Chapitre 2: Un instant de paix

 

La princesse Saori déambulait de nouveau, seule dans l’immense chambre du pope. Mais alors qu’elle s’apprêtait à s’asseoir rompue par la fatigue, elle sentit la renaissance d’un cosmos qu’elle ne connaissait que trop bien pour l’avoir affronté tout récemment.

« Poséidon ? Mais comment est-ce possible ? Cela ne se peut pas… J’ai moi-même enfermé son âme dans la jarre sacrée … Impossible !! »

 

-         SAORI !!

-         Seiya ? Que fais tu ici ? Tu devrais être en train de te reposer.

-         J’ai senti le cosmos de Poséidon. Toi aussi n’est-ce pas ?

-         Oui …

-         Alors une nouvelle guerre va commencer.

-         Pas nécessairement.

-         Pourquoi cela ?

-         Tout simplement car Poséidon ne peut se soustraire à la loi divine, et qu’elle énonce que si un Olympien est battu par un autre, il ne peut que se soumettre à son opposant  ou retourner à son sommeil pendant trois mille lunes soit environ deux cent quarante ans.

-         Ce qui veut dire…

-         …Que si le dieu des sept mers est réveillé, il doit logiquement se soumettre à mon autorité. Ce qui m’étonne c’est qu’il ait choisi de faire cela plutôt que d’attendre. A mon avis, il ne l’a pas voulu, et quelqu’un l’a donc libéré. Mais qui donc ?

-         Quelqu’un qui ne connaissait pas la loi divine en tout cas.

-         Ou au contraire, qui la connaissait parfaitement.

-         Quelle raison pourrait-on avoir à ressusciter Poséidon sachant qu’il sera d’une manière ou d’une autre votre vassal ?

-         Peut être s’agit-il d’un allié… Après tout, Ellianor, Bulaï et Orphéo en sont capables.

 

« Je ne connais pas mon libérateur Athéna ! »

 

La voix tonnante de l’empereur marin venait de retentir dans toute la vaste salle. Son cosmos bleu clair envahissait la pièce et oppressait quelques peu Seiya qui aurait bien aimé avoir revêtu son armure pour protéger sa déesse. Saori mit fin rapidement aux velléités offensive de son chevalier en se mettant devant lui attendant la venue de son hôte.

 

-         Que me veux-tu Poséidon ?

-         Je viens te rendre une petite visite ma très chère Nièce.

 

Elle détestait le ton de Poséidon. Quand il l’appelait ainsi, cela ne présageait rien de bon justement. Elle se retourna vers Seiya dont le poing était serré et dont les yeux cherchaient dans l’espace le lieu où allait apparaître l’ébranleur du sol. Contre toute attente, c’est la grande porte en bois blanc qui s’ouvrit avec son grincement caractéristique. Poséidon entrait accompagné de Sorrente, ainsi que Shaka et Orphéo qui marchait un peu en retrait derrière eux.

 

Athéna crut que ses yeux allaient sortir de leurs orbites tant elle s’étonnait de voir le nouveau visage de son oncle. Il avait en effet repris vie dans son corps originel, les cheveux vert clair ondulant comme des vagues sur ses épaules larges et puissantes. Son regard noir contrastait considérablement avec l’impression générale de douceur que ses traits dégageaient ; en même temps, Seiya fut saisi de sa majesté, sa prestance et surtout du cosmos bien plus puissant qui s’échappait de ce corps.

 

-         Je croyais que ton corps avait été détruit …

-         Bien sûr que non Athéna … Tout comme Hadès, j’en prends soin … Il était hors de question que je risque de le blesser. Mais trêve de bavardage, pourquoi m’as-tu libéré ?

-         Comment ? Moi ? Tu te trompes lourdement, je n’avais pas l’intention de te libérer du tout.

-         Pff… N’essaie pas de faire la maligne avec moi… Qui d’autre que toi, pourrait bien enlever le sceau qui m’emprisonne sans briser la jarre sacrée ?

-         Je te le répète, aussi difficile qu’il me soit de le dire, je n’ai rien à voir avec cette histoire.

-         NE ME MENS PAS JEUNE EFFRONTEE !!

 

A ces mots, dans un accès de fureur, le terrible cosmos de celui qui commande aux vagues fit trembler le temple, pétrifiant la jeune déesse sur place.

 

-         Garde ton calme Poséidon !! Ou bien il t’en cuira !

 

L’empereur dévisagea Seiya qui semblait n’avoir aucunement peur de lui, et dont le cosmos flamboyait déjà de façon très agressive depuis un moment déjà.

 

-         Seiya a raison. Il ne faut pas que tu t’énerves, je suis le seul responsable de ta sortie.

-         Toi ? Mais … qui es tu donc ?

-         Je suis Orphéo. J’ai envoyé l’homme qui t’a libéré.

 

La phrase pourtant prononcée avec nonchalance fit l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel calme. Orphéo n’avait même pas regardé Poséidon dans les yeux, occupé qu’il était à rêvasser. Sans prévenir, le maître de Sorrente fit quatre pas vers son interlocuteur et le saisit violement au col.

 

-         Mais pour qui te prends-tu !? Je suis Poséidon ! L’empereur des sept mers et je ne tolèrerai pas que l’on me manque de respect !!

-         Je n’essaie pas de te manquer de respect. Je t’ai fait libérer voilà tout. Maintenant lâche moi !

-         Pff, tu n’es pas en mesure de me donner des ordres !

-         Celui-là si !

 

Aussitôt, le cosmos doré d’Orphéo emplit à son tour la salle et d’une violente décharge d’énergie, il se dégage de l’étreinte du dieu.

 

-         Tu me défies ? Eh bien soit ! Je vais me battre !

 

Une vague orangée entoure alors l’empereur des mers, qui réapparaît vêtu de son armure divine, son trident à la main, son cosmos prêt à tout détruire sur place.

 

-         Il t’en cuira ! PAR LES….

-         POSEIDON ARRETE TOI !

 

Un silence de mort suivit cet ordre, tous dirigèrent alors leurs regards sur le nouvel arrivant qui s’était permis de donner un ordre au dieu océanique. Il était grand, ses cheveux étaient couleurs de jais, et ses pupilles telles le lit d’un lac profond.

 

-         HADES ?!! Que fais tu ici ?

-         J’ai demandé à Athéna de me recevoir. Mais j’ignorais que tu étais convié aussi.

-         Convié n’est peut être pas le mot exact fit Shaka sur un ton légèrement sarcastique.

 

Orphéo lança alors un regard vers Hadès, puis fit le tour des autres occupants de la salle : Athéna semblait désarçonnée, Poséidon fulminait, Shaka et Seiya étaient sur la défensive, enfin il vit Thanatos et Hypnos silencieux derrière leur maître. Sans mot dire, il prit alors position en tailleur et s’assit non loin des marches menant au trône du pope.

 

-         Bon puisque nous voilà tous ici, il est temps de parler sérieusement. Je vous invite à vous asseoir.

 

Un peu surpris par le calme du jeune homme, les autres restèrent un instant étourdi, mais Athéna rompit le silence en faisant apparaître une table ronde au milieu de la pièce, et où chacun trouverait un siège.

 

Arène du sanctuaire :

 

Bulaï se tenait au milieu de la piste de combat et parcourait des yeux les gradins, un peu comme un touriste admiratif de ce monument. Il s’agenouilla et prit une poignée de sable qu’il fit lentement glisser entre ses doigts. Il sourit alors à l’arrivée de Shun et des autres bronzes qui portaient encore les bandages blancs qui masquaient les derniers stigmates de leur combat en Elision. Ikki comme d’habitude se tenait en retrait les yeux clos, adossé à l’une des colonnes de l’arène. Shun s’avança alors vers Bulaï et lui tendit sa main.

 

-         Je ne sais pas qui vous êtes, mais je tiens à vous remercier car c’est à vous et vos compagnons qu’on doit semble-t-il notre victoire.

 

Légèrement surpris par cette intervention, Bulaï secoua néanmoins avec enthousiasme la main de Shun tout en lui dédiant un large sourire.

 

-         Disons que vous auriez tout aussi bien pu vaincre sans nous. Nous n’avons été qu’un accélérateur des évènements.

-         Comment te nommes tu ? D’où viens tu ? demanda alors sans détour Hyoga.

-         Je me nomme Bulaï, et je suis d’origine Brésilienne.

-         Que comptez vous faire maintenant au sanctuaire ?

-         J’attends la décision d’Ellianor et d’Orphéo. Pour l’instant ils m’ont demandé de rester.

 

« Tu t’amuses à jouer les hommes mystérieux Bulaï ? »

 

La voix amusée qui venait de prononcer ses paroles les fit se retourner du cotés du soleil et un instant aveuglé, ils mirent quelques secondes à distinguer l’homme qui les avait prononcées. Il était de haute taille, et de carrure impressionnante. A vrai dire il était sans doute plus imposant que Bulaï lui-même. Il portait une tenue similaire, mais ses cheveux étaient blonds comme les blés tombant sur ses larges épaules, et ses yeux étaient de la couleur de la topaze. Il avait une démarche nonchalante et l’air assez farceurs, et bourru. Il avança au milieu des bronzes médusés, comme un géant parmi les nains. Et serra promptement Bulaï dans ses bras.

 

-         Ah ! Atlas, tu m’étouffes.

-         Pardon. Cela fait longtemps qu’on ne s’est vu mon frère.

-         C’est vrai. Cela fait bien un mois. Mais as-tu trouvé ce que l’on cherchait.

-         Bien sûr ! Tu doutes de moi ?

-         Non pas, bien entendu, je m’enquerrais juste de l’avancement des choses… Mais … je manques à mes devoirs, je dois te présenter à nos hôtes : Voici mon frère Atlas.

-         Enchanté

-         Enchanté répondit Shiryu.

-         Toi tu dois être le chevalier du Dragon.

-         Comment le sais tu ?

-         Ben on a beaucoup entendu parler de toi… Ha, ha, ha !

 

Les deux frères partirent alors d’un rire sincère qui troubla au plus au point les autres bronzes qui n’y comprenaient rien.

 

Baraque de Shina :

 

Marine et Shina étaient sur le porche, en train de regarder le soleil. Elles profitaient d’un peu de détente pour enlever ce masque qui leur pèse tant. La douceur de la brise chatouillait les joues rosées de la japonaise.

 

-         Shina, je ne crois pas que je vais rester longtemps au soleil, je risque de ressembler rapidement à une écrevisse.

-         Au moins ton masque servira à quelque chose !

 

Les deux amies se mirent à rire de bon coeur, oubliant un instant la gravité des évènements qui venaient de s’écouler ces dernières heures.

 

-         Dieu que le sanctuaire est paisible…

-         Oui tu as raison. C’est agréable. Moi qui y suis quasiment née, je n’y éprouve que rarement du bien être, mais toi qui es déracinée, ne te sens tu pas parfois mal ?

-         Si bien sûr. Mais aujourd’hui, Athéna, Aiolia et Seiya sont au sanctuaire. Ils sont ma seule famille.

 

Puis souriant sincèrement au regard étonnée du chevalier d’Ophiucus elle ajouta : « Avec toi bien sûr ! J’ai souvent l’impression qu’on a une relation de sœurs. Toujours à se disputer, en concurrence, mais au final je crois qu’on se respecte. En tout cas je peux te le dire désormais, je suis heureuse d’avoir pu faire ta connaissance Shina. »

 

Cette dernière pensa alors qu’elles n’avaient pas toujours été concurrentes. Fut un temps où elles avaient fait une partie de leur apprentissage ensemble bien que sous la tutelle de deux maîtres différents. Marine avait toujours cherché à faire sa place en tant que Japonaise, et avait pour cela redoublé ses efforts. Parmi les femmes aspirantes chevaliers, seule Shina avait la même volonté et le même courage et à l’heure où nombre d’entre elles allaient se coucher brisées, elles restaient dans l’arène pour répéter inlassablement leurs exercices. Bien que se parlant peu à l’époque, il était né entre elle une relation de respect mêlée de curiosité.

 

Mais leur rêverie d’un instant fut interrompue par la venue vers elle d’Aiolia. Ce dernier avait pris soin de s’annoncer de loin en brûlant son cosmos afin de ne pas surprendre les jeunes filles sans masque.

 

-         Bonjour mesdemoiselles… Alors on rêve ?

-         Toujours aussi matinal Aiolia. Mais tu ne devrais pas être au lit … Tes blessures ne sont pas encore guéries.

-         Ne t’en fait donc pas pour lui Marine. C’est un solide gaillard. » Puis se tournant vers le Lion « Là, tu ne le vois pas mais elle est rouge comme une écrevisse ! »

-         SHINA !!

 

Aiolia et Shina partirent alors tout deux d’un rire sincère à l’attitude du chevalier de l’aigle. Et c’est dans le soleil levant que retentirent les derniers éclats de rire.

 

L’aube, sur la plage de l’île du sanctuaire :

 

Il faisait doux ce matin là sur la plage. Le sable était encore frais, il avait oublié le baiser brûlant du soleil de la veille. Kiki avançait en zigzagant, tandis que de loin, Mù et Dokko le suivaient. Le jeune garçon était complètement ivre de joie depuis le retour de son maître et il semblait n’être jamais à court d’énergie. Tandis qu’ils se délassaient en écoutant le chant des derniers oiseaux de nuit, une onde étrange vint depuis le nord les heurter dans leur cosmos. Un pressentiment mêlant peur et déception les envahit. Kiki, lui n’avait rien remarqué et continuait à courir dans tous les sens. Un peu plus tard, il vit que le visage enjoué de Mù venait de changer et adoptait désormais une mine grave.

-         Que se passe-t-il maître ?

-         Je viens juste de réaliser pourquoi nous sommes vivants. Une nouvelle guerre se prépare. Décidément, nous n’aurons jamais la paix. Faut-il que les dieux nous haïssent pour ne nous accorder aucun répit. Serions nous des pêcheurs condamnés à payer leur faute à jamais ? Si c’est le cas je me demande bien quel est donc notre crime.

 

Il n’était pas dans les habitudes du Bélier d’or de faire ainsi preuve d’amertume, aussi les deux autres le regardèrent-ils étrangement. Mais Dokko qui avait senti lui aussi la vibration cosmique, se plut à penser que Mù avait peut être raison. Après 250 ans de guerres diverses, lui aussi souhaitait prendre du repos. Mais il semblait que ce mot soit à jamais banni du vocabulaire de ceux qui défendent la justice.

 

-         Retournons près du sanctuaire. Maître Ellianor doit savoir de quoi il s’agit. Il nous éclairera.

-         Tu dois avoir raison.

-         Oh non, pas déjà ! Je commençais seulement à me dégourdir un peu.

 

Les deux chevaliers adressèrent un sourire mélancolique au petit protégé espiègle du sanctuaire, mais se tournèrent pourtant vers l’arène où ils avaient senti le cosmos d’Ellianor et des bronzes.

 

Temple de la vierge :

 

Shaka était retourné panser ses blessures dans le temple de la vierge. Depuis son combat contre Thanatos et Hypnos, le chevalier aux cheveux de blé semblait gagné par la lassitude. Il se montrait peu et préférait en général rester seul. Il avait assisté à l’entretien entre les dieux et Orphéo. Ce qu’il y avait entendu avait considérablement ébranlé ses convictions les plus profondes. Depuis plusieurs minutes il s’était mis en lotus, mais n’arrivait pas à trouver la paix. Bien trop de choses lui trottaient en tête.

 

Finalement, il décida de prendre sa toge ocre, et de sortir de son temple. Mais tandis qu’il avançait un bruit de pas venait vers lui depuis la maison du Lion. Shaka se concentra mais ne perçut pas de cosmos. « Cela doit être Aiolia… S’amuser à masquer son cosmos ça lui ressemble ». Un sourire éclaira alors son visage et le gardien du sixième temple, vint sur le parvis de sa maison accueillir son visiteur. Mais à sa grande surprise, ce n’était pas Aiolia.

 

L’homme qui venait vers lui était brun. Il portait une tenue semblable à celle d’Orphéo et Ellianor. Mais la sienne était davantage serrée au corps, et ainsi plus apte pour les combats. Il portait à  la ceinture une épée de longueur moyenne, et sur le cou, un collier avec une amulette verte et brillante qui renvoyait automatiquement à la couleur de ses yeux également verts. Il regardait avec un large sourire Shaka, et semblait avoir envie de lui parler.

-         Qui es tu ? Comment es-tu passé ?

-         Je ne suis pas ennemi… Voilà comment je suis passé. Je me nomme Kalido. Je suis avec Orphéo, Ellianor, Bulaï et Atlas.

-         Très bien, mais que viens-tu faire ici ?

-         J’avais envie de rencontrer celui dont on dit qu’il est l’homme le plus proche de Dieu.

-         Tu vas être déçu, mais je ne me sens plus très proche de rien en ce moment.

-         Je sais. C’est aussi pour ça que je suis là.

-         Comment ça ?

-         J’ai bien vu à tes attitudes, ta façon d’éviter les autres depuis quelques jours que quelque chose n’allait pas.

-         Et comment as-tu vu ça ? Tu n’étais pas au sanctuaire que je sache.

-         Si… Mais dans l’ombre. Je n’avais pas encore reçu l’autorisation de me montrer. Je le peux depuis le départ de Poséidon et Hadès.

-         J’ai entendu dire Orphéo, qu’un de ses hommes avait libéré Poséidon. C’est toi n’est ce pas ?

-         Non, désolé de te contre dire. Il s’agit du dernier guerrier à nous accompagner. C’est lui qui a pris en charge cette mission. Mon rôle était différent.

-         Ah bon ? Quel était-il ?

-         Je suis chargé d’espionner le Sanctuaire et ses habitants depuis quelques mois. A vrai dire, depuis que la guerre entre Athéna et Saga a commencée. J’étais chargée de saisir ce qu’il se tramait.

-         Comment as-tu pu te cacher à l’insu des chevaliers d’or ?

-         Pour tout dire, je ne me suis pas caché, je ne m’occupais guère d’eux. Je me suis fait engager comme serviteur du Pope. Il m’a suffit d’utiliser mon don pour lire les pensées et ainsi comprendre les évènements.

-         Tu n’es jamais intervenu ?

-         Si … Quelques fois. Mais je ne pense pas que mes interventions étaient décisives.

-         Quand donc as-tu agi ?

-         La première fois, c’était au cours du combat entre le chevalier du Dragon et le chevalier de Persée ; j’ai stoppé un coup perdu qui risquait de détruire et donc tuer un des enfants pétrifié. J’ai également aidé Seiya dans son combat contre le Taureau. C’est moi qui ai brouillé un instant les sens du chevalier d’or pour que Seiya puisse s’emparer de sa corne sans qu’il ne le voie venir. Et comme tu as dû le deviner, j’ai aussi aidé Ikki à traverser la route des 5 maisons précédant la tienne. Il m’a suffit de guider son cosmos jusqu'à son frère.

-         Je vois… mais au final, tu n’es pour rien dans ma défaite.

-         Non… Seule Niké est responsable de la victoire des bronzes sur vous autres.

-         Tu disais donc vouloir me rencontrer, pourquoi ?

-         J’imagine ce que tu as pu entendre quand Hadès et Poséidon sont venus.

 

Shaka regarda un instant dans le vague. Kalido avait tapé juste. Depuis qu’il avait eu la chance ou plutôt la malchance d’entendre la conversation entre les dieux, la vie lui semblait bien triste. Toute sa vie, il l’avait consacré à devenir un chevalier irréprochable, l’égal d’un dieu pour ses congénères ; il avait travaillé durement au service d’un idéal, celui des chevaliers d’Athéna : protéger la Terre de ses ennemis. Mais voilà qu’il s’apercevait qu’il y avait gagné en vanité. Shaka au long des années, s’était satisfait d’être le plus puissant des chevaliers d’or… Ce qui signifiait probablement être aussi le plus puissant des hommes. Ce n’était pas grand-chose, mais il s’était mis à désirer ardemment que cela reste ainsi, qu’on y changeât rien. Un premier choc, avait été Ikki. Sa défaite l’avait remis dans la vérité. Mais ne l’avait pas rendu plus modeste. Il était normal qu’Ikki vainque puisqu’il servait la justice alors que lui-même s’était trompé de camp. Une fois rangé aux cotés d’Athéna il serait à nouveau le plus puissant des chevaliers d’or. Le second choc s’était produit dans la bataille d’Hadès contre les chevaliers renégats. Il avait découvert l’abnégation des autres chevaliers un instant trop tard. Lui, l’homme dit le plus proche de dieu aurait dû le voir.

 

Aujourd’hui, il sentait à quel point il s’était fourvoyé. Les hommes étaient pris, sans le savoir, dans le destin entier de l’univers, comme une goutte d’eau dans l’Océan. Quand Hadès et Orphéo ont exposé la situation, Shaka s’était senti tout à coup minuscule, insignifiant, dépassé par la tâche qui allait devenir la sienne.

 

-         Tu as raison, dit-il, j’ai été ébranlé par cette conversation ; je ne savais pas pourquoi, nous y avions assisté, Seiya et moi. Pendant tout le discours, je l’ai scruté. Il n’a pas sourcillé, n’a pas même montré l’ombre d’un doute quant à ce qui pouvait advenir de nous tous. Il a simplement emmagasiné les informations, sans se poser de question. Son abnégation totale pour Athéna lui donne une force qu’avec tous les entraînements du monde, je n’ai pas su acquérir.

-         Personne ne peut t’en vouloir d’être passé par le doute… Shaka, le doute n’est pas une défaillance. Au contraire, c’est une très puissante arme. Tout chevalier que tu sois, le doute te permet de te remettre en cause à chaque instant, de pouvoir mesurer la justesse de tes actes. Aujourd’hui tu es désemparé, et tu te trouves faible face au doute. Mais dans quelques jours, tu auras surmonté ce doute. Et tu seras alors plus fort que tu ne l’as jamais été.

 

Shaka écoutait attentivement le visage impassible. Ses yeux clos ne cillaient même pas. Pourtant une larme, coula sur sa joue droite.

 

-         Kalido, je suis plus faible que tu ne le penses, ou plutôt que je ne le pense. Je ne suis pas sûr d’être capable de continuer. Je ne suis pas sûr que tu aies saisi l’ampleur du doute qui m’assaille… Je ne suis pas sûr de vouloir rester chevalier.

 

A ce dernier mot, Shaka avait ouvert les yeux pour y laisser entrevoir la profondeur de la lutte intérieure qui se déroulait en lui en ce moment.

 

-         Personne ne te l’ordonne, ni même te le demande. Aujourd’hui tu es Shaka, Chevalier d’or de la Vierge. Mais tu n’es plus au service de personne. Toi seul peux prendre ton destin en main et mesurer s’il est plus important pour toi de te battre à nos cotés, ou de te retirer pour couler une vie paisible. Ici, personne ne t’en voudrait de t’en aller. Ici, personne ne peut en vouloir à qui que ce soit de préférer en rester là. C’est à toi et à toi seul de trouver dans ton âme, ce que tu désires vraiment.

 

Sur ces mots, Kalido tourna ses talons vers la sortie du temple. Puis s’immobilisa un instant près des deux statues qui en gardaient l’entrée. Il se tourna vers Shaka qui le regardait partir, et lui sourit en l’invitant d’un hochement de tête à le suivre. Shaka, presque inconsciemment, le suivit.

 

Tous deux descendirent alors silencieusement les marches, en direction de l’arène du sanctuaire où Ellianor semblait les avoir attendu. Ils arrivèrent par le petit chemin terreux du cotés est de l’amphithéâtre. Ils se mirent au milieu d’un rang dans les gradins, toujours sans mot dire. Tous les chevaliers vivants étaient là. Shaka sourit amèrement en pensant à Aioros, Masque de mort, Aphrodite, Saga, Shura, Camus, et Sion qui n’étaient pas parmi eux. Il regarda également les apprentis chevaliers qui lançaient vers lui un regard plein d’admiration comme seuls les enfants savent en envoyer. Il soupira en pensant à ses têtes blondes encore trop jeune pour savoir ce qui les attendait s’ils devenaient chevalier. Tout à coup son regard croisa celui d’Aiolia, le jeune lion fougueux lui souriait. Shaka avait beaucoup d’admiration pour lui, pour ce qu’il avait surmonté dans son enfance et dont il était en partie responsable.

 

Mais les yeux de Shaka se posèrent sur Ellianor. Le vénérable guerrier à la stature haute, se tenait au milieu de la route, son bâton de pèlerin dans sa main droite. Il prit alors la parole.

 

« Mes chers amis, vous vous demandez depuis notre arrivée qui peuvent être ces guerriers qui sont intervenus contre Hadès, et bien permettez moi de lever une partie du voile pour nous, en prenant comme fil rouge, l’histoire de ma longue vie. Car j’ai aujourd’hui 3135 ans. »

 

 

 

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Cette fiction est copyright Achille.

Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.