Chapitre 3: La vie d'Ellianor (1/2)
Planète Eündil, village natal d’Ellianor :
Tout a basculé un jour où je devais avoir environ sept ans. J’ignorais alors jusqu’à l’existence de l’univers, des étoiles et de tout cela. J’habitais la planète Eündil. C’était une planète ou plutôt un monde très semblable à ce qu’était la Terre au moyen âge. Les gens y vivaient cependant plutôt heureux. Mon père avait un titre honorifique de « Gardien ». Ce qui signifie qu’il était l’agent de Police de mon village. A l’époque les armes modernes n’existaient pas sur Eündil, mais l’on connaissait l’orfèvrerie et la forge. Pourtant, seule la force des hommes menaient les batailles, affublés de quelques lances et de glaives. Mais dans l’ensemble, Eündil n’avait pas été déchirée par la guerre. Il n’existait en effet, qu’une Terre émergée assez grande pour être appelée continent. Aujourd’hui je ne saurais dire quelle en était sa surface … Peut être un peu plus grande que l’Australie. Autour, il y avait une myriade d’îles et d’archipels qui n’étaient qu’à quelques encablures au plus du continent.
Un jour je m’étais éloigné de chez moi… J’allais près du ruisseau qui coulait à l’est de ma maison. C’était un endroit que j’aimais particulièrement. Je pouvais y jouer des heures durant. Pour y aller on devait passer sur la colline d’en face en franchissant un pont qui enjambait un précipice de plusieurs dizaines de mètres. Alors que j’en faisais la traversée, une étrange bourrasque de vent tourbillonna et m’emporta par-dessus la rambarde, et je ne demeurais accroché que par ma tunique. Tandis que je me débattais et pleurais beaucoup, une lueur se posa sur le pont et comme apaisé je repris mon calme et parvins alors à me sortir de ce pétrin en utilisant la force de mes bras que je n’avais pas soupçonnée à ce moment là.
Je ne réalisais que plus tard que c’est ce jour là que mon destin a changé. Ce jour là que je suis devenu un Erhitil.
Ecole des Syrh :
Plus tard je fus envoyé à ce que vous appelleriez une école. J’étais censé devenir un Syrh. Les Syrh sont les guérisseurs de Eündil. Mais il s’agit en fait d’une caste de guerriers autant que de médecins. C’est là que j’ai passé toute ma prime jeunesse à dévorer la vie et à commencer ma course contre le temps. Là bas j’y ai appris la médecine… tout du moins celle de ma planète qui s’apparentait alors à de la chirurgie et à des potions à base de plantes.
J’étais un élève relativement appliqué, pourtant je n’excellais pas dans cet art. Je m’étais révélé plutôt un très bon Syrh combattant. J’ai pris la mesure de ce talent le jour où j’ai réussi à remporter le tournoi de l’école pour la première fois. C’était la première fois qu’un « première année » s’y imposait. Je l’ai remporté par la suite 5 autres fois.
Ces années d’insouciances, furent sans doute parmi les plus heureuses pour moi… Cependant elle furent brève, mais les visages de mes anciens amis sont tous gravés dans ma mémoire tels les écrits éternels.
Au bord de la rivière d’Illuvion :
Près de l’école des Syrh, il y avait une rivière … Nous y passions tous des jours entiers à rêver de notre vie future. Certaines fois, des habitantes des villages voisins venaient nous voir, les sourires enjôleurs des anges ne doivent pas être plus exquis que celui d’une de ces villageoises venues porter un peu de chaleur dans le cœur des Syrh sur Eündil.
*** Flash Back ***
« Ellianor !!! »
Le tintement d’une clochette, le souffle court, elle avance vers moi. Elle a les courbes des grandes dunes de Sifil, les dents aussi blanches que le soleil, la poitrine aussi mûre que les plus beaux fruits des vergers de Gaïa.
- Sima !!
- Tu es seul aujourd’hui ?
- Oui… Les autres sont déjà là bas…
- Pourquoi tu ne les as pas suivis ?
- Je ne sais pas … Une sorte d’instinct … Quelque chose me disait qu’il fallait que je reste là. Bah oublie ça…
- Peut être que c’est pour moi qu’il fallait que tu restes.
Un clin d’œil exquis, elle me regarde avec malice, je n’y avais pas songé, mais après tout elle a possiblement raison. C’est vrai que je ne suis pas mécontent de la voir ici, sous la lumière rasante du jour déclinant. Un seul mot me vient quand je la vois, je ne peux le réprimer…
- Pure …
- Pardon ?
- Excuse moi, je pensais…
- A quoi donc ?
- A…
Mais alors que mes paroles allaient lui ouvrir mon cœur, un cri retentit au loin.
- ELLIANOR !!! C’est l’heure !
- Attends… J’arrive Porio, laisse moi une minute.
Mais voilà, la magie s’est cassée, et dans la stupide insouciance de la jeunesse, je n’ose pas parler préférant choisir un meilleur moment. Hélas… Jamais je ne la verrai à nouveau.
*
Le lendemain, je suis revenu près du fleuve Illuvion avec l’espoir de revoir Sima… La fraîcheur matinale est propice à l’attente, je m’avance sur l’onde. Le miroir de mes 17 ans … Le jour où tout a basculé. Je me relève après avoir humecté mes lèvres, et surpris je tombe presque à la renverse. Un oiseau géant comme je n’en ai jamais vu sur Eündil. Le plumage bleu azur, les yeux d’or, les serres acérées, et pourtant de cet être ne se dégage que grâce et divination. Plus un souffle, comme hypnotisé, je m’avance vers lui. Il me regarde, il ne fuit pas, il ne m’attaque pas. Mais ma main reste paralysée. Il baisse son cou si doux, et boit l’onde de cristal. Quand il se relève il me fixe à nouveau et pousse un cri strident comme pour alerter quelqu’un. Peut être moi ?
Alors que je ne bougeais pas une lumière jaillit à côté de lui. Un homme en sortit, il avait les cheveux couleur corbeau, et les yeux gris clair. Non à bien y regarder, ses cheveux ne sont pas noirs, mais comme la nuit, c’est un ciel bleu qui se cache. Son regard plein de compassion, et l’air sur de lui, je ne les oublierai jamais. Il se dégageait de cet homme la terrible évidence d’une supériorité, d’une majesté inatteignable. Jamais je ne me suis senti aussi insignifiant face à quelqu’un. Pourtant il n’a pour moi qu’un regard chaleureux, et semble s’amuser de mon inhibition. La seconde durant laquelle il me fixe me paraît durer une éternité. Sa voix finit pourtant par m’atteindre, puissante, chaude, et grave, ses lèvres ne remuent pas il me parle par l’esprit. Il regarde mon cœur, je sais… Quoi au juste ? Je sais que c’est lui que je suivrai.
« Ellianor, ton destin est à toi … Tu es un Erhitil… Nous sommes les guerriers élus… Je vais te raconter l’histoire de ce peuple dont les descendants ont peuplé une planète que l’on nomme Orphéa. Si tu me suis, tu prendras à pleine main la vie, le cosmos, l’essence de la vie, mais je ne peux que te promettre guerre, larmes, malheurs, morts, désillusions, blessures, haine, et ténèbres. Tu es libre … Ta vie t’appartient, tu choisiras ton destin. Me suivre, c’est la souffrance pourtant, je sais au fond de moi que tu seras le plus fier des Erhitils, tu perdras tous ceux qui comptent … Sima également »
Le nom avait retenti comme un écho sans fin dans mon esprit. Pourtant tout mon être n’aspirait qu’à suivre cet inconnu, cet aigle, cette vie promise à la souffrance. Sans un mot, ma vie s’écroula, sans un mot, je devins un homme, sans un mot j’acceptai un destin, sans un mot j’acceptai de mourir demain s’il le fallait, sans un mot je renonçai à tout, sans un mot mon cosmos s’éveilla pour la seconde fois, sans un mot … Je le suivis.
Ce n’est que plus tard que j’appris qu’il était Alandor. Pas une fois il ne m’a caché la puissance de ce que j’aurais à affronter, ceux dont on tait le nom. Pas une fois il ne m’a obligé à le suivre, aujourd’hui encore, je ne regrette rien.
Premiers pas sur Orphéa :
Mon premier contact avec Orphéa fut la découverte des forêts qui bordaient la cité au sein de laquelle se dressait le majestueux temple des Erhitils. Car en effet, tous les habitants d’Orphéa n’étaient pas Erhitils, ils étaient humains, comme les autres habitants des 7 joyaux de l’univers. Les Erhitils venaient en fait de différentes planètes et constituaient la caste des guerriers chargés de protéger l’univers contre ceux dont le nom ne se prononce pas. Mais parmi nous, nous étions cinq à avoir le grade de commandant derrière Alandor. Bien évidement, je ne savais pas en arrivant de quoi je serais chargé et je fus entraîné comme tous les autres soldats.
Dès mes premiers jours, j’ai pu visiter les plus beaux endroits de cette planète. Les océans avaient la couleur du saphir, les forêts s’étendaient à perte de vue, les montagnes touchaient le ciel … Il n’existe pas de mot pour décrire la vraie beauté d’Orphéa. La cité où l’on vivait, se nommait Cnos. Le temple des Erhitils ainsi que ses jardins étaient au sommet d’une colline, d’où l’on dominait tout. Le chemin menant au temple, pavé d’une roche bleu ciel, serpentait autour de la colline et l’on entrait dans l’agora par les grandes portes en bois gravées aux symboles des Erhitils. Nous vivions tous là pour la plupart, c'est-à-dire environ 250 soldats hommes et femmes, et autant d’intendants.
De fait, il n’y avait qu’une seule véritable structure hiérarchisée sur Orphéa, et un seul pouvoir, Alandor était par la force des choses l’empereur d’Orphéa. Vénéré comme un dieu, il n’y portait cependant pas attention et laissait la gestion de la cité à ses habitants. Il se considérait plutôt comme le serviteur du peuple, pour le protéger que comme un roi. Par contre, il se donnait beaucoup de mal pour protéger les deux plus grands trésors de la planète.
C’est de cette manière que quelques semaines après mon arrivée, je rencontrai Lysithéa, c’était la prêtresse de la source d’Emeraude. Elle venait rencontrer l’empereur régulièrement car directement placée à son poste sous le commandement d’Alandor, elle bénéficiait de sa protection directe. Ancienne Erhitil, elle s’était avérée plus puissante en psychokinésie qu’en force pure.
La première fois que je l’ai vue, j’ai cru rêver, sa finesse, son élégance et sa grâce avaient tout de la déesse. Ses longs cheveux vert clair, tombaient en ondulant sur ses épaules blanches et pures que laissait entrevoir sa robe officielle de prêtresse. Son habit était blanc, finement taillée dans un tissu proche de la soie, les plissements du drap s’agitaient à chacun de ses pas comme un ballet parfaitement réglé pour charmer quiconque poserait ses yeux sur elle. Sa voix était suave et tel un miel chaud, réchauffait le cœur en laissant en goût agréable dans la gorge, ses lèvres fines et vermeilles, sa ligne parfaite, ses longues jambes… tout chez elle semblait avoir été touché par le créateur. A mes yeux elle apparut tel un oiseau de paradis au milieu du désert. Elle m’a même souri.
Dès ce jour, je cherchai tous les prétextes pour la revoir. Et j’y arrivai… sous la bienveillance d’Alandor ; Lysithéa et moi-même nous sommes unis un jour d’hiver. Nous nous sommes aimé tout le temps que l’on nous laissa partager. J’ai appris chacune de ses habitudes, elle m’a comblée de toutes les façons dont un homme puisse être comblé. Les heures bénies passées en sa compagnie me firent supporter le dur entraînement que je m’imposai pour devenir digne du rang d’Erhitil. J’allais souvent la retrouver dans le sanctuaire près de la source d’émeraude. Cette source, était à l’origine de toute vie dans l’univers, et avait été placée sur Orphéa par le Zâh ; et c’est pour cette raison qu’il a choisi qu’Alandor serait un habitant de cette planète. La vie ne peut être anéantie totalement à moins de détruire cette source. Cependant, la détruire ne suffit pas, il faut également détruire toute forme de vie. Les ennemis que nous avions à combattre, poursuivaient comme but ultime la destruction totale de cette source.
Grâce aux efforts des Erhitils, jamais cela n’a pu arriver. Lysithéa et moi avons eu une fille qui possédait la beauté de sa mère… Elle se nommait Séquoïa. Elle a été ma plus grande fierté mais également mon plus grand malheur.
*
Les chevaliers alentours, virent alors une larme couler le long de la joue usée du vieillard, avant qu’il ne reprenne son récit.
L’entraînement d’Alandor :
J’ai connu sur Orphéa tous les tourments possibles lors de l’entraînement. Alandor était un maître bon mais exigeant, chaque jour il arrivait à vous épuiser en vous faisant faire davantage que la veille. Quand j’y pense c’était parfois très drôle de le voir debout à la fin d’une journée, avec tous les apprentis à terre, harassés par la fatigue, terrassés par l’effort. Je me souviens d’une fois, où après un combat d’entraînement, nous étions près de la plage nous parlions de la journée, et je me souviens de ce qu’il m’a dit ce jour là
- Maître, quelle est donc la menace à laquelle nous devons faire face ?
- Ellianor, as-tu jamais ressenti au fond de ton être la colère, la haine ou la peur.
- Si… parfois.
- Alors le meilleur moyen de comprendre qui sont nos ennemis, c’est de te dire que c’est contre toi-même que tu devras lutter. Ils t’infligeront tour à tour, la colère, la haine et souvent la peur. L’Ennemi sera alors en toi, et c’est contre toi-même que tu devras te battre. N’oublie jamais qu’il n’est pas de colère qui amène la justice.
J’ai beaucoup repensé à cette phrase depuis. Triste vérité prémonitoire qu’il m’a annoncée ce jour là. L’enseignement d’ Alandor m’a permis d’acquérir l’armure de l’Erhitil du dragon. J’étais un des cinq plus puissants guerriers qui combattirent à ses cotés. J’ai perdu tous mes compagnons en ce jour mais je me souviens pourtant de tous leurs visages le jour de la cérémonie. Tous me regardèrent avec respect. Cette armure non contente d’être une des protections forgées dans la source d’émeraude me donnait le titre de Sépir. C'est-à-dire que je n’avais pas autorité sur les autres, mais j’étais un guerrier dont l’étoile ne reçoit d’ordre que d’Alandor directement et en son absence le représente auprès des autres, non comme chef, mais comme celui qui se dévoue pour remonter le moral des troupes, les emmener loin. Je n’ai jamais vraiment su pourquoi il m’avait choisi pour cette tâche. Quand j’y pense, je n’étais ni le plus puissant, ni même le plus sage des tous les guerriers de ce temps là. Il ne m’en a jamais vraiment reparlé. Ce que je sais avec certitude c’est que le destin lui a donné raison car j’ai été le dernier survivant de cette époque là.
La planète morte :
Longtemps nous parlâmes au coin du feu de Luna la planète au destin funeste, celle que l’on nommait Morgoth après que ce joyau ait été perverti, que la création ait péri pour devenir ruine, temple de la mort et de la destruction. Morgoth faisait frissonner tous les Erhitils, la puissance maléfique de la planète morte dépassait le pouvoir même d’Alandor, puisque, seul, ce dernier ne pouvait pas vaincre toutes les forces qui l’habitaient. Ce qui faisait réellement peur à nos troupes, c’était d’imaginer que l’Héritier de l’épée avait besoin d’une armée pour détruire ses ennemis.
Nous avons au cours des années sur Orphéa affronté maints et maints démons, et autres Golems. Certains avaient une puissance ahurissante, pourtant aucun ne parvînt à vaincre les guerriers élémentaires et le Sépir. Nous les avons toujours défaits. Cependant, Alandor qui dépassait largement à lui seul le pouvoir des cinq guerriers semblait toujours préoccupé, certain que notre victoire ne serait jamais aussi simple. L’histoire lui donnera raison de la façon la plus sinistre qui soit…
Un jour de l’été, nous rentrions de mission après avoir combattu trois soldats de l’Ennemi quand Alandor s’avança vers nous le visage grave et un parchemin dans la main. Nous nous sommes tous regardés car nous ne l’avions encore jamais vu le visage aussi tendu. Nous avons donc décidé de lui parler, mais il passa son chemin et visiblement, ce n’était pas nous qu’il voulait voir. Dans les couloirs du palais, son pas résonne encore de son empressement dans ma tête. Comme s’il s’agissait d’une évidence, chacun d’entre nous le suivit, jusqu’à la terrasse qui dominait la mer. Il semblait statufié sur place. Avec mes compagnons nous échangeâmes un regard et je m’avançais vers lui pour le questionner.
- Majesté…
- C’est l’heure Ellianor, c’est l’heure pour nous tous.
Je le regardais interloqué sans comprendre de quoi il me parlait. Lisant l’incompréhension sur on visage je le vis sourire… Un sourire amer, presque empreint de pitié.
- L’Ennemi dont je vous ai parlé, un de ceux dont on tait le nom… Il m’a envoyé ceci.
Je me saisis du parchemin et le lut à voix haute pour tous mes compagnons :
« Chef des Erhitils,
Je te somme de te rendre à mon autorité. De cesser tout combat envers mes troupes fautes de quoi j’attaquerai Orphéa où je sais que tu renfermes le cœur de l’univers et la source d’Emeraude. Si tu tentes de résister je détruirais ton monde. La seule solution pour toi est la reddition.
Pü, seigneur des Assilites et fléau de la pestilence. »
- Mais majesté comment pouvez vous envisager de vous rendre, nous avons toujours été vainqueur et en cinq années de luttes seuls trois de nos compagnons ont été terrassés contre au moins mille des leurs.
- Tu es bien fougueux mon cher Ellianor. Notre ennemi ne nous a jamais combattu ouvertement. Il a testé nos forces à la recherche d’une faille. S’il prétend pouvoir nous vaincre c’est qu’il en a trouvé une.
- Du bluff !! Je sais que nous sommes plus puissants !
- Ellianor, que t’ai-je appris au sujet de notre ennemi ?
- Qu’il ne fallait pas le sous-estimer sans quoi notre fin approcherait.
- Bien… Comme tu le sais sans doute, un seul fléau a été anéanti pour l’instant. Et c’est moi qui ai dû le combattre et le vaincre puisque toi et Kylian n’avez pu le vaincre.
- Oui mais les choses sont différentes… Le fléau de la guerre a été anéanti, ils ne sont plus que quatre. Ce Pü ne nous résisterait pas j’en suis sûr.
- Lui peut être mais son maître ?
- Son maître ? Mais il s’est présenté lui-même comme chef des Assilites !!
- Non comme Seigneur. Il est un fléau et nous le savons en ayant affronté maints démons et Kobold que les 5 fléaux sont les seigneurs Assilites, mais rien ne nous dit qu’il n’ont pas un chef suprême, et encore moins si ce chef est aussi puissant qu’eux ou bien plus.
- Nous l’aurions découvert si ce chef existait.
- Peut être … ou peut être pas. Notre destin est de protéger ce monde contre ses ennemis, je crois qu’il n’y a pas de chose qui n’ait de sens dans tous l’univers. Je crois que la force qu’on m’a donnée sert à quelque chose. Le fléau que j’ai combattu était si sûr de lui qu’il a osé m’affronter… j’en déduis que par rapport aux autres fléaux, il ne se sentait pas inférieur. Pourtant je l’ai vaincu sans utiliser tout mon pouvoir et sans craindre pour ma vie. Ma force ne peut être tirée que du besoin de vaincre un ennemi que l’on me garde secret mais qui est sans doute aussi puissant que moi. Si un tel ennemi parvenait sur Orphéa, je ne sais si je pourrais le contenir et assurer ma mission de protection vis-à-vis de la planète et de ses deux trésors.
- Que comptez vous faire alors majesté ?
- M’assurer que mon ennemi existe et aller l’affronter sur Morgoth.
- Sur Morgoth ? Mais c’est du suicide ! C’est se jeter dans la gueule du loup ! N’y allez pas !
- Je ne vois guère de solutions pourtant.
- Alors laissez nous vous accompagner !
- Vous ?
- Oui !! Nous !! Laissez nous vaincre les Assilites à vos côtés. Nous les enterrerons une bonne fois pour toute et nous célèbrerons ainsi notre plus belle victoire.
- Eh bien soit ! Qu’ordre soit donné à tous les Erhitils de se rassembler au palais et de venir prendre leurs ordres. Nous ne nous laisserons pas vaincre aussi facilement !!
Les jours qui suivirent tous les Erhitils se rassemblèrent autour de notre chef à tous. La communion avec lui était intense. Tous le cosmos était concentré au sein du Palais comme un appel à la prière. Une sorte de calme avant la tempête. Je sais aujourd’hui combien je dois à ces jours là qui ont précédé la grande bataille de Morgoth. J’y ai connu chacun des Erhitils mieux que s’il avait été mon frère, il régnait dans l’air la véritable chaleur humaine de ceux qui défendent le même idéal au péril de leur vie. J’ai beaucoup pensé à ma mère et à mon père… La première fois peut être depuis mon départ huit années auparavant. Je regardais derrière les colonnes du temple certains qui pleuraient, sachant au fond d’eux que même s’ils revenaient rien ne serait plus comme avant. D’autres profitaient des derniers instants avec les enfants qu’ils avaient eus pendant ces années au service de leur foi. Moi-même, je contemplais les têtes blondes des enfants de Kylian, un sourire s’esquissa, puis je la vis, nimbée d’une aura douce et suave comme la toute première fois où je l’avais vue. Sa silhouette de femme accomplie, gardant en son sein la plus grande de mes fiertés… Mon second enfant… Le sien… Le nôtre. L’orgueil du futur père… Pff, je n’aurais jamais pensé le connaître de cette manière… Je n’aurais jamais pensé que la douceur puisse apporter autant de peur et de chagrin.
- Lysithéa !!
- Ellianor … Enfin je te retrouve.
- Tu me cherchais ?
- Oui… j’ai une chose à te demander.
- Tout ce que tu veux.
- Vis…
- Pardon ?
- Je veux que tu vives ! Quoiqu’il arrive, ne meurs pas, ne m’abandonne pas ! Je ne te le pardonnerai jamais sinon !
- Mais enfin Lysi… Tu sais bien que j’ai tout autant envie que toi de revenir.
- Promets le moi ! Je ne te laisserai pas partir si tu ne me l’as pas promis.
- Je te le promets mon amour… Jamais aucun ennemi ne me terrassera. Je reviendrai et je te reverrai.
- Merci.
Sa bouche se posa sur la mienne et dans le plus doux des baisers elle s’en alla, rassurée par cette promesse. Comme un enfant qui ne doute pas de l’immortalité de ses parents… Elle avait l’innocence d’une vie en elle, elle le portait sur le visage et dans le cœur. Je revois encore aujourd’hui la douceur de son regard juste avant qu’elle ne s’esquive pour me laisser partir rencontrer mon destin… Alors que son parfum enivrait toujours mes sens, une voix puissante s’éleva dans la salle, au dessus du trône.
« MES AMIS !!! Notre temps est désormais venu, notre foi dans la vie va être éprouvée de la pire de façons. L’ultime bataille de l’univers, l’ultime enjeu de nos vies va se jouer dans les heures qui vont suivre. Comme vous le savez tous, Luna, a succombé aux blessures de l’ennemi pour devenir Morgoth. Quatre autres joyaux ont subi un sort peu enviable en étant détruites par nos combats contre les forces des Assilites. Leur chef m’a demandé de me rendre, et m’a menacé de s’en prendre à Orphéa, la planète que nous chérissons tous. Le temps est venu pour nous de montrer que nos forces valent celles de l’Ennemi, que nos cœurs sont bien plus vaillant et indéfectibles que ce que les leurs sont haineux et fourbes. Nous allons probablement au devant de notre propre mort, mais nous y allons pour la tromper, pour lui dire qu’elle ne nous prendras pas sans qu’on ait accompli notre tâche. Ici et maintenant, mes amis, je suis votre humble serviteur, et vous demande comme une faveur de me suivre dans ma folie en acceptant d’utiliser les pouvoirs qui déchirent le temps et l’espace, de nous rendre sur Morgoth d’y mourir ou d’y conquérir la gloire de ceux qui n’ont jamais renoncé. »
Le cri qui s’éleva en même temps que le cosmos transportait nos âmes en communion fit trembler les colonnes du vieux temple. L’empressement que nous mîmes pour nous saisir de nos armes et armures fut à la hauteur de ce cri. Alandor apparu à notre tête, vêtu de son armure étincelante. C’était la première fois que je la voyais. J’étais complètement émerveillé par sa majesté et les ailes d’or qui s’étaient déployé tandis qu’il tenait l’Epée dans sa main droite prêt à pourfendre tout ennemi. L’aura qu’il dégageait était vraiment celle d’un homme fait dieu… Un instant il m’apparut tel qu’il était vraiment : le guerrier ultime au service de la vie. Il passa à coté de chacun ayant un mot pour tous, et une tape amicale à chacun des sourire qu’il recevait sur son passage. Je ne lui dis rien à cet instant me contentant de le voir traverser la haie d’honneur, en marche vers le destin. Savait-il ce qu’il allait déclencher quand il leva le poing … Sans doute … Même nous, nous le savions… Savoir n’est, hélas, pas forcément admettre, ni croire.
« ANOTHER DIMENSION !!! »
Son poing frappa l’air en le déchirant et la lune de Morgoth nous offrit sa désolation pierreuse et son vent glacial comme accueil.
*
Kanon qui écoutait adossé à une colonne le récit depuis le début tiqua. Tous d’ailleurs dans l’assistance se tournèrent vers lui.
- C’est une blague ? Vous voulez dire qu’il avait la même attaque que moi et mon frère ?
- Dans son cas ce n’était pas vraiment une attaque puisqu’il ouvrait l’espace comme il le désirait et voyageait ainsi dans tout l’univers. Toi et ton frère en avez fait une attaque car nul, pas même vous ne peut prévoir à l’avance l’endroit où la dimension va s’ouvrir. Votre maîtrise de l’arcane est incomplète.
Le chevalier des gémeaux ne cilla pas, et se contenta d’afficher un air neutre et sévère à l’égard de l’assemblée, ce qui dissuada tous les autres d’en rajouter.
- Mais Maître Ellianor, si Kanon connaît cette attaque, c’est donc que quelques part, Alandor l’a enseigné sur Terre n’est ce pas ?
- En effet Shiryu… Alandor a séjourné plusieurs années sur Terre avant de venir me quérir pour combattre à ses cotés. Certains de mes compagnons m’en ont parlé, c’était à la suite de la perte de Luna, il était venu sur Gaïa apprendre et éveiller à leur cosmos certains être humains.
- Mais alors…
- Oui Hyoga tu as deviné Zeus, Hadès, Poséidon étaient les noms des trois meilleurs élèves. Trois frères qui avaient été présenté à Alandor par son premier élève, Cronos.
- Ainsi donc, Alandor a fait les dieux ? fit Seiya étonné par ses propres conclusions.
- Ce que vous appelez les dieux en fait ne sont que des hommes éveillés au cosmos ultime leur permettant de sauvegarder leur corps éternellement, et si besoin de se réincarner dans d’autres corps.
- Cependant personne ne nous a dit pourquoi il a fait ça.
Tous les bronzes se tournèrent alors vers la voix familière du phénix qu’ils n’avaient pourtant pas l’habitude d’entendre se mêler d’une conversation.
- C’est pour protéger Gaïa contre d’éventuels ennemis qu’il a fait ça. Les Erhitils sont bien assez puissants pour défendre à eux seuls Orphéa contre la plupart des ennemis, mais il n’y avait personne sur Gaïa, c’est pourquoi il décida de former directement des habitants de cette planète.
- Ce qui signifie, qu’ayant reçu le même entraînement tu es aussi puissant que les dieux ?
Le regard de Kanon transperçait Ellianor de part en part, et un sourire naissait à la commissure de ses lèvres ayant perçu la réponse avant qu’elle ne soit donnée.
- Non… Evidement, sinon je ne vieillirai pas. Ceux que vous appelez Olympiens, ont été éveillés. Ils ont « vu » le cosmos ; c’est la véritable source de leur puissance. Au combat pur je leur ai peut être été supérieur, mais en puissance il m’ont dépassé car ils ont vu ce que je n’ai pas été amené à voir.
- Je ne comprends pas … Suffisait il pour Alandor de montrer le cosmos aux hommes pour qu’ils s’éveillent ?
- Ce n’est pas aussi simple. L’éveil nécessite une préparation physique et mentale puissante afin de ne pas en mourir ou rester figé à jamais. Cronos n’a pas pu être éveillé complètement car dans l’engagement du processus, il a présenté des signes de « fatigue ». Zeus et ses frères sont parvenus à l’éveil car justement ils étaient du même sang. Ils sont entrés en résonance et ont accédé en même temps à l’éveil. Ça a transcendé leur vie et leur âme donnant ainsi à leurs enfants la puissance véritable des Olympiens, même si elle était inférieure à la leur. Zeus a enfanté sa propre sœur car dans le même sang, il a donné des enfants plus puissants encore.
- Mais Athéna… d’après la légende ….
- Il ne faut pas toujours croire les légendes, Athéna est la fille de Zeus et Héra.
- Comment Héra est-elle donc devenue immortelle ?
- Comme je l’ai dit Shina, Zeus, Hadès, et Poséidon étaient les trois meilleurs, mais ils n’étaient pas les seuls élèves. Héra, Hestia, Cronos, Déméter et certains frères de Cronos étaient présent. Tous ont accédé à l’immortalité, irradiés par l’éveil de leurs frères ou enfants. Mais ils ne se sont pas éveillés.
- Que veux donc dire « éveillé » maître ?
- L’immortalité est un état de maîtrise du cosmos permettant d’empêcher le vieillissement de son corps en lui donnant la force de survivre aux années… c’est un transfert d’énergie dirons nous. Le Misopathaménos est la toute première étape de ce processus d’autoconservation, au-delà, il y a moi j’ai vieilli, cependant mon corps est devenu immortel. L’éveil, c’est l’accès à tout ou partie de la perception de l’univers. Il en existe plusieurs degrés. Alandor est l’humain qui s’est éveillé au plus haut en accédant à la possibilité d’embrasser en un regard toute la création divine. Zeus et les autres ont accédé à la vision de ce flux universel, sans pour autant en avoir perçu la taille réelle. C’est ce qu’ils nommèrent le Big Will ou volonté ultime.
Les chevaliers d’Athéna comprirent tout à coup un peu mieux ce qu’était le cosmos, il ne s’agissait pas de brûler son univers intérieur, mais d’accéder à l’univers par sa perception inconsciente de la puissance de ce dernier. Voilà pourquoi, ils parvenaient à y accéder aussi près de la mort… aux bords de l’inconscience justement. Ils s’entreregardèrent et comme portés par un même élan, ils levèrent les yeux vers les étoiles du soir qui commençaient à luire au dessus de leur tête. Kanon regarda les étoiles de Castor et Pollux… Jamais auparavant il ne lui avait semblé qu’elles étaient aussi belles… Et aussi tristes. Son frère était mort à présent, et bien qu’ils n’aient passés que peu d’années ensemble, il lui semblait que le savoir vivant l’avait toujours rassuré… Aujourd’hui il ressentait son absence comme un énorme vide, une plaie béante sur un cœur qu’il n’aurait jamais cru voir à nouveau saigner… Pas depuis que… « Non, c’est loin tout ça à présent, n’y pensons plus… »
Il serra dans sa main droite une étoffe qui même aux confins de l’enfer ne l’avait jamais quitté… Un bout de chiffon rose ternit par les années, la relique d’un passé perdu. Pourtant une lettre bleue y était inscrite : un S…
Alors que Shiryu et Seiya semblait discuter du passé des dieux, il s’amusa de constater à quel point leurs voix étaient lointaines, imperceptibles pour lui qui nageait dans son passé. Alors, pour la première fois depuis longtemps, si longtemps qu’il trouva la sensation bizarre presque dérangeante, il sourit… Un simple sourire devant la jeunesse de ses compagnons qui découvraient les secrets d’un vieillard, un sourire face au destin aussi, face à l’image de son frère à jamais gravée dans sa mémoire. Il se laissa aller un peu et sentit ses muscles se détendre… Cela faisait des années qu’il n’était pas sur le qui vive, prêt à bondir. Il se sentait bien tout simplement. C’est alors qu’une lueur traversa son regard… C’était les pupilles d’Ellianor qui le fixaient. Kanon se sentit comme un enfant qui a fait une bêtise face à lui, complètement mis à nu. Pourtant il ne lisait dans ses yeux aucun reproche, bien au contraire, plutôt de la compassion, de la compréhension… Il se surprit à penser au regard d’un père qui lui avait tant manqué. Comme par réflexe, son visage se referma et ses yeux se murèrent dans le vague, laissant la voix grave d’Ellianor reprendre le cours de son récit.
*
Lorsque nous posâmes le pied sur Morgoth notre première réaction fut l’épouvante. La planète n’était qu’obscurité, les nuages noirs, les vapeurs de souffre, et les rochers décharnés n’était que le seul horizon. Plusieurs arbres morts témoignaient qu’un jour il y avait eu la vie ici. Tout n’était que désolation. Alandor nous avait déposé sur une butte rocheuse qui dominait une plaine marécageuse au fond de laquelle se dressait la tour de l’Ennemi. Je me souviens encore des fracas assourdissants que faisaient les éclairs sur la pierre grise.
- Nous voici sur Morgoth… Dernière bataille pour beaucoup d’entre nous… peut être sera-ce aussi la fin de la guerre.
Je me rappelle que personne n’ajouta un mot après ça. L’Ennemi nous envoya ses troupes et la bataille commença. Je ne sais combien sont morts au premier assaut… J’ai rapidement été noyé dans le tumulte, cherchant tour à tour à vaincre mon ennemi et à avancer vers le prochain. Je ne peux vous décrire l’atmosphère d’apocalypse qui se dégageait alors de la bataille. Le bruit était horrible, mêlant chants de guerre, fracas des corps, hurlements de douleurs. Le nombre de nos ennemis était gigantesque, pourtant il diminuait et nous parvenions à les faire reculer. Je vis cependant tomber nombre de mes compagnons autour de moi… Chaque Erhitil qui tombait faisait naître en moi un peu plus de rage de vaincre. Je tuai sans relâche. Je ne me préoccupai pas de mes blessures, je devais vaincre. Alors que la bataille faisait rage, Alandor qui terrassait ses ennemis par centaines était aux abords de la tour noire… Seul l’Ennemi pouvait se mesurer à lui. Soudain, à l’orée de la première tour de guet je le vis se tourner vers la bataille, le regard désespéré. Ses yeux croisèrent les miens. Aucun mot ne fut nécessaire, j’avais compris.
Le hurlement de rage que m’arracha la situation couvrit le champ de bataille. Tous les Erhitils restant se tournèrent vers moi. Chaque ennemi autour de moi recula d’un pas. Je profitai du sursis pour lancer l’appel d’Alandor à ses troupes.
- L’ENNEMI NOUS A TROMPES !!!! IL EST SUR ORPHEA !!!! C’ETAIT UN PIEGE !!!
Tous se tournèrent vers la tour noire et virent Alandor jeter un dernier regard sur la bataille avant qu’il ne disparaisse pour affronter son destin sur sa planète natale. De cet instant mon obsession se porta vers Lysithéa… J’hurlais de rage en l’imaginant aux prises avec l’ennemi. Sur Morgoth la bataille fit rage pendant je ne sais combien de jours ou d’heures. Epuisé, je m’effondrai. Lorsque je rouvris les yeux, je ne sus jamais ce qu’il s’était passé, mais je vis un des commandeurs debout figé devant moi. Lorsque mon regard embrassa un peu plus la scène je compris que c’était lui qui avait mené le dernier assaut et avait terrassé nos ennemis en payant de sa vie le fait de m’avoir protégé. Je ne me suis jamais remis de sa mort, rien ne nous destinait à cela, je ne le connaissait que peu finalement, pourtant il avait fait rempart pour ma vie, me faisant don de la sienne. Il était mort debout, comme statufié par l’horreur de ce que nous venions tous de vivre.
Malgré cela, je ne pouvais me résoudre à rester plus longtemps… je ne pris pas la peine de rechercher des survivants, je n’avais qu’une seule idée en tête, Lysithéa et nos enfants. Je me saisis de mon bâton de combat, repris le casque de mon armure du dragon et pourfendis les dimensions grâce à la technique que m’avait enseignée Alandor.
Orphéa :
Je suis arrivé sur Orphéa au niveau de l’île où se situait la source d’émeraude et Lysithéa. Ce que je vis me souleva le cœur, des centaines de cadavres jonchaient le sol, des hommes, des femmes et même des enfants. Tout n’était que désolation. Mon cœur s’était arrêté de battre, et mon esprit s’était figé, mais je fus soudain attaqué. Plusieurs hommes avaient suivi l’Ennemi dans sa course sur Orphéa… C’étaient eux les responsables. De toute ma vie je n’ai jamais senti ma cosmo-énergie de façon aussi puissante. J’ai livré combat contre la dizaine d’hommes qui m’avait attaqué. Je ne peux vous dire comment je les ai tué, ce que je sais, c’est qu’au fond de moi j’ai senti la colère, la haine, l’envie de massacrer, et surtout le plaisir à tuer. Lorsque j’en eut fini avec le dernier, je me pris de dégoût pour mon attitude et les paroles d’Alandor sonnèrent amèrement dans ma tête.
Je marchai alors vers la source en espérant retrouver Lysithéa. Tout était détruit dans le sanctuaire, mais le temple où elle se trouvait était toujours debout bien qu’une partie des colonnes ait été détruite. J’entrai dans la nef principale, et me rapprochai de l’autel. Mon cœur fut soulagé d’entendre le clapotis reconnaissable entre mille de la source d’Emeraude et devant elle, Lysithéa se tient debout le dos tourné. Je ne me rend pas tout de suite compte de ses blessures.
- Lysi !!!
- Oh … Ellianor …
- Que s’est il passé ?
- IL est venu ici… J’ai bien essayé de résister, mais son pouvoir était trop puissant. J’ai cru que la source allait être détruite… Et puis Séquoïa … IL l’a tuée… Je n’ai rien pu faire.
- Quoi !!!
La fureur se changea en détresse, je sentis mon cœur exploser, mes viscères se tordirent de douleur …
- J’ai bien cru que j’allais mourir aussi, mais Alandor est arrivé à temps pour la sauver…
- Comment ?
- La Source… elle n’a pas été détruite.
- Tu as vu Alandor ?
- Oui … il s’est battu avec LUI… Il l’a écarté d’ici… Je suis resté auprès de notre fille… Je ne sais pas si j’ai bien fait …. Ohh Ellianor, j’espère que tu ne m’en veux pas …
- Comment le pourrais-je ? Lysi… tu n’y es pour rien.
- Si… Peut être que si j’avais quitté les lieux, j’aurai pu me sauver, sauver notre enfant.
C’est alors que je vis sa main ensanglantée posée sur son ventre. Je compris trop tard…
- Ils étaient venus avec lui… Bien que pas assez puissants pour détruire la source, je les ai combattus… Je n’avais pas vu le dernier et ….
Toute ma vie je me rappellerai l’avoir vu fondre en larme …
- Mais j’ai senti ta présence… C’est toi qui m’as sauvé !
Je me remémorais alors mon combat … Si je n’avais pas pris mon temps pour les tuer, peut être aurais-je pu la sauver… Je n’en sais rien … La phrase d’Alandor me revînt alors amèrement dans l’esprit : « L’Ennemi sera alors en toi, et c’est contre toi-même que tu devras te battre. N’oublie jamais qu’il n’est pas de colère qui amène la justice.»
Mais elle est bel et bien morte dans mes bras ce jour là, son visage angélique ceint de ce sourire énigmatique dont elle avait le secret quand elle me regardait. Ses yeux brillant s’éteignirent en même temps que sa voix dans sa gorge.
- Ne m’oublie pas…
Je sentis la vie la quitter, j’étais impuissant face à cette tragédie. Rien ne pouvait me consoler… Je pris plusieurs minutes pour l’enterrer dignement aux cotés de notre fille. Chaque morceau de Terre que je soulevai pour la jeter sur leurs visages endormis à jamais semblait peser des tonnes. L’effort avait quelque chose de surhumain… mais je parvins à faire mon devoir vis-à-vis de ces deux femmes que j’aimais. Au loin, je ressentais le cosmos d’Alandor qui n’en finissait pas de grandir et de se heurter à celui de L’Ennemi. Je sentais sa volonté, sa puissance, sa rage de vaincre. C’est lui qui me donna la force de me lever à nouveau… Il me restait une mission à accomplir… Dans toute l’énergie qu’il mettait à combattre, je ne pouvais pas la laisser échouer, il fallait que j’intervienne. J’étais le Sépir, tous sauraient qu’il ne s’était pas trompé. Je quittais Lysithéa et Séquoïa à jamais.
Temple de l’oracle :
C’est vers le deuxième temple majeur d’Orphéa qu’il me fallait me rendre, j’avais senti une multitude d’énergies maléfiques s’y diriger après que je sois intervenu près de la source d’Emeraude. Lorsque j’arrivais sur place, je les aperçus, ces démons abjects, leur allure si noire, leur regard… Quiconque a croisé leur regard ne l’oubliera jamais. Les Assilites ont dans les yeux, le visage de la terreur. Comment avaient-ils pu trouver ce temple… Je ne me l’explique pas … En dehors d’Alandor et moi, personne n’en connaissait l’emplacement exact. Il s’agissait d’un boyau de la montagne. Dans le rocher il y avait une sorte de demi sphère creusée, au fond de laquelle on trouvait la porte d’un labyrinthe qui surmontait quelques marches. Il y avait là un fronton triangulaire gravé à même la roche, qui avait subit les affres du temps. Sous le fronton, deux colonnes sculptées semblaient le soutenir tandis qu’elle aménageait un espace assez grand pour laisser entrer quatre hommes de front. L’entrée était « suspendue » sur une paroi à pic et entre le fronton et le bord de la paroi, il n’y avait qu’une mince esplanade de cinq ou six mètres qui donnait directement dans un vide de trois cent cinquante mètres
J’avançais alors à tâtons, ne sachant pas ce que je trouverai dans ce temple dont je ne connaissais que l’emplacement et la signification. Je fus stupéfait : loin d’être un boyau étroit et puant, le labyrinthe commençait par une très grande salle circulaire dont le sol descendait en pente douce jusqu’en son centre comme un entonnoir. Là, un escalier en colimaçon m’invitait à débuter le voyage, guidé par les cosmos noirs des Assilites. Dans la première salle, je remarquai des torches, signe évident d’une présence en ces lieux. Le décor n’était que magnificence avec des sculptures et des peintures lumineuse et blanches qui ne semblaient pas avoir subit le poids des années. Au sommet, en regard de l’escalier central, une voûte dessinait le plafond sur lequel était peint un ciel bleu, des nuages nacrés et des scènes très gaies avec des anges, des nymphes, des hommes… Une vision du paradis ?
Mais lorsque je descendis l’escalier qui s’enfonçait sur au moins vingt mètres, la lumière palissait, et les décors devinrent beaucoup plus sombres. Il ne restait que quelques bas reliefs sculptés dans le mur, mais qui étaient usés et à moitié effacé par le temps. En bas, je cheminais dans une galerie relativement large et haute, mais qui dégageait une impression d’étouffement. Les directions des murs semblaient très torturées, et j’avais déjà après quelques centaines de mètres passés plus de 100 croisements. Il semblait que tous les chemins du labyrinthe débouchaient dans le couloir où je me trouvais, il était même beaucoup plus lumineux que tout le reste du dédale. Je sentis comme une intuition qui me poussait à foncer tête baissée à ce qui ressemblait beaucoup à un piège.
Qu’importe, j’avais traversé bien pire aujourd’hui. Soudain je vis une lumière au bout du couloir et ce que je vis me sidéra. Le couloir que j’avais parcouru était un trou dans la paroi d’une grotte souterraine gigantesque qui était en fait un vaste gouffre de deux ou trois cents mètres de diamètre et dont je ne distinguais pas le fond. La grotte brillait de mille feux avec un rayon de soleil qui entrait par son sommet et se réfléchissait sur des milliers de cristaux de roche. Le long des parois je vis en fait qu’il semblait y avoir des centaines de couloirs qui abouchaient sur la grotte. Devant moi un escalier étroit descendait dans le fond la grotte.
Je n’avais plus le temps de me poser des questions, et je me jetai dans le vide. Lorsque j’arrivai au fond au bout d’une distance que j’estimais à plusieurs kilomètres, il me fallait continuer. Le fond de la grotte abritait en fait un sanctuaire. Il y avait là un 2 petits temples qui en entourait un troisième plus imposant et à l’intérieur duquel on distinguait une lumière très vive. Cependant à l’extérieur des temples il faisait plutôt sombre. Les trois temples tournaient le dos à un cotés de la paroi qui était couvert d’une fresque en bas relief gigantesque et qui figurait Alandor recevant le cœur de l’univers des mains du Zâh. La fresque devait faire au moins 500 mètres de haut. Je me demandais comment on avait pu réussir à construire tout cela à cette profondeur.
Je ne pus pourtant pas me poser de question bien longtemps, derrière moi arrivés par les escaliers une centaine d’Assilites de second ordre arrivaient.
- Qui es tu ?
- Je suis Le Sépir, et j’ai pour mission de protéger le temple de l’oracle et le cœur de l’univers. Vous n’irez pas plus loin sans m’affronter.
- Es tu fou ? Tu es déjà blessé, et nous sommes beaucoup plus nombreux… Mais si c’est mourir que tu souhaites, nous allons exaucer ton vœu ! ABATTEZ LE !
Ça y est, le combat reprenait je ne mis qu’une fraction de seconde pour réagir et détruire les premiers assaillants. Pendant un combat j’étais comme habité par un autre esprit… Grâce à mon entraînement, tous mes mouvements étaient devenus précis et mortels. Je me rendais compte qu’avec l’enseignement d’Alandor, nos réflexes étaient si rapides que nous étions de véritables machines à tuer lorsque nous combattions de toutes nos forces. Même les blessures qu’ils m’infligeaient ne m’arrêtaient pas et en quelques minutes, plusieurs têtes avaient quitté leur cou, des bras avaient été arrachés, des jambes cassées. Il n’en restait plus guère qu’une dizaine devant moi et encore valides, les autres étant hors service.
- Cela suffit… vous n’êtes pas de taille face à moi… Arrêtez le combat ou je vous tuerai tous.
- Tu parles comme si la mort nous faisait peur. Nous ne la craignons pas !! Prend ça !
D’une main j’arrêtais l’attaque de ce soldat fanatique, de l’autre je lui dérobai sa vie. M’étant résolu à en finir, je pris alors un peu de distance et je déclenchai l’ultime Arcane de mon signe, mon armure brillant de mille feux en phase avec mon cosmos :
« PAR LA VAGUE DEFERLANTE !! »
Lorsqu’ils retombèrent au sol, d’un des cadavres, se détacha un objet doré et lumineux. Je le recueilli et vis qu’il s’agissait d’une médaille… « La médaille d’Opia ». Je la mis autour de mon cou et quittait ce lieu où j’avais accompli mon devoir. Le cœur de l’univers continuait de battre. Je me précipitais désormais vers Alandor.
*
Il se tenait debout, fier et digne malgré ses vêtements en lambeaux et ses blessures. Le paysage autour de lui était complètement ravagé. On aurait pu entendre les gémissements de la planète tant elle venait de souffrir. Pourtant rien ni personne ne pouvait nier que s’échappait de cette aurore qui pointait timidement à l’horizon, une sorte de plénitude. La même que celle qui peut envahir le marin qui a essuyé la tempête pendant la nuit et qui, brisé, se réveille sur le sable chaud, à terre et vivant, avec le doux chatouillis des vagues sur ses chevilles.
L’homme fit un pas en avant puis un second, avec une infinie lenteur, ou bien était-ce le temps qui s’était enfin stoppé après une nuit si folle ?
L’aurore parfumait de ses rayons rouges ce qui était autrefois une vallée. Avant … avant tout ceci. L’homme s’agenouilla et prit dans sa main une poignée de cette terre sablonneuse, qu’il laissa filer entre ses doigts tandis que la poussière suivait la direction que la timide brise du matin lui imprimait.
Il était grand et ses muscles très bien dessinés, saillaient à travers ce qu’il restait de son ancienne protection dorée. En effet il portait une armure couleur or qui était à moitié détruite. Son épaule gauche et la partie supérieure de sa protection thoracique avaient été détruite emportant avec elles une des deux ailes qui, en temps normal, étaient pliées dans le dos de son armure. Son bras gauche semblait avoir supporté le poids d’un bouclier dont on ne distinguait guère plus que le centre. Son regard était bleu nuit, sa chevelure aussi noire que le jais avait perdu son éclat bleuté depuis un moment déjà, et son visage terne masquait difficilement les souffrances qu’il subissait encore.
Se relevant, il regarda vers le ciel, prit une profonde inspiration et fit rayonner son aura. Celle-ci, bien qu’ayant grandement diminuée à cause de ces évènements, parvenait tout de même à dissiper les nuages qui persistaient encore dans le ciel. Fermant les yeux puis se concentrant, il étendit ses bras et, au fur et à mesure que le halo doré touchait le sol pierreux celui-ci se recouvrait peu à peu d’herbes et de fleurs qui encensaient l’air alentour. A un endroit, l’aura rencontra un gros rocher sur lequel elle se lova, s’insinua dans ses interstices, puis jaillit de nouveau faisant place à un ruisseau d’eau claire. L’onde du petit courant semblait gambader à toute vitesse pour faire son lit, elle prit un parcours tortueux pour finalement passer aux pieds de l’être qui venait de l’engendrer. Ce dernier relâcha sa respiration puis se mit à genou pour goûter la fraîcheur des premières gorgées d’eau de ce qui deviendrait un jour un fleuve. Au moment de se relever, il sentit une vive douleur qui semblait le poignarder de part en part ! Il mit sa main sur une des blessures de son flanc, sourit et murmura à la terre :
« Il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre… mais je suis heureux d’avoir pu accomplir ma mission. Mon dieu, j’ai vaincu le mal, mais j’ai fini par comprendre que la lutte ne prendra jamais fin. Toutefois je suis sûr que les combats ne reprendront que dans quelques siècles. »
Embrassant le paysage d’un regard circulaire, il fit alors un sourire un peu amère avant de reprendre :
« Tout de même, c’est dommage pour Orphéa, j’aurais aimé ne point la faire souffrir. Je me suis grandement attaché à cette planète. Mais elle survivra. Un jour mon héritier devra prendre mon épée et il se lèvera pour la protéger à nouveau. »
A ces mots il se saisit de la garde de l’épée qui pendait à son flanc. Bien qu’ayant pourfendu les forces ténébreuses toute la nuit durant, la lame ne portait aucun stigmate et continuait de briller d’un éclat si brillant et bleuté qu’on eût dit qu’un bout de ciel azur était enfermé dans la lame. L’épée dégageait sa propre aura et semblait gémir de la mort imminente de son maître. Il brandit alors la lame vers le ciel puis la fit pendre devant lui à ses pieds. C’est alors qu’un bruit de gravier se fit entendre. L’homme ne prit même pas la peine de se retourner pour reconnaître l’ombre qui s’avançait vers lui :
- Ellianor… je suis heureux de te revoir mon ami.
- Maître, est-ce que tout est fini ?
- Ne me nomme pas ainsi veux-tu. Je suis au crépuscule de ma vie et je n’ai plus que toi. Appelle moi par mon nom. Je veux que personne ne l’oublie. Je veux que, par delà les siècles, les forces que j’ai vaincues me craignent et fuient à ce nom.
- Bien … comme vous voudrez. Je n’en reviens pas de toujours être vivant.
- Hélas… tu seras seul désormais car tes compagnons sont morts et je ne vivrai pas longtemps encore.
- Que voulez-vous dire ?
- Mon temps est révolu. Mes blessures ne se fermeront pas ; j’ai enfermé mon savoir et mon âme dans l’épée, lorsque je m’en dessaisirai, la vie me quittera. Mais ainsi mon héritier la recevra en héritage et saura trouver le chemin.
- Mais comment le trouverais-je ?
- Ne t’en fait donc pas … je t’ai confié à toi mon plus fidèle compagnon, le secret de la longévité. Tu survivras, tu trouveras et élèveras mes héritiers. Tu seras la mémoire de notre dynastie pour que jamais ne s’éteigne la vie.
A ces mots qu’il avait prononcés en souriant, il me tendit son épée qu’il avait remise dans son fourreau.
- Mais maître qu’attendez vous de moi ?
- Tu m’ennuies Ellianor me dit-il lui rendant un sourire amusé. J’ai pourtant demandé que tu ne me nommes plus ainsi.
- Pardon … Ce n’est pas facile. Mais que voulez vous que je fasse de cette épée.
- Je veux que tu rejoignes une planète nommée Gaïa, là tu y déposeras l’épée dans un endroit connu de toi seul. Cette planète est veillée par de valeureux guerriers que j’ai, comme toi, éveillés à la maîtrise de la longévité. Ne les rencontre pas, ce n’est pas la peine. Tu ne seras là-bas que pour y couler une vie paisible et veiller sur l’épée jusqu’à ce que tu trouves mon héritier. Rassemble également les armes de nos compagnons, je suis sûr qu’elles trouveront également des héritiers sur Gaïa. Veille sur eux comme tu as pu veiller sur moi. L’épée renferme en elle mon pouvoir et nul autre que mon héritier ne pourra plus s’en saisir une fois que tu en auras lâché la garde. Souviens-t’en bien !
- Bien mais … Et Orphéa ?
- Elle va revivre. Bâtis-y un sanctuaire quand tu t’en sentiras capable. Rien ne presse désormais. Je te rappelle qu’une fois que je serais mort, tu seras le seul à pouvoir en trouver le chemin. Cette terre possède le cœur de l’univers et la source d’émeraude. Tu connais leur importance n’est-ce pas ? Alors ne laisse personne venir ici jusqu’à ce que mon héritier reprenne l’autorité que je te confie aujourd’hui. Il sera alors de son devoir suprême de la protéger. Enseigne lui l’univers … il trouveras le reste tout seul !
Il tendit à nouveau la garde de son épée. Je sentis des larmes couler à flot quand je me saisis de l’objet. Un instant nous restâmes liés à l’épée, se regardant profondément l’un l’autre. Puis il se dessaisi de l’épée et alla s’asseoir en tailleur à quelques pas. Lorsqu’il ferma les yeux, un souffle de vent dispersa sa silhouette comme un nuage de poussière et il s’effaça. Je tombai à genou et frappai violement le sol avec ma main qui tenait l’épée : « ALANDOOOOOOOOOR !! »… Celui qui fût le plus grand guerrier de tous les temps venait de mourir ; Je fis un regard d’adieu à cette planète et disparus de là instantanément pour rejoindre Gaïa.
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Cette fiction est copyright Achille.
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.