Chapitre 11: Les pommes d'or des Hespérides

Aucun bien sur terre n'eut pu avoir plus de valeur que les étincelantes pommes d'or, cadeau inestimable que Gaia la mère de toute chose fit aux divins époux, le grondant Zeus et Héra la grande pour célébrer leur union. C'était dans le jardin des Hespérides, un lieu presque aussi admirable que le divin présent, qu'étaient gardés les fruits sacrés. Les nymphes du soir à la beauté si délicate y vivaient paisiblement, et le dragon aux cents têtes, Ladon, défendait fermement le trésor, mais Héraclès s'accommoda des unes et de l'autre pour acquérir son trophée.
***
Jabu avait en face de lui l'un des membres du Six Pack, qui se tenait tout droit, raide comme un arbre. Il n'était pas le plus grand des Juggernauts, mais il dépassait largement le Saint de bronze de taille et de musculature. Ses deux poings étaient dorés, tout comme les fruits du jardin des Hespérides, il s'agissait là des pièces constituant le God Trophy.
L'Aborigène n'avait pas dit un mot, même lorsque Jabu s'était présenté à lui. D'ailleurs, son regard était aussi transparent que sa langue était muette ; une dérangeante impression de vide se dégageait de lui, comme s'il était dénué d'âme et qu'aucune vie ne l'habitait. Jabu n'avait jamais ressenti pareille sensation, cela en devenait inquiétant. Voulant se rassurer, il lui adressa à nouveau la parole :
- Es-tu prêt à combattre ?
... Toujours rien. Jabu commençait à se demander s'il n'était pas tout simplement muet ; ce genre de handicap pouvait conduire à une certaine forme d'isolement, ce qui expliquerait alors cette impression de vide qui se dégageait de lui.
- Dazzling Ray !
Cette invocation soudaine vint réfuter sa théorie : cet homme savait parler, et il savait surtout attaquer ! Il avait joint ses deux poings devant lui, et de ses mains avait jailli un rayon doré très fin, qui visait directement le cœur du Saint de la Licorne. L'attaque fut si rapide que Jabu eut juste le temps de pivoter sur le côté, un réflexe qui lui sauva la vie. Le rayon disparut, et il constata sur sa Cloth au niveau de la poitrine une entaille rectiligne. Ce faisceau n'était vraiment pas passé loin, et vu la marque qu'il avait laissée, ce n'était pas l'armure de bronze qui aurait protégé le guerrier d'Athéna. Jabu ne pouvait donc qu'esquiver, sinon c'était la mort. Mais le pourrait-il à chaque fois ?
- Dazzling Ray !
Il recommençait ! Alors Jabu sauta le plus haut possible pour ne pas être atteint, mais le Juggernaut taciturne leva les poings vers lui comme on le fait avec une arme à feu, et le rayon suivit le mouvement pour se déplacer jusqu'à Jabu, qui bascula en arrière pour esquiver. En atterrissant au sol, il découvrit l'armure de son épaule droite sectionnée.
Les offensives ne faisaient que commencer. Le Saint de la Licorne eut à peine le temps de se remettre de sa surprise que le faisceau continua de balayer l'air afin de le réduire en pièces, alors il plongea derrière un rocher, prêt à jaillir de sa cachette pour attaquer à son tour, mais la pierre fut traversée comme du beurre, et si Jabu avait été dans la trajectoire du laser, il aurait été tranché lui aussi. En quelques mouvements, le rayon transforma le rocher en un tas de gravas.
Face à une telle technique, Jabu n'avait pas le choix : il devait tenter de se rapprocher le plus vite possible de l'Australien afin de le frapper, mais encore fallait-il y arriver sans dommage.
Le muet se rapprocha du rocher détruit, il y cherchait Jabu, ce dernier ne pouvait pas être loin, il n'y avait aucun endroit pour se cacher aux alentours à part quelques autres rochers. Il vit tout d'un coup une ombre passant au-dessus de lui, aussitôt il lança son faisceau vers le ciel.
- Dazzling Ray !
L'Aborigène trancha de son fil la forme à l'origine de cette ombre sans voir de quoi il s'agissait tant le soleil l'aveuglait. Mais ce n'était pas Jabu, mais d'une simple pierre que ce dernier avait lancée afin de faire diversion. Le Saint en profita pour contre-attaquer par le côté, et le Juggernaut n'eut pas le temps de l'intercepter avec son rayon doré et fut frappé de plein fouet :
- Unicorn Gallop !
Atteint à la poitrine, il tomba en arrière, mais son rayon parvint à toucher Jabu au moment du choc, le blessant tout le long du bras. Heureusement, le laser se résorbait lors de l'impact, aussi l'entaille ne fut pas profonde.
Le Juggernaut se relevait déjà ; Jabu n'avait effectivement pas pu mettre toute sa puissance dans ce coup, forcé qu'il fut d'esquiver le fil doré.
A présent, il ne savait plus quelle stratégie adopter. Cette situation lui rappela son combat contre le Saint d'Andromède, dont les chaînes formaient une défense si infranchissable qu'aucune de ses tactiques n'avait donné de résultat. Aujourd'hui il se retrouvait presque dans le même cas, sauf que cette fois-ci c'est la mort qui l'attendait, et qu'il ne combattait pas pour une futile raison comme c'était le cas lors du tournoi.
Il n'avait pas d'autre solution que de fuir pour le moment. Il tourna le dos et courut, le plus vite possible, et il vit le rayon le rattraper mais se baissa pour l'esquiver et continua sa fuite. Il s'était déjà bien éloigné de l'homme sans voix, mais il fut touché à la jambe : une profonde coupure à la cheville le fit hurler. Alors pour sauver sa vie, il sauta avec la seule jambe valide qu'il lui restait pour s'éloigner encore plus, mais en retouchant terre, la douleur à la cheville le fit trébucher. Il était étendu au sol, sévèrement blessé et incapable d'une nouvelle esquive. En tournant son regard vers l'Australien qui était à quelques dizaines de mètres de lui, il eut juste le temps de voir ce dernier lancer une nouvelle fois son rayon fatal :
- Dazzling Ray !
Il n'y avait plus aucun espoir, dans une seconde, son corps serait percé par l'imparable fil doré, sa vie s'arrêterait et sa mission échouerait.
Le rayon allait atteindre sa poitrine lorsque, à quelques centimètres de son armure, il s'arrêta net, sans que rien n'ait interrompu sa trajectoire. Quel était donc ce miracle ? C'est comme si un mur invisible le protégeait.
Mais non, il ne s'agissait pas de cela ! La raison, il venait de la comprendre, et il aurait dû y penser plus tôt ! Une telle technique avait forcément un point faible, une faille. Et ce talon d'Achille, c'était la distance ! Son laser ne pouvait pas aller plus loin qu'à une vingtaine de mètres, et en sortant de ce périmètre, Jabu était hors de danger !
Cette technique, qui lui paraissait inéluctable et invincible il y a encore quelques instants, lui sembla soudain bien moins dangereuse. Son ennemi ne montra pourtant pas la moindre surprise ni le moindre dépit, le regard toujours aussi vide. Jabu se remit debout, ignorant sa blessure à la jambe, et lança son attaque de manière à atteindre l'ennemi à distance :
- Unicorn Gallop !
Le coup du Saint de la Licorne déchira l'air jusqu'au Juggernaut qui, pris de cours par la vitesse de l'attaque, fut violemment frappé au ventre et s'écroula lourdement dans le sable.
Jabu se rapprocha prudemment de lui ; il était toujours étendu au sol, immobile, sans aucun signe de vie apparent. Mais dès que Jabu fut suffisamment près, l'homme sans voix profita de cette occasion pour attaquer, il se releva brusquement tout en criant son invocation et pointant ses mains jointes vers Jabu :
- Dazzling Ray !
Mais le Saint ne se laissa pas surprendre, il attrapa les deux bras de l'Australien puis le souleva par-dessus l'épaule pour le projeter violemment contre le sol, où il s'encastra dans un fracas impressionnant. Les deux "Unicorn Gallop" qu'il avait encaissés l'avaient affaibli, même si en apparence il n'en avait pas subi les effets, et ce dernier choc l'avait définitivement mis hors de combat, sans pour autant l'avoir tué. Alors Jabu se retourna en direction du Temple d'Héraclès puis partit.
Mais alors qu'il s'était déjà éloigné de quelques mètres, il se souvint de ce pour quoi il était venu ici : les pièces maîtresses ! Alors il s'immobilisa, mais entendit à ce moment la voix monotone de son opposant parvenir à nouveau jusqu'à lui, cette fois en une invocation inédite :
- Gold Apples Rondo !
Aussitôt apparurent trois boules de lumière dorée qui se mirent à danser étrangement devant ses yeux. Jabu ignorait de quoi il pouvait s'agir, et malgré sa méfiance envers ce nouveau phénomène, il ne pouvait détacher son regard de cette fascinante apparition. Et tandis que le serviteur d'Athéna restait immobile, comme sous hypnose, son ennemi se releva sereinement, chargea et frappa d'un violent coup d'épaule sa victime qui, malgré la puissance de l'impact, ne tomba pas. "Reste debout !" Tel était l'ordre qui résonnait dans la tête de Jabu, et auquel il ne pouvait déroger.
Mais le supplice ne faisait que commencer ; l'Aborigène attrapa sa victime par les épaules et lui asséna dans le ventre coup de genou sur coup de genou, chacun étant plus douloureux que le précédent, mais Jabu n'esquissait aucune réaction, le regard toujours fixé sur les trois sphères dorées. Après quelques longues minutes d'un carnage silencieux, le guerrier d'Héraclès relâcha sa proie, et le corps de Jabu tomba tel un pantin désarticulé. Il sentait une profonde douleur dans sa chair et ses os, tant la force du Juggernaut mettait à rude épreuve sa résistance. Mais ce n'était pas terminé : un nouvel ordre retentit en lui : "Relève-toi !"
Jabu était alors à nouveau debout face au manipulateur, impuissant contre cette volonté qui lui était imposée.
"Lève la main !" et telle une marionnette, Jabu obéit.
Bien qu'incapable de diriger son propre corps, le Saint de la Licorne était encore maître de ses pensées, qui s'animaient avec l'énergie du désespoir. Il comprenait ce qui allait se produire : cet homme allait le pousser à se retirer lui-même la vie en se transperçant le cœur de son propre poing ! Il allait mourir de la plus indigne des morts pour un chevalier !
Son esprit avait beau lutter de toutes ses forces, son corps refusait toujours d'obéir, ses paroles même ne pouvant pas monter jusqu'à ses lèvres. Son poing commençait à concentrer son énergie.
Pour la deuxième fois au cours de ce combat, Jabu vit la mort en face, prête à le saisir. Son esprit, la seule zone encore libre de son être, cherchait une façon de se libérer de cette emprise.
Lors de son dernier entraînement, il avait appris à utiliser ses rêves pour s'expérimenter à la maîtrise du cosmos et parfaire ainsi son enseignement jour et nuit. Il était depuis capable de se plonger dans le monde des songes n'importe où et n'importe quand. Peut-être qu'en s'immergeant dès maintenant dans un rêve, il pourrait briser le contrôle que son ennemi opérait sur lui...
Il laissa alors son âme s'envoler doucement vers le pays des rêves et des cauchemars. Dans ce monde, il continuait d'entendre les ordres du Juggernaut, mais de façon plus distante, comme si les phrases filtraient à travers un mur. Et tandis qu'il faisait ces observations, il entendit soudain, comme une sentence : "Crève-toi le cœur !" Jabu cria alors de toute la force de son âme pour contrer cette directive, et le contact fut rompu.
Son corps n'obéissant plus à l'homme sans nom, il était désormais capable de bouger, mais chaque mouvement était difficile. Les rêves qui voilaient sa vue se dissipaient peu à peu, et la lumière éblouissante du soleil du désert réapparut. Il découvrit alors face à lui le Juggernaut, et constata avec horreur et stupéfaction ce qu'il s'était passé durant les dernières secondes...
Son poing n'avait pas transpercé son propre cœur, mais en revanche il avait bel et bien porté un coup : celui-ci était enfoncé jusqu'au poignet dans le cœur de l'Aborigène, telle la pique du matador lâchement plantée dans la nuque du taureau, et le sang de cet homme coulait abondamment sur l'ivoire de son armure et le long du bras de Jabu en un flot écœurant.
"Non ! Non !"
Comment avait-il pu tuer cet homme sans même s'en rendre compte ? Se libérer de l'emprise des pommes d'or lui avait demandé tellement d'efforts et avait provoqué en lui un tel choc que le coup qui lui était destiné s'était retourné contre son opposant, dont le visage pour la première fois semblait éprouver des émotions : on pouvait y lire la douleur, la tristesse, la peur de mourir ; tous ces sentiments se mêlaient en une grimace atroce que Jabu aurait voulu ne jamais voir. Puis le mort s'écroula.
A la vision de ce corps sans vie et affreusement mutilé, le souvenir de son maître refit surface, ce souvenir qu'il avait pourtant essayé d'oublier à tout prix. Toutes ses pensées se mélangeaient en lui dans la plus grande confusion : "Encore un mort ! Pourquoi ? Pourquoi encore un mort ? Sommes nous obligés de tuer pour défendre Athéna et la paix dans le monde ? Sommes-nous des assassins ? Notre rôle est de détruire le mal et de tuer ses représentants, mais cet homme n'était pas le mal, c'était juste une personne qui croyait combattre pour la bonne cause, qui luttait pour son clan, au point d'avoir abandonné toute humanité ! Les seuls sentiments que j'ai pu lui faire connaître furent ceux que l'on ressent face à la mort ! Il ne méritait pas ça, pas plus que mon maître ! Sayed, ah Sayed, mon maître ! Pourquoi es-tu mort ? Pourquoi ? Toi à qui je dois tant, toi qui valais mieux que moi ! Pourquoi ? Pourquoi ?"
Il ne pouvait désormais plus refouler ce souvenir qui envahissait tel un poison chaque cellule de son être. Ce souvenir si douloureux...
***
En revenant du tournoi il y a quelques semaines de cela, Jabu s'était présenté à son maître qui avait finalement accepté de le reprendre en tant qu'élève, bien qu'il lui reprocha d'être parti sans son accord à cette exhibition, et tout ça uniquement pour briller aux yeux de Saori, cette riche jeune fille dont il s'était épris ; Jabu avait d'ailleurs obtenu la Cloth de la Licorne et participé au tournoi dans cet unique but. Mais dès son retour, l'apprenti avait révélé à Sayed qu'une trahison régnait au Sanctuaire ; sa sincérité et sa détermination à combattre ce mal avaient convaincu Sayed à reprendre son disciple sous sa tutelle.
Cet homme, qui avait grandi dans la ville d'Oran, était de taille moyenne mais très large d'épaules, il avait la peau mate et les cheveux bruns des Arabes de la région, et ses sourcils bien fournis cachaient en partie son regard de rapace. Durant l'entraînement, Sayed ne portait pas l'armure qui faisait de lui un redoutable chevalier d'argent.
Après une journée particulièrement difficile où les épreuves périlleuses s'étaient succédées sans temps mort, Jabu s'était écroulé et dormait d'un sommeil bien mérité. Depuis quelques semaines, il avait appris à utiliser ses rêves pour s'entraîner, et aussi pour garder un contact constant avec l'extérieur, de manière à ne jamais être surpris même lorsqu'il était endormi. C'est ainsi qu'il sauta hors de son lit au moment même où celui-ci était brisé en deux par une déflagration cosmique provenant d'un homme qui ne lui était pas étranger.
- Mais maître, qu'est-ce qu'il vous prend ? dit-il en criant.
Sayed de Noctua, son professeur, était face à lui en position de combat, vêtu de la Cloth d'argent du Hibou :
- Bravo, tu as su être réactif même dans ton sommeil, je vois que mon entraînement n'a pas été inutile !
- Pourquoi m'avez-vous attaqué ?
- Tu savais pertinemment le sort qui te serait réservé si tu transgressais les règles de la chevalerie, alors ne joue pas la surprise ! Pour avoir participé à ce tournoi contraire à toutes les lois du Sanctuaire, tu vas devoir mourir ! Sache par ailleurs que les maîtres de tous les Saints de bronze qui ont participé à cette exhibition ont reçu le même ordre : tuer leur élève si jamais il se représentait à eux ; cela signifie que tes quatre compagnons sont sans doute déjà morts à l'heure qu'il est ! Vous vous êtes tous jetés dans la gueule du loup !
- Nachi, Ban, Geki, Ichi ! Non, pas eux !
- Pense plutôt à toi !
Et il sauta vers son disciple le poing en avant. Jabu bondit vers son armure et, tirant la poignée située sur l'avant du caisson et libéra la divine protection qui recouvra son corps en un éclair. Sayed n'attendit pas pour attaquer à nouveau :
- Nocturnal Hunt !
Alors son corps s'envola les mains en avant et disparut dans un nuage sombre, pour réapparaître juste devant Jabu et le frapper à la poitrine, les doigts repliés telles des griffes.
Jabu fut jeté en arrière, le souffle coupé, et cracha du sang en rencontrant le sol.
- Défends-toi, Jabu, je n'hésiterai pas une seule seconde !
Alors Jabu se releva, résigné :
- S'il en est ainsi, je vais vous combattre, et tâcher d'oublier tout ce qui me lie à vous, pour ne penser qu'à mon rôle envers Athéna !
- C'est ta seule chance ! Nocturnal Hunt !
Le chevalier disparut à nouveau dans l'obscurité, et Jabu tenta de percevoir où il allait réapparaître. Sayed ressurgit juste derrière lui, alors Jabu plongea au sol pour l'esquiver, mais il fut touché tout le long des omoplates par les mains du Saint d'argent, semblables à des serres de rapace. Il se retourna sur le dos et vit son maître debout juste au-dessus de lui, prêt à l'écraser du pied. Jabu cria alors :
- Fantasy Horn !
Un rayon blanc partit de la corne de son casque pour frapper le crâne de son professeur, qui s'immobilisa dans l'instant. Il sembla tout d'un coup ne plus savoir où il était, cherchant à tâtons avec les bras, tel un aveugle, pour se repérer.
En fait, le "Fantasy Horn" était une technique que Jabu avait mise au point récemment. La personne victime de cette illusion se retrouvait plongée dans un monde paisible et fabuleux où des licornes couraient tout autour de lui sans la moindre agressivité. Ainsi, tous ses sens étaient voilés par cette fausse réalité, la victime ne peut plus ni voir ni entendre, ni même ressentir ce qu'il se passe autour d'elle.
- Jabu ! Que m'as-tu fait ? Où es-tu ? disait Sayed en donnant des coups dans le vide, à la recherche de son opposant.
Le Saint de bronze se contentait de reculer, regardant attentivement son maître, qui était visiblement décidé à continuer ses attaques aveugles. Mais le Saint d'argent avait beau se concentrer pour chasser ces hallucinations et revenir dans le monde réel, cela lui était impossible.
- Jabuuu ! Tu ne t'en tireras pas comme ça !
Parlant ainsi, il concentra son cosmos, qui devenait de plus en plus grand autour de lui. Son énergie se dégageait de tout son corps, et Jabu comprit ce qu'il était sur le point de faire : il allait faire exploser son cosmos pour détruire tout ce qui l'entourait. Etant donnée la puissance qu'il lui connaissait, Jabu savait qu'il risquait de ne pas survivre à cette déflagration.
- Maître, non, arrêtez ça ! Ne m'obligez pas à vous tuer !
Mais il savait qu'il parlait dans le vide, tous les sens de son maître étaient prisonniers du monde imaginaire, il n'y avait aucun moyen de communiquer avec lui. Dans une seconde, tout allait exploser, il n'avait plus le choix.
- Maître, pardonnez-moi ! Unicorn Crazy Run !
Et il frappa le Saint du Hibou en pleine poitrine. L'armure d'argent fut brisée en un seul point, un seul, mais c'était suffisant, le cœur était atteint, et son cosmos qui était sur le point d'exploser disparut tout d'un coup. Jabu se jeta vers lui et rattrapa le corps de son maître dans les bras. Sayed regarda son élève, les yeux difficilement ouverts, la bouche ensanglantée, et lui parla d'une voix agonisante :
- Bravo Jabu ! Non seulement tu as ... réussi toutes les épreuves que je t'ai imposées durant ... ce nouvel entraînement, mais en plus tu as développé par toi-même de nouvelles techniques terrifiantes ! Je suis fier de toi ! ... Je sais maintenant ... que vous, les Saints de bronze qui entourez Athéna, vous avez une chance de vaincre la perfidie du Sanctuaire ! J'ai accompli mon rôle, je peux mourir en paix !
- Maître, non ! Vous avez encore tant à m'apprendre, tenez bon ! J'ai besoin de vous !
Mais déjà sa respiration avait cessé, et son cosmos ne dégageait plus la moindre étincelle. Jabu n'avait plus dans les bras qu'un corps sans vie. Les larmes coulaient abondamment de ses yeux rougis, tombant sur l'armure d'argent de cet homme tant admiré.
Le Saint de la Licorne cria au ciel toute sa tristesse, mais seul l'écho de ses propres cris lui revint.
***
Et maintenant, ici, en plein centre de l'Australie, dans une vallée oubliée depuis les temps anciens, Jabu était à nouveau penché sur un homme à qui il avait retiré la vie. Il lui semblait avoir tué une deuxième fois son maître, et poussa le même cri de douleur.
Il resta de longues minutes face à cette dépouille, totalement perdu, puis se releva, essuya ses larmes d'un revers de la main, et d'un regard plus résolu que jamais, il se tourna en direction du Temple d'Héraclès :
- Tout cela doit cesser !
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Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.