taille et portait une armure massive, de couleur dorée, dont le casque était bardé de deux cornes. Ilmatar eut un frisson.

- Le Grand Pope m'envoie un Saint d'or ?

- Je suis Aldébaran, Saint du Taureau. Si vous avez désobéi aux ordres, alors je dois vous exécuter !

- Je n'ai pas l'intention de me laisser tuer si facilement ! Mystic Loch Wave !

Une vague rapide et imposante apparut en un instant et frappa le Saint d'or, mais ce dernier ne tenta même pas d'esquiver, il resta là, les bras croisés, sans subir le moins du monde l'effet de son offensive.

Paniquée et terrifiée par un tel pouvoir, la Finlandaise resta tétanisée, et Aldébaran, se déplaçant à la vitesse de la lumière, se rapprocha d'elle en déployant les bras :

- Le combat est terminé. Great Horn !

Elle fut projetée en arrière par la puissance dorée, et dans un flot de sang et de bris d'armure, elle tomba au milieu du lac, à plusieurs dizaines de mètres de son adversaire. Aldébaran attendit un instant de voir si le Saint allait remonter à la surface, ou au moins son corps, mais rien ne se manifesta ; son cadavre avait dû rester accroché au fond de l'eau. Alors, la mine sombre, il se tourna et repartit d'où il venait.

Pourtant, Ilmatar n'était pas morte. Elle avait reculé au moment de l'impact afin d'en limiter les effets, et avait profité de sa chute dans l'eau pour s'éloigner du Saint d'or et faire croire à sa mort, connaissant parfaitement chaque recoin du lac. Nager à plusieurs mètres de profondeur, dans une obscurité quasi totale, sans air, en camouflant son énergie, et encore sous le choc de cette effroyable attaque n'avait pas été une mince affaire, mais elle avait compris que c'était là sa seule chance de s'en sortir vivante. Une fois revenue sur la terre ferme à l'autre bout du lac, elle repensa au chevalier qui venait de l'attaquer : elle pouvait se vanter d'être l'une des seules personnes au monde à avoir échappé à un chevalier d'or ! Puis elle repensa à Ichi, qui était parti combattre, et songea au jour où elle le reverrait.

 

***

 

La haine qu'Ichi ressentait il y a encore une minute envers le Juggernaut avait maintenant totalement disparue. S'il avait attaqué dans cet état cet adversaire qui n'attendait que ça, Athéna seule sait dans quel piège il serait tombé ! Mais désormais, il avait l'esprit clair, et il décida sans attendre d'employer sa technique secrète :

- Mystic Loch Wave !

Garwah fut surpris par une telle attaque et telle une feuille dans un torrent, il fut emporté et jeté en arrière, un genou au sol. Il avait reçu la vague de plein fouet, et pourtant son armure était intacte, et son corps ne semblait pas avoir subi le moindre dommage non plus. Mais que s'était-t-il passé ?

- Voilà une technique puissante et ingénieuse ! Elle aurait réduit en pièces n'importe quel autre Juggernaut, mais elle ne fonctionne pas sur moi !

- Que veux-tu dire par-là ?

- C'est très simple. Il n'y a aucun doute sur le fait que ta technique est très dangereuse : plus on lui résiste, et plus on en subit les effets dévastateurs, aussi il suffit de ne pas lui résister ! Ton attaque agit exactement comme les vagues de la mer, or je connais bien cet élément, et je sais qu'il est inutile de vouloir contrer une vague de front, et qu'il suffit parfois d'esquiver la partie dangereuse de la lame pour se retrouver dans sa zone inoffensive. Ce n'est qu'une question de physique ! Si tu surfais, tu saurais ça !

- Tu te moques de moi ? Essaie un peu de surfer sur celle-ci ! lui dit Ichi en reprenant sa position d'attaque.

- Très bien, je te laisse une deuxième chance, uniquement pour te montrer ton impuissance face à moi, mais après, je te porte le coup de grâce !

- C'est ce que nous allons voir ! Mystic Loch Wave !

Et une vague plus grande et plus rapide encore que la précédente fut déclenchée. Garwah remarqua effectivement que sa vitesse était plus élevée, et qu'il allait donc devoir l'encaisser différemment ; mais il lui en fallait plus pour s'avouer vaincu. Il sauta dans la vague, au milieu du mur d'eau sous l'écume, et ressortit tout juste devant Ichi, prêt à l'attaquer. Mais ce dernier n'était plus là ! Il était au-dessus, et fondait sur l'Aborigène, visant son crâne avec son genou. Le Juggernaut eut juste le temps de bouger la tête sur le côté, ainsi le genou heurta son épaule ; mais quelle surprise ce fut pour lui de voir des griffes sortir des genouillères du Saint et se planter dans son armure et transpercer sa chair. Il frappa Ichi du revers de la main, le jetant à terre, puis porta son autre main à la blessure que venait de lui infliger les crocs de l'Hydre.

- Arh ! Mais qu'espères-tu faire avec ces canifs ? Il t'en faudra plus pour me tuer ! dit-il en arrachant les pointes, faisant couler son sang et tachant ses cheveux blonds.

Il tenta d'écraser avec le pied le Saint toujours à terre, mais Ichi le retint avec les deux mains, évitant de peu le choc. Mais la pression exercée augmentait, et ses bras s'abaissaient peu à peu sous la force herculéenne du Juggernaut, puis il lâcha prise, s'enfonçant d'un seul coup dans le sol. Garwah retira son pied du trou qu'il venait de créer, et il remarqua à nouveau trois griffes, plantées cette fois-ci dans sa cheville !

- Mais c'est pas vrai ! Pourquoi t'obstines-tu avec ces armes ridicules ? Tu vois bien que ça ne fait pas plus d'effet qu'une piqûre de moustique !

Et disant cela, il sentit que sa vision se troublait. Il eut un instant d'hésitation :

- A moins..., à moins que ces griffes ne contiennent un poison ? C'est ça ?

Se relevant, Ichi le regarda fixement, l'air impitoyable :

- C'est exact, tu es décidément très malin. Ce venin est censé être mortel dès la première injection, mais il en faut généralement deux pour un Saint. Je me doutais bien que pour des êtres comme les Juggernauts, trois morsures seraient nécessaires. Mais je ne souhaite pas ta mort, alors abandonne avant qu'une troisième blessure ne te condamne.

Tout en retirant les griffes de sa jambe et les écrasant dans sa main, l'Australien lui répondit :

- Tu penses que j'ai peur de la mort ? Pfff ! Ce n'est nullement le cas ! De toute façon, tu n'auras pas l'occasion de m'atteindre une troisième fois, je ne me ferais plus avoir ! Quant à ta technique à la vague, elle est inefficace ! Tu es désormais sans arme !

- N'en sois pas si sûr ! Mystic Loch Tidal Wave !

Voyant cette nouvelle attaque, Garwah n'attendit pas et fonça sur la vague et la traversa ; mais il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit suivie d'une seconde, puis d'une troisième, et une grande explosion d'eau retentit alors. Mais un phénomène bien plus étrange s'ensuivit : une gigantesque trombe d'eau se forma, dans laquelle les vagues de l'Hydre furent successivement absorbées ; la voix de l'Aborigène se fit entendre dans ce chaos aquatique :

- Tes vagues sont sans effet contre moi, aussi nombreuses soient-elles ! Alors laisse-moi te dévoiler ce qu'est la véritable puissance de l'eau ! Alpheus Flood !

Et la trombe d'eau se mit à tournoyer encore plus vite et avança vers Ichi jusqu'à le percuter. Le jeune Saint fut emporté par le courant, puis rejeté à l'extérieur, retombant brutalement à terre. Sa Cloth, déjà fissurée suite à son précédent combat, se brisa en certains endroits, et son corps fut marqué de nombreuses blessures. Il prenait conscience que l'homme qu'il affrontait maîtrisait bien mieux que lui l'élément aqueux. Par ailleurs, il peinait à garder les yeux ouverts face à la lumière éblouissante du soleil, et de grosses gouttes de sueur perlaient sur tout son corps tant la chaleur l'incommodait.

Garwah s'approcha de lui :

- Vous n'êtes pas nos véritables ennemis, Saints d'Athéna, aussi je ne vais pas perdre plus de temps avec toi. Tu vas subir à nouveau le flot du fleuve Alphée ! Meurs ! Alpheus Flood !

Une nouvelle colonne destructrice se matérialisa et se rapprocha, alors Ichi plongea sur le côté afin de l'esquiver, mais elle suivit son mouvement, comme si elle était attirée par lui. Il ne lui était désormais plus possible de l'éviter, le choc était imminent, alors il utilisa sa technique afin d'en parer les effets :

- Mystic Loch Wave !

L'attaque fut lancée si proche de la trombe qu'elle parvint à la ralentir, mais pas à l'arrêter. Ichi allait être à nouveau emporté, alors il se replia sur lui-même afin de ne pas trop subir de dommages. Son corps s'envola au milieu de la bourrasque, ballotté comme une brindille, et fut rejeté au sol dans un fracas bruyant. Tout comme son corps, son armure n'était pas en très bon état, mais le Saint de l'Hydre fut rassuré de constater qu'elle était encore là en majeure partie pour le protéger. En revanche, s'il recevait encore un coup de cette violence, il ne faisait aucun doute qu'elle volerait en éclats.

Ichi avait une idée, en fait il s'agissait plutôt de sa dernière chance de remporter la victoire sur cet être inébranlable, alors il se releva, animé par la volonté de mettre son plan à exécution. Face à l'homme à l'armure d'ivoire, il reprit une fois de plus sa position d'attaque, et invoqua, plus puissant que jamais, son ultime arcane.

- Mystic Loch Tidal Wave !

Lassé par ce déjà-vu, Garwah sourit du coin des lèvres.

- Tu as donc décidé de mourir dans l'honneur, comme un vrai chevalier ! Parfait, je vais te satisfaire ! Alpheus Flood !

Les deux courants se rencontrèrent dans un choc violent, pour se faire face équitablement. Ichi fit sortir des nouvelles griffes de ses poignets et de ses genoux tout en maintenant le flot.

Après quelques secondes d'équilibre entre les deux ondes, l'attaque de Garwah prit le dessus et absorba les vagues ennemies ; mais alors que la victoire ne pouvait plus lui échapper, l'Australien vit sa concentration troublée par de petits objets qui traversèrent le mur d'eau le séparant d'Ichi : il s'agissait de griffes ! Il lança alors toute sa puissance dans la trombe qui s'abattit sur son ennemi, et ayant ainsi les mains libres, il brisa toutes les griffes qui lui avaient été lancées avec de rapides mouvements des poings. Ichi fut alors percuté par la trombe, il tournoya dans la puissance aquatique et son armure se brisa en plusieurs endroits et il s'écroule dans le sable.

Le calme revint enfin, les eaux ne défilaient plus, les énergies ne s'opposaient plus, les corps ne bougeaient plus : l'un était au sol, l'autre était dressé sur ses jambes, victorieux.

- Ta stratégie a échoué ! Tu voulais créer une diversion avec tes vagues pour me planter à nouveau tes griffes, mais j'ai contré tes deux offensives simultanément ! Maintenant tu es plus que moribond, il me sera aussi facile de t'achever que d'écraser un insecte !

Mais Ichi se releva, bien que difficilement, pour faire face à l'Aborigène aux cheveux blonds.

- Tu te trompes ! Je peux encore combattre ! Mais cela ne sera pas nécessaire, car la marque de ma victoire est plantée sur ton flanc !

En attendant ces paroles, la vision du chevalier d'Héraclès se brouilla brutalement. Il ne sut dire si c'était dû à l'effet du poison ou à la surprise d'apprendre que, contre toutes apparences, il était vaincu ; en tout cas à ce symptôme succéda un véritable malaise. Il regarda son flanc gauche : il y avait effectivement trois crocs enfoncés dans son Trophy ; il les arracha hargneusement pour les jeter au loin, mais il était trop tard, le venin avait déjà pénétré son sang. Il chancela et tomba un genou à terre, se tenant avec une main au sol. Désormais, il ne ressentait plus aucune douleur, comme si son corps tombait doucement dans le vide, et tous ses sens subissaient le même sort : sa vision devenait floue, les sons qui parvenaient à ses oreilles étaient plus doux, tout lui semblait plus calme et serein, et il s'écroula en arrière, le regard vers le ciel, un large sourire aux lèvres :

- Je vais... mourir ! Enfin !

Ainsi allongé au sol, les cheveux salis par le sang et le sable, il attendait que la mort vienne le chercher. Mais en cet instant, ce ne fut pas la froide faucheuse qui s'approcha de lui, mais un homme pris par les émotions :

- Mon maître Ilmatar m'a enseigné une chose très importante : la valeur de la vie.

Et en finissant ces mots, Ichi tendit l'index en direction de l'Aborigène, et le planta avec force au milieu de son torse, avec une telle force que l'ivoire fut brisé et sa chair transpercée. Un sang sombre et infecté jaillit alors de la plaie, et Garwah sortit de sa torpeur. Ichi constata avec satisfaction le succès de son geste.

- Tu ne vas pas mourir, Juggernaut. J'ai touché le point central de ton système sanguin, ce qui va stopper les effets nocifs du poison, bientôt tu seras rétabli.

- Mais... mais pourquoi fais-tu ça ? Tiens-tu à ce point à m'humilier ? J'ai été vaincu, tu dois m'achever !

- Mon but n'a jamais été de te tuer, mais uniquement de récupérer ça, dit-il en montrant du doigt la pièce d'armure qui lui protégeait le bras gauche.

- Non, tue-moi ! lui dit-il, paniqué. Telle est la règle, il n'y a pas d'autre alternative !

- Désolé, mais je n'ai pas l'intention de t'ôter la vie, je ne suis pas un assassin, répondit Ichi, surpris face à une telle attitude.

- Tu dois le faire ! La guerre est ma seule raison de vivre, le champ de bataille mon seul pays. J'ai été élevé pour combattre et uniquement pour cela. Si j'échoue au combat, ma vie s'arrête !

- Tu vas pourtant devoir apprendre à vivre sans le combat, et à vivre pour autre chose.

L'Australien hésitait, il semblait totalement désemparé, confronté qu'il était à une situation qu'il n'avait jamais envisager : survivre. Il répondit :

- Mais je ne sais rien faire d'autre ! Et comment vivre dans ce climat de haine et de luttes éternelles ? Tout est désolation autour de nous, nous combattons depuis des générations sans espoir que cela finisse un jour. Toute l'histoire de notre contrée n'est que mort et désespoir, je n'en peux plus !

L'Aborigène pleurait en grimaçant, tant la douleur qu'il ressentait était forte. Ichi venait de comprendre ce qui animait son opposant.

- En fait, si tu es venu te battre, c'était dans l'espoir d'en finir, tu es venu ici pour mourir. La bataille qui vous ronge est donc cruelle à ce point ?

- Je vois que tu me comprends, Saint de l'Hydre, alors exauce ma volonté, je t'en prie. Ton poison m'a fait entrevoir la quiétude du trépas, termine donc ce que tu as commencé.

Finissant sa phrase, il laissa retomber sa tête au sol et ferma les yeux, attendant le coup de grâce.

Ichi s'approcha de lui doucement. Il le regarda quelques instants dans le silence du désert, puis il lui asséna un violent coup de pied dans le ventre. Le Juggernaut poussa un cri de douleur et de surprise. Ichi lui dit avec véhémence :

- La mort n'a rien de doux, Garwah, c'est au contraire ce qu'il y a de plus froid et de plus dur. Tu vas devoir apprendre à vivre car tu n'as pas le choix. Mais surtout, tu vas apprendre à vivre car la vie est quelque chose de merveilleux.

- A vivre ? Mais je ne sais pas comment vivre, je ne sais que tuer. Que pourrais-je faire de mes jours ?

- Tu vas remonter sur les vagues que tu affectionnes tant, et tu vas tenter de ne jamais en tomber.

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Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.