Chapitre 13: Le sanglier d'Érymanthe

Sur le territoire de Psophis, au devant de la montagne nommée Erymanthe vivait ce terrible et légendaire Sanglier. Plus gros qu'un taureau et plus dangereux qu'un ours, ce porc sauvage chargeait les voyageurs pour les tuer de ses défenses mortelles, et son poids était tel que rien ne pouvait l'arrêter dans sa course. Mais le héros sans égal était plus terrifiant encore, et le Sanglier ne put ni vaincre le guerrier, ni le fuir.
***
Geki faisait face tant bien que mal à son adversaire. Il était sans aucun doute le plus grand des Juggernauts, il était tout simplement... gigantesque ! Une telle taille était-elle possible pour un être humain ? Il se demandait s'il n'avait pas en face de lui l'un des géants contés dans la mythologie grecque. L'Aborigène regardait Geki comme si le simple fait de l'avoir en face de lui était une blague. Cet homme, s'il en était un, devait bien faire 2,50m !
- Tu sembles surpris par ma taille chevalier ! Rassure-toi, tu n'es pas le seul à être impressionné à ma simple vue ! A cause de ma grande taille, on me surnomme depuis toujours "celui dont la tête heurte les étoiles" ! Eh eh eh ! Je suppose que parmi les tiens tu passes pour un homme grand et fort, mais face à moi tu n'es qu'un enfant ! Cependant, je promets de ne pas te faire souffrir trop longtemps ! Je me nomme Goborrai, Juggernaut du Sanglier d'Erymanthe, et je vais te pulvériser !
Geki sentait la provocation dans la voix de son ennemi, qui cherchait à le ridiculiser et à l'humilier tant il était sûr de sa victoire. Il décida de jouer le même jeu :
- Et moi je suis Geki, Saint de la Grande Ourse. Et je vais te prouver ma force, Cobrai.
- Mon nom est Goborrai ! répondit-il, vexé. Et puis j'en ai assez de discuter ! Place à l'action ! Wild Boar Charge !
Le corps du géant se recouvrit d'une puissante énergie qui brillait d'une lumière rouge, et tel un train à grande vitesse, il chargea Geki, qui fut percuté par l'épaule du Juggernaut et projeté à plus de dix mètres en arrière, pour tomber sur le sol qu'il heurta plusieurs fois avant de s'arrêter. Il n'avait jamais vu une telle force ! L'Australien se délectait de son succès :
- Tu bouges encore ? Allez, encore une fois et tous tes os seront broyés ! Wild Boar Charge !
Geki n'avait pas l'intention de se laisser faire, il se releva rapidement malgré la douleur et le léger étourdissement qu'il ressentait encore, et il tenta de contrer l'attaque avec sa propre technique :
- Heavy Charge !
Les deux hommes foncèrent l'un vers l'autre comme deux taureaux dans une arène, et rien ne semblait pouvoir les arrêter. Le choc fut rude, mais le résultat toujours identique : la charge de Geki n'avait pas eu plus d'effet qu'une gifle face à la course puissante du guerrier d'Héraclès, et il avait été balayé.
Tout en se redressant difficilement, Geki constata que son armure, qui n'avait pas trop souffert de son premier combat, se fissurait cette fois en plusieurs endroits. Surpris de le voir toujours en état de combattre, le Juggernaut commençait à perdre patience :
- Toujours pas mort ? Inutile de t'entêter, un moucheron ne peut blesser un sanglier ! Ta force est bien trop inférieure à la mienne !
- Tout n'est pas qu'une question de taille ou de force ! Tu ne devrais pas me sous-estimer !
- Ah oui, et pourquoi ? Qu'est-ce qui pourrait bien te permettre de me vaincre à part la force ? Moi je vais te le dire : rien ! Seule la force compte ! L'homme a toujours bâti ses lois sur la force, et même lorsqu'il prétend le contraire, c'est tout de même le cas ! Seul l'adversaire qui a le plus de force peut remporter la victoire.
- Tu as tort, nous avons combattu et vaincu grâce à notre volonté des adversaires bien plus forts que nous !
- Pff, tu m'ennuies, tu ne sais que discuter ! Pour ma part, je préfère combattre !
Et pour mêler l'action à la parole, il frappa le sol de ses énormes poings, provoquant une large faille qui s'étendit jusqu'aux pieds de Geki, qui sauta pour ne pas se retrouver au fond du trou, mais Goborrai l'intercepta en l'air et le frappa des deux mains jointes, le renvoyant aussi vite au sol, et il atterrit juste à côté de lui. Geki se releva brusquement de façon inattendue, et profitant de l'effet de surprise, il bondit pour empoigner le géant au niveau de la taille :
- Bear Hug !
Cette technique consiste à étouffer l'adversaire en lui écrasant les poumons contre son propre corps. Les bras du Saint de bronze étaient tout juste suffisants à faire le tour de la taille du guerrier du Sanglier, mais c'était à peine suffisant à exercer une pression mortelle.
Malgré sa résistance, le géant était bien mal en point, et il commençait à suffoquer. Il frappa Geki à la tête, mais le Saint ne lâcha pas, alors il le frappa encore et encore, en y mettant toujours plus de force, visiblement peu diminué par la pression qui s'exerçait sur lui, et Geki finit par relâcher son étreinte.
Ainsi libéré, il voulut porter un coup de poing avec toute sa puissance, mais Geki l'esquiva en sautant, puis il lui retomba dessus avec tout son poids, les deux pieds en avant, et l'atteignit à la tête. Geki savait qu'il en fallait bien plus pour remporter le combat, mais il était décidé à jouer la carte de la provocation jusqu'au bout :
- Tu vois qu'un moucheron peut blesser un sanglier, Bonobai !
- Goborrai ! Je m'appelle Goborrai ! G o b o r r a i ! Ce n'est portant pas compliqué ! Ce nom remonte aux plus anciennes légendes aborigènes de notre pays, alors ne l'insulte pas !
- Si tu le dis, répondit Geki, amusé face à une telle irritation.
- Qu'est-ce qui te rend si fier ? De m'avoir porté un seul coup ? Si c'est ça, je vais en finir avec toi !
- Tu te répètes.
- Plus pour longtemps ! Wild Boar Charge !
Son corps recouvert d'une aura rouge sang vint à nouveau percuter Geki avec vélocité, mais le Saint de bronze se protégea avec ses bras, ce qui ne l'empêcha pas d'être jeté à terre. Il était à bout de souffle. C'était la troisième fois qu'il encaissait cette technique, et elle était portée à chaque fois avec plus de force, c'est comme s'il avait été percuté par un mur en métal. Alors que son armure de bronze était sérieusement endommagée, celle de son adversaire restait parfaitement intacte. Il tenta de se relever, mais son corps avait du mal à lui obéir. Il vit alors l'ombre du Juggernaut le recouvrir : celui-ci était dans les airs juste au-dessus de lui, près à lui retomber dessus pour l'écraser :
- Si tu refuses de mourir, alors je vais briser tes os un à un !
Il tomba le genou en avant sur la jambe droite de Geki, qui se brisa dans un craquement atroce. Il poussa un hurlement de douleur. Aucun doute possible, il avait la jambe cassée.
Son adversaire jubilait :
- Maintenant, passons aux autres membres !
Réanimé par l'énergie du désespoir, Geki se redressa à la vitesse de l'éclair, ignorant la douleur à son tibia, et attrapa le cou de l'Australien avec les deux mains :
- Hanging Bear !
Mais cette prise n'avait aucun effet sur ce monstre de puissance et de muscles. Goborrai avait contracté son cou de taureau et les mains de Geki, bien qu'utilisant l'énergie du cosmos, ne parvenaient pas à rompre cette nuque dont elles faisaient à peine le tour. Goborrai n'attendit pas plus longtemps, il arracha les deux mains de son cou. Geki tenta d'enchaîner en le frappant à la poitrine, mais l'armure d'ivoire bloqua son coup. Alors le Juggernaut saisit Geki et retourna pour le plaquer au sol, puis lui tenant solidement le bras gauche, il le brisa en y employant toute sa force. Le serviteur d'Athéna hurla à nouveau et roula dans le sable, serrant son bras de toutes ses forces.
Meurtri et épuisé, il sentait la chaleur du désert brûler ses blessures. Cette douleur lui rappela ce combat qu'il avait livré au Saint de Pégase, lors du tournoi organisé à Tôkyô, au Japon.
***
Seiya, ce chevalier qui faisait la moitié de son poids, était parvenu à lui briser les deux poignets et lui avait porté en retour une profusion de coups de pieds si rapides et puissants que Geki avait été mis hors de combat. Suite à cette défaite, il était resté longtemps inconscient, dans un état proche du coma. Autant son corps que son âme s'étaient refermés au monde extérieur tandis qu'il reposait, inerte, dans une chambre de l'hôpital de la corporation Grade.
Puis un matin, il ne pouvait dire si c'était un jour, une semaine, ou un mois après, alors que sa conscience flottait encore dans cet état intermédiaire, il sentit une force vive et pleine d'énergie pure qui l'appelait et tentait de le réveiller. Mais l'endroit où il se trouvait était si confortable et si reposant qu'il préférait y rester, quitte à s'y enfoncer encore plus. Pourtant, cette énergie bienveillante continuait de l'appeler encore et encore. Cette énergie, c'était un cosmos. La voix, plus résolue que jamais, résonnait de plus en plus fort en lui :
- Geki, réveille-toi ! Je sais que c'est difficile, mais tu es un Saint d'Athéna, tu es le Saint de la Grande Ourse ! Réveille-toi, chevalier ! Nous avons besoin de toi !
Et ces paroles continuaient de se répandre en lui, redonnant vie à chaque parcelle de sa conscience. Peu à peu son énergie revenait et le désir de s'abandonner au sommeil le quittait, puis son cosmos s'enflamma et entra en communion avec celui qui l'appelait, et il reprit conscience.
En ouvrant les yeux, il découvrit Jabu qui était penché au-dessus de son lit, les yeux fermés, concentré au plus haut point, et son cosmos brillait tout autour de son corps. Le Saint de la Licorne rouvrit les yeux à son tour :
- Content de te revoir Geki. Désolé d'interrompre ton sommeil réparateur, mais Athéna a besoin de chacun d'entre nous.
Geki pouvait voir à quel point cette opération avait coûté en énergie à Jabu. Il le regarda avec reconnaissance, bien qu'il était incapable de la lui communiquer. Il se contenta de lui dire :
- Tu as raison, ce n'est pas ici la place d'un serviteur d'Athéna.
Et il se releva, puis suivit son compagnon en dehors de la pièce.
***
Bien qu'il ne lui ait rien dit sur le moment, Geki devait une fière chandelle à Jabu et s'en sentait redevable : non seulement il lui avait permis de sortir de cet état catatonique, mais en plus il avait réveillé sa flamme combative. Après son réveil, et malgré ses poignets brisés, Geki était retourné auprès de son maître Tokala pour subir un nouvel entraînement des plus difficiles.
Il avait su à l'époque dépasser le stade de la douleur physique pour se perfectionner. Il devait, aujourd'hui encore, ignorer ses blessures pour reprendre le combat. Son corps était capable d'endurer les pires épreuves, c'est ce qui lui avait valu de remporter sa Cloth, et c'est ce qui allait l'aider à mener ce combat jusqu'au bout.
Par ailleurs, Geki n'était pas sans ressource, et il avait bien observé son adversaire jusqu'à présent. Il se remit debout, tout en rigolant doucement.
Ne comprenant pas une telle attitude de la part de quelqu'un qui vient de se faire briser la jambe et le bras, le guerrier titanesque lui lança :
- Qu'est-ce qui peut bien te faire rire ? Tu penses avoir encore une chance de me vaincre ? Ou est-ce la douleur qui te rend fou ?
- Non, ce qui m'amuse, c'est que j'ai compris le principe de vos armures, les "Trophies", et la façon dont vous vous en servez. Contrairement aux Cloths d'Athéna, qui ne sont que des poids morts pour ceux qui n'ont pas un cosmos suffisant pour les animer, vos "Trophies" sont des armes que n'importe qui peut endosser. Elles n'en restent pas moins des armes redoutables, plus efficaces mêmes que nos armures sacrées, mais vous ne vous reposez que sur elles pour combattre. A l'inverse des Saints, vous n'avez pas la maîtrise complète du cosmos, vous n'utilisez cette source d'énergie que pour amplifier votre force physique, et vos armures d'ivoire amplifient cette force. Pour nous en revanche, les Cloths ne sont que des protections, et le reste de nos capacités combatives, nous devons les acquérir par nous-même.
- Tu insinues que ma force ne vient que de mon armure ?
Geki, tout en déchirant une partie de sa combinaison pour bander sa jambe et son bras, lui répondit sans presque lui prêter attention :
- Tu es certes un homme très robuste et puissant, mais sans ton Trophy, tu ne serais plus celui que tu es actuellement.
Goborrai hésitait. Il ruminait intérieurement des idées noires. Les paroles que venait de prononcer Geki semblaient avoir atteint son système de valeurs. Il était hors de lui, il voulait l'écraser dans l'instant pour faire disparaître à jamais celui qui disait de telles absurdités, mais au fond de lui il ne pouvait se résigner à agir ainsi, il avait besoin de se prouver qu'il ne devait sa force qu'à lui-même.
- Tu ne sais pas de quoi tu parles, chevalier de l'Ours ! Sais-tu que, par nature, la race aborigène est de constitution légère et filiforme, adaptée qu'elle est à notre environnement et à notre mode de vie ? De par leur masse musculaire surdéveloppée, due en partie au hasard de la naissance et en partie à un entraînement draconien, les Juggernauts sont donc des exceptions au sein de la société aborigène. Nous sommes presque considérés comme des dieux, tant notre force est surnaturelle ici ! Et c'est cette force qui fait de nous des êtres hors du commun !
- Justement, là est votre problème, vous ne connaissez pas la véritable puissance, celle qui vient du cosmos, et qui ne dépend pas de ces muscles dont tu es si fier. Sans ton armure, tes muscles ne te seraient pas d'une grande aide face à moi et mon cosmos.
Goborrai était immobile, il tentait de contenir une rage qui faisait vibrer tout son corps.
- Très bien chevalier, alors je te propose un duel : je retire mon Trophy, tu enlèves ta Cloth, et nous combattons à mains nues, la force de ton cosmos contre celle de mes muscles, et nous verrons bien qui est le plus fort !
Geki était satisfait, sa stratégie avait fonctionné à merveille. Il savait qu'il n'avait aucune chance de vaincre cet adversaire dont le Trophy le rendait si puissant, et il savait aussi que, si les Saints étaient généralement aptes à se battre sans leurs armures, c'était sans doute moins le cas des Juggernauts. Ainsi Geki s'assurait une chance supplémentaire de remporter la victoire dans un affrontement à mains nues.
Sans mot dire, les deux opposants déposèrent leur protection au sol pièce par pièce et se rapprochèrent l'un de l'autre, les poings serrés placés en garde ; et la lutte au corps à corps débuta.
Ils s'échangèrent de nombreux coups à une vitesse rare : crochets, directs, uppercuts ; certains touchaient, d'autres étaient bloqués ou esquivés, mais les échanges étaient égaux. Geki parvenait à maintenir l'équilibre malgré ses blessures, et compensait la différence de taille par des déplacements autour de son adversaire.
Après plusieurs minutes de combat acharné sous le soleil aveuglant, chacun s'éloigna, essoufflé. Tous deux se regardaient dans les yeux, autant impressionné l'un que l'autre par la vigueur de son opposant. Puis Goborrai contracta son poing droit de toute sa force, et Geki concentra l'énergie du cosmos dans sa main fermée, chacun ayant compris que cet assaut serait le dernier. Le Saint de bronze fut le premier à s'élancer à hauteur du géant en jetant son poing chargé de son cosmos prêt à exploser :
- Hammer Punch !
Le Juggernaut chargea lui aussi le poing en avant avec toute la force que ses muscles lui procuraient :
- Woooooo !
Les deux combattants se rencontrèrent dans un fracas intense. Les deux furent touchés : Geki au ventre, et Goborrai à la tête.
Le Saint de l'Ours s'écroula, se tenant douloureusement le ventre, et le Juggernaut resta dans la même position, le poing tendu et le regard immobile, puis il chuta de tout son long comme un arbre abattu.
Une main toujours sur le ventre, Geki se releva et s'approcha en boitant du corps du guerrier du Sanglier, totalement immobile. Lorsqu'il tendit la main pour récupérer l'épaule gauche du God Trophy, la voix de Goborrai retentit à nouveau :
- Bravo, tu as été le plus fort, tu m'as convaincu de la puissance du cosmos, et surtout de la valeur des protecteurs d'Athéna. J'ai confiance en ta cause, et aussi en ta force, car l'un sans l'autre n'a pas de valeur. Alors que votre mission soit couronnée de succès !
Geki voulut répondre à ces paroles sincères et touchantes, mais en regardant le visage de l'homme, il constata qu'il était toujours inconscient. Ce guerrier avait une telle combativité et un tel sens de l'honneur que même dans cet état il avait voulu reconnaître sa défaite et rendre hommage à la force de son opposant. Geki était soulagé de savoir que le Juggernaut ne succomberait pas à ses blessures. Il adressa à son tour des paroles à l'homme étendu :
- Je suppose que tu ne m'entends pas mais je tiens moi aussi à reconnaître ta valeur et ton sens de l'honneur. J'espère qu'à l'avenir tu auras l'occasion de mettre ta force au service de la justice.
Puis il remit son armure, s'empara de l'épaulette gauche, et partit rejoindre ses amis sur le lieu du combat final.
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Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.