Chapitre 14: Cerbère, le gardien des Enfers

Quel monstre pouvait être plus affreux que le Cerbère aux trois gueules ? Cette créature, enfantée comme tant d'autres par le terrifiant couple Typhon et Echidna, aussi anciens que le monde, gardait férocement la porte des enfers, s'attaquant à quiconque tentait d'en franchir le pas. Ce chien horrible était doté de trois têtes toutes plus immondes les unes que les autres, son dos était recouvert de serpents sifflants, et sa queue était celle d'un scorpion venimeux, qui piquait mortellement celui qui s'en approchait. Toi seul Héraclès, héros dont la renommée traversa les époques, pus contenir ce monstre composite, et malgré les coups qu'il t'infligeât, malgré les douleurs que tu enduras, tu ne lâchas point ta proie.
***
Au milieu de l'Océan Pacifique se trouve cette île immense, qui forme presque à elle seule un continent entier : l'Australie. Son nom vient de l'expression utilisée par les navigateurs qui l'aperçurent la première fois : "Terra Australis Incognita", soit en latin "terre inconnue du Sud". Or aujourd'hui, ce pays recèle encore de nombreuses terres vierges, où la civilisation ne s'est pas encore montrée la plus forte. Parmi ces terres sauvages se trouve le "Territoire du Nord" qui recouvre un sixième du pays pour un centième de la population nationale. Il n'y existe en effet que des déserts, mais la nature n'y est pas absente : faune, flore, tout y est.
Au sud du Territoire du Nord, donc au centre de l'Australie, vivent les Juggernauts, les protecteurs de ce continent. Leur village est tristement scindé depuis plusieurs générations en deux villes éloignées. C'est également dans ces environs que se trouvent les lieux sacrés de leurs croyances : Uluru, le rocher rouge, lieu mythique du combat entre le bien et le mal ; Tnorala, cratère immense, domaine où le dieu Héraclès est tombé sur terre ; et enfin la troisième place, la plus secrète et la plus difficile à atteindre, perdue au milieu d'un désert brûlant : le Temple d'Héraclès, seule preuve dans cette contrée de la présence du dieu de la force.
Pour la première fois depuis des siècles, des personnes étrangères au village des Juggernauts allaient pénétrer en ce domaine. Le bâtiment était aujourd'hui en ruines, mais la majesté du lieu n'en était pas affectée. A l'image du héros à la force inégalée, le temple était grand et massif. L'entrée était encadrée par deux statues gigantesques, l'une représentant un lion rugissant, et l'autre un cerbère aux têtes hideuses.
Deux hommes, bientôt rejoints par un troisième, se tenaient face à ce bâtiment :
- Geki, c'est toi ?
- Ban, Ichi ! Je suis heureux de vous revoir. Où sont Nachi et Jabu ?
- Je l'ignore, répondit Ichi. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de les attendre. A ce que je vois, nous avons tous récupéré une des pièces maîtresses, et la dernière se trouve dans ce temple. Alors allons la récupérer.
Ils pénétrèrent tous en même temps dans l'obscurité du temple et ressentirent un grand soulagement de ne plus être exposés à l'intensité du soleil. Après avoir prudemment traversé un long couloir bordé de fresques représentant les exploits du héros légendaire, ils arrivèrent face au trône du dieu absent, sur lequel était assis le dernier Juggernaut, ses trois capes jetées sur le côté. Il interpella les intrus :
- Eh bien, ce ne sont pas là les visiteurs que j'attendais... Apparemment trois d'entre vous ont survécu, vous avez beaucoup de chance !
Il se leva et prit tout d'un coup un ton plus agressif :
- Mais je vous préviens, si vous avez tué un seul de mes hommes, je promets de vous le faire payer au centuple ! Je suis Baiame, le représentant de l'infernal Cerbère et chef du Six Pack. Face à moi, vous serez impuissants !
La peau du Juggernaut était plus mate et plus sombre que celle des autres Aborigènes. Son visage, de par sa couleur sombre, disparaissait presque entièrement dans son casque, à l'exception de ses deux yeux qui brillaient d'un éclat terrifiant. Les trois têtes du gardien des enfers décoraient son Trophy, une tête sur chaque épaule et la troisième sur la poitrine.
Après avoir regardé un moment ses trois opposants, le chef Juggernaut reprit d'un ton moins rude mais hautement méprisant :
- Pff ! De toute façon, que comptez-vous faire ? L'un de vous n'a qu'un reste d'armure, le deuxième est brûlé en plusieurs endroits, et le troisième a une jambe et un bras cassés ! Vous formez une belle équipe d'éclopés !
- Fini la discussion ! cria Geki. La pièce d'armure qui protège ton torse, si je ne me trompe pas, est l'ultime pièce qui va former l'arme dont nous avons besoin, et nous allons la récupérer coûte que coûte !
- Vous vous surestimez ! Je vais vous vaincre tous les trois en une seule attaque, et pas plus tard que maintenant ! Hell Guardian Inhalation !
Des trois têtes qui jonchaient son armure jaillirent trois formes étranges, semblables à des hologrammes, qui se changèrent en trois gueules de chien béantes lancées vers les Saints. Chacun tenta de se protéger ou de repousser la tête qui venait vers lui, mais ni leurs coups ni leurs parades ne semblaient ralentir l'avancée de ces monstres, comme s'ils étaient confrontés à du brouillard. Ainsi les trois jeunes garçons furent totalement engloutis ; comme pris au piège, ils furent soulevés du sol, et ressentirent une substance visqueuse les recouvrir, rongeant tel de l'acide leur corps et leur Cloth. Puis les trois gueules les recrachèrent au loin, leurs blessures brûlées par cette matière acide qui les couvrait encore.
- Et voilà ! Trois adversaires d'un coup ! Et j'ai encore d'autres surprises si vos deux amis décidaient de vous rejoindre ; on ne m'appelle pas pour rien l'homme aux 1000 techniques ! Personne n'a le pouvoir de me vaincre : ni vous, ni le Big Five !
Geki, Ban et Ichi ne purent s'empêcher de ressentir un frisson dans le dos en entendant cette affirmation, comment vaincre un guerrier possédant autant de bottes secrètes ?
Mais ils n'étaient pas hommes à capituler, et déjà Ichi et Ban étaient sur leurs genoux, et Geki, quant à lui, s'était remis debout, se tenant la poitrine.
- Il va en falloir plus, beaucoup plus pour nous vaincre ! Nous avons déjà battu le Big Five ainsi que tes hommes, alors nous n'allons pas abandonner si près du but !
- Pff ! Ne me faites pas rire ! Je ne crois pas un seul instant à votre histoire ! Dites plutôt que vous êtes des mercenaires au service de nos ennemis ! Mais puisque vous n'abandonnez pas, je vais devoir vous attaquer de nouveau jusqu'à ce que vous ne vous releviez plus !
- Baiameeeeeeeeeeeee !
En entendant cette soudaine interpellation qui avait été proférée par une voix pleine de rage, les trois Saints de bronze et le Juggernaut s'immobilisèrent. Un homme se tenait dans l'encadrement de la porte. Son visage ne pouvait se distinguer, seule sa silhouette était perceptible. Puis il approcha de quelques pas, et son visage sortit de l'obscurité, permettant à ses trois compagnons de le reconnaître.
- Jabu !
Mais ils se gardèrent bien de lui parler davantage, tant son visage exprimait une haine presque palpable. Il ne regardait même pas ses amis, ses yeux étaient fixés sur le guerrier du Cerbère, vers lequel il tendit la pièce maîtresse, les deux poings dorés du Juggernaut qu'il venait de vaincre.
- Comment s'appelait-il ?
- Tu... tu l'as tué ?
- COMMENT S'APPELAIT-IL ? répéta-t-il en hurlant.
Malgré la prestance dont Baiame avait fait preuve jusqu'à présent, il répondit sans rechigner à la question, presque honteux.
- Il s'appelait Gaengaen, le Juggernaut des Pommes d'or des Hespérides, quatrième guerrier du Six Pack.
- Gaengaen ! Ainsi était-ce son nom ! Cet homme était vide, comme si la vie elle-même avait quitté son corps et son âme ! Est-ce ainsi que l'on devient lorsque seule la bataille anime notre vie et notre esprit ?
- Je n'ai jamais souhaité cette guerre, mais elle est là, aux portes de notre village ! Et si nous ne combattons pas nos ennemis, nous serons tous anéantis ! Je n'ai toujours eu qu'un seul objectif : épargner mes camarades de périr au combat. Lorsque vous êtes arrivés au lieu de rendez-vous ce matin, je m'étais préparé à affronter seul les cinq membres du Big Five afin de protéger mes compagnons, ce n'est que votre venue qui a changé mes plans, mais sinon, j'avais l'intention de tout faire pour éviter à mes amis de mourir au combat !
- Comment peux-tu prétendre défendre tes frères d'armes si en contrepartie ils deviennent des machines à tuer, vides et insensibles ? Tu es un hypocrite ! Tu pourrais stopper cette guerre et sauver ainsi tes frères du péril de la bataille, mais tu ne le fais pas !
L'homme à la peau sombre était resté immobile. Jabu poursuivit ses accusations :
- Baiame, ne nous oblige pas à ce qu'il y ait un nouveau mort ! Donne-nous la pièce maîtresse de ton armure et abandonne tes idées de bataille ! Le Big Five est vaincu, leurs Trophies désormais inoffensifs, tout comme ceux de tes hommes, vous n'avez plus de raison de vous battre !
- Est-ce vrai ? Vous avez vraiment vaincu Ularu et ses hommes ? dit-il, cette fois convaincu par le ton sans équivoque du Saint.
- Oui, alors rends les armes ! La lutte n'est plus nécessaire !
Mais soudain, un changement sembla s'opérer en Baiame. La culpabilité qu'il ressentait peu auparavant disparut, pour laisser place à une confiance et une certitude sans bornes.
- Si ce que vous dites est vrai, alors c'est pour nous l'occasion de nous débarrasser une bonne fois pour toute de nos ennemis ! Pour le salut de mon peuple, je n'abdiquerai pas !
Les poings dorés que tenaient Jabu tombèrent au sol dans un bruit aigu. Le Saint était résigné, le temps du dialogue était révolu, celui du combat était venu.
Il releva la tête et fit face au Juggernaut, son cosmos s'enflammant de toute sa puissance :
- Puisque seul le combat peut te convaincre, alors je combattrai !
A ces paroles, Geki, Ban et Ichi reculèrent, comprenant que leur compagnon souhaitait livrer seul cette bataille, et que rien ne pourrait l'en dissuader. Baiame arracha avec force les trois capes qui ondulaient dans son dos et les jeta au loin. La dernière bataille des Saints contre les Juggernauts allait commencer, et c'est le représentant d'Héraclès qui signala le début de la rencontre :
- Hell Guardian Inhalation !
Trois têtes semblables à des hologrammes sortirent de son armure et se jetèrent sur Jabu, telles des bêtes affamées, mais lui ne bougea pas.
Lorsqu'elles furent à quelques centimètres de l'atteindre, il fonça tout droit, les traversant comme du beurre, et se retrouva face à Baiame qu'il frappa d'un violent coup de pied qui le jeta en arrière.
Le chef du Six Pack avait relativement bien encaissé le coup, mais il était surpris de la façon dont son adversaire avait su déjouer sa technique. Jabu lisait l'étonnement dans ses yeux :
- Tu devrais savoir qu'il est plus facile pour un chevalier de déjouer une attaque qu'il a déjà vue, or j'ai pu analyser à loisir ta botte secrète lorsque tu l'utilisais contre mes compagnons, au moment où je suis entré. Mais je t'en prie, utilise donc tes autres tours...
- Inutile de tenter de me déstabiliser par tes sarcasmes, Saint de la Licorne. Tu as percé le secret de ma technique, soit, mais à quel prix ? Tu as quand même subi, à moindre effet certes, l'effet acide de l'attaque. Mais trêve de palabres, je vais en finir avec toi autrement. Kerberos Press !
Jabu s'apprêta alors à parer l'offensive de son ennemi en plaçant ses mains devant lui, mais tandis que le Juggernaut attaquait, il vit d'étranges volutes entourer son corps, sans parvenir à savoir si ce n'était pas simplement sa vision qui lui jouait des tours. Quoiqu'il en soit, l'attaque n'était pas ce à quoi il s'attendait : elle ne venait pas de face. Il ressentit alors une pression sur tout son corps et se retrouva écrasé au sol comme si son poids était soudain multiplié par cent. Son armure se fissura sérieusement et toutes les dalles de pierre autour de lui avaient subi le même sort.
Ne le voyant pas bouger, Baiame se retourna vers les trois autres Saints de bronze :
- En voilà un de moins ! Je considère que vous êtes tous les trois condamnés aussi, il ne reste donc plus qu'un chevalier en course, mais à mon avis il est déjà mort !
Jabu s'était déjà relevé et se chargea de répondre :
- Tu t'accordes un peu vite la victoire Baiame, de même que tu enterres un peu trop vite notre ami ! Nachi nous rapportera la pièce maîtresse que détenait son opposant, et moi je vais finir ce combat. Unicorn Gallop !
- Darkness Voice !
Un large rayon noir jaillit d'une seule de ses mains et vint rencontrer l'attaque de Jabu ; les deux coups s'annulèrent, et le résultat fut donc nul, pourtant le Saint y avait mis toute sa puissance. Tous les deux propulsés en arrière, ce fut Baiame qui le premier se releva. Il contre-attaqua aussitôt :
- Kerberos Press !
Jabu esquiva l'écrasement en bondissant sur le côté, mais ce n'était pas terminé :
- Kerberos Press ! Kerberos Press !
L'Australien envoyait son attaque encore et encore ; Jabu slalomait méthodiquement entre les déflagrations, mais il savait qu'il ne pourrait pas poursuivre ce rythme bien longtemps. Le Juggernaut enchaîna :
- Darkness Voice !
Evitant déjà tant bien que mal les pressions du Cerbère, Jabu crut cette fois être pris au dépourvu face à cette nouvelle offensive, mais il se baissa in extremis. Bénéficiant de l'effet de surprise, il allait enfin pouvoir approcher son adversaire et lui porter un coup, mais il ne s'attendait pas à ce qu'une troisième technique soit invoquée en si peu de temps contre lui :
- Hell Guardian Inhalation !
Il vit les trois têtes du monstre venir à lui, mais n'eut pas le temps de les traverser et fut absorbé comme dans une bulle. Malmené dans ces gueules animales comme s'il avait été avalé, il fut recraché violemment, recouvert de cette matière qui brûle son corps et ronge sa Cloth. Il se releva immédiatement et fit exploser son cosmos l'espace d'une seconde afin de se débarrasser de cet acide.
"C'est incroyable, pensa-t-il, cet homme parvient à enchaîner ses attaques avec une facilité déconcertante !"
En tout cas, il avait encore aperçu ces étranges distorsions entourer l'Aborigène au moment des attaques. Il jeta un œil à ses compagnons, ils n'avaient visiblement rien vu d'anormal. Jabu tenta de marcher, mais ses jambes flanchèrent. Baiame, bien décidé à en finir avec eux un par un, commençait à perdre patience de voir celui-là résister. Profitant de ce que son adversaire était dans un moment de faiblesse, le Juggernaut fondit sur lui et l'attrapa par le col ; le tenant ainsi, il lui fit traverser avec fracas une série de piliers à la seule force de son bras. Jabu encaissait, impuissant, chaque obstacle avec plus de douleur, avant d'être jeté à terre. Le voyant toujours en vie, l'Aborigène le projeta au plafond, dans lequel il s'encastra, puis retomba dans une pluie de gravas qui recouvrirent son corps dont seule sa main dépassait désormais. Le silence était revenu.
Le dernier Juggernaut observa attentivement cette main, à l'affût du moindre signe de vie, mais rien ne bougeait. Soudain, l'index tressauta légèrement. Baiame laissa alors exploser sa colère et son énergie.
- Je vais réduire à néant la dernière parcelle de vie qui réside encore en toi ! Eyes Of Terror !
Des yeux gravés sur les trois têtes de son Trophy jaillit un puissant souffle d'énergie rouge comme le sang. Cette technique était encore plus dévastatrice que les précédentes, elle projeta Jabu tout au fond du temple jusque contre un mur qui s'écroula sous l'impact, et ce qui restait de l'armure du jeune homme vola en éclats.
Cette fois-ci plus rien ne bougeait, son corps était broyé et son armure en miettes. Il était à bout de force, proche de la mort. Le Juggernaut du Cerbère était trop puissant.
- Bravo chevalier, je n'aurais jamais pensé que tu puisses encaisser autant de coups avant de fléchir. Je ne voulais pas en arriver là, mais mon peuple passe avant toute chose. Je félicite cependant ta témérité, et rend hommage à ton courage.
- Jabu !
Les trois autres Saints étaient sous le choc. Ils n'avaient pas eu le temps de réaliser ce qui venait de se passer qu'un homme fit son entrée dans le temple. Tous les trois crièrent en chœur :
- Nachi !
Le Saint du Loup regarda en direction du corps Jabu, l'air dépité, puis rejoignit Ban, Ichi et Geki. Il s'adressa au Juggernaut :
- Tu n'en as pas encore terminé avec les Saints de bronze ! Aucun de tes hommes n'a pu venir à bout de nous, et tu finiras par faire le même constat !
- Alors vous non plus vous n'en avez pas eu assez ? Nous allons voir si vous résisterez aussi longtemps que le Saint de la Licorne !
Et tandis qu'un nouveau combat allait commencer, Jabu était plongé dans un monde obscur dans lequel son corps semblait flotter. Il entendit une voix s'adresser à lui :
- Jabu ! Serais-tu en train d'abandonner ?
C'était celle de Saori.
- C'est vous, Saori ? Ou plutôt devrais-je dire... Athéna ?
- Jabu, tu n'es plus dans un tournoi, tu n'as pas le droit à la défaite ici. N'oublie jamais que tu combats au nom d'Athéna et de la justice, et lorsque ta cause est juste, ton cosmos ne peut jamais s'éteindre, à moins que ta volonté ne s'éteigne elle-même. Alors relève-toi, une guerre difficile se prépare pour nous tous, ne nous abandonne pas maintenant !
Une deuxième voix résonna alors dans le vide de son inconscience :
- Elle a raison Jabu, tu es encore plein de ressources.
- Maître ? C'est vous ?
- Jabu, toi mon élève, ma fierté, pourquoi penses-tu que je sois mort ?
A ces mots, l'émotion du jeune garçon redoubla. Il pleura.
- C'est ma faute, maître.
- Si tu te crois coupable, alors c'est que je suis mort pour rien. Notre combat était l'ultime épreuve que je t'ai imposée, tu devais être capable de faire abstraction de tes sentiments pour servir la cause que tu sais juste, et cette épreuve, tu l'as passée avec succès, mon rôle était donc terminé. Toi et tes amis allez pouvoir aider Athéna à retrouver la place qui lui est due. Voilà pourquoi je suis mort, alors ne l'oublie pas !
- Maître ! Ne partez pas !
Mais sa voix était déjà lointaine. Les sentiments qu'il éprouvait autrefois pour Saori n'étaient désormais plus grand chose en comparaison de l'admiration et du respect qu'il avait pour Sayed.
Jabu rouvrit faiblement les yeux ; entre les pierres qui l'entouraient il voyait Baiame, face à ses quatre compagnons, préparant une nouvelle attaque. Les mêmes distorsions apparurent encore autour de lui, mais cette fois il remarqua un autre détail encore plus étrange : l'épuisement troublait-il ses facultés visuelles ? Non, il ne se trompait pas ! Un fil argenté partait de la nuque de l'Aborigène et se perdait derrière lui, là où justement il observait des distorsions. Ce n'étaient pas des hallucinations !
"Le Temps des Rêves", pensa-t-il. Il se souvint des leçons de son maître, et de la fois où il lui avait parlé du "Temps des Rêves".
L'armure de la Licorne symbolise les rêves, celle du Hibou représente la nuit, tous deux étaient liés par leurs Cloths, c'est ce que lui disait Sayed. C'est au cours de ces enseignements que l'Arabe lui avait parlé du Temps des Rêves, cette dimension parallèle, tangible et intangible, partout et nulle part, et pourtant liée de près à notre réalité. Il lui avait révélé que, s'il atteignait la perfection dans la maîtrise des pouvoirs de la Licorne, l'animal des rêves, il serait capable d'atteindre ce monde et d'y voyager. Ainsi réfléchissait-il : "Serait-ce là le secret de Baiame ? Cet homme serait capable de faire des aller-retours dans le Temps des Rêves ?
Il est dit que ce lieu mystique permet de repousser les limites de nos pouvoirs et de notre créativité. Moi, déjà en utilisant mes rêves pour m'entraîner, j'ai été capable de développer de nouvelles capacités, mais si Baiame en fait de même dans le Temps des Rêves, les possibilités doivent être infinies ! Dans un tel lieu, je comprends qu'il puisse inventer toutes ces techniques incroyables.
De plus, le temps ne s'écoule pas dans cette dimension, il n'y a ni passé, ni présent, ni futur, ce qui signifie qu'il peut s'y rendre sans que nous autres nous en apercevions : ainsi, il est face à nous, en plein combat, et soudain son corps astral s'échappe dans le Temps des Rêves pour mettre au point une nouvelle technique. Il peut bien mettre un jour, une semaine, une année, peu importe ! Le temps n'existe pas dans ce monde, cela ne représente même pas une seconde pour nous ! Et sitôt que sa nouvelle arcane est au point, son corps astral réintègre son enveloppe corporelle sans que personne n'ait pu voir quoique ce soit. Personne à part moi, car j'ai vu ces distorsions autour de lui, qui correspondent à l'entrée du Temps des Rêves, et j'ai remarqué le fil argenté qui est le chemin parcouru par son corps astral.
Mais là où ça devient intéressant, c'est que comme le temps n'existe pas dans cette dimension, tout ce que Baiame a pu y faire, toutes les techniques qu'il a mises au point là-bas, leurs secrets s'y trouvent encore ! J'ai pu apercevoir le Temps des Rêves ; si je parviens à y pénétrer et à y naviguer sans me perdre, je pourrais percer le secret de toutes les techniques qu'il a développées dans ce monde, et son art n'aura plus d'effet sur moi, je pourrais alors le vaincre !
Je dois essayer !"
Ainsi le destin avait-t-il choisi d'opposer ces deux maîtres des songes. Jabu n'avait pas encore joué toutes ses cartes. Il se releva, blessé et le corps totalement dépourvu d'armure, celle-ci gisant en miettes au sol. Il cria le nom de son ennemi qui était sur le point de lancer son attaque contre ses compagnons. A ce signal, le Juggernaut détourna son offensive vers Jabu :
- Eyes Of Terror !
Le souffle de lumière rouge jaillit une nouvelle fois vers Jabu. Ce dernier ferma les yeux une fraction de seconde, le temps pour le souffle d'arriver sur lui, puis les rouvrit, et en dépliant des bras, il stoppa le vent comme s'il l'avait coupé en deux.
En voyant cette riposte, les yeux du Juggernaut se mirent à briller de l'éclat du défi :
- Très bien, puisque tu refuses d'abandonner, je vais utiliser toutes mes ressources contre toi, même si tu es épuisé et sans armure. Door To Underworld !
Alors apparut sous les pieds de Jabu un trou circulaire dans lequel il fut immédiatement absorbé. Tout son corps disparut dans la terre. Seules ses mains, tentant de s'agripper au rebord, dépassaient encore du trou, mais elles furent englouties à leur tour : Jabu était enterré.
Le silence retomba dans le temple, mais pour peu de temps, car bientôt une explosion retentit dans la terre, et Jabu ressortit de sa tombe dans une gerbe de sable et de pierre, sous le regard de plus en plus surpris du chef du Six Pack. Il ne fit désormais plus preuve de la moindre patience.
- Chains Torment ! Cette fois-ci il te sera impossible de t'échapper !
Quatre chaînes sortirent de terre telles des serpents pour saisir chaque membre de Jabu. Le Juggernaut se réjouit.
- Ah ah ah ! Ces chaînes vont t'écarteler jusqu'à ce que tu rendes ton dernier souffle !
Ainsi il affirmait sa confiance dans ce nouvel arcane, mais son expression changea du tout au tout lorsqu'il s'aperçut qu'en fait les chaînes n'avaient pas fait prisonnier son ennemi, mais que ce dernier les avait attrapées avant qu'elles ne puissent le menotter. Jabu en tenait deux dans chaque main, et tout en faisant brûler son cosmos, il brisa les liens de métal en tirant dessus. Baiame devenait de plus en plus livide au fur et à mesure de ses échecs.
- Tu as terminé ? lui dit le jeune Saint. Si tu as encore d'autres jeux de ce genre, je t'en prie, vas-y !
- Tu as tort de croire que c'est un jeu ! Ma prochaine attaque est d'un tout autre type, elle va te faire déchanter ! Corpses Vision !
Effectivement, cette technique était très différente. Cette fois-ci, pas de souffle d'énergie, ni de rayon destructeur, il avait juste vu une onde partir de l'Australien et brouiller sa vision une seconde au moment où elle entrait en contact avec lui. Mais sinon, rien ne se produisait.
Il entendit alors quelqu'un prononcer son nom près de lui.
- Jabu ! Jabu !
C'était une voix féminine qu'il connaissait bien. Oui, c'était Saori ! Elle était là, devant lui, mais que faisait-elle ici ? Elle s'approcha de lui, et il constata avec horreur que son visage était celui d'un cadavre, la peau décomposée et les yeux blancs. Il tenta de rester maître de lui-même, mais cette vision était d'une telle horreur qu'il eut du mal à garder sa contenance.
Un autre corps cadavérique s'avança vers lui en boitant : c'était son maître Sayed ! Il était encore en plus piteux état ! Il posa sa main putréfiée sur son épaule et prononça d'une voix sifflante :
- Jabu, mon élève !
Le Saint de la Licorne s'en dégagea d'un mouvement de répulsion. Mais ce n'était pas terminé, d'autres zombis apparurent : Nachi, Ichi, Geki, Ban, Seiya, Shiryû, Shun, Hyôga ! La salle lui parut soudain remplie de corps en décomposition, chacun perdant à vue d'œil des morceaux de chair et des membres entiers.
Cette illusion était terrible, il n'y avait rien de plus abominable que d'être confronté à la mort et à la putréfaction de ceux qui nous sont proches, cela contribuait à détruire nos repères et nos valeurs.
Jabu ferma les yeux, se remémorant de toutes ses forces le dernier enseignement de son maître : " Toi et tes amis allez pouvoir aider Athéna à retrouver la place qui lui est due. Voilà pourquoi je suis mort, alors ne l'oublie pas !"
Il était mort pour que lui réussisse, il n'était pas mort en vain, son corps ne pourrissait pas dans son esprit, il brillait d'une lumière pure. La voie qu'il avait choisie en combattant les Juggernauts était la plus juste, elle n'avait rien de sombre ni de malsaine. Des personnes comptaient sur lui, et le visage de chacune d'elles lui revint en mémoire, plus vrai et resplendissant que jamais.
Il rouvrit les yeux : les cadavres l'entouraient toujours, mais cela lui était égal. D'un air convaincu, il avança vers Baiame, poussant les corps qui étaient sur son passage avec une indifférence extraordinaire. Il traversait cette armée de morts, foulant d'un pied ferme les corps qui étaient sur son chemin, sans le moindre sentiment, jusqu'à être juste devant son ennemi. Ce dernier le croyait traumatisé par cette vision, alors il le frappa d'un coup de pied, mais Jabu arrêta la jambe, l'attrapa et souleva le corps massif de l'Australien pour le jeter avec violence contre un mur.
Les cadavres qui entouraient Jabu disparurent d'eux même tant ils n'avaient plus aucun impact sur lui. Il regardait Baiame dans les yeux :
- C'est terminé ! Je n'ai plus rien à craindre de toi !
Le Juggernaut aperçut alors des distorsions autour de Jabu. Il aurait été moins surpris de voir un fantôme, et l'étonnement se voyait sur son visage sombre. Mais son regard découvrit avec encore plus de stupéfaction le fil argenté qui partait de la nuque du Saint de bronze et rejoignait la zone trouble.
- Non, ce n'est pas vrai ! C'est tout simplement impossible !
Jabu ne lui répondit que par le silence.
- Je ne peux pas croire que tu aies le pouvoir de pénétrer l'Alcheringa, ça doit être un hasard, un coup de chance !
Jabu ne disait toujours rien.
- Grrr ! Je refuse de te croire capable de ça ! J'ai une technique contre laquelle même les dieux ne peuvent rien ! Tu ne pourras pas lui résister ! Styx Oath ! cria-t-il en levant une main vers le ciel.
Un éclair blanc s'abattit sur Jabu, et une lueur tout aussi blanche l'entoura soudain. Il ne pouvait plus bouger, comme si ses pieds étaient cloués au sol ! Il avait beau déclencher toute la puissance de son cosmos, rien ne se passait ! Il était bel et bien paralysé. Mais sa détermination ne diminua pas pour autant, et il s'adressa au chef du Six Pack :
- Baiame, inutile de t'obstiner ! Tu l'as compris, je suis moi aussi capable de pénétrer le Temps des Rêves ! J'ai découvert que tu mettais au point tes techniques dans cette dimension parallèle ; or je connais l'Alcheringa, comme tu l'appelles, et je suis capable de m'y rendre ; tes attaques n'ont donc plus aucun secret pour moi !
- Ah ah ah ! Quel sens de la répartie ! Tu es pourtant en ce moment même à ma merci, entravé par le serment du Styx, et tu ne pourras rien faire pour m'empêcher de t'achever !
- C'est ce que tu penses ! Ton arcane ne paralyse que mon corps, pas mon esprit ni mon cosmos ! Fantasy Horn !
Alors du front de Jabu jaillit un rayon blanc comme la brume qui frappa au crâne Baiame, qui devint alors prisonnier de ce monde virtuel et fabuleux. Ceci eut pour effet de rendre au corps de Jabu sa faculté de se mouvoir.
- Arrrh ! Où m'as-tu envoyé, scélérat ! Ce n'est pas comme ça que tu vas me vaincre ! dit-il, pensant visiblement avoir été envoyé dans une autre dimension.
Jabu s'apprêtait alors à attaquer le Juggernaut lorsque celui-ci se remit à parler.
- Ah ah ah ! Je viens de comprendre ! Ce n'est qu'une illusion, et tu es là quelque part ! Ton voile trompeur ne m'empêchera pas de te détruire ! Je te réserve ma technique la plus destructrice et où que tu sois, tu seras annihilé !
Ses mains se placèrent devant lui, et une énorme sphère d'énergie d'au moins deux mètres de diamètre se forma entre ses paumes.
- Heracles Final Canon !
Jabu n'avait pas prévu cette réplique, puissante et rapide à la fois, mais elle avait été lancée à l'aveugle, et il était prêt à l'esquiver. Mais, quelque chose d'imprévisible se produisit...
***
Alors qu'il se préparait à bondir, il eut ce qu'il lui sembla être une vision. Il n'était plus dans ce temple face à ce guerrier redoutable avec ses frères d'armes non loin derrière lui ; non, plus rien de ce qui l'entourait n'était perceptible. En fait, il n'y avait plus que lui, lui et une autre personne : Saori. Elle était allongée au sol, et dans son cœur une flèche d'or était plantée. Dans une telle situation, Jabu aurait dû être complètement anéanti, pourtant il n'en était rien : il était penché sur la déesse, un genou à terre, veillant sur son sommeil. Une telle blessure aurait dû se révéler mortelle pour elle, mais il sentait que ce n'était pas le cas ici.
En cet instant, les sentiments qui le liaient à Saori étaient nombreux : la dévotion, le respect, le besoin de la protéger quoiqu'il arrive, et l'espoir confiant en sa survie. Mais surtout, parmi tous les sentiments qui occupaient son esprit en ce moment irréel, il n'y avait pas la moindre trace d'amour : le jeune homme épris de la princesse avait laissé place au protecteur dévoué corps et âme à sa déesse.
Puis la vision disparut aussi rapidement et soudainement qu'elle s'était manifestée. Jabu était à nouveau dans le Temple d'Héraclès, face à cette énorme boule d'énergie rougeoyante qui fonçait vers lui.
***
Il sauta par-dessus la sphère lancée par Baiame, l'esquivant de si peu qu'il sentit sur sa peau la brûlure de cette énergie. La formidable concentration de force lui passa sous le nez et finit sa course contre un mur où elle explosa avec retentissement. Jabu ne perdit pas son sang froid pour autant, et à peine était-il retombé sur la terre ferme qu'il chargea son ennemi pour en finir :
- Unicorn Gallop !
Il avait mis dans ce coup toute sa force, refusant d'utiliser la technique qui avait coûté la vie à son maître. Le Juggernaut fut projeté plusieurs mètres en arrière, son Trophy fissuré, mais il se releva promptement. Jabu ne lui laissa pas le temps de récupérer, il le chargea à nouveau :
- Un seul coup ne te suffit pas ? Alors en voici un deuxième ! Unicorn Gallop !
Son élan et l'énergie concentrée dans son attaque furent tels que le coup propulsa littéralement Baiame à travers la salle, lui faisant traverser un mur comme s'il fut en carton et lui arrachant son casque lors de l'impact.
Le calme revint, Jabu se retourna vers ses camarades, mais le puissant Juggernaut se releva encore une fois, son visage sombre découvert de son casque, et les yeux plus brillants que jamais :
- Smashing Tail !...
- Maintenant ça suffit avec tes techniques ! Unicorn Gallop !
Le Saint de la Licorne fut plus rapide que l'Aborigène, qui était encore sous le choc de ce qu'il avait déjà encaissé. Le coup de pied résonna dans toute la pièce en brisant le Trophy, et Baiame tomba lourdement sur les dalles de pierre. Au moment de rencontrer le sol, il laissa échapper une dernière phrase, comme un hostile message :
- La prochaine fois, je gagnerai, et je récupérerai toutes les pièces maîtresses !
Telle fut la dernière phrase qu'il prononça.
Baiame, le Juggernaut du Cerbère, le chef du Six Pack, l'homme qui maîtrise le Temps des Rêves s'était écroulé pour de bon, définitivement vaincu, en faisant l'amère promesse de prendre sa revanche.
Il avait donc fallu que Jabu le frappe trois fois de sa puissante attaque pour qu'il ne se relève pas ; telle était la force des Juggernauts, et telle était la puissance que les Saints de bronze étaient parvenus à vaincre au terme de longs et pénibles combats !
Mais le victorieux défenseur d'Athéna était épuisé, il tituba vers ses amis, et faillit s'écrouler à son tour, mais se maintint debout par la force de sa volonté. Geki, Ban, Nachi et Ichi l'entouraient, émus par la persévérance dont il avait fait preuve lors de ce combat. Geki alla chercher l'ultime pièce maîtresse : le torse de l'armure du Cerbère. Il tendit l'objet si précieux au-dessus de lui, transporté de joie par la victoire :
- Nous avons réussi ! L'armure d'Héraclès est enfin à nous !
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Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.