Chapitre 4: La vie d'Ellianor (2/2)

 

 

Je me souviens de mon tout premier jour sur Terre, j’étais encore blessé, et je portais l’épée de mon maître. Elle semblait veiller sur moi. Sa présence me rappelait Orphéa. Il me semble que je suis arrivé près de l’Euphrate en Asie Mineure. Les hommes que j’ai rencontrés en premier étaient des marchands de Babylone. J’ai dû m’accoutumer à la civilisation de ce pays là. Une bien belle ville. Aujourd'hui il ne reste pas grand-chose, mais ce fut la cité antique la plus fascinante par sa majesté. Un mur d’enceinte gigantesque, les jardins suspendus… Tout y était magnifique. J’ai passé plusieurs semaines là bas pour assimiler la langue et les coutumes, je ne me suis aperçu que plus tard qu’il me faudrait me familiariser avec bien des langues et bien des coutumes car la Terre en comptait énormément.

 

Mais mon périple débuta pour trouver les élèves de mon maître et m’arranger pour que l’épée soit protégée. J’ai donc franchi en plusieurs mois l’Egypte où l’on disait pouvoir rencontrer les dieux… Je n’y ai vu que des hommes… Pharaons mais humains. Alors mes pas me guidèrent sur ce qu’on appelle aujourd’hui le moyen orient et je passai par Jérusalem, puis Qadesh, et ce qui un jour fut Troie. Inlassablement, mes pas me guidaient toujours plus au nord… Vers cette civilisation émergente qu’on appelait la Grèce. Je suis arrivé en premier à Sparte. C’était quelques dizaines d’années après la grande bataille de Troie. La vie y était dure, mais j’y ai rencontré d’authentiques valeureux guerriers. Je ne mis pas longtemps à couler des jours paisibles dans cette cité, mes capacités de combattant m’ayant valu rapidement une place au sein de l’armée spartiate,  qui en temps de paix, se contentait d’athlètes plus que de soldats, qui donnait des démonstrations sur l’Agora ou le Stade de la ville. Mon rôle était d’être commandant de Galère de commerce, je le pris au sérieux pendant les six mois qu’on me le confia.  Et puis il faut dire aussi que si je n’ai pas mis bien longtemps à m’intégrer, c’est parce que le grec ressemblait étrangement au langage que l’on utilisait sur Orphéa. J’étais de plus en plus conforté dans l’idée que c’était bien par ici que je trouverai le sanctuaire digne de l’épée.

 

Un jour, alors que nous voguions vers Mycènes, une Tempête se leva et coula notre bateau. Etant le plus fort de tous, je m’en suis sorti, mais j’accostai un village, sur une petite île de l’archipel : Rodorio. Là, j’ai eu vent très rapidement des chevaliers d’Athéna et de tout ce qui les concernait.

 

Le mont étoilé :

 

A cette époque, Athéna venait de retourner à son sommeil, et elle n’était plus au sanctuaire. Il me fallait donc m’introduire au sanctuaire pour y rencontrer le grand Pope. Ce dernier était encore jeune, et était l’ancien porteur de l’armure d’or du Lion. C’était seulement le troisième Pope. Je me suis présenté à l’entrée du sanctuaire comme un apprenti. Je fus naturellement chassé. Mais comme je me défendais bien contre les gardes, un chevalier d’Argent me remarqua et demanda au grand Pope de me rencontrer. Ayant très vite cerné l’ambiance au sanctuaire je me suis contenté d’être un bon apprenti et de gagner l’Armure du Cygne. Grâce à mes techniques de glaciations, je n’eu guère de mal à cela. L’époque était très calme pour les chevaliers dont les missions essentielles étaient de veiller à ce que certains monstres soient vaincus. Je n’ai d’ailleurs personnellement eu aucune mission de ce genre.

 

Je me suis rendu un jour compte de la présence du mont Etoilé. C’était une montagne qui ne revêtait aucun caractère sacré à l’époque. Le pope lisait l’avenir dans les étoiles depuis le sanctuaire même. Je me présentai un jour à celui-ci et je lui proposai d’installer un temple au sein de cette montagne escarpée. Je lui expliquai en l’emmenant avec moi, qu’un lieu sacré pour le pope, où l’on pourrait enfermer une partie des secrets du sanctuaire serait sans doute une bonne idée. Je ne sais s’il m’a réellement cru ce jour là, ou si dans une bienveillante curiosité il se laissa faire, toujours est-il que je me retrouvai en charge de cette construction. Je pris donc soin d’ériger un temple presque céleste, au sein duquel les 88 constellations étaient représentées. Le pope de l’époque y installa la table de lecture du ciel confiée par Athéna, ainsi que le livre des sages de la civilisation de Mù qui contenait le secret de fabrication des armures sacrées et qui ne serait dévoilé au chevalier du Bélier héritier de ce continent qu’en cas de destruction totale d’une des 88 armures.

 

Grâce à cette mission, j’ai aisément pu cacher les runes d’invocation et sceller l’épée d’Alandor au sein même de la montagne. Ma première mission était ainsi remplie. Il ne me restait plus qu’à quitter le sanctuaire et à veiller de loin sur le mont étoilé. J’eus plutôt une bonne occasion de quitter le sanctuaire. Un jour de juin, des soldats du sanctuaires furent assassinés par un envoyé d’Arès qui venait demander la reddition totale du sanctuaire à son maître faute de quoi nous serions détruit ; évidemment ce fut le premier pas d’une guerre sainte entre les Berserckers d’Arès et les chevaliers sacrés d’Athéna. A l’époque, nul ne pensait à la stratégie et les troupes se livraient bataille au milieu d’une plaine. Mais je soufflais au pope l’intérêt d’attirer les troupes d’Arès au sein d’un réseau de grottes que connaissait nombre de chevaliers du sanctuaire et dans lesquelles il nous serait aisé de combattre en les dispersant les Berserckers. Ainsi nous les amenâmes dans notre piège. Je m’étais isolé dans une des anfractuosités près de là où se trouvait le grand pope, sans qu’il le sache parfaitement. Après m’être assuré de la victoire des chevaliers d’Athéna, je pris le parti de faire croire à ma mort. Il me fallait un adversaire à ma hauteur, c’est alors que je croisais Arès lui-même. Je l’ai combattu, il était plus fort que moi, mais ma rapidité et ma technique me permirent de tenir tout en réussissant à lui porter des coups. J’étais un peu dérouté car je n’avais pas prévu de mourir et il me fallait faire très attention à ma vie.

 

-         Tu te bats bien pour un chevalier d’Athéna !

-         Merci du compliment… Pas mal non plus.

-         Je suis un dieu, tu ne penses tout de même pas que tu vas t’en sortir ?

-         Mais pourquoi pas ? VAGUE DEFERLANTE !!

 

Grâce à mon arcane ultime, j’ai réussi à geler l’épaule droite du dieu de la guerre. Il me foudroya du regard. Jamais sans doute n’avait il été blessé. De mon coté, j’étais à bout de force, j’avais mis toute ma force dans cette attaque, et il me serait difficile de tenir le rythme encore longtemps. Mais j’ai eu de la chance ce jour là, car Arès d’abord blessé, puis ressentant la mort un à un de tous ces soldats comprit qu’il était pris au piège. Il fuit alors en me jurant que nous nous retrouverions un jour face à face et qu’il me ferait passer l’envie de le combattre à nouveau. Grâce à ma diversion j’avais donné la victoire à Athéna mais j’avais, en faisant exploser mon cosmos, trouvé un bon moyen de disparaître à jamais et que tout le monde crût à ma mort.

 

Il y eut juste un petit ennui auquel je n’avais pas pensé sur le coup… L’armure du Cygne était toujours avec moi. Longtemps on la crut détruite à jamais… C’est en tentant de la reconstruire d’après la sagesse des continents de Mù que furent créées les armures noires. Le chevalier du Bélier de l’époque avait d’abord pris des modèles réels pour éprouver sa technique. Il tenta de refaire les armures de bronzes, mais aucune ne lui donna satisfaction. Un phénomène étrange se produisait à chaque fois… L’armure, d’abord belle et conforme à l’originale, se ternissait et devenait noire, et moins résistante. Il essuya même plusieurs échecs sur l’armure du phénix qui était son premier modèle car il pouvait l’endommager sans craindre sa perte puisque elle se régénérait d’elle-même. C’est la raison pour laquelle il n’existe que des armures noires de bronze et que celle du phénix existe en plusieurs exemplaires.

 

*

 

-         Mais, fit Mù interloqué, pourquoi donc cela a échoué si le chevalier s’était bel et bien basé sur le livre original.

-         Je n’ai malheureusement pas de réponse certaine à te donner. Mais après quelques années de réflexion, il me semble que c’était parce que l’armure ne peut être refabriquée qu’à la condition que l’originale soit parfaitement détruite. Hors aucune des armures prises pour modèle ne l’a été, puisque moi-même je portais l’armure du cygne. Je pense que la sagesse des Muviens a été de faire cette « sécurité » afin que les armures qu’ils avaient fabriquées ne soient pas fabriquées à la chaîne et pour qu’il n’y ait toujours que 88 chevaliers capables de les utiliser. 

-         Mais alors le livre des sages de mon peuple marchait ?

-         Sans doute… pour l’instant le seul moyen de le savoir, serait de détruire une armure et de tenter de retrouver le livre.

-         Pourquoi ?  Fit Seiya, le livre a disparu ?

-         Exact, répondit Shaka. Le grand pope, enfin je veux dire Shion, m’a autrefois parlé d’un tel ouvrage.

-         Tu as connu mon maître Shaka ?

-         Oui … Je lui ai été présenté par mon ancien maître. Le grand pope, aimait venir dans les jardins de la maison de la vierge en temps de paix. Nous avons discuté beaucoup ensemble. Un jour il m’a parlé de toi Mù… Il m’a dit que tu étais le représentant d’un peuple presque éteint, de ceux qui avaient fabriqué les armures. Il m’a aussi dévoilé qu’il existait quelque part un lieu où le livre des sages Muviens reposait en attendant d’être utile à nouveau à Athéna. Il m’a aussi dit que selon la légende le livre, accusé d’être une boîte de Pandore, à cause des armures noires, fut sorti du sanctuaire par l’ancien chevalier d’or du Bélier pour qu’il ne finisse pas brûlé. Et seul les descendants de ce chevalier en connaissaient la cachette.

 

Tous regardèrent le visage sans expression de Shaka. Shiryu, qui avait les bras croisés depuis le début hocha la tête :

 

-         Alors le livre est perdu …

-         Pourquoi ?

 

Les yeux de Seiya reflétaient une expression innocente, là où le silence des autres signifiait qu’ils étaient tous parvenus à la même conclusion que le dragon de Rozan.

 

-         Parce que si ce qu’a dit Sion est vrai, alors il était au courant en tant que chevalier du Bélier et descendant du peuple de Mù de l’emplacement de ce livre. Or, Sion a été tué par Saga avant de révéler ce secret à son élève puisque celui-ci est parmi nous.

 

Tous se tournèrent vers Mù, Seiya affichait une mine triste à l’idée qu’un tel trésor ait pu être perdu.

 

-         Mon maître m’a un jour dit que si je cherchais la vérité sur mon peuple…

 

Reprenant espoir tous écoutèrent le Bélier d’or :

 

-         Il me faudrait résoudre une énigme …

-         Laquelle demanda aussitôt Seiya.

 

*** FLASHBACK ***

 

Le café était encore fumant, et le jour pointait timidement à l’horizon. Pourtant l’apprenti du pope avait déjà englouti plusieurs fois la quantité normale pour un petit déjeuner. Son enthousiasme se lisait sur ses traits illuminé par un de ces bonheurs simple de l’enfance qui font qu’un jour l’adulte que l’on devient repense avec nostalgie à une odeur, une couleur, une musique. Mù était surexcité. La veille, le pope lui avait promis de l’emmener en dehors du sanctuaire. Le bateau les attendrait à 7h.

 

A peine avait-il fini qu’il découvrit dans l’embrasure la silhouette familière et austère du pope. Pourtant l’enfant ne craignait en rien cette ombre froide. Mù avait toujours vu dans ce maître si particulier, une sorte de grand père un peu sévère mais aimant. Et il l’avait souvent surpris à sourire alors même qu’il tentait en vain de se donner un air en colère pour le gronder.

 

Le bateau voguait pour une petite île à quelques encablures de là.

 

-         Mù…

-         Oui  mon maître ?

-         Que sais tu de tes origines ?

 

La question sembla désarçonner le petit apprenti. Au sanctuaire, tous les apprentis étaient orphelins ou presque, et au mieux certains étaient frères comme Aiolos et Aiolia. Jamais il ne s’était posé la question de savoir d’où il venait, et l’absence d’une ébauche de réponse le plongea dans un mutisme total.

 

-         Je vais te raconter l’histoire d’un peuple… le tien… le mien aussi … mais tu dois me promettre de toujours garder cela au fond de toi.

-         Oui…

-         Les Muviens sont un des peuples qui ont fondé l’Atlantide. Est-ce que tu en as déjà entendu parler ?

-         Oh oui… c’est un vieux continent qui a été englouti par les dieux parce que les hommes y vivaient centenaires, heureux et possédaient une science qui pouvait rendre immortel.

-         C’est presque ça… En fait, c’était une île entièrement bâtie par les hommes au milieu de la méditerranée. Elle rassemblait trois peuples : les Atlantes, qui étaient les guerriers les plus forts de cette époque et qui maîtrisaient les mers, les amazones, femmes guerrières dont la force était l’égal des hommes, et le Muviens dont la sagesse était la plus grande de tous les peuples de la Terre. Grâce au brassage de ces trois peuples sur une île unique, bientôt apparurent des enfants aussi forts qu’intelligents. Un peuple qui dominait tous les autres par sa maîtrise de la mer, du commerce, des arts et de la médecine. L’Atlantide était un continent sur lequel on coulait de longues années. Si bien que la légende voulait qu’on y ait découvert le secret de l’immortalité. Peu à peu les Atlantes se défirent des dieux et voulurent gouverner le monde à leur manière. Ils provoquèrent ainsi les dieux. Beaucoup d’Atlantes moururent, également des Amazones tantôt emportés par les lames de fond d’un Poséidon furieux, ou par la foudre de Zeus, tantôt à se décharner sous la maladie et la peste sous la colère d’Eris et Hadès. Mais les Muviens voulurent sauver leurs enfants et demandèrent de l’aide à Athéna. Ils lui apportèrent les armures des chevaliers sacrées en échange elle devait protéger les enfants de ce peuple contre la colère des autres dieux. Athéna accepta et confia en échange, pour sceller le pacte, la charge du chevalier d’Or du Bélier aux Muviens. Ils devraient désigner l’un d’entre eux, et ce dernier devrait trouver et entraîner un apprenti parmi son peuple. La tradition se perpétue aujourd’hui avec toi Mù …

-         Mais, maître vous êtes vous aussi un Muvien ?

-         Oui … C’est cela même.

-         Et c’est vous qui m’avez choisi ?

-         Conformément au vœu d’Athéna, le chevalier d’Or du Bélier choisit lui-même son successeur.

-         Vous connaissez alors mes parents ?

-         Je ne peux pas répondre à toutes tes questions Mù… Je l’ai juré. Je peux te donner le moyen de parvenir à une réponse. Lorsque tu seras prêt…

-         Comment ?

-         En résolvant mieux que moi l’énigme de mon maître, et du maître de mon maître :

 

Tu te rendras dans la cité des étoiles où se tient le temple de l’homme…

Sur la vasque des temps anciens tu liras ton passé,

Lorsque les dieux l’immergeront, la puissance des Muviens reviendra, et d’éclatant, ce pouvoir sera étincelant…

La toison d’or guidera les élus jusqu’à la sagesse…

 

 

*

 

-         C’est sans doute la clef qui mène au livre… Fit Mù.

-         Et à bien d’autres choses entre autres.

 

Le sourire d’Ellianor était mystérieux. Son visage s’était éclairé pendant que Mù récitait l’énigme. Seul Shaka pourtant le perçut parmi l’assistance. Le vieil homme se contenta de faire une pause avant de reprendre le récit de sa vie.

 

Mont Olympe :

 

Alors que tout au sanctuaire semblait s’être apaisé depuis la défaite d’Arès, je ne pouvais me résoudre à quitter la Grèce. Les Oliviers du printemps semblaient ne jamais se faner sous le soleil de l’antiquité. Je m’étais retiré dans la campagne près d’Olympie, à surveiller la résidence des dieux. Bien évidemment, la montagne était désespérément déserte pour qui ne regardait qu’avec les yeux, mais le cosmos y connaissait une agitation impressionnante ; un jour je pus comprendre ce qu’il en était. Les dimensions, et les illusions protégeaient la demeure de Zeus. En effet, sous l’apparence d’un paysan qui faisait paître ses chèvres, je me rendais aussi souvent que possible sur les pentes du mont Olympe.

 

Je me permettais ainsi de pouvoir surveiller les dieux tout en ayant l’air inoffensif. Je pus ainsi assister à l’ouverture des portes de l’Olympe. Depuis Protée, les dieux aimaient à se changer en animaux ou à s’incarner dans un autre être vivant pour pouvoir se mêler aux hommes. J’ai plusieurs fois assisté à l’arrivée de Zeus qui choisissait souvent l’aigle comme apparence. Il se posait toujours au même endroit, regardait autour de lui et redevenait le dieu des dieux en un instant avant de déployer son pouvoir et ouvrir le rideau temporel qui sépare le monde des mortels de la cité divine. Un jour que j’étais en train de rêvasser, je vis un homme s’approcher de moi. Sa haute taille et son aura ne me laissèrent aucun doute, c’était bien le maître de la foudre. Mais il avait choisi l’apparence d’un vieil homme, Amphitryon. Il s’installa près de moi et regarda les collines sans dire un mot. Au bout d’un moment il m’aborda.

 

-         Cela fait longtemps que vous vous occupez de ces bêtes…

-         Un moment dis-je… Leur compagnie est rassurante et je me sens moins seul.

-         Seul ? Pourquoi vous sentez vous seul ?

-         J’ai perdu beaucoup depuis quelques années, bien plus qu’une longue vie ne pourra jamais me redonner.

-         Pourtant une longue vie est signe de bonheur.

-         Je crois qu’il s’agit au contraire dans mon cas d’une malédiction. Si je ne meurs pas, alors je serai hanté encore plus longtemps par les souvenirs des miens et que le destin m’a enlevé. Non, vraiment l’immortalité si elle existe doit être triste et je plains nos dieux de devoir assumer un tel sort.

-         Tu dis que tu plains les dieux, mais as-tu jamais songé à leurs immenses pouvoirs, leur force les rend supérieur à nous autres mortels.

-         Peut être… Mais peut être aussi cette force n’est elle pas un don, mais une source de servitude. Qui sinon les dieux protègent donc notre pays de ses ennemis les plus farouches. N’ont-ils pas la responsabilité de ce monde puisqu’ils sont assez puissants pour le gouverner, mais surtout ils sont seuls… Désespérément seuls, face à ce monde qui leur appartient autant qu’ils en sont responsables.

-         Te voilà bien sentencieux pour un paysan.

 

Sentant tout le poids de son regard sur moi, je crus un instant qu’il avait décelé en moi mon aura. Je m’arrêtais, laissant mon cœur battre à tue-tête dans ma poitrine, car si je n’avais pas eu peur de son fils, l’un des trois éveillé, ce serait différent, et je ne souhaitais absolument pas connaître les limites de ma puissance contre lui.

 

-         Je suis un pauvre homme un peu éloigné des réalités… Mais si les dieux existent, leur sommeil doit être doux, car seul lui peut les amener à rythmer la monotonie d’une existence sans fin.

 

Je n’ai jamais su le fond de sa pensée ce jour là, mais dans son sourire, je vis Amphitryon autant que Zeus. Le dieu était redevenu l’espace d’une seconde l’homme qu’il était. Il s’est ensuite levé et a continué son chemin. Ce fut la toute dernière fois que je le vis. Je ne ressentis même plus son incroyable présence. Peu à peu, le roi des dieux avait gagné un sommeil, que la solitude lui rendait sans doute plus supportable qu’une longue journée sans fin. Je n’ai jamais vraiment su s’il a compris que je n’étais pas le paysan pour lequel je me faisais passer. Je peux affirmer que ce jour là j’ai vu son âme. Suite à cette conversation je décidai qu’il valait mieux pour moi me retirer hors de Grèce.

 

 

Continent de Mù :

 

J’avais à nouveau voyagé sur le chemin de Babylone… Les années s’écoulaient peu à peu et ma lassitude grandissait. Pourtant je continuai de chasser et de m’entraîner. J’avais élu domicile dans une petite habitation dans le nord de l’Inde, à peine à un kilomètre de l’Océan indien. Tous les matins je m’y rendais pour pêcher ou bien tout simplement nager. Mais un jour quelque chose attira mon attention. Au large, un point marron flottait sur l’eau, bercé par les vagues calmes de cette journée d’été. Je me suis avancé près de ce qui s’averrait être un homme appuyé sur une planche. Il était endormi et vraisemblablement à la dérive depuis plusieurs heures. Je m’empressai de le ramener à la rive.

 

Il était tellement épuisé qu’il dormit deux jours, et je ne savais pas s’il allait se réveiller. Il semblait jeune, très jeune… Un adolescent … Il avait des cheveux marron en bataille et un corps durci par des années d’entraînement. Ça je pouvais le dire sans me tromper, je reconnaissais les stigmates d’un enseignement physique mieux que personne. Il avait deux points étranges sur le front en guise de  sourcils, et son visage fin dégageait une certaine noblesse. Lorsqu’il se réveilla, il était mutique. Il semblait pourtant reconnaissant au fond de son regard. Il resta plusieurs semaines, silencieux… Me suivant juste pour la pêche et m’aidant à m’occuper de ma baraque. C’est dans une étrange complicité muette que nous nous sommes entendus. Mais alors que nous marchions sur le sable, au bout de je ne sais combien de jours,  il me parla, s’adressant à moi dans un grec parfait sans aucun accent.

 

-         Je vous remercie de votre bienveillance à mon égard depuis ces quelques semaines.

-         Ce n’est rien… mais j’allais vraiment finir par croire que tu étais muet. Est-ce que tu veux me raconter ce qu’il t’est arrivé ?

-         Oh… Je viens d’un pays lointain, j’appartiens à un peuple quasiment décimé. Mon nom est Néo.

-         Enchanté Néo, mon nom est Ellianor. J’ai cru voir sur ton corps des cicatrices étranges, quel entraînement as-tu donc subi ?

 

Il me sourit en levant les yeux au ciel, puis inspirant une bonne gorgée d’air avant de répondre il s’assit sur un rocher.

 

-         Je suis destiné à quitter mon pays pour en servir un autre… C’est le destin que m’ont choisi les dieux. Je suis entraîné depuis que je suis né à devenir un guerrier, un des guerriers les plus puissants.

-         Je vois… Un chevalier d’Athéna.

 

Il me fit un regard très surpris, mais se reprit aussitôt.

 

-         Comment … ?

-         J’en ai fait partie autre fois, mais j’aimerais que ça ne se sache pas. Garde le pour toi.

-         Pourquoi en avez-vous été banni ?

-         Je n’en suis pas banni, tout le monde là bas pense que je suis mort, et les années commencent à peser un peu plus sur mes épaules que ne le laisserait présumer mon apparence. J’ai fait le choix de partir il y a plus de vingt ans, je ne souhaite pas revenir.

-         Mais était-ce si terrible ?

-         Non… mais mon cœur s’est embruni énormément après la perte d’être chers ; de plus j’estimai que ma mission auprès d’Athéna était remplie puisque j’ai participé à sa victoire sur un autre dieu.

 

Il me sourit, et me lança un regard lumineux où je décelai beaucoup de fierté :

 

-         C’est mon peuple qui a construit les armures…

-         Les Muviens….

-         Exact, nous sommes au service des chevaliers d’Athéna, et je suis le futur chevalier du…

-         Bélier…

-         Je vois que vous nous connaissez … Etrange coïncidence tout de même que notre rencontre.

-         Oui… Etrange, mais tu ne m’a pas donné les raisons qui ont fait que je t’ai retrouvé à la dérive en plein Océan Indien, des marques de luttes sur le corps.

-         C’est que … Je suis un futur chevalier, pourtant je ne souhaite pas quitter le continent de Mù. J’y suis heureux, et rien ne me donne envie de rejoindre Athéna.

-         Tu ne l’as jamais rencontré n’est ce pas ?

-         Qui ?

-         Athéna…

-         Non… pourquoi ?

-         Alors ça n’a rien d’étonnant… Tu ne peux pas comprendre.

-         Comprendre quoi ? Pourquoi tu iras donner ta vie pour elle.

-         Je vous trouve assez bizarre …

-         Pourquoi cela ?

-         Parce que vous me parlez d’elle en soupirant comme si vous regrettiez de ne plus la voir, mais vous me dîtes aussi que vous êtes parti volontairement… à moins que vous n’ayez « arrangé » votre vérité ?

-         Non… Si c’est du regret que tu as ressenti, ce n’est pas celui d’être parti. Athéna sert des idéaux qui méritent d’être protégés. Et en ça je lui suis toujours fidèle. Mais la vieillesse me rattrapant, il m’a fallu décider moi-même de mon départ… à contre cœur… Car dans un sens je lui ai donné plus que ma vie, je lui ai donné ma mort. Mais je crois que tu me caches quelque chose…

-         Pardon ? Pourquoi dîtes vous ça ?

-         Parce que tu n’es pas parti de chez toi… Tu as été chassé ou bien poursuivi… Sinon comment m’expliquerais-tu tes blessures ?

-         Toute mon histoire commence lors de mes 15 ans… C’est ce jour là que j’ai rencontré pour la première fois que mon maître m’a appris l’existence des chevaliers d’Athéna et que lui-même était l’élève de l’ancien chevalier du Bélier, celui qui avait participé et péri lors de l’offensive contre Arès il y a plusieurs années… Et il désirait que je parvienne à prendre son armure… Je n’ai pas pu…

-         Parce qu’il fallait le tuer n’est ce pas ?

-         Alors j’ai fui… Il m’a rattrapé et nous nous sommes battus… j’ai été vaincu.

-         Moi je crois plutôt que tu t’es laissé vaincre. Ton maître a dû être très déçu de s’être trompé à ce point sur ton compte.

-         COMMENT ? Que voulez vous dire ?

 

Néo se mit en position agressive, près à se battre. Je ressentais déjà tout le cosmos de sa jeunesse s’enflammer tout autant que sa colère.

 

-         Je ne dis que la vérité. Ton maître avait placé en toi sa confiance, il pensait que tu serais digne de servir Athéna, et que tu pourrais faire honneur à son enseignement à travers tes combats et ta dévotion. Au lieu de ça, tu as fui, préférant la facilité. Tu as trahi ton maître…

-         CE N’EST PAS VRAI !

-         Pourtant tu sais que j’ai raison.

 

Le jeune Muvien se jeta alors sur moi, et nous engageâmes un combat. Toute sa force n’était tournée que vers sa colère. Il allait perdre, il le sentait. Il avait besoin d’une leçon. Je m’empressais donc de la lui donner. Lorsqu’il se retrouva à terre pour la troisième fois, essoufflé, il se tourna vers moi. Ses yeux emplis de rage en disaient plus long que des mots. Mais dans ce regard il y avait de la jeunesse et de la détresse. Comme un enfant qui sait qu’il n’a pas le droit de pleurer. Pourtant les larmes coulèrent… Furent-elles de rage ou de désespoir toujours est-il qu’il se releva et sans dire un mot il partit.

 

Néo devait retrouver son maître et son pays. Il devait faire face à son destin. Je le trouvai le soir sur la jetée en train de mettre une embarcation à la mer, près à affronter l’Océan pour retrouver les siens.

 

-         Tu as décidé d’y retourner ?

-         Oui …

-         Je t’accompagne…

 

Sans lui demander son avis, je pris place et je déménageais à nouveau vers un autre monde, le continent de Mù, situé en plein milieu de l’Océan Indien au sud de l’Inde. Cette immense île que les Muviens avaient peuplé après que Poséidon eût détruit l’Atlantide était leur nouveau havre de paix. Luxuriante et accueillante,  l’île était en permanence cachée par un épais brouillard et des récifs acérés qui la protégeaient des invasions. Néo semblait très à l’aise pourtant dans cette navigation et il arriva sur le quai en moins de 9 jours. Lorsque nous débarquâmes, nous étions seuls sur le port et je vis que la cité principale était construite dans les hauteurs de l’île aux pieds d’un volcan. Cette cité portait le nom de Cléos ; elle était radieuse et ressemblait dans son architecture à un mélange subtil entre les cités grecques et ce que je découvrirai plus tard comme la civilisation Inca. Cléos était le siège de l’Autocratie Muvienne. Chaque décade, un sage Muvien était élu pour gouverner la cité et son peuple. C’est donc naturellement que je fus présenté à celui qui portait le titre de Patriarche.

 

Néo avait été accueilli froidement… Je ne savais pas ce qui comptait le plus dans cette frilosité à son égard : le fait qu’il soit parti ou le fait qu’il amène un étranger dans l’enceinte de Cléos. Mais le peuple Muvien était très accueillant, et aucun regard ne fut jamais haineux envers moi. J’assistai alors, agenouillé, au retour d’un fils prodigue…

 

-         Patriarche Sogün, moi Néo suis de retour de mon exil. Je vous présente mes plus humbles excuses… Je souhaiterais regagner mon honneur en acceptant votre punition. Mais avant je dois vous présenter l’homme qui m’a recueilli, il dit se nommer Ellianor et être un ancien chevalier d’Athéna. Il m’a aidé énormément à me retrouver moi-même. Pour cela, et pour moi, je vous demande de lui accorder l’hospitalité.

-         Néo… Mon cher petit… J’ai eu grand peine lors de ton départ. Tu connais nos lois… Si tu décides de revenir, tu devras obéir à nouveau à ton maître et faire ce qu’il attend de toi. C’est ton destin que d’accepter que de l’affronter. C’est ton destin de devenir chevalier d’Or du Bélier, et de défendre l’honneur de notre peuple auprès de la déesse Athéna.

-         Mais… Père…

-         Je t’ai déjà dit que tu ne pouvais plus me nommer ainsi.

-         Mais…

-         Ça suffit Néo… Tu sais bien que depuis que je suis patriarche, ma seule famille est le peuple de Mù… Et que c’est elle que je sers désormais. Ton attitude a attristé toute la communauté et a jeté l’opprobre sur ton maître. Si tu ne te montres pas digne de lui, au moins montre toi digne de ton peuple en acceptant ses lois.

-         Je ne peux pas le tuer… C’est trop me demander.

-         Tu te crois fort à ce point ?

 

L’inconnu qui était entré semblait avoir le même âge que Néo. Mais contrairement à la plupart des membres de son peuple, ses yeux respiraient la colère et il ne faisait aucun doute que sa puissance était celle d’un chevalier.

 

-         Scar ! Ne te mêle pas de ça je te prie.

-         Mais il a …

-         Arrête, c’est de ton frère dont on parle.

 

Sur un simple haussement de voix, Sogün avait imposé le silence à ses deux fils. Comme tous les Muviens, sa jeunesse semblait s'éterniser, pourtant, au sein de son visage grave on pouvait lire le poids des années et de sa fonction. Sur son habit de patriarche reposent ses longs cheveux noirs, légèrement grisonnant. Son regard bleu toujours vif dénote d'une grande sagesse. Ce qui m’a frappé d’abord c’est le regard plein de haine de Scar envers son père et surtout son frère. Qu’est ce qui avait bien pu le rendre ainsi furieux.

 

-         Scar, je suis désolé, mais je suis revenu.

-         Pff… J’aurais mieux fait de te tuer !

-         Tu n’en aurais pas été capable.

 

Un quatrième Muvien faisait son entrée. Il semblait âgé, mais un peu moins que Sogün, il ne portait aucun habit de cérémonie, seul une ceinture dorée et un brassard d’or brillaient à cotés de sa simple tunique de laine. Il semblait très calme d’esprit, à l’opposé des deux jeunes frères.

 

-         Maître Mö !!

-         Tais toi Néo… Si je défends ta valeur de combattant, je ne t’ai toujours pas pardonné.

 

Les mots sortirent comme des lames de glace plantée en plein cœur. Néo semblait complètement désemparé. Son maître avait le regard dur, et il ne voulait vraiment pas plaisanter. Je m’étonnai que personne ne se soucie de ma présence par un moment pareil.

 

-         Qui es tu toi ?

-         Il se nomme Ellianor, c’est moi qui l’ai amené ici….

-         Toi ? Mais tu es fou !! Nul ne doit pouvoir trouver notre continent !

-         C’est un chevalier d’Athéna, calme toi mon ami.

 

Sogün apaisa Mö qui s’avança vers moi. Toujours cet air glacial. Moi, le chevalier du Cygne je tremblais de froid face à lui.

 

-         Dans ce cas, bienvenue chevalier, mais que faites vous hors du sanctuaire ? Car je me doute bien que ce n’est pas là bas que mon jeune imbécile d’élève vous a trouvé.

 

Décidément, il ne mâchait pas ses mots. Et toujours ce calme froid…

 

-         Je suis l’ancien chevalier du cygne. J’ai quitté le sanctuaire il y a des années et ne désire plus y retourner. J’ai participé à la bataille contre Arès. J’ai vu la victoire d’Athéna, je pouvais donc me retirer en paix.

-         Je vois … Bizarre qu’ils aient laissé partir un chevalier dans la nature sans lui confier aucune mission. De plus mon maître m’a parlé du chevalier du Cygne de cette bataille. Il serait mort en ayant fait exploser son cosmos.

 

Aïe ça se corse pour moi. Bon très bien, foutu pour foutu :

 

-         J’ai simulé ma mort. Je désirai plus que tout me retirer de la vie de chevalier.

-         Tu possèdes donc l’armure du Cygne n’est ce pas ?

 

Je ne répondis rien mais mon silence le fit sourire.

 

-         Sais tu qu’à cause de toi, ont été créées les armures renégates ?

-         De quoi parles-tu ?

-         Après la bataille, ils décidèrent de tenter de recréer l’armure du cygne. Pourtant malgré plusieurs essais sur d’autres armures, ils n’y parvinrent jamais. Mon maître est mort sans parvenir à percer le secret des armures. C’est toi qui es à l’origine de tout ça.

 

Voilà une belle façon d’occulter toute l’aide que j’ai apportée à Athéna pendant la bataille.

 

-         Mö… Je ne suis pas responsable de ça. Si les armures échappent à la sagesse de ton peuple c’est parce que désormais elles ont une vie.

-         Je vois. Enfin … C’est le passé. Que viens tu faire à Cléos.

-         J’accompagne Néo. Et puis je voulais connaître les mystères d’un continent qu’on dit secret même des dieux.

-         Tu dois savoir que ta présence sera définitive.

-         Quoi ?

-         Quiconque met les pieds ici est condamné à y vivre éternellement ou à mourir. Seul le chevalier d’or du Bélier peut quitter l’île emportant avec lui son secret.

 

Je comprenais maintenant pas mal de choses sur l’attitude des Muviens et de Néo en particulier.

 

-         Très bien … nous verrons.

-         Tu t’emportes Mö, tous les chevaliers d’Athéna ont ici l’hospitalité et peuvent repartir s’ils sont conduits par le chevalier du Bélier.

 

Je me retournai vers le Patriarche souriant, mais celui-ci dévisageait son fils.

 

-         Tu comprends Néo.

-         Oui… Je comprends.

-         Si tu ne veux que ton ami puisse partir, il faudra que tu deviennes chevalier du Bélier.

 

La tension autour de nous était palpable. Mö décroissait pour une fois les lèvres. Ses bras se raidirent le long du corps.

 

-         Je t’attendrai Néo…

 

Scar semblait encore plus enragé que depuis le début.

 

-         Patriarche, c’est à moi de devenir Chevalier du Bélier. Néo a quitté Cléos et tout le continent. Il ne mérite pas votre confiance.

-         Néo a quitté l’île parce que tu l’en as chassé quand il a refusé d’affronter Mö.

-         Il l’a laissé gagné… Je me suis senti humilié !!

-         Scar, je suis désolé mais comprends moi !

-         Non toi d’abord espèce de fou ! C’est toi qui en me vainquant est devenu le seul représentant légitime pour devenir le Bélier d’Or. Et voilà qu’après m’avoir empêché de prendre l’honneur que je convoitais, tu le méprisais et décidais de ne plus affronter notre maître jetant le discrédit sur son enseignement et encore davantage sur moi, son élève, vaincu par toi, mon propre frère !!!

-         Je t’ai vaincu parce que tu l’aurais tué !

-         Et alors ? il en a toujours été ainsi !

-         Eh bien j’avais envie que les choses changent !

-         Tu parles… Tu avais surtout peur de prendre du plaisir à le faire !

-         Quoi !!

-         Ne mens pas ! Je t’ai vu, j’ai vu ton œil quand on se battait. Identique au mien, tu avais la rage de vaincre. Tu es né pour combattre, que tu le veuilles ou non c’est ton destin. C’est pour ça que tu es revenu.

-         Ce n’est pas vrai…

-         Alors pourquoi ?

 

La question de Scar laissa Néo sans réponse. Seul son poing se serrait désespérément pour ne pas laisser couler les larmes de la blessure que son frère venait d’ouvrir. Néo salua son père et sortit, je fis de même en le suivant à distance. Je le regardai quitter la pièce sous les regards de son frère enragé et de son père désespéré.

 

Il s’appuya sur la balustrade du palais d’où l’on dominait l’ouest de la ville. Le soleil couchant faisait rougeoyer les toits d’or de la cité Muvienne.

 

-         Ils ne me comprennent pas…

-         Peut être savent-ils aussi que tu dois faire face à ton destin.

-         C’est facile de dire ça, mais Mö est mon maître, je ne peux me résoudre à l’affronter pour le mettre à mort.

-         Qui a dit qu’il devait en être ainsi.

-         C’est écrit dans la loi Muvienne :

 

« Sera chevalier d’or du Bélier, celui dont l’abnégation et le courage lui donneront le puissance et la force de tuer son propre maître. »

 

 

-         Je vois … Mais il y a un moyen pourtant.

-         Un moyen ? Lequel…

 

*

 

Le lendemain, dans l’arène la foule s’est rassemblée. Tous sont vêtus de noir. L’un d’entre eux doit mourir, ils le savent. Ils vont l’accompagner. Scar est assis dans la tribune principale aux cotés de son père. Moi je suis dans les coulisses avec Néo et plusieurs de ses amis. Il est stressé. Je lui donne ses habits de combats. Il est levé depuis l’aube. On dirait qu’il est prêt… Il semble pourtant le seul à ne pas le savoir. Le silence… La foule s’est tue. Mö vient de probablement faire son entrée… Ce froid… Décidément le cosmos de cet homme est surprenant. Ça ne fait rien, Néo à besoin de moi, je lui bredouille quelques mots d’encouragement, il ne m’entend déjà plus. Il a passé les yeux à travers la grille. Sans doute a-t-il croisé le regard de son maître. L’homme à terrasser. Mö. Pendant ma courte nuit, j’ai appris d’un enfant très loquace que Mö était l’élève le plus puissant du chevalier d’or du Bélier que j’avais connu, mais surtout qu’à sa mort il n’avait pas voulu revêtir l’armure d’or, préférant enseigner aux deux enfants de son ami Sogün. On disait pourtant de Mö qu’il avait une puissance légendaire, peut être même supérieure à celle de son maître, et que s’il avait renoncé à devenir chevalier, c’était parce qu’il était aussi puissant qu’eux sans armures. J’avais écouté l’enfant d’une oreille attentive et je n’arrêtais pas de repenser à ce cosmos glacial que j’avais ressenti.

 

-         Ça y est, dis-je, tu vas devoir y aller. Ils t’attendent.

-         Très bien… ça marchera ?

-         Tu verras bien… Pour l’instant n’oublie pas de gagner…

-         Gagner ? Oui c’est vrai, il faut d’abord que je gagne.

-         A tout à l’heure j’espère.

 

Il ne me répond pas. Je ne sais pas s’il m’a entendu. Les deux combattants sont dans l’arène. La foule retient son souffle. Moi aussi. Ce malaise qui ne parvient pas à partir… Je ne comprends pas d’où ça vient. Quelle est donc la véritable force de Mö ? Je regarde. L’assaut a commencé. Ils se jaugent. Pourtant ils se connaissent, aucun de leurs coups mutuels ne passe. Comme s’ils cherchaient à distraire la foule avant de s’entretuer. Pourtant la foule n’est pas distraite, l’angoisse se lit sur les visages. Un cri. Sogün détourne le regard… Néo est à terre. Un filet de sang s’échappe de ses lèvres et il tient son ventre. Fini de rire. Les adversaires évoluent l’un contre l’autre en même temps que leurs cosmos se déploient. Je l’ai vu… Même pas besoin d’assister à la fin du combat, j’ai vu le Bélier derrière Néo. Il vaincra. Mö est déjà battu. Je quitte la salle où je me trouve, les autres ne me voient même pas partir tant ils sont absorbés. Ils ne savent pas que celui pour lequel il prie ne les décevra pas. Lorsque je franchi la porte, une explosion de cosmos… Une attaque lancée à la vitesse de la lumière. Je souris… Néo a gagné… Première partie : Rideau, passons au deuxième acte.

 

Je me dirige dans la foule sur les gradins, je recherche un regard de Néo. Il ne me voit pas. Il reste concentré. Mö est à Terre, mais il respire encore. Il n’arrive pas à se relever. A-t-il fait exprès de perdre ? Toute la foule semble attendre qu’il se jette à nouveau sur son élève. Mais il n’en aura pas la force… Son cosmos vacille. Mais le froid persiste en moi. Je m’assieds, autour de moi tous les visages sont tendus. C’est l’heure de l’exécution. Pourvu que ça marche.

 

« STARLIGHT EXTINCTION !! »

 

L’incantation du Bélier d’or est sans recours. Le corps de Mö disparaît complètement. Ce fut bref… Je vois une femme voilée, je ne distingue pas son visage, elle pleure, pourtant elle relève la tête, se tourne vers l’Est et part en courant. Je n’ai jamais su qui elle était, mais je suis sûr qu’elle a dû sentir la même chose que moi.

 

Néo halète. Son regard se pose sur son frère et son père.

 

-         Néo… Mon fils, tu viens de réussir l’ultime épreuve qui te séparait du Bélier d’or. Désormais, tu seras chevalier d’Athéna… Par ma volonté je …

-         Attendez père !!

-         Scar ? ! Que se passe-t-il ?

 

Oh non pas ça ! Il va tout faire rater. Néo le supplie du regard lui demandant de se taire. Je vois ces lèvres murmurer un « non »… Scar a vu son frère mais il jubile. Il ne se taira pas.

 

-         Eh bien que veux tu dire ?

-         Cette victoire n’est pas totale… Mö a survécu. J’ai senti son cosmos. Bien joué Néo. Je n’aurais jamais pensé que tu puisses maîtriser l’arcane fétiche de notre maître, mais si je ne sais pas la faire, j’en connais néanmoins assez pour savoir que tu ne l’as pas utilisé au hasard.

-         Tais toi … S’il te plaît Scar ! Tais toi !

 

Il prend son temps. Un sourire sadique le défigure tandis qu’il pointe le doigt vers la direction où est partie la jeune femme de tout à l’heure.

 

-         Il l’a téléporté… J’ai senti son cosmos à l’est.

-         C’est vrai Néo ?

 

Sogün n’est pas quelqu’un à qui l’on ment. Néo ne dit rien. Il serre le poing. Son regard pour son frère vient de changer… Il est haineux. Je veux passer mais un garde m’empêche de descendre sur la piste. Je ne peux tout de même pas le tuer pour ça. Je me rassieds.

 

-         Il dit vrai père. J’ai tenté d’épargner sa vie.

-         Dans ce cas il te faudra achever ton œuvre et le tuer.

-         Mais père…

-         Tu le sais Néo. Je ne puis aller contre cette loi… Prends courage et va affronter Mö ; Ton frère a raison.

 

Les yeux pleins de buée et de rage il lève la tête vers Scar.

 

-         Scar … Je vais te… Mais … où est il ?

 

Je regarde étonné la tribune Scar n’est plus là. J’ai un affreux doute… non il n’aurait pas osé. L’espace d’un instant j’échange un regard avec Néo. Tous les deux nous tournons vers l’est.

 

-         NOOOOOONNNNNN !!!

 

Néo fait exploser son cosmos et se téléporte aussitôt. Je ne suis pas aussi rapide mais je parviens rapidement vers la scène.

 

-         Scar !!! En… Enfoiré !!!

-         Je l’ai tué… Je suis celui qui a tué son maître… c’est moi le chevalier d’or du Bélier.

-         Grrrr … Je vais te tuer à mon tour ! En garde…

-         Pff… Je n’ai que faire d’un idiot comme toi ! Tu ne me fais pas peur ! Prend garde à toi, l’attaque qui a tué le grand Mö !! STARDUST REVOLUTION !!!

 

L’attaque est à pleine puissance. Je n’ai rien vu ou presque. Ce Scar ne plaisante pas. Mais je sens que Néo est toujours en vie.

 

-         Comment veux tu me tuer avec l’attaque de mon maître ! Je la connais mieux que toi !! STARDUST REVOLUTION !!

 

La puissance de Néo est phénoménale. Il développe une vraie rage dans son attaque. Je vois son frère se faire balayer. A coup sûr il est mortellement blessé. Il ne bouge plus… Si, il respire encore.

 

-         Néo … Attends… Je ne sais pas ce qui m’a pris.

-         Tu as juste commis la plus grave erreur de ta vie… Et en tant que frère aîné, je vais te faire passer l’envie de recommencer…. A tout jamais ! Voit si mon attaque n’est pas mortelle ! STARLIGHT EXTINCTION !!

 

De nouveau, une lumière aveuglante puis plus rien. Scar est mort. Dans le regard de Néo ça ne fait aucun doute. Je sens sa rage et son cosmos se calmer peu à peu. Il adresse un regard plein de compassion au cadavre de Mö encore fumant.

 

-         Je ne comprends pas dit il.

-         Quoi ?

-         Même s’il était blessé, Mö aurait très bien pu se débarrasser de mon frère ou au moins tenir un peu plus longtemps.

-         Tu es sûr ?

-         Oui… Je le sais… Lors de notre combat il a manqué de me tuer mais il ne l’a pas fait. Je sais qu’il avait compris avant tout le monde quelle était mon intention.

-         Et il l’aurait accepté comme ça tu penses ?

-         Oui… Mö n’est pas suicidaire. Si je l’avais banni, en tant que chevalier d’Or du Bélier, même mon père n’aurait pu s’opposer à ma décision. Il aurait ainsi survécu hors de Cléos.

-         Pourquoi ne pas l’avoir téléporté plus loin.

-         Je  n’en ai pas le pouvoir… pas encore…

 

C’était tellement simple que je n’y avais même pas pensé. Je regardais tout ça en me demandant si tout ce gâchis était bien nécessaire. Sogün et sa suite arrivent vers nous. Le vieillard est pétrifié. Son ami gît là, calciné, et un seul de ses fils est debout. Pas besoin d’en dire davantage. Il sait très bien ce qu’il s’est passé.

 

-         Néo…

-         Père… Je veux dire patriarche. J’ai tué mon maître. J’ai également tué Scar qui tentait de m’en empêcher. Son corps n’est plus.

 

Le jeune bélier prenait une responsabilité immense en endossant le fratricide de cette manière. La foule qui suivait Sogün se figea néanmoins elle s’agenouilla lorsque les gardes apportèrent l’armure d’or qui se déploya sur son nouveau maître. La dignité de l’instant ne l’empêchait pas d’être tragique et je ne pus m’empêcher de m’avancer vers Mö. Celui qui me refroidissait tellement. En m’agenouillant, je vis au milieu des blessures de l’attaque de Scar, il y avait sur le flanc une flaque de givre grisâtre qui n’avait rien à faire à cet endroit par ce temps.

 

Après ce jour tragique, j’ai vécu une année entière sur le continent de Mù, jusqu’au premier retour de Néo dans son pays. Je suis reparti avec lui… J’ai même eu droit à de la poudre d’Orichalque dont on fait les armures d’or. Malheureusement quelques années plus tard, j’ai appris de Néo lui-même qui continuait à venir me voir en Inde que son pays avait sombré ; ou plus exactement qu’une maladie étrange avait décimé son peuple et que seuls quelques uns avaient pu fuir pour se réfugier au Tibet. Nous n’avons jamais su ce qu’il s’y était réellement passé. Toujours est il que le continent fut submergé par les flots quelques années après la fuite des derniers Muviens.

 

Chine, les cinq pics :

 

Le temps passait lentement… Tellement lentement, malgré l’extraordinaire longévité de son peuple, Néo finit par mourir. Sa disparition renforça encore un peu plus ma solitude et mon sentiment de déracinement. J’essayais alors de me remettre à chercher un but. La civilisation Muvienne peut être… Je m’éloignai de l’Inde et migrai vers le Tibet ; mais malgré tous mes efforts, aucune trace de ce peuple. Il était comme volatilisé. Désespéré mes pas m’ont conduit aux cinq pics à l’époque du moyen âge. La Chine resplendissait par son raffinement. J’ai trouvé dans les plus petits villages de cette province mille et une satisfactions. J’ai été très bien accueilli comme voyageur, si bien que je décidai de m’installer près de la grande cascade de Rozan. J’aidai de mon mieux les habitants en faisant avec eux des travaux de force et en tentant d’appliquer ma science de Syrh.

 

Je me suis également très vite attaché aux enfants. L’âme du père renaissait en moi… Il y avait tant de misère et d’orphelins. J’en recueillais certains et leur apprenais à grandir… Pourtant parmi tous les enfants que j’ai croisés à cette époque, il en est un dont je me souviendrai toujours. Il se nommait Az. Je me souviendrai toujours de sa chevelure aussi noire que l’était ses yeux. Az était aussi espiègle que ce qu’on pouvait lire la malice dans ses yeux. Il était toujours dans mes basques à rechercher je ne sais quoi auprès du vieil homme que j’étais devenu. Il m’a souvent nommé grand père quand il n’y faisait pas attention.

 

Un jour j’entrepris de lui enseigner les rudiments du combat. Sa force et sa vitesse ne me laissèrent pas longtemps douter. Cet enfant était né pour devenir combattant. C’est pourquoi je mis à profit mes vieux réflexes de combattant de l’ancienne génération pour lui apprendre les mouvements de base, le corps à corps. Je ne souhaitais pas qu’il découvre le cosmos, trop de destins cruels frappaient ceux qui le maîtrisaient. Nous devînmes vraiment complice et je me plais à croire qu’il m’a aimé comme un père car je lui ai donné l’amour que j’aurais voulu donner à mes enfants. Malheureusement, le destin m’arracha une nouvelle fois l’être qui comptait le plus pour moi. Az avait eu vent d’un centre d’entraînement non loin de Rozan, et il voulut y aller. Je n’ai pas pu l’en empêcher. Je ne me doutais pas que je ne le reverrai jamais après. Plusieurs jours après son départ, ne le voyant pas revenir, je me rendais là bas et découvris en fait un site de recrutement pour futur chevaliers d’Athéna.

 

Je ne sais pas ce qu’il est advenu de lui. Seulement huit ans après son départ, une guerre éclata à nouveau entre Athéna et Hadès. Je regrettai amèrement de ne pas avoir éveillé moi-même Az au cosmos. Dans le magma des forces en présence pendant la bataille, je ne pouvais reconnaître la sienne et je ne sus jamais s’il avait survécu ou non, ou même s’il avait réussi à devenir chevalier.

 

Plusieurs décennies plus tard j’ai rencontré un autre enfant, celui qui deviendrait chevalier de la Balance avant Dokko. Il se nommait Fooh. C’était un jeune apprenti très discipliné et travailleur. A l’opposé d’Az. Je me résolus très vite à lui enseigner la maîtrise du cosmos ainsi que mes techniques d’Erhitil du Dragon ; sa vaillance et son abnégation en firent un chevalier d’or d’exception. Lorsqu’il quitta les cinq pics pour le sanctuaire, il était déjà prêt à revêtir l’armure. Il n’a jamais trahi mon secret et s’est toujours refusé à dévoiler mon existence à qui que ce soit. Je le voyais de temps à autre en temps de paix. Hadès ne devait pas reparaître avant longtemps, et déjà la jeune génération pointait le bout de son nez. C’est peu à près la nouvelle guerre sainte contre Arès qu’il m’amena dix ans avant la bataille contre Hadès, celui qui deviendrait son successeur.

 

*

 

-         C’est comme ça que j’ai rencontré ton maître Shiryu.

-         Donc c’est à vous que je dois les techniques que j’ai apprises de mon maître.

-         En partie. Mais ton maître est allé très loin dans sa maîtrise des cents dragons…

-         Mais pourquoi avez-vous quitté les cinq pics ?

-         Dokko devait s’y installer pour surveiller le sceau. J’ai préféré me retirer sans qu’il y ait d’autres interactions avec les Olympiens… Il y en avait eu bien assez pour moi. Et puis je sentais bien que le moment de la résurrection de l’héritier ne tarderait plus. Je me suis rapproché du sanctuaire en espérant un jour sentir sa venue.

 

 

Grèce, île de Mykonos :

 

Après mon départ des cinq pics, je suis revenu vers la Grèce et l’Europe. J’ai choisi l’île de Mykonos comme refuge. C’est vrai qu’il n’était pas désagréable de vivre au doux soleil des îles ioniennes. Mais l’avantage non négligeable était que j’étais tout prêt du sanctuaire et pouvait ainsi surveiller les allées et venues.

 

C’est une période bénite pour moi. Seule occupation : l’élevage de chèvre, la fleur aux dents et profiter du temps qui passe. Cette vie rangée et tranquille, j’ai pu  la mener jusqu’à ce que les vingtième siècle pointe le bout de son nez. La seconde Guerre mondiale… Je crois que c’est en voyant passer successivement les troupes Allemandes, Russes et Alliées que j’ai perdu nombre d’illusions envers les humains. Cela faisait près de 3000 ans que j’accompagnais cette planète d’accueil. Une  attente aussi longue dans le seul but de la préserver de la destruction et voilà que cette destruction semble de plus en plus proche et par la faute même de ses habitants. Jamais je ne me suis senti plus étranger que lorsque j’ai vu la sophistication des armes de Guerre. L’atome… Une puissance démentielle dans la paume de la main à la portée de n’importe quelle homme…

 

C’est à la fin de la guerre que je suis revenu au sanctuaire. J’avais avec moi l’armure du Cygne, un bon passeport pour entrer dans le saint des saints sans trop d’explications. J’ai rencontré Shion… Il connaissait comme tous les Muviens la légende de l’armure disparue… Celle qui avait déclenché la naissance des armures noires. Pourtant il ne me posa guère de question… Je l’ai peu connu finalement lors de ces quelques années au sanctuaire. Je me contentai de lui offrir mes services de chevaliers.

 

-         Grand Pope …

-         Oui Ellianor ?

-         Voilà… Cela fait maintenant cinq années que je suis revenu au sanctuaire. J’aimerais pouvoir former des apprentis.

-         Tu penses que tu en es capable ? Toi, alors même que tu reviens au sanctuaire, bien âgé, avec une armure que l’on croyait disparue à jamais et dont on ne sait rien. Toi qui n’a jamais combattu depuis ton retour que des adversaires qui n’était pas de taille… Pourquoi laisserai-je le destin d’enfants rêvant de devenir chevalier entre tes mains ?

 

Shion n’avait rien d’un homme qui dit les choses au hasard, il attendait de moi une réponse. Quand j’y pense, cet homme avait dû, par je ne sais quel instinct, deviner au fond de lui qu’il n’y avait jamais eu qu’un seul porteur de l’armure du Cygne depuis qu’elle avait disparue. Ce qu’il n’imaginait peut être pas, c’est à quel point cela était vrai. Toujours est il que je lui répondit avec un certain aplomb pour le suprendre.

 

-         Permettez moi grand pope de douter de votre jugement…

-         Pardon ?

-         Si vous ne savez pas ressentir au fond de vous-même que je suis réellement capable d’enseigner mes techniques alors même que je peux encore porter l’armure du Cygne qui me reconnaît comme son porteur légitime, c’est que vous remettez en cause l’armure et donc par là le cosmos qu’Athéna elle-même lui a insufflé. En d’autres termes, douter de moi, c’est douter d’Athéna qui a guidé mon destin pour devenir un de ses chevaliers. Et cela, je crois, ne fais pas parti de vos fonctions.

-         Tu es bien impertinent chevalier ! Sache que je ne tolèrerai pas que tu me parles ainsi. Je pourrai te faire tuer.

-         Vous n’en ferez rien grand pope, car au fond de vous-même vous savez que je peux vous aider…

 

Etrange homme que le maître de Mù en vérité… Au lieu de me priver de mes droits et de me bannir il se mit à rire de façon sonore et ordonna qu’on me présente Cyrius.  C’était un gentil apprenti grec que recueillis par les gardes alors que ses parents étaient morts pendant la guerre. Il avait six ans et demi quand on me l’amena. J’ai tout de suite compris pourquoi Shion l’avait choisi. Il avait un tempérament solitaire et plutôt distant. Celui qui deviendrait chevalier d’or du Verseau avant Camus, avait déjà au fond de ses yeux d’enfant la froideur d’un regard trop souvent déçu par la vie.

 

Quand on me l’amena j’ai d’abord cru qu’il était muet tant il ne disait rien. Mais au bout d’un jour ou deux je suis parvenu à entendre sa voix.

 

-         Maître… Je veux être chevalier d’or.

 

Cette déclaration spontanée était sortie de sa bouche avec détermination et l’on voyait poindre en lui les prémisses de la volonté farouche d’y arriver. L’heure était matinale et je n’avais pas encore commencé l’entraînement avec lui attendant qu’il se familiarise avec moi. Mais déjà il avait passé outre les sentiments et exigeait de moi le comportement d’un maître. Il voulait devenir chevalier d’or et pour l’instant, c’était à moi de l’y aider.

 

De ce jour il a toujours été un élève attentif et avide de connaissance. A force de passer du temps ensemble, son tempérament changea quelques peu avec moi. Il devînt presque familier, et il m’est arrivé de le voir me sourire. Il mit énormément d’acharnement à se dépasser et à acquérir son armure. Et il y parvînt. Grâce à lui, j’avais, peu à peu, gagné l’estime d’une partie du sanctuaire qui avait cessé de me ranger dans les antiquités rouillées. Mais un jour de 1965… mon destin bascula. J’ai remis l’armure du Cygne à Cyrius en lui demandant d’en faire bon usage et de la confier à celui qui saurait s’en montrer digne. Avec la permission de Shion et compte tenu de mon âge, j’ai quitté le sanctuaire pour rejoindre la ville d’Athènes.

 

Du fond de mon sommeil, je l’avais senti, ce gamin de 5 ans qui venait de perdre ses parents. Le cosmos qui brûlait en moi ne pouvait m’avoir trompé, il y avait un deuxième Erhitil sur Terre. Il fallait impérativement que je le trouve avant les Assilites. C’est ainsi que je fus guidé jusqu’à Pelios. Le premier Erhitil de la nouvelle génération, celui qui m’apportait la preuve que mon attente allait toucher à sa fin… Que ma vie n’était pas vaine. Plus tard j’ai rencontré Kalido dans les rues de Bombay en 1973, et dans la même année, je rencontrai Bulaï et Atlas, les deux frères des rues du Caire.

 

*

 

-         Malheureusement, aucun n’était l’héritier d’Alandor que j’attendais.

-          Mais alors…

-         En effet Shun, Orphéo est bien l’hériter d’Alandor. Ça ne fait plus aucun doute désormais… Et l’ironie du destin a voulu que je le trouve en Chine… Province de Guang Xi.

 

La vie d’Ellianor venait de s’écouler sous leurs yeux et leurs oreilles en quelques heures, accompagnant toute la course du soleil de cette journée d’été. Beaucoup parmi eux furent bouleversés par la solitude du vieil homme mais aussi sa fidélité.

La vie se couche peu à peu au sanctuaire, le manteau étoilé s’est lové sur la voûte céleste et dans la nuit règne un calme parfait… Seule deux voix retentissent. 

 

-         Aiolia…

-         Oui Marine ?

 

Puis plus rien.

 

 

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Cette fiction est copyright Achille.

Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.