Chapitre 15: Postlude: le triomphe du dieu de la force

  

 

En sortant du temple, Ban et Ichi soutenant Jabu, les glorieux chevaliers de bronze se retrouvèrent face à un Juggernaut qu'ils n'avaient encore jamais rencontré auparavant. Tous en déduirent qu'ils allaient encore devoir combattre, et cette seule pensée fut douloureuse pour eux qui avaient déjà tant souffert aujourd'hui. Mais en découvrant le visage du porteur de ce Trophy, ils reconnurent immédiatement Tya et ressentirent un profond soulagement.

L'Australienne était infiniment rassurée de les voir tous en vie, et ils comprirent qu'elle était venue jusqu'ici dans le but de les aider à se battre, malgré son inexpérience dans l'art de la guerre.

Elle les aida à retourner à la grotte et entreprit de les soigner du mieux qu'elle put. Ils avaient aussi besoin de récupérer, alors pendant plusieurs jours ils restèrent se reposer, et elle s'occupait de les nourrir et de leur prodiguer ses soins, comme elle l'avait déjà fait une première fois.

Après plus d'une semaine de convalescence, les Saints, bien que toujours blessés, étaient capables de se lever et de se déplacer, telle était la résistance des serviteurs d'Athéna. Ils furent surpris de ne pas trouver Tya : elle était ni dans la grotte, ni au dehors. Il n'y avait qu'eux et l'armure d'Héraclès enfin au complet : le God Trophy était assemblé au fond de la grotte en une statue imposante, brillant d'un éclat divin.

Cependant, ils s'inquiétaient de l'absence de leur hôte, peut-être avait-elle été capturée par les Juggernauts durant leur repos... Ils partirent alors à sa recherche, en commençant par le village du Big Five, dont ils connaissaient la position car il était à proximité du Tnorala, le cratère sacré.

En arrivant sur place, les jeunes japonais découvrirent une ambiance qui n'était pas celle à laquelle ils s'attendaient : les habitants ne montrèrent aucune agressivité envers les intrus qu'ils étaient, ils semblaient même curieux. En les apercevant, un homme partit en courant jusque dans la plus grande bâtisse au centre du village, laissant les cinq compagnons plus que jamais sur leurs gardes.

Ils s'approchaient de cette enceinte lorsque qu'en sortit une personne qu'ils connaissaient bien : c'était Tya ! Elle ne semblait pas prisonnière de quelque manière que ce soit, et juste derrière elle une autre personne passait la porte à son tour, en baissant la tête afin de ne pas se cogner tant il était grand. C'était un homme d'un certain âge, le visage imposant le respect, mais les chevaliers d'Athéna ne le reconnurent pas tout de suite tant le voir sans armure le changeait : il s'agissait d'Ularu. Puis une troisième personne, tout aussi impressionnante que la précédente, émergea de la porte ouverte : il avait la peau très mate et des yeux clairs et brillants : c'était Baiame. Les deux Juggernauts avaient de nombreux bandages couvrant de sérieuses blessures, mais ils étaient debout, et sans doute depuis plus longtemps qu'eux ! Ces guerriers d'Héraclès étaient décidément de véritables forces de la nature ! Par ailleurs, leurs statures étaient encore plus impressionnantes en comparaison des autres Aborigènes qui les entouraient.

Ainsi les chefs des deux factions ennemies étaient réunis en paix avec Tya : une telle situation était des plus encourageantes, d'autant qu'elle relevait il y a encore quelques jours de la plus improbable des utopies.

La femme se réjouit à l'arrivée des jeunes Saints. Elle leur exprima toute sa joie :

- Je suis heureuse de voir que vous allez mieux. Comme vous pouvez le constater, des négociations ont été entamées pour mettre un terme à cette guerre. C'est la première fois depuis des générations que le grand conseil est rassemblé, et c'est grâce à vous.

- Elle dit vrai, poursuivit Ularu avec sa voix forte. Certains de nos frères d'armes ne sont pas encore prêts à parler de paix, mais la folie qui nous animait semble s'être atténuée. Et maintenant que nos Trophies sont privés de leurs pièces maîtresses, ils ne pourront plus servir pour combattre et tuer.

Il y eut un court silence, puis Nachi prit la parole, la voix hésitante :

- Nous tenons à vous présenter nos condoléances pour la mort de Mayarnah et Gaengaen, nous aurions tellement voulu que ça finisse autrement pour eux.

- Ne vous excusez pas, lui répondit Baiame, leur mort est notre punition pour avoir participé à cette guerre cruelle et sans fin, nous sommes les seuls coupables, et sans vous ce n'est pas deux morts qu'il y aurait eu mais une complète hécatombe.

- Ainsi vous avez abandonné l'idée de reprendre la lutte ? renchérit Jabu. Votre dernière affirmation lors de notre combat ne présageait pourtant rien de bon.

- C'est exact, mais depuis notre affrontement les choses ont changé, dit-il en se tournant vers une femme qui s'approchait d'eux en tenant dans les bras un délicat bagage : c'était un, non trois nouveau-nés !

Les Saints regardèrent avec tendresse les enfants si fragiles que cette jeune femme tenait avec précaution. Baiame reprit la parole :

- Je vous présente nos trois enfants : Nungeena, l'aînée, Punjel, le cadet, et Yhi, la benjamine. Ma femme a accouché d'eux tandis que je vous combattais. Eh oui ! Pendant que je tentais de donner la mort, elle donnait la vie ! Elle a donné naissance à trois magnifiques enfants, quel plus magnifique symbole de vie et de paix le ciel pouvait-il nous envoyer ? A présent, tous ces désirs de bataille me semblent si futiles, je regrette de ne pas avoir compris plus tôt à quel point nous étions dans l'erreur.

- Mais vous n'êtes pas responsables, intervint Ichi. D'après Tya, tout a été provoqué par une malédiction jetée par Arès pour vous détruire de l'intérieur.

- Effectivement, Tya nous a tout expliqué au sujet de ce maléfice, lui répondit Ularu. Bon sang ! Quand je pense que ces plantes maléfiques étaient là, juste sous notre nez, et qu'il a fallu attendre votre venue pour qu'on les remarque ! Comme le dit le proverbe : "Ce n'est pas au pied du phare que l'on voit la lumière." Mais peu importe, le fait est que nous n'avons pas été capables de résister à nos faiblesses pour surmonter cette épreuve. Nous, les guerriers de la force, avons été faibles, qu'Héraclès nous pardonne nos fautes !

- Aujourd'hui, continua Tya, la malédiction semble ne plus agir. Les plantes démoniaques sont en train de mourir une à une, comme si elles n'avaient plus de quoi s'alimenter. La haine, le sang et la mort n'ont pas été assez déversés cette fois-ci pour leur permettre de subsister.

- Oui, et c'est heureux, clama Baiame, en prenant l'un de ses enfants dans les bras. Mais le plus gros du travail reste à faire, et cette fois c'est à nous d'agir : tous les habitants des deux villages ne sont pas encore prêts à vivre de nouveau ensemble, de même que nos autres compagnons Juggernauts gardent encore quelques ressentiments ; cela va demander des efforts et du temps pour changer les habitudes.

- Mais je sais que vous y parviendrez, lui dit Jabu, vous êtes des hommes honnêtes et valeureux. Quant à nous, nous devons partir, une autre bataille nous attend.

Alors qu'ils s'éloignaient du village, Tya prit à part les Saints de bronze et leur livra une dernière recommandation :

- Avant de vous rendre au Sanctuaire, retournez voir Andwele. Pendant que vous combattiez ici, il a fait des recherches à travers toute la planète pour acquérir la masse divine, l'arme d'Héraclès. Avec elle, le God Trophy sera d'autant plus efficace et plus rien ne pourra vous empêcher de dévoiler la vérité !

Ce conseil fut reçu par une approbation générale, puis les cinq héros reprirent la route, et du regard ils dirent au revoir à Ularu et Baiame, les deux plus terribles adversaires qu'ils avaient rencontrés.

C'est ainsi qu'ils quittèrent l'Australie, le pays d'Héraclès.

 

***

 

Le jet de la corporation Grade se posa près du Kilimandjaro, avec à son bord les cinq jeunes japonais. A peine avaient-ils posé le pied au sol que le maître des lieux se présenta à eux : Andwele leur faisait face, droit comme un piquet, immobile et silencieux. Ban sembla troublé par son attitude :

- Maître ? Quelque chose ne va pas ?

C'est une voix grave et caverneuse qui leur répondit :

- Donnez-moi cette armure !

Tous les Saints eurent un choc en entendant cette réponse : c'était bien le sage Andwele qui était en face d'eux, mais il était différent. Aussi étrange que cela puisse paraître, il était plus grand et plus musclé que d'habitude, et son regard était terrifiant. Ses cheveux longs et tressés se soulevaient légèrement, comme sous l'impulsion d'une énergie colossale prête à exploser, et tout son corps dégageait une force incommensurable. Il y avait quelque chose d'anormal, mais Ban voulait comprendre :

- Maître, pourquoi voulez-vous cette armure ?

- CAR C'EST LA MIENNE ! dit-il avec une voix encore plus forte, dégageant une énergie hors du commun.

Cette phrase jeta un froid parmi les protecteurs d'Athéna ; ils avaient peur de comprendre : pourquoi disait-il "son armure" ? Seul Héraclès pouvait parler de la sorte, devaient-ils en déduire que le dieu de la force s'était réincarné en Andwele ? C'était bien possible : la personne qui leur faisait face avait une puissance divine. Mais comment était-il arrivé jusqu'ici ? Pourquoi occupait-il spécifiquement le corps du maître de Ban ? Et comment savait-il qu'ils détenaient le God Trophy ? Autant de questions traversaient l'esprit des Saints de bronze.

- Vous êtes... Héraclès ? dit Jabu, la voix hésitante.

Le dieu jugea inutile de répondre à cette question. Toutefois, il reprit la parole, sur un ton plus calme :

- Je ne vous veux aucun mal, mais je dois récupérer mon God Trophy.

Soudain, Jabu comprit toute l'affaire. Il en fut révolté :

- Cela signifie que vous avez manipulé Andwele pour qu'il nous envoie chercher votre armure en Australie ?

- Andwele savait uniquement ce que je voulais bien qu'il sache à mon sujet, mais il ignorait ma présence en lui ! Lui qui était capable de tout deviné, il n'aurait jamais été capable de deviner qu'il cohabitait depuis peu avec un dieu !

- Vous vous êtes servis de nous ! Nous avons combattu, souffert et tué pour récupérer cette armure ! Pourquoi avoir fait ça ? Il vous aurait suffit d'apparaître là-bas pour que les Juggernauts vous remettent les pièces maîtresses, ils sont toujours restés vos fidèles serviteurs, malgré la malédiction qui les a frappés, et ils n'attendaient que votre venue comme celle du messie ! Ils avaient besoin de vous, alors pourquoi n'êtes vous pas allé leur porter secours, vous auriez pu les sauver !

- Je suis au courant de cette malédiction, mais les Juggernauts sont les guerriers de la force, ils devaient être capables de s'en sortir sans moi ! Arès a fait apparaître ces graines de discorde dans le seul but de m'attirer sur mon île et de m'y tendre un piège : j'ai été accepté au sein de l'Olympe, moi un enfant illégitime, alors que lui-même, de parenté divine, n'a jamais eu sa place au royaume des dieux, et ce à cause de son comportement que pas un dieu ne tolère, voilà pourquoi il nourrit tant de haine à mon égard.

Puis sa voix se fit plus conciliante :

- Je sais que mon peuple a souffert, mais il devait aussi faire ses preuves. Ma décision peut vous sembler cruelle, mais je devais savoir si mes sujets étaient capables de surmonter ce type d'épreuve par eux-mêmes. Par ailleurs cette île est mon royaume, et si je m'étais rendu ma seule présence s'en serait immédiatement ressentie : mon temple vit lorsque j'y suis et meurt lorsque j'en pars : il aurait repris sa forme initiale dès que j'aurais posé un pied sur le continent, et ma présence en aurait été automatiquement dévoilée. C'est pour cette raison que je me suis servi de vous. Je ne l'ai pas fait de gaieté de cœur, Athéna et ses serviteurs n'ont jamais été mes ennemis, mais je n'avais pas le choix.

- Dans ce cas vous devez savoir que le Sanctuaire d'Athéna est en proie au mal, c'est pour ça que nous avons besoin de l'arme que constitue le God Trophy, car elle nous permettra de démasquer les traîtres qui occupent le domaine sacré. Si vous êtes aussi proche d'Athéna que vous le dites, laissez-nous votre divine protection le temps de dévoiler le complot qui ronge notre chevalerie.

- Je ne le peux pas. Des événements très graves sont en train de se produire en Olympe, et ce qu'il se passe au Sanctuaire y est lié, je n'ai pas le droit d'intervenir : ni moi, ni mon armure. Je dois rester pour le moment en situation d'observateur, alors donnez-moi cette armure ! Je n'hésiterai pas à vous la prendre de force !

Nachi, lui aussi insurgé, intervint à son tour :

- Est-ce ainsi que se comporte le héros légendaire, réputé si courageux ? Tout d'abord vous craignez le piège que peut vous tend Arès, ensuite vous avez peur d'intervenir au Sanctuaire ?

Héraclès sembla contenir un début de colère :

- Je passe certes pour le dieu le plus proche des hommes, mais il faudrait voir à modérer vos paroles ! Ce n'est nullement la lâcheté qui a guidé mes choix, mais la réflexion. Nous sommes arrivés à une époque de changements, et même les dieux immortels ne pourront y réchapper. Je ne crains pas Arès en lui-même, je l'ai déjà vaincu autrefois, mais sa perversité et sa fourberie ne sont pas à sous-estimer. Quant au Sanctuaire, je ne peux m'y mêler, le destin me l'interdit !

- Vous prétendez ne courber l'échine devant rien ni personne, mais c'est pourtant ce que vous faites face à ce que vous appelez le "destin" ! Peut-être est-ce parce que nous ne sommes que des humains, mais ce mot ne signifie rien pour nous, et nous refusons d'abandonner, même s'il faut pour cela s'opposer aux dieux ou à la destinée !

Jabu renchérit :

- En un mot, et je m'exprimer au nom des cinq chevaliers du Sanctuaire présents ici, nous ne vous donnerons pas l'armure, et pour Athéna nous combattrons, notre ennemi fut-il un dieu !

Et dans la foulée, les Saints revêtirent un à un leurs armures, mais elles étaient toutes en bien mauvais état. Lorsque Jabu tira sur la chaîne de son caisson pour faire appel à la sienne, rien ne se produisit : aucune énergie ne s'en dégagea, et aucun armure ne jaillit.

- Malédiction ! La Cloth est trop endommagée ! pesta-t-il entre ses dents.

Il allait devoir faire face à un dieu sans sa protection. Les deux pilotes de la corporation étaient toujours là dans la cabine du jet, ne sachant que faire dans cette situation qui les dépassait ; Jabu leur fit un signe de tête pour les sommer de s'éloigner de ce lieu qui allait se changer dans un instant en un terrible champ de bataille.

Le corps noir du dieu s'était gonflé de muscles saillants. Geki s'élança le premier en chargeant l'ennemi la tête la première :

- Heavy Charge !

Héraclès n'esquiva même pas et la charge ne fut d'aucun effet, mais Geki poursuivit son offensive en changeant de méthode :

- Hanging Bear !

Il souleva à bout de bras le corps de l'homme possédé, serrant son cou avec l'énergie du cosmos. Imperturbable, Héraclès lui attrapa les deux bras et les lui écarta doucement, sans que Geki puisse faire quoique ce soit tant la force que dégageaient ces deux mains était implacable. Puis il le souleva à son tour, d'une seule main, bien que le Saint de l'Ours fut plus grand que lui, et le jeta sur ses compagnons qui tombèrent tous comme des dominos. Il avait accompli tout cela sans même bouger de là où il était.

- Il est trop fort ! cria Geki, crachant du sang.

- Nous ne pourrons pas le vaincre à un contre un, poursuivit Jabu, nous devons l'attaquer tous en même temps ! Allons-y !

Et les cinq jeunes guerriers enflammèrent leur cosmos et lancèrent leurs techniques :

- Unicorn Gallop !

- Mystic Loch Wave !

- Lionet Bomber !

- Hammer Punch !

- Dead Howling !

Sous le choc de ces attaques, le dieu au visage d'ébène fut projeté en arrière et son corps toucha terre, mais il se releva tout aussi vite, sans avoir versé la moindre goutte de sang !

Sans attendre davantage il tendit d'un mouvement brusque la main vers les Saints et une rafale d'énergie s'en dégagea, balayant ses opposants comme des poussières soufflées par le vent. Le coup avait été simple mais fulgurant, les cinq frères étendus à terre en sentaient encore les effets sur leur corps meurtri, mais leur volonté était toujours intacte et un à un ils se relevèrent.

Les voyant si déterminés, Héraclès plaça les mains au-dessus de sa tête et disposa ses doigts comme s'ils tenaient une chose invisible. Des éclairs jaillirent alors du ciel et rejoignirent ses mains, dans lesquelles apparut un objet : c'était une massue, celle-là même qu'ils étaient venus récupérer, et pour laquelle ils allaient peut-être tout perdre. Le gourdin était d'une taille impressionnante, et bien que fait de bois, il dégageait une puissance presque palpable. Le divin fils de Zeus la prit alors d'une main et l'abattit contre le sol, provoquant un véritable cratère et repoussant les Saints sur plusieurs mètres.

Jabu se releva immédiatement et bondit pour se retrouver en moins d'une seconde au-dessus du héros :

- Unicorn Gallop !

Toujours sans changer de position et sans même tourner son regard vers son attaquant, Héraclès intercepta le vif chevalier en le frappant d'un revers de la main, le renvoyant au sol aussi vite qu'il l'avait quitté. Le coup lui avait coupé le souffle. Reprenant sa respiration, le Saint de la Licorne s'adressa alors à ses frères :

- Mes amis, aucun de nos coups ne semble pouvoir l'affecter, je crois que nous n'avons plus qu'une solution.

- Tu ne veux pas dire que... dit Ichi, sans finir sa phrase tant il était troublé.

- Si ! J'ignore si nous en sommes capables, mais nous devons essayer, nous n'avons pas d'autre choix.

- Très bien, dit Ban. Dans ce cas-là, nous quatre allons l'occuper pendant que toi tu vas revêtir le God Trophy. Mais je vais tout d'abord essayer de réveiller l'âme de mon maître.

Et pour joindre l'action à la parole, il s'élança vers le dieu vivant :

- Maître ! Andwele ! Je sais que votre âme est là quelque part, je sais que vous pouvez m'entendre !

Mais l'homme possédé, en voyant Jabu retourner vers le jet, se douta de quelque chose, et commença à marcher vers l'appareil, sans même prêter attention à l'élève de son hôte. Ban l'attrapa alors entre ses bras, essayant de l'immobiliser avec toute la force de son robuste corps, tout en continuant d'essayer de le raisonner :

- Maître, non, je vous en prie ! Regardez-moi, vous devez me reconnaître !

Irrité par ce gêneur, Héraclès fit exploser de son corps son formidable cosmos, qui projeta Ban loin, très loin, en brisant en petits morceaux son armure déjà fissurée, laissant à terre, inerte et inconscient, le Saint du Lionet.

 

Jabu entra dans le jet et ouvrit la caisse dans laquelle les pièces maîtresses avaient été placées...

 

Héraclès continua sa marche inéluctable, mais trois Saints lui barraient la route. Il leva son large gourdin et l'abaissa avec violence. Geki s'interposa, retenant l'arme avec la vigueur de ses deux bras. Tous ses muscles luttaient contre cette force sans limite, mais l'arme s'abaissait peu à peu, et ne tenant plus, il lâcha la massue qui s'écrasa sur lui de toute sa puissance, étalant au sol le Saint de l'Ours, réduisant son armure en lambeaux et brisant son corps. Un deuxième Saint venait de tomber.

 

...Jabu mit une à une les parties constituant le God Trophy : les pieds, les jambières, la ceinture, le torse...

 

Héraclès tourna son regard sévère en direction des deux derniers Saints qui lui faisaient encore face, mais l'un des deux avait disparu. Il le vit soudain bondir sur lui par le côté, tel un animal enragé. Nachi avait eu recours une nouvelle fois à sa dangereuse transformation et attaquait son adversaire de toute sa fougue, le frappant de ses pieds rapides et de ses griffes tranchantes avec une telle fureur que le dieu de la force lui-même semblait hésiter face à ce démon !

Mais le divin héros se protégea avec son arme et observa les mouvements de la créature, et d'un rapide mouvement du bras, il l'attrapa fermement par le cou, exerçant une telle pression que la bête s'immobilisa, suffoquant. Puis il la plaqua au sol et, lâchant son étreinte, l'écrasa avec le pied, détruisant en un seul coup son armure et l'enfonçant dans le sol. Nachi reprit son apparence initiale et ne bougeait plus d'un cil.

 

...Jabu endossa les poings, les brassards, les épaulettes, les ailes...

 

Héraclès releva la tête après avoir écrasé ce Saint comme si c'était un cafard, il vit alors une multitude de petits projectiles voler jusqu'à lui : c'étaient des griffes que le dernier chevalier lui avait lancées ! Mais aucune ne toucha sa peau noire, ils les intercepta tous avec sa massue. Ichi ne lui laissa pas l'occasion de contre-attaquer et invoqua sa plus puissante technique :

- Mystic Loch Tidal Wave !

Trois vagues, plus grandes que jamais, vinrent renverser le dieu, mais il se redressa automatiquement après les deux premières et retint la troisième dans sa main et la broya en resserrant les doigts. Le Saint de l'Hydre n'eut pas le temps de se remettre de sa surprise que son opposant lui asséna un coup de poing à la poitrine, un coup d'une telle force qu'il s'envola littéralement pour retomber à plus de dix mètres en arrière dans une traînée de bris d'armure. Il ne se releva pas.

 

...Jabu plaça le casque sur sa tête, alors toutes les pièces de l'armure se mirent à résonner de concert et changèrent de couleur, prenant une teinte dorée...

 

Héraclès regarda le jet d'où il percevait les vibrations de sa divine protection. Il leva sa massue, et concentrant son énergie en elle, il l'abaissa vers l'avion qui fut pulvérisé par la déflagration ; il ne restait de l'engin qu'un tas de cendres et de morceaux de métal parmi lequel plus rien ne bougeait.

La fumée due à l'explosion se dissipa peu à peu, et le dieu découvrit avec stupéfaction une silhouette au milieu des décombres : c'était Jabu, revêtu du God Trophy, plus beau que jamais ! L'armure divine se caractérisait par les têtes des animaux des douze travaux qui en ornaient les différentes parties comme autant de trophées qui lui conféraient un aspect sauvage et agressif. Elle brillait de mille feux et deux ailes largement déployées dans son dos procuraient encore plus de prestance à l'ensemble. Héraclès resta interdit face à une telle situation :

- Mais... comment est-il possible que tu puisses ne serait-ce que la revêtir ? Cette protection ne t'est pas destinée, elle a été conçue pour moi et moi seul, tu ne devrais même pas pouvoir la porter !

Jabu exécuta un mouvement du bras en direction de son opposant, dégageant avec ce seul coup une puissance proche du divin. La tempe du héros invincible se mit alors à saigner sans que celui-ci n'est pu réagir.

- Vous oubliez une chose, Héraclès, c'est que cette armure n'a été vôtre qu'à partir du moment où vous l'avez gagnée, en récupérant chacune des parties qui la compose. A ce moment-là seulement vous avez eu le droit de la revêtir !

Héraclès pâlit, il commençait à comprendre. Jabu continua :

- Or, nous cinq avons gagné chaque pièce du God Trophy par nos propres moyens et notre seule force. Nous avons donc légitimement le droit et le pouvoir de nous en servir ! Vous avez beau être un dieu, êtes-vous certain de pouvoir vaincre celui qui détient votre armure, alors que vous-même en êtes dépourvu ?

Ressurgissant de leur inconscience, Ichi, Nachi, Geki et Ban se relevèrent pour entourer Jabu, comme ressuscités par ce nouvel espoir. Leurs Cloths n'étaient plus et leurs corps souffraient encore, mais leur volonté était toujours aussi vive. Héraclès contemplait, muet, le spectacle de la détermination humaine. Il était en pleine réflexion, lorsqu'il sembla être interrompu par un élément extérieur.

- Stop ! cria-t-il.

Il fit taire son cosmos qui grondait avec puissance et jeta son gourdin à terre. Il dit :

- Chevaliers d'Athéna, même avec cette armure si durement acquise vous ne pourriez rien contre moi, tout au plus vous prolongeriez notre affrontement et en ferez un combat violent et destructeur que je ne désire pas. J'ai une dette envers vous, je ne l'ignore pas, mais je ne peux vraiment pas intervenir dans votre guerre, qui de toute façon n'a pas besoin de ma présence pour se résoudre. Cependant, une nouvelle solution s'offre à moi pour sortir de cette voie sans issue, mais écoutez-moi, le temps presse.

Déconcertés par ce soudain changement de tempérament, les jeunes Saints restaient figés, écoutant attentivement les paroles du dieu :

- Votre but premier est bien de défendre Athéna coûte que coûte, n'est pas ?

Sans attendre la réponse qui s'imposait d'elle-même, il tendit les deux bras vers le ciel, et un cercle d'énergie se matérialisa, dans lequel les Saints pouvaient voir s'y dérouler une scène, comme s'il s'agissait-là d'un écran de télévision : un groupe de soldats menaçants entourait une jeune femme allongée au sol dont le cœur était percé d'une flèche. Elle avait pour seul défenseur un homme en tenue de kendô armé d'un shinai. Les Saints poussèrent un cri d'horreur en constatant qu'il s'agissait de Saori et qu'elle était mortellement blessée.

- Ce que vous voyez là se passe en ce moment même au Sanctuaire. Votre déesse s'y est rendue pour rencontrer le Grand Pope, mais elle est tombée dans un piège, et actuellement Seiya et ses compagnons combattent pour la libérer de ce sortilège. Mais le problème...

Il se tut un instant et regarda vers le cercle, où l'ont vit Tatsumi se faire maîtriser par les soldats. Il reprit :

- Le problème est que pendant ce temps, il n'y a plus personne pour la protéger. Mon pouvoir me permet de vous téléporter là-bas en quelques secondes, mais vous connaissez le prix à payer...

Effectivement, il était inutile d'en dire davantage, Jabu et ses frères avaient très bien compris. La réflexion ne dura qu'un instant, mais leurs pensées parcoururent des lieues : ils avaient tous versé sueur et sang pour obtenir cette arme, mais entre conserver une chance de démasquer les traîtres du Sanctuaire et sauver Athéna du péril qui la menaçait actuellement, il n'y avait pas à hésiter. Jabu jeta un regard vers ses quatre compagnons, ils étaient unanimes :

- C'est d'accord, dit-il en dégageant d'un seul coup le God Trophy de son corps et faisant taire son cosmos. Mais faites vite !

Le dieu rabaissa les bras, puis tendit ses deux mains vers les cinq vaillants chevaliers.

- Adieu, chevaliers, et merci pour tout.

Aussitôt une lumière partit de ses mains et aveugla les Saints. Ils furent tout d'un coup entourés par un brouillard qui les recouvra intégralement et les fit disparaître comme si cette brume les avait consumés. Une douleur les submergea, et lorsqu'ils rouvrirent les yeux, ils étaient dans un endroit qui ne ressemblait à aucun autre : ils flottaient au milieu d'un long couloir aux couleurs aussi multiples que celles d'un arc-en-ciel, et ils traversaient ce tunnel à une vitesse folle, comme portés par un vent divin. Le brouillard continuait d'envelopper leur corps, et à chaque endroit où il passait, les blessures cicatrisaient, et les armures se reconstituaient, encore plus belles qu'avant. Même leurs forces leur revenaient : ils avaient la sensation de naître à nouveau !

Puis le tunnel disparut, le brouillard se dissipa, et ils furent aveuglés à nouveau. En rouvrant les yeux, ils étaient revenus sur terre dans un décor totalement différent : c'était la Grèce.

Ils avaient le sentiment d'avoir échoué, cependant la même pensée résonnait dans leur esprit : "Peu importe la mission que nous avions et peu importent les combats que nous avons livrés, la priorité d'un chevalier sacré est et sera toujours... DE PROTEGER ATHENA !"

 

Chapitre précédent - Retour au sommaire - Chapitre suivant

http://eraoflegend.net
Cette fiction est copyright Vincent
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.