Chapitre 5: Premiers entraînements

 

 

L’arène du sanctuaire :

 

C’était une belle matinée de Décembre. Il s’était écoulé quelques mois depuis la fin de la guerre contre Hadès. Au sanctuaire, chacun avait pu panser ses blessures et Mù avait enfin fini de rénover les armures détruites. Malgré ces instants de paix un évènement tragique hantait encore toutes les mémoires.

 

***FLASHBACK***

 

-         Chevalier d’Andromède !! Chevalier d’Andromède !!

 

Shun sortit de son baraquement un peu sonné, malgré ses années sur l’île d’Andromède, il n’avait pas pris l’habitude d’être réveillé aussi tôt le matin « ou aussi tard dans la nuit ? » … Un bâillement puis le temps d’aller se mettre un habit décent, il lâche un « vous pouvez entrer ».

 

Les gardes du sanctuaire ne se font pas prier et ils ont l’air visiblement affectés ; « qu’est ce qui leur arrive ? Je n’ai pourtant senti aucun mouvement anormal du cosmos aujourd’hui. »  

 

-         Chevalier, le chevalier du Caméléon nous a demandé de venir vous chercher.

-         A cette heure ci ?

-         Oui, elle a beaucoup insisté.

-         Mais pourquoi ?

-         Elle ne nous l’a pas dit, en revanche elle a précisé que nous devions absolument vous ramener sinon elle nous tuerait.

 

Shun fut abasourdi. June ? Une tueuse ? Voilà bien quelque chose auquel il ne se serait jamais préparé. Pourtant elle aussi avait une armure et donc le pouvoir de faire ce qu’elle disait.

 

-         Soyez tranquilles, je vous rejoins … Laissez moi une minute pour me rafraîchir et j’arrive.

 

La nuit était particulièrement belle et étoilée ce soir là. Shun regardait le ciel en scrutant une à une les constellations visibles à cette époque de l’année, celle de la vierge, dominant toute les autres. Son anniversaire venait de se dérouler aujourd’hui. Il est vrai que June n’avait pas pris beaucoup part aux festivités cependant ce n’était pas non plus dans ses habitudes de le faire, et Shun ne s’était guère inquiété. Arrivé devant la porte de June, il vit les gardes repartir alors que celle-ci s’ouvrait. June était en armure.

 

-         Etrange Pyjama June

-         Je n’ai guère envie de rire Shun.

-         Mais que se passe-t-il ?

-         Je vais mourir.

 

Elle l’avait dit sur un ton si neutre et si banal que cela accentua encore davantage l’effet de l’annonce qui glaça le sang du chevalier d’Andromède.

 

-         Comment ? Que se ….

-         J’ai un cancer, une forme rare et particulièrement mortelle à mon âge de tumeur au cerveau. Le glioblastome ils appellent ça… Bigre… je ne sais pas pourquoi mais ce nom me fait effectivement peur.

-         Je suis … On ne peut rien faire ?

-         Les médecins disent que j’en ai pour un an … peut être deux si je suis un traitement intensif. Six mois tout au plus si je ne fais rien.

-         Mais ça n’est pas possible ! Tu ne peux pas mourir comme ça !

-         Shun arrête s’il te plaît. Tu sais, ce n’est vraiment pas facile de connaître l’heure de sa mort. Savoir que le temps vous est compté. Si je t’ai fait venir c’est pour une raison bien précise.

-         Moi ? Mais laquelle ?

-         Tu es la personne que je connais le mieux ici… Je sais aussi maintenant qu’il est une évidence contre laquelle je ne peux pas lutter, je t’aime…

-         Je…

-         Laisse moi terminer. Je t’aime, mais je sais à quel point ça ne sert à rien de te le dire et d’en attendre un retour. Je vais mourir dans six mois, même si tu me disais que tu m’aimais aussi, je ne suis plus assez naïve pour croire à ta sincérité après ce que je viens de te dire. Non il ne s’agit pas de cela. Ça j’avais besoin de te le dire, je ne pouvais pas me permettre de l’emporter dans la tombe avec moi. Si je t’ai fait venir c’est pour que tu respectes mes dernières volontés.

-         Bien sûr… Demande moi ce que tu veux.

-         Je veux que ce soit toi qui choisisses l’apprentie qui deviendra chevalier du Caméléon. Personne d’autre. Fais ça pour moi.

-         Promis.

-         Je voudrais aussi que tu sois fort. Promets moi de ne pas verser de larmes en ma présence ni même pour moi quand je mourrai…

-         Mais… Pourquoi ?

-         Je souffre déjà bien assez, inutile de souffrir davantage en voyant le chagrin de ceux que j’aime. Je veux que personne ne me pleure. Jamais. Et toi… S’il te plaît, souviens toi de moi.

-         Mais enfin June…

-         Promets-le !

-         D’accord je te le promets, mais je n’en ai pas besoin… Je ne peux t’oublier.

-         Enfin je veux que ce soit toi qui t’occupes de moi… Fais ça pour moi, moi qui ai pansé tes blessures à l’entraînement, je veux que tu m’accompagnes vers la mort. J’ai choisi de ne pas me soigner.

-         Mais enfin… Il faut que tu te soignes…

-         J’en ai déjà parlé aux médecins, ils m’aideront à ne pas avoir mal. Mais je préfère ne pas prolonger l’inéluctable. Et puis ça m’évitera d’être le témoin inactif de la prochaine guerre qui se prépare, si nos ennemis veulent bien me donner le temps de mourir.

 

Le masque du caméléon brillait, sans émotions. Pourtant Shun vit le long du cou de la jeune femme couler des larmes, le trop plein que cette façade d’acier ne pouvait cacher. Il la serra dans ses bras. De tout son cœur il aurait voulu l’aider. La jeune fille se blottit contre lui. Peu après, Shun découvrit les terribles crises de maux de tête fulgurants qui avaient conduit June à consulter ; ces douleurs insoutenables la mettaient à terre… Comme si elle était foudroyée. Rien ne pouvait la soulager. Seule la morphine y arrivait légèrement. Et cette fichue tumeur qui envahissait son cortex, qui croissait dans une boite osseuse qui refusait de grandir pour lui faire de la place. En quelques semaines à peine, le chevalier d’Andromède et les autres virent les terribles meurtrissures que la maladie infligeait à June. Tous, malgré le cosmos, malgré le pouvoir d’Athéna, les connaissances d’Ellianor, tous étaient impuissants et virent peu à peu le Caméléon s’enfoncer dans la maladie. L’humiliation semblait aussi faire partie de son chemin de croix, elle ne pouvait plus se lever, ni manger, ses forces vitales l’abandonnaient. Et cette pression dans son crâne… Shun restait auprès d’elle. Elle perdit peu à peu la vision… mais ne s’en rendit même pas compte… Être aveugle et ne pas le savoir… Quelle ironie… « Cécité corticale » avait dit les médecins de la fondation qui passaient tous les jours comme un ballet bien réglé. Shun ne pouvait s’empêcher de voir en eux des croque morts. S’il avait su que parmi ces médecins il s’en trouvait un qui avait perdu l’année précédente une petite fille, peut être aurait il été plus charitable.

 

Mais les symptômes ne pouvaient s’amender. Elle garda pourtant longtemps toutes ses capacités cérébrales, sentant chaque jour plus profondément la morsure de ce cancer qui rongeait son cerveau et s’amusait à déchirer sa dignité en lui infligeant le supplice quotidien d’être obligé de demander à Shun de la changer. Mais il se montra toujours digne et respecta June. Il continuait de lui raconter des tas d’histoires se forçant à rire parfois. Ils oubliaient sciemment de parler de la maladie ; après tout quel intérêt ? Ils auraient bien assez le temps de se plaindre de ça.

 

Cela prit moins de temps que prévu et le 10 novembre, June s’éteignit enfin dans son sommeil. Shun se réveilla et sentit sur sa main le dernier souffle de sa bien aimée. Il lui avait juré de ne pas pleurer. Dans son dernier battement de cœur, il lui murmura à l’oreille : « Je t’aime… »

 

Nul ne sait si elle l’entendit mais la mort semblait avoir apaisé son visage. Andromède couvrit son corps cachectique d’un drap blanc et posa sur sa poitrine le masque qu’elle avait trop longtemps porté. Elle l’avait gardé jusqu’au bout ; elle voulait conserver ça dans sa dignité de chevalier. Être derrière un masque signifiait qu’elle appartenait encore à l’ordre.

 

Après l’enterrement, Shiryu, Seiya, Hyoga et même Ikki s’avancèrent vers Shun. Celui-ci regardait la mer taper la falaise du cap Sounion au loin. Dans les gerbes d’eau il croyait la voir sourire.

 

-         Shun…

-         Ah Shiryu… Et vous êtes là aussi ? Même toi mon frère.

-         Est-ce que tu as besoin de parler ?

-         Non… Je redoutai que l’un de vous me pose bêtement la question de savoir si j’allais bien… Elle me manque, mais je lui ai promis de ne pas pleurer. Alors je ne verserai aucune larme.

-         Tu sais … Tu n’es pas obligé… nous avons tous énormément de peine, mais nous comprenons que toi …

-         Non Hyoga… Je lui ai fait la promesse. On ne trahit pas les promesses faites à une mourante… Encore moins June …

 

Il se tourna vers eux et affichait un sourire aussi peu adapté qu’il semblait sincère.

 

-         Elle a cessé de souffrir, et je sais qu’elle me protège. Elle m’appartient autant que je lui appartiens.

 

Shun les salua et parti s’isoler à nouveau. Le lendemain, Athéna le convoqua :

 

-         Shun…

-         Oui déesse Athéna.

-         Je veux te parler de June.

-        

-         Sache que j’ai la possibilité de la faire revenir grâce à la promesse d’Hadès. J’aimerais connaître ton avis.

-         Non il ne faut pas.

-         Pourquoi donc ?

-         Elle n’est pas assez puissante, si vous devez ressusciter un chevalier, choisissez un chevalier d’or.

 

Athéna était abasourdie. Une remarque aussi froide et glaciale ne pouvait venir de Shun… Et pourtant…

 

-         Elle ne l’aurait pas voulu autrement.

-         Comment peux tu en être sûr ?

-         Je le sais. Si on la ressuscitait maintenant  elle devrait se batte à nouveau à nos cotés, contre des ennemis qui la tueraient car elle n’est pas assez forte. Je peux accepter de la perdre par la faute d’une maladie, je ne peux pas l’accepter si par ma faute elle revenait pour mourir à nouveau. Je refuse de la voir souffrir davantage. Déesse, si vous avez un tant soit peu d’amitié pour moi, ne le faîte pas je vous en prie.

 

Puis Shun quitta la salle du trône. Le regard empli de tristesse et de compassion d’Athéna se posa sur son dos et l’accompagna jusqu’à ce que les lourdes portes se ferment. June ne reviendrait jamais.

 

*

 

Personne n’en avait reparlé depuis ce soir là. Les Erhitils et Orphéo avaient quitté le Sanctuaire par pudeur pendant les dernières semaines, leur présence étant manifestement de trop dans ces moments là. Ils étaient parti un peu plus loin, vers Athènes, et avaient rencontré à nouveau Hadès et Poséidon.

 

-         Nous ne pouvons rien faire pour retarder cet évènement ?

 

Comme toujours la voix calme et posée d’Hadès posait les bonnes questions. A cotés de son frère, il paraissait bien plus calme. Poséidon était d’un naturel rageur et rester dans l’attente n’était guère fait pour lui plaire. Pelios et les autres étaient en retrait sur une terrasse de café tandis que les dieux discutaient avec Orphéo et Ellianor dans une chambre d’un hôtel de la place.

 

-         Non rien… Si même Alandor n’a pu sceller leur sort, c’est que nous ne pouvons aujourd’hui le faire.

-         Mais c’est rageant tout de même !! On ne va pas rester là à attendre il faut qu’on bouge, qu’on fasse quelque chose !!

 

Hadès laissa parler son frère mais n’en tînt pas compte et continua son propos.

 

-         Combien de temps ?

-         Un an … peut être deux… Orphéo n’est pas encore prêt, ça prouve que nos ennemis ne le sont pas encore tout à fait non plus.

-         Mais serai-je prêt à temps ?

-         Oui … Et puis qui nous prouve que ce gamin saura faire face… Nom de nom … Il n’a aucune expérience, on ne peut pas lui faire confiance.

-         Calme toi mon frère… Il faut qu’on marche avec eux… Tu sais comme moi qui est notre ennemi désormais.

-         Mais Hadès, on peut quand même se poser des questions ? Nous sommes plus forts que ce môme… Et pourtant nous allons lui obéir bien gentiment ?

-         C’est exactement ce que je vous demande.

 

Orphéo affichait toujours le même sourire, non pas narquois ou moqueur, mais enthousiaste, comme s’il ne prenait pas conscience du rôle qu’il aurait à prendre dans la future bataille.

 

-         Ce n’est pas un jeu gamin !!

-         Poséidon ! Inutile …

-         Pff… Très bien … Mais pendant que nous patientons pour la mort de cette femme, notre ennemi lui se prépare.

-         Calme toi… Thanatos m’a prévenu que ça ne prendrait plus longtemps.

-         Pourquoi ne pas en finir tout de suite après tout ? Ca me dégoûte de savoir dans quel état une maladie peut la mettre. Les mortels … quelle plaie… ce sont de la chaire à canon… rien de plus.

 

Ellianor ne bronchait pas, mais Orphéo était horrifié des propos de Poséidon. Il allait dire quelque chose, mais son compagnon lui conseilla d’un hochement de tête de laisser glisser.

 

-         Il faut rencontrer Athéna, ses chevaliers doivent s’entraîner davantage pour atteindre un niveau suffisant.

-         Comment comptez vous vous y prendre Ellianor ?

-         Nous sommes cinq Erhitils… Ce sera court, mais nous pouvons nous charger de les former.

-         J’aimerais que Sorrente participe à cet entraînement.

-         Bien… J’enverrai Bulaï dans votre sanctuaire.

-         Dîtes moi, vous avez l’air confiant n’est ce pas ?

-         Non Hadès, je n’ai pas confiance, j’ai la foi… J’ai la foi en cet homme, Orphéo. Tout comme j’avais foi en son ancêtre.

-         Mais dîtes moi vos majestés… Ne faut il pas que vous vous dérouilliez aussi ?

 

Décidément Orphéo brillait par son insolence, et si Poséidon fulminait, Hadès avait lui aussi le poing serré.

 

-         Il a raison… Pour mettre toutes les chances de notre cotés, il serait dans notre intérêt que vous soyez préparés physiquement à la bataille. Pourquoi ne pas entraîner aussi Athéna… Elle est vraiment frêle dans ce corps si jeune.

-         C’est vrai… lors de notre affrontement j’ai pu le constater… » Dit Hadès, puis se tournant vers Orphéo « mais je pense que nos pouvoirs sont suffisamment développés pour se passer d’entraînement. Néanmoins, si vous le désirez vous pourriez tester la vivacité de nos réflexes. »

-         Ça pourrait bien être distrayant » ajouta Poséidon.

 

Les olympiens ne plaisantaient visiblement pas et Orphéo avait baissé les yeux. Non pas qu’il eût peur, mais il était trop conscient de son infériorité pour tenter d’engager un  entraînement stérile. Pourtant il ajouta avec malice :

 

-         Si deux dieux comme vous acceptent de m’entraîner, je serai ravi de vous affronter sans espoir de vaincre.

 

Si Poséidon sourit, Hadès lui, ne cilla pas … Il n’avait que trop bien compris le sens de la flatterie. Ils conclurent alors de se retrouver au sanctuaire.

 

*

 

C’est ainsi qu’au mois de Décembre, l’agitation venait de gagner le sanctuaire où tous les chevaliers et soldats convergeaient dans la même direction : l’Arène. Les chevaliers d’or rescapés, les bronzes, et les femmes chevaliers arrivaient un à un sur les gradins, tandis qu’au milieu se tenait Orphéo, seul mais dont le regard ne se détachait pas de la tribune où siégeaient côte à côte le dieu des océans et celui des enfers. Athéna qui arrivait avec Hyoga et Seiya les quitta pour s’installer auprès de ses oncles. Aiolia et Marine furent les derniers, car le lion faisait très attention à sa femme depuis qu’elle lui avait annoncé la future naissance d’un petit Bélier au milieu de l’été le soir de son anniversaire. Quand la foule fut installée, Orphéo prit la parole. D’une voix claire et forte il ânonna ses condoléance pour June et quelques mots que lui avait préparé Ellianor sur la nécessité de leur combat.

 

-         … Et la vie doit être protégée. C’est pourquoi, nous nous battrons ensemble. Parmi vous, certains sont plus faibles que d’autres, aussi Ellianor, Pélios, Kalido, Bulaï et Atlas se chargeront de s’entraîner avec vous afin d’augmenter vos pouvoirs.

-         Combien de temps cela durera-t-il ?

-         Un an… Environ.

 

Tous avaient sur les lèvres la question de Shun, mais aucun n’avait envie de poser la question que Kanon osa :

 

-         Combien d’entre nous survivront à cette guerre ?

 

Mais la réponse d’Orphéo fut encore plus terrible qu’ils ne l’avaient imaginée :

 

-         Si tout se passe bien… Aucun !

 

Athéna se leva et vola alors au secours du moral de ses chevaliers :

 

-         Ce que veut dire Orphéo, c’est que parmi nous, il n’y aura pas que des blessés. Mais je vous jure que nous pouvons faire triompher la paix. Suivez moi chevaliers, votre destin et le mien sont mêlés. Je me battrai à vos cotés aussi. Hadès, Poséidon et moi-même, nous vous montrerons le chemin. Non pas derrière vous, mais devant vous.

 

La clameur qui suivit montrait que la déesse avait visiblement arrangué la foule.  Aux cotés d’Orphéo se tinrent alors les cinq Erhitils et demandèrent aux chevaliers de les rejoindre. Chacun d’entre eux expliqua à ses nouveaux élèves ce qu’allait être leur formation. Ellianor partit tout naturellement avec Dokko, Shiryu et Shun pour les cinq pics.

 

Hadès et Poséidon prirent ensemble le chemin de l’Olympe sidérant, par leur alliance, tous les chevaliers présents. Les jours qui suivirent permirent à tous de préparer le départ, et surtout les adieux. Seiya avait beaucoup de mal à se décider pour laisser Seika et Athéna. Cependant il fit contre mauvaise fortune bon cœur puisqu’il suivrait Atlas avec Ikki et Aiolia.

 

Les 5 pics :

 

Les montagnes de Rozan étaient toujours aussi calmes depuis des siècles. Ellianor ne mit pas longtemps à se sentir à nouveau chez lui… Rien n’avait changé. Shunreï fut étonné de revoir Shiryu accompagné du vieux maître mais qui n’était plus si vieux que ça, de Shun et surtout d’un vieil homme à barbe blanche qui marchait en tête du petit groupe.

 

-         Shiryu !!! Tu es vivant !!

-         Oui Shunreï …

-         Quel bonheur… Toutes ses guerres sont elles finies ?

 

Le silence gêné du Dragon en disait plus sur les faits que ce que Shunreï était prête à entendre. Elle soupira puis ajouta :

 

-         De toute façon il me faudra bien m’y faire.

-         Shunreï…

-         J’ai passé des années à espérer et à prier pour que tu sois sain et sauf. Je suppose que c’est mon destin de même que le tien est d’être chevalier.

 

Dokko s’avança et saisissant la jeune fille par l’épaule il lui raconta tout ce qu’elle ne savait pas encore sur la bataille contre Hadès, et comment Ellianor qui était avec eux avait entraîné son maître. Elle ne fit mine de rien et continua de sourire … Personne ne la vit pleurer toutes les nuits que dura leur entraînement aux cinq pics. Shunreï, même brisée, avait décidé de faire face et d’apporter tout son soutien à l’homme qu’elle aimait plus que sa propre vie et qui mourrait probablement sans le savoir.

 

*

 

Dès le lendemain, Tous quatre se mirent au travail, avec un certain acharnement d’ailleurs. Ellianor était un maître terriblement exigeant avec eux, et si Dokko n’avait guère de mal à suivre, Shiryu et surtout Shun, se montrèrent nettement moins endurant. Pourtant, chacun apprit des trois autres. Ils tirèrent tous le meilleur parti possible de cette période.

 

De temps à autres, un membre du sanctuaire venait aux nouvelles, et eux-mêmes partaient assez régulièrement des cinq pics pour rejoindre un des leurs. Un jour ils reçurent une visite inattendue et très différente des autres. Shiryu affrontait Dokko en combat près de la cascade tandis que Shun perfectionnait sa maîtrise de sa chaîne en tentant de capturer Ellianor. Soudain tous sentirent un cosmos noir s’approcher de la maison et de Shunreï… Un cosmos froid comme la mort. Ils se précipitèrent vers la source de l’aura noire.

 

-         Toi ici !!! ? Que viens tu faire ici ?

-         Du calme Chevalier de Bronze… Je viens voir comment se portent les troupes d’Athéna… Au nom de mon maître …

-         Eh bien tu lui diras que nous allons très bien et que ta présence n’est pas nécessaire.

 

Shiryu était tendu et très agressif. Son cosmos ne dégageait rien moins que de la colère vis-à-vis de cet homme en noir, car tout prêt, à une portée ridicule pour son cosmos surpuissant, se trouvait la fragile enfant chinoise qui habitait ici et était sortie pour assister à la conversation.

 

-         Calme toi Shiryu… Hadès n’est plus notre ennemi… Tu n’as rien à craindre de lui.

-         C’est vrai, le vieux maître a raison. Parlons pour savoir ce que veut Thanatos.

 

Les voix de Shun et Dokko apaisèrent le chevalier du dragon. Ellianor s’avança alors vers le dieu qui commande la mort.

 

-         Parle, nous t’écoutons.

-         Je suis venu pour vous prévenir.

-         Nous prévenir ? Mais de quoi donc ?

 

Shun était nettement angoissé et ça s’était ressenti dans sa voix.

 

-         Hadès, comme tous les dieux qui ont un lien privilégié avec le cosmos a un don de prémonition. Ce n’est certes pas sa principales force, néanmoins il a fait un songe étrange il y a de ça quelques nuits. Les troupes ennemies sont déjà sur Terre, il en est sûr… il est certain que leur venue est sans doute plus proche que ce que nous avions prévu. Il m’a également demandé de venir vous rencontrer vous, Ellianor. Car dans son rêve il a vu  s’inscrire ceci.

 

Il tendit alors un parchemin à Ellianor sur lequel il y avait une inscription semblable aux runes ornant le mont étoilé. Ellianor ferma le parchemin et le rendit à Thanatos.

 

-         C’est de l’Erhitil.

-         Et qu’y a-t-il d’écrit ?

-         C’est une énigme, ou un poème… mais ça dit ceci :

 

«  En ce lieu j’abrite tous les êtres perdus,

Je soignerai les blessés et les malades,

Car c’est ici que tous attendront ma venue,

Lorsque la flamme rejaillira de l’onde,

L’épée qui pourfend les étoiles scintillera à nouveau

Et l’habit de lumière des dieux protègera Gaïa. »

 

-         Lorsque de la flamme rejaillira de l’onde ?

-         Je n’en sais pas plus que toi Shun… Je sais seulement que cela fait référence à quelque chose d’ancien. Et si je ne le connais pas, alors c’est la volonté même d’Alandor qui a fait apparaître ce message dans les rêves d’Hadès. 

-         Mais pourquoi donc ?

-         Cela… Nous le découvrirons sûrement plus tard.

 

Thanatos fit une moue dubitative mais prit néanmoins congé des chevaliers d’Athéna et du vieil homme. Il avait rempli sa mission à savoir quelle était la signification de ces mots. Sans doute Hadès pourrait-il en savoir plus.

 

 

Sibérie :

 

Hyoga avait été naturellement ravi du choix de la Sibérie comme lieu d’entraînement par Pelios. Mais Milo et Geki qui les accompagnaient trouvèrent le climat un tantinet hostile. Pelios était un jeune guerrier un peu plus âgé que Saga et Kanon. Il avait un visage très serein et n’exprimait que peu d’émotions. Il était de taille moyenne, ses cheveux blonds rehaussant la profondeur de son regard marron. Ces quatre là n’avaient pas nécessairement besoin de trop se parler pour se comprendre. Il était né entre eux une certaine complicité latente sans qu’aucun mot ne soit vraiment nécessaire. Comme s’ils n’avaient rien eu à se dire qu’à se montrer présent pour les autres.

 

*

 

Ils étaient partis les premiers du sanctuaire dès le lendemain de l’annonce d’Orphéo. Geki avait souhaité se joindre au chevalier d’or et à Hyoga car il se rendait bien compte que ce n’était pas en restant avec les autres bronzes qu’il progresserait vraiment. Pendant le voyage en avion, Hyoga avait longtemps eu les idées dans le vague, et Milo avait préféré garder le silence. Si bien que Geki se sentait de plus en plus mal à l’aise. Mais Pelios qui lui souriait lui dit :

 

-         Ne t’en fais pas… L’entraînement ne sera pas aussi dur que ça.

-         Je ne m’en fais pas… j’ai subi en rude entraînement étant enfant. Je crois que je supporterais ce que les deux autres supporteront parce que c’est pour Athéna.

-         Dis moi Geki que penses tu de tout ça ?

-         Tout ça quoi ?

-         Tout, les chevaliers d’Athéna, notre apparition, les dangers qui nous guettent.

-         Où veux tu en venir ? Tu veux savoir si j’ai peur de mourir ? Non !! Je mourrais mille fois pour Athéna s’il le fallait.

-         Ce n’était pas le sens de ma question. Je voulais dire, dans ton for intérieur, que penses tu de ces guerres ? Penses-tu qu’il faille les mener ? Penses-tu que notre quête soit juste ? Penses-tu que mourir pour un idéal vaut le coup ?

-         Mais bien sûr…

 

L’ours fut légèrement décontenancé par le discours de Pelios dans les yeux duquel se reflétait un doute profond. Il toisa longuement l’Erhitil sans trop savoir ce qu’il pensait vraiment… Ce dernier sembla un instant absorbé hors du temps, loin de la réalité.

 

-         Mais et toi ?

-         Moi ? Je ne sais pas… Je doute…

-         Tu doutes de notre cause ?

-         Non… Je doute du fait de vouloir mourir pour elle …

-         Mais pourquoi se battre dans ces conditions ?

-         C’est le seul moyen d’être sûr tu ne crois pas ?

 

Décidément le jeune homme aux cheveux blonds n’en finissait pas de surprendre le chevalier de bronze. Ce dernier réfléchit alors un instant puis se hasarda à ajouter :

 

-         Non … C’est le seul moyen d’être tué à coup sûr ! Dans des combats comme ceux que nous allons mener il faut être prêt à mourir car c’est sous cette seule condition que l’on donne le meilleur de soi-même.

 

Pelios leva son regard vers Geki. Il sourit et regarda machinalement ses poings. Puis il s’affala encore un peu plus dans le fauteuil de l’avion et tourna son regard vers les deux autres qui avaient visiblement fait semblant de ne pas écouter et qui attendaient une réponse.

 

-         Peut être est ce là une idiotie… mais s’il y a bien une certitude dans la vie, c’est que nous mourrons tous un jour ou l’autre. Le sachant,  je n’éprouve pas la moindre peur de mourir… Mais si je meurs, je veux avoir fait quelque chose de bien dans ma vie. Ce quelque chose Ellianor m’a donné la possibilité de l’accomplir.

-         C’est bien…

 

Milo venait de rejoindre la conversation.

 

-         Tu ne manques pas de courage Pelios d’aller au devant des combats et des dangers avec comme seule motivation l’envie de faire quelque chose de bien. Mais si je puis me permettre, la foi qui nous anime, nous, chevaliers d’Athéna est bien plus grande ; aucunement nous ne craignons de mourir si Athéna nous l’ordonne car c’est en elle que nous avons foi. Nous savons que notre mission est noble parce qu’elle consiste à la défendre et à défendre également la Terre. Les chevaliers méritent chacun le respect car quelque soit leur opposition c’est vers cet idéal que nous tendons tous. Moi Milo du scorpion, vais te suivre car c’est l’ordre de ma déesse.

 

Pelios ne se tourna pas vers Milo mais se contenta de sourire en fermant les yeux comme si les paroles du Chevalier d’or lui faisaient un quelconque bien.

 

-         Tu sais, les mauvaises motivations ne permettent pas d’aller loin. » Fit Hyoga. « C’est ce que mon maître Camus m’a appris. J’ai toujours voulu devenir chevalier pour pouvoir retrouver le bateau de ma mère. Aujourd’hui je sais que je n’étais pas dans le vrai. Si je suis devenu chevalier, c’est parce que j’ai à nouveau besoin de protéger la vie… D’être avec Athéna.

-         Ne m’en veuillez pas … Je m’égarais dans mes pensées… Vous venez de me rendre un fier service… Merci… Je crois que nous ferons du bon travail tous les quatre.

 

*

 

Cela faisait maintenant cinq mois qu’ils avaient quitté la Grèce. Le feu crépitait dans l’âtre de leur modeste baraquement. Les flammes dansaient avec la force du blizzard qui passait par l’étroit conduit de la cheminée. Milo avait les yeux rivés sur les braises que Hyoga agitait de temps à autres avec un tisonnier. Geki avait fait assez de réserves de bois, mais le froid qui régnait dehors depuis 5 jours les avait découragés de sortir… Ou plus exactement Pelios avait décidé qu’une petite semaine de repos ne ferait de mal à personne. Il s’était lui-même assis dans un coin pour lire un vieux livre que Camus avait laissé ici. C’était le journal d’Ann Franck. Etrangement le récit de la jeune fille fascinait l’Erhitil qui ne relevait la tête que pour regarder à la fenêtre quand il en avait trop lu.

 

L’instant parut bizarre à l’Ours. Il commençait en fait à se sentir assez engourdi. Il était resté avec eux malgré ce qui s’était passé il y a un mois. Son bras lui faisait encore mal.

« Quand je repense à ça… Je me dis que j’ai dû rêver… »

Geki n’admettait pas qu’il n’avait plus le niveau pour les trois autres. En effet lors d’un entraînement contre Milo, il avait eu le bras brisé alors que ce dernier n’avait pas selon lui appuyé son coup. Depuis le début Geki avait bien senti son infériorité, mais il avait redoublé d’effort pour ne pas ralentir l’entraînement des autres. D’ailleurs aucun ne lui faisait de remarque ni ne l’aidait à se relever. L’ours leur avait montré une volonté aussi digne qu’elle semblait démesurément inutile. Chaque jour malgré ses efforts l’écart se creusait et ce jour là il avait amèrement goûté à toute la distance qu’il y avait désormais entre lui et ses compagnons. Il s’était relevé un léger sourire amer autour des lèvres et s’était contenté de dire « c’est un peu trop pour moi… » Derrière cet aveu les autres comprirent sa détresse et le laissèrent seul le temps que la blessure morale se referme. Il avait insisté pour les aider de son mieux dans leur entraînement. Coupant du bois pour le soir, critiquant avec zèle les erreurs de garde et les mauvais placements. Geki maîtrisait en effet très bien le corps à corps et donnait de précieux conseils aux autres qui ne pouvaient pas se voir aussi nettement.

 

Il passa à cotés de Hyoga :

 

-         J’ai besoin de sortir…

-         Par ce temps ? Tu es fou !

-         Non … je préfèrerais mourir de froid que de rester à rien faire encore une minute. J’emporte l’armure avec moi… Si je peux je vous ramène un ours à manger.

 

Milo ne releva pas mais au fond de lui il y avait eu un petit écoeurement. En tant que chevalier d’or, il avait droit à beaucoup d’égard au sanctuaire, et la cuisine qui leur était réservée si elle n’était digne d’un grand palace, avait au moins beaucoup de goût, et le palais du scorpion souffrait quelques peu depuis que Geki s’était mis en tête de s’occuper des repas. Mais il le faisait avec tant de bonne volonté et leur entraînement lui donnait tellement faim qu’en général il passait pas mal l’éponge.

 

Pelios releva un œil et s’adressa au grand gaillard :

 

-         Fais attention à toi… les lieux ne sont pas forcément sûrs. Et même pour un chevalier la nature peut se montrer terrible.

-         Bah je n’irai pas bien loin… Juste assez pour me dégourdir.

 

Geki sortit et courut un moment sur la neige. Il aimait défier le vent en luttant contre lui et en continuant à avancer. Les étendues gelées uniformisaient la vallée. Au nord, la mer s’étendait toute aussi blanche et de temps à autres un ours blanc venait pêcher à travers quelques puits dans la glace. Lorsqu’il en vit un, celui-ci était accompagné. Un ourson. « Ça doit être une femelle… Bah c’est pour la bonne cause » Il avança vers eux sans bruit. La mère resta prostrée le dos en arrière cachant son enfant et émettant un grognement qu’elle aurait aimé dissuasif.  Geki ne comprenait pas, elle ne pouvait l’avoir vu, ni même senti. Le vent jouait contre elle. Non… Il y avait autre chose qui la terrorisait.  Geki n’eut pas le temps d’aller plus loin dans ses réflexions… Jamais plus.

 

*

 

Tous les trois s’étaient levés comme un seul homme et sans même un regard ils avaient compris qu’ils l’avaient tous senti. Le cosmos de l’ours venait de disparaître. En un éclair tout avait été fini. Mais ils n’avaient perçu aucune trace d’un autre cosmos… Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux ils le trouvèrent étendus, le crâne saignant… le sang n’était pas gelé… il venait de tomber. Ils regardèrent dans toutes les directions mais ne virent rien d’autre qu’un ourson affolé suivant sa mère contre le vent. La blessure de la tête était superficielle.

« Ce n’est pas ça qui l’a tué… il a dû se le faire en tombant. »

 

Pelios et Hyoga secouèrent la tête pour approuver. L’ours n’était pas du genre fragile et ce n’était pas aussi peu qui pouvait l’avoir tué. Ils l’examinèrent un moment sans rien trouver.

 

« Ça ne sert à rien de rester là… mieux vaut l’emmener avec nous. Nous verrons mieux au chaud. »

 

L’ordre de Pelios ne laissait pas de place au doute. Il leur fallait rentrer pour ne pas risquer d’être attaqué par surprise sans avoir rien compris. Surtout sous un vent qui s’amusait à brouiller leurs sens. Le corps de l’ours sembla étrangement léger à Hyoga. Quand ils arrivèrent ils l’étendirent sur la table.

 

-         Je ne vois aucune blessure Pelios. Comment est-il mort ? 

-         Je n’en sais rien Milo. Mais l’ennemi qui l’a frappé l’a fait vite et bien sans même que je le sente. Et ça, ça ne me rassure guère.

-         Attendez, regardez ça !

 

Hyoga désignait une plaque de givre sur l’armure, au niveau du cœur.

 

-         Une armure de bronze ne gèle qu’à -100°C… Et je peux vous assurer que nulle part sur Terre une bourrasque de vent n’est à cette température.

-         Tu penses qu’il s’agit d’un chevalier des glaces ?

-         Peut être…

-         Un blue warrior ?

 

Hyoga avait raconté son aventure sibérienne à Milo. Ce dernier fixa encore l’armure des yeux. Le givre était bel et bien blanc et ne s’en allait pas malgré la chaleur de la pièce. Sans prévenir le Totem de l’ours se reforma près de Geki. L’armure le quittait. A l’endroit même du givre sur l’armure, la poitrine de Geki était congelée. Instinctivement Hyoga tourna le cadavre pour voir le dos. Ce qu’il pensait se vérifiait, de l’autre côté, le dos était également gelé.

 

-         Il a été frappé par une attaque de glace. Mais je n’en connais aucune capable de geler comme un rayon le corps d’un chevalier. Les attaques que l’on m’a enseignées gèlent tout le corps, elles ne sélectionnent pas vraiment.

-         Que comptez vous faire ?

-         Il faut renvoyer le corps à Athéna…

 

Hyoga approuva Milo. Athéna était aussi Saori Kido, et la fondation saurait faire le nécessaire pour trouver les causes du décès. Hyoga se leva et prit le téléphone satellite qu’ils avaient emmené.

 

« Melle Kido je vous prie. »

 

Ile du Sanctuaire :

 

Depuis le départ des autres, Mù ne cessait pas de repenser à tout ce qu’il avait vécu. Chaque jour il veillait à ce que Kiki ait son lot d’apprenti. Il ressentait instinctivement que le temps était compté et qu’il lui faudrait faire de lui un chevalier d’or du Bélier le plus vite possible. « Au cas où… »

 

Ses pensées le firent frissonner et il entra dans le temple où sommeillait son élève. Il soupira légèrement en constatant que tout était paisible, remonta le drap sur l’enfant puis vînt s’asseoir sur une table laissée dressée par Kiki pour son maître. Depuis quand n’avait il rien avalé ? Il se le demandait bien. Il prit un morceau de pita et mâcha machinalement en regardant le plat de charcuterie préparé par le petit rouquin. Un sourire s’esquissa sur ses lèvres quand il sentit la présence derrière lui.

 

-         Tu ne dors donc pas ?

-         Toi non plus il me semble…

-         C’est vrai j’ai du mal à trouver le sommeil…

-         Puis-je ?

 

Mù sourit et invita son alter ego à s’asseoir. Shaka n’était pas très gourmand d’ordinaire, il partagea néanmoins ce repas avec satisfaction. Sans doute avait il lui aussi peu mangé ses derniers jours.

 

-         Que penses tu de Kalido ?

-         Moi ? Eh bien… J’ai du mal à le cerner. Il se dégage de cet homme une espèce de charisme à la fois inquiétant et rassurant … Comment dire ? J’ai toujours l’impression qu’il est en retenu avec nous. Pourquoi me poses tu la question ?

-         Disons que je ne me suis pas encore bien habitué à recevoir à nouveau un entraînement… Qui plus est par quelqu’un que je ne connais pas. Mais j’ai l’impression bizarre de vouloir lui faire confiance.

-         Cela t’était il donc si étranger avant aujourd’hui que tu n’en n’as que l’impression ?

 

La pique fit sourire Shaka. Mù n’était pas le genre d’homme à aborder les problèmes cruciaux sans prendre de gants mais l’attitude du sixième gardien avait suscité bien des interrogations au sanctuaire. A bien y regarder, c’était le cas depuis toujours. Il émanait du chevalier de la vierge une aura de mystère propice aux chuchotements, cependant personne n’était dupe, Shaka était différent. Très peu étaient capables de dire en quoi… mais tous l’avaient noté.

 

En effet, lui qui d’ordinaire passait son temps à méditer se trouvait soudainement pris d’errements dans le sanctuaire comme un lion en cage. Depuis quelques semaines, il était même de notoriété publique au sanctuaire qu’il partait régulièrement à la rencontre des villageois de Rodorio. Lui qui n’avait jamais vraiment aimé le contact humain, lui que l’on disait l’homme le plus proche de dieu, il était devenu familier des enfants du petit bourg et d’aucuns disaient d’une ou deux habitantes. Le sourire des nouveaux gardes de  la sixième maison lorsque leur maître revenait en chantonnant d’une de ses promenades en disait long sur les changements qui s’étaient opérés en lui ces derniers temps.

 

Pourtant le chevalier de la vierge gardait toujours une certaine dignité, de l’allure, sûrement un peu de suffisance également. Mais ça c’était normal pour lui. Non Mù savait bien qu’il y avait autre chose derrière cette façade. Et même au-delà de la soudaine bonne humeur de son compagnon.

 

-         Tu voulais me dire quelque chose Shaka ?

-         Non… Je ne crois pas.

-         Je ne voudrais pas paraître malpoli mais pourquoi donc être venu aussi tardivement dans ma demeure sinon ?

-         Eh bien la compagnie est rare à cette heure et j’ai senti que tu ne dormais pas.

-         La compagnie ? Tu cherches de la compagnie et tu voudrais me faire croire que tu n’as rien à dire ? Shaka, tu peux me parler, je suis ton ami il me semble n’est ce pas ?

-         Oui Mù… Tu l’as toujours été.

-         Alors raconte moi ce qui se passe pour toi ?

-         As-tu déjà eu une certitude Mù ?

 

La question interpella le Bélier. Des certitudes ? Bien sûr qu’il en avait, des tonnes même. « Que veut-il dire ? ».

 

-         Oui bien sûr mais je trouve ta question étrange.

-         Elle ne l’est pourtant pas… J’avais très peu de certitude en ce monde. Je ne savais pas si j’aimais l’humanité, je ne savais pas si la vie sur Terre avait un sens. Je doutais de tout. Pourtant depuis que je suis chevalier j’ai acquis deux certitudes : je mourrai, et je mourrai pour Athéna. Aujourd’hui avec ce qui se passe, je ne suis même plus sûr que si je meurs, ce sera pour Athéna.

-         Pourtant elle fera cette guerre à nos cotés, et c’est bien elle que nous suivrons. Pas les autres dieux ou même Ellianor et Orphéo.

-         Mais si elle mourrait pendant la bataille ?

-         Comment ?

-         C’est une possibilité. Suppose qu’Athéna meurt au cours d’un de ses combats. Nous pourrions malgré tout toujours être vivant, voire en mesure de combattre. Mais que choisiras-tu à ce moment là Mù ?

-         C’est absurde. Athéna est une divinité immortelle…

-         Pas si Hadès meurt.

-         Quel rapport ?

-         C’est le pouvoir d’Hadès qui a créé l’enfer, Elision et le monde des morts. C’est son pouvoir qui guide les âmes en enfer et les retient en leur donnant un corps dépourvu de volonté. Athéna, comme les autres dieux est immortelle parce qu’elle possède un pouvoir identique à son oncle qui lui permet de ne pas perdre sa volonté en enfer. En ne perdant pas sa volonté, l’âme d’Athéna obtient à nouveau son corps, et c’est à ce moment et à ce moment seulement qu’elle ne meurt pas.

-         Le huitième sens ?

-         Exact, mais l’Arayashiki ne permet pas de devenir un dieu. Athéna le possède certes, mais cela ne fait pas d’elle une déesse. Il y a autre chose.

-         Quoi donc ?

-         L’Ichôr !

-         L’Ichôr ? Tu veux dire le sang des dieux ?

-         Oui. T’es tu demandé ce qu’était le sang des dieux ?

-         Probablement du sang non ?

-         Oui et non … L’Ichôr est effectivement contenu dans leur sang puisqu’il guérit les plaies et les maladies mais il s’agit aussi d’une matérialisation de leur pouvoir, de leur essence même. Quand ils investissent un corps, ce dernier ne devient divin qu’au contact de leur âme. Cela ce manifeste par la jeunesse éternelle et un certain charisme. Pourtant l’enveloppe reste mortelle. Seul l’Ichôr est responsable de la longévité de ce corps. L’Ichôr lui est une extension de l’âme des dieux qui la « scelle » au corps. Lorsqu’un dieu est désincarné, son âme quitte l’hôte pour être « libre ». Mais l’âme seule est une force qui s’évapore en un rien de temps. C’est grâce au pouvoir d’Hadès que cette âme est guidée en enfer où elle retrouvera un corps. Qu’on le veuille ou non, Hadès est un gardien des âmes et par là même, un gardien de la mémoire de l’humanité. Sans lui chaque âme s’évapore… Dans le néant.

-         Pourtant Poséidon était bel et bien prisonnier d’une urne ?

-         Oui … mais pas n’importe laquelle, celle d’Athéna.

-         Expliques toi.

-         Cette urne possède également un pouvoir, pour retenir l’âme, d’ailleurs c’est le but. Mais pour la retenir il faut bien qu’elle ne s’évapore pas. De la même manière qu’Hadès attire à lui les âmes, l’urne attire à elle une âme en l’empêchant d’aller en enfer réintégrer un corps.

-         Pourtant Kanon nous a juré avoir vu l’âme de Poséidon investir seule son armure avant d’aller sommeiller en Julian Solo.

-         C’est une illusion. L’âme, dès l’instant où elle est libérée doit regagner un corps, en l’occurrence en enfer. Ce corps était probablement celui du précédent hôte de Poséidon. Ce dernier a choisi un nouveau corps car les morts appartiennent à Hadès, et il ne pouvait sortir de l’enfer avec.

-         Attend… C’est flou…

-         Non c’est très clair. Pour être à nouveau à 100% de son pouvoir, Poséidon doit passer par la case enfer. Une fois en enfer, il obtient le corps de son hôte précédent. Puis de là, il transpose son âme dans un corps « choisi » pour être son hôte. C’est comme ça qu’il s’est à nouveau retrouvé en Julian Solo après avoir été libéré par Pelios. Depuis l’enfer il est à nouveau Poséidon, dieu des Océans et peut à volonté choisir un corps comme hôte.

-         Mais Hadès, lui il est bel et bien apparu dans les bras de Pandore lorsque Ikki était enfant.

-         Te souviens-tu de ce qu’il s’est passé à Heinstein ? Il y a quelques mois, Ellianor et Orphéo nous ont parlé de ce que Pandore leur avait raconté et de ce qu’Orphéo a trouvé dans son passé. Hadès s’est incarné sur Terre en tuant tout être vivant dans un rayon plusieurs kilomètres.

-         Oui et ?

-         Hadès a utilisé son pouvoir sur cette zone. Ainsi son âme ne pouvait pas se dissoudre. Quant à ce qu’à vu Ikki dans les bras de Pandore, il nous l’a dit c’est l’univers. En fait la véritable apparence de l’Ichôr. La forme matérielle de l’âme. L’âme d’Hadès était « protégée » dans l’enceinte du château. Son Ichôr pouvait ainsi voyager tranquillement dans les bras d’une enfant.

-         Attend, tu as dit que l’Ichôr était l’âme elle-même…

-         Non elle est l’essence de la divinité. Les dieux sont comme tous les être humains, ils ont la même âme… si on peut dire. Ce qui les différencie, c’est cette espèce d’essence divine, l’Ichôr qui coule dans leurs veines fait de leur corps, un corps immortel. Hadès a pu séparer son âme de son Ichôr car son âme trouvait refuge dans une extension des enfers où sa dislocation n’était pas de mise. L’Ichôr, lui est matériel, et donc « transportable ». C’est d’ailleurs ce que Saga, Shura, et Camus ont amené à Pandore ; l’âme d’Athéna, elle, avait déjà regagné son corps en enfer. Là bas, elle a de nouveau eu le contrôle de son corps recréé en enfer comme tous les mortels.

-         Ce que je ne comprends pas, c’est comment Athéna peut être une déesse puisque son Ichôr n’a pas accompagné son âme d’après ce que tu me dis.

-         Le corps qu’elle a « récupéré » en enfer est le sien. Et l’Ichôr ne l’avait pas totalement quitté ; pour faire une divinité il faut ces deux éléments : une goutte d’Ichôr, et l’âme. En enfer les corps ne sont pas vidés de leur sang, ils continuent à « vivre » d’une certaine manière. Mais ils se flétrissent au bout de quelques jours, mois ou années. Grâce à l’Ichôr, même en enfer les corps qui ont abrité les dieux sont inaltérables. C’est pour ça que leur âme trouve toujours refuge dans un de ces corps là avant de ressusciter. Ces corps sont protégés comme une sorte de « réserve » en cas de coup dur pour les dieux. Ces corps voient leur vie liée à l’enfer. Seuls les corps originels des dieux leur appartiennent, c’est leur « dernier bastion » mais aussi leur plus puissant. Et si ce corps disparaît, leur âme n’y survivrait pas.

-         Saori a donc encore son propre corps de divinité ?

-         Elle est née Athéna. Ce corps est le sien. Elle a elle-même choisi de grandir parmi les hommes à chacune de ses résurrections. Elle veut se battre de toutes ses forces pour protéger le monde ; pour ça elle a besoin de son propre corps. Mais Athéna n’est pas stupide. Elle sait ce qu’elle risque en faisant cela. Elle a une « assurance ». Son propre corps est né de la chair de Zeus. L’âme d’Athéna peut ainsi vivre cachée dans le corps de son père. Ce dernier donne directement naissance au bébé qu’est Athéna à chaque nouvelle guerre sainte. C’est d’ailleurs pour ça qu’Athéna peut se permettre d’affronter Hadès… jusqu’à un certain point car cette assurance ne sera plus lorsque Zeus se réveillera à nouveau.

-         Et alors si Hadès meurt…

-         L’enfer disparaît et les dieux peuvent mourir. Hadès est le dieu le plus puissant par un pouvoir qui correspond à une épée de Damoclès. « Si je meurs… vous mourrez également ». A moins que…

-         Que quoi ?

-         Qu’un autre dieu reprenne « l’œuvre d’Hadès » et empêche sa destruction. Mais c’est presque impossible si comme je le pense, tous les dieux vont livrer bataille.

-         Alors Athéna peut mourir.

-         Oui… Et je préfèrerai ne pas connaître cette éventualité.

 

Mù était sous le choc. Les révélations de Shaka l’avaient abasourdi. Il risqua néanmoins une dernière question.

 

-         Depuis quand ?

-         Je l’ai appris quand Hadès et Poséidon sont venus au sanctuaire. De l’aveu même de ces derniers. J’ai compris ce jour là que l’équilibre de la Terre allait être bouleversé à jamais… Et je ne sais pas comment faire. Car aujourd’hui je n’ai plus de certitude.

 

C’était donc ça… Mù comprit aussitôt toute l’attitude de Shaka de ces derniers mois. Malgré ce qu’il savait il avait appris et les conséquences que cela avait pu avoir sur lui, il était resté un compagnon d’entraînement assidu pour lui et Kanon. Est-ce que Kalido savait ? Oui … l’Erhitil semblait particulièrement attentif à Shaka pendant l’entraînement. Plutôt à ses réactions qu’à ses techniques d’ailleurs. Le chevalier du Bélier repensa alors à toutes les phrases que s’étaient échangé la vierge et Kalido.

 

*

 

« Tu comptes mettre toujours autant de conviction dans tes attaques ? Si tel est le cas tu mourras… » 

 

Shaka se relevait sans peine. Mais il savait qu’il ne devait cela qu’à la clémence de son adversaire. Kalido avait paré et riposté avec une dextérité impressionnante. « Je n’ai rien compris… Comment a-t-il pu me renvoyer la capitulation du démon sans l’ombre d’un mouvement… Il a raison … Je suis incapable de me concentrer. »

 

-         Ne t’en fais pas… Je ne te connais pas … je ne voudrais pas casser notre entraîneur.

-         Bien alors relève toi. Kanon à ton tour de me montrer ce que tu sais faire.

 

Echange insignifiant à ce moment là pour Mù qui avait bien noté que l’attaque de Shaka était de puissance nettement diminuée. Il avait pris pour de l’arrogance ce qui n’était que de l’inattention. Depuis ce jour là, le sixième gardien avait redoublé semble-t-il ses efforts pour être à la hauteur. Le moins que l’on puisse dire c’est que, motivé, le Virgo-Saint est efficace. Kanon et Mù peinaient à rattraper le niveau de motivation et d’endurance de Shaka.

 

*

 

Plus tard lors d’une veillée près du feu, peu après la visite d’un membre de la fondation les habitants du sanctuaire se pressent autour de leur déesse. Celle-ci est en larme. Quelqu’un est mort. Mais qui ? Kanon a le visage grave, le chevalier du bélier également. Ils sont debout, en armure derrière la jeune fille. De marbre … Pourtant leur expression ne trompe pas, ils partagent la peine de tout un microcosme. Car l’un des leurs est mort. C’est le corps de Geki qui est exposé sur un autel. Shaka non loin assiste en retrait à la scène aux cotés de Kalido.

 

-         Le temps joue contre nous …

-         Je ne crois pas chevalier. Chaque seconde qui passe est une possibilité de plus pour affronter notre destin.

-         La mort de Geki n’est pas naturelle. Tout le monde au sanctuaire le sait. Hyoga et Milo n’ont pas fait mystère de leurs inquiétudes. De plus Shiryu nous a fait parvenir une information inquiétante concernant un rêve d’Hadès. L’Ennemi semble plus prêt que vous ne le pensiez.

-         Ais confiance en toi et en ta foi.

-         Ma foi ? Que savez vous de notre foi envers Athéna ?

 

Shaka défiait le guerrier aux cheveux de jais. Ce dernier se contenta d’un soupir.

 

-         N’as-tu donc rien appris de moi ?

-         Pardon ?

-         Dans ce combat il ne s’agit pas d’Athéna… Il s’agit de nous tous, de la vie, de la mort absolue, du néant, du vide. Seule avoir la foi compte. Qu’elle soit envers Athéna ou un autre dieu, peu importe. Shaka, tu dois ouvrir ton cosmos et te rappeler que ce n’est pas des idées ou une conception du monde que tu vas défendre, c’est la vie, son essence même… Renier notre combat c’est renier ta propre existence. Si tu renonces à la foi, alors tu as déjà perdu… Nous n’avons aucune chance de vaincre l’ennemi. Il est bien trop puissant. Pourtant, nous le mettrons en pièce. Car c’est la seule façon de vivre. Comprends tu que notre combat va nous mener au-delà de toute limite ? Si nous perdons, le néant gagne. Réfléchis au néant… Tout, y compris le moindre souvenir de toi sera effacé. Tu n’auras même pas existé ; si tu envisages la victoire du néant, considère que je n’existe déjà plus et que je n’ai jamais existé. Considère qu’Athéna n’a jamais vécu que tu t’es trompé… Par contre si tu crois qu’Athéna est vivante et que c’est à elle que tu as juré fidélité… Ou même si tu renies ta foi envers elle parce que tu viens de comprendre qu’elle peut mourir tu devras te relever jusqu’à notre victoire car mourir ce n’est pas la négation de la vie, mais sa continuité. Le néant … C’est nier la vie elle-même.

-         Cela te suffit-il ?

 

La voix du chevalier de la vierge avait changé. Pour la première fois quelqu’un y décela un tremblement… Un sanglot ou de la peur ? Personne ne peut le dire. Mais ce fut la seule et unique fois car il entendit résonner une voix dans son oreille répondre à sa question :

 

-         Cela te suffira aussi.

 

Tous deux finirent par s’avancer en silence, et aux cotés de Mù et Kanon, ils portèrent le volumineux cadavre au cimetière des chevaliers où il avait gagné le droit de reposer parmi ses pairs.

 

Temple du grand pope quelques mois auparavant :

 

Athéna avait fini par accepter la venue de Shina et Marine. Depuis l’annonce d’Orphéo tout était devenu terriblement terrifiant. Mais les deux jeunes femmes faisaient montre d’un extraordinaire courage pour afficher un visage résolu et ferme. Chaque jour elles houspillaient quiconque se laissait aller à la morosité. Aujourd’hui elles avaient sollicité cet entretien en urgence… « Bah, soupira la déesse, nous verrons bien. Je leur dois bien ça. »

 

Lorsque les gardes tapèrent contre la lourde porte elle tressaillit puis reprenant de la contenance elle attendit qu’ils entrent.

 

-         Majesté, les chevaliers d’Ophiucus et de l’aigle sont là.

-         Laissez les entrer.

-         Bien.

 

Encore un instant. Marine arriva devant Shina. L’enfant ça serait pour très bientôt, mais elle se tenait aussi droite et fière qu’à l’habitude. Elle voulut s’agenouiller mais elle en fut empêchée.

 

-         Tu n’es pas obligée Marine. Que se passe-t-il donc ?

-         C’est assez délicat, déesse.

-         Je vous écoute.

-         Voilà… Hem… Shina et moi, nous demandions ce que vous aviez prévu comme entraînement.

-         Pardon ?

-         Oui… Je veux… enfin…

-         Ce que Marine tente de vous dire, c’est que nous avons pensé que compte tenu de la menace, vous deviez subir un entraînement de chevalier vous aussi. Et que nous nous proposions, si vous n’aviez pas déjà songé à la question de vous y aider.

 

Athéna se tut une minute. Elle s’attendait à beaucoup d’aplomb de ces deux là, mais à rien de tel. Elle sourit néanmoins.

 

-         Je ne suis hélas pas très sûre de pouvoir défendre correctement la Terre sans entraînement. Je dois vous avouer que votre démarche me surprend. Je ne suis pas sûre du résultat, mais si vous pensez qu’il faut que je m’y soumette je le ferai. J’y mets néanmoins une condition.

-         Merci majesté, nous savions que vous seriez à la hauteur de votre rang.

-         Quelle est cette condition ?

-         Je souhaite que ce soit Shina seule qui s’occupe de ma mise en condition. Marine tu devras enfin accepter de te reposer jusqu’à ce que ton enfant naisse.

-         Je vous assure que je peux…

-         Marine, je suis très patiente, mais il s’agit d’un ordre.

-         Bien.

 

Les deux chevaliers d’argent se retirèrent laissant la jeune femme à ses pensées.

 

« Oh Seiya… Que n’es tu près de moi… »

 

Un peu plus tard dans la nuit une ombre se levait dans le palais ; telle un fantôme la silhouette se fixa devant un miroir. Saori paraissait fragile face à l’immense glace qui la surplombait. Elle y posa sa main. Le contact froid du verre la fit frissonner. Elle le savait… Depuis longtemps elle s’y était résolu… mais ce soir, tout prêt du but elle ne savait plus si elle en avait la force.

 

-         Déesse Athéna qui vit en moi… Je t’implore…

 

Les battements de son cœur s’accélérèrent dans le silence. Tout à coup elle sentit son cosmos s’embraser à nouveau. Comme lorsqu’elle avait revêtu son armure. Cette force qui la dépasse.

 

-         Je suis Athéna…

-         Déesse…. Je vous en prie, prenez ma vie, venez enfin à la tête de ces chevaliers. Je les aime, et je ne puis les diriger.

-         Mais je ne suis pas différente de toi. Saori n’existe pas… Tu es moi… Tu es Athéna… Tu es née ainsi. C’est moi-même qui ai fait ce corps.

 

Derrière elle dans le miroir, elle l’aperçut enfin. Belle et charismatique. Le visage serein. On y lisait toute la compassion de la déesse de la sagesse. Oui, dans ses yeux il y avait l’amour. L’amour de la Terre et des hommes. Un instant Saori la dévisagea. Elle lui ressemblait tellement.

 

-         Je ne veux plus les perdre…

-         La réponse est au fond de toi jeune fille… Mon âme est la tienne. Seuls mes souvenirs sont endormis. Il ne tient qu’à toi de retrouver la mémoire, ma mémoire… Notre mémoire.

-         Comment ?

-         L’armure…

-         L’armure ? Mais que dois je faire ?

-         Les réponses sont en toi… Je suis sûr que tu les trouveras…

-         Attendez !!!

 

Mais le silence envahit à nouveau la pièce. Et surtout elle sentit son absence. « Mais ai-je vraiment une question pour trouver cette réponse… » Elle soupira puis referma les portes en sortant.

 

Les embruns faisaient danser le grand rideau blanc de sa chambre et écartaient délicatement ses cheveux mauves de son cou. La nuit semblait paisible et tout le sanctuaire dormait. Enfin presque… Quelque part près d’une baraque légèrement isolée, un homme veillait. Il l’avait sentie en détresse, et il avait fait le déplacement jusqu’au sanctuaire pour elle. Il regardait le ciel dans la même direction qu’elle… Ils scrutaient ensemble dans le firmament la constellation de Pégase. Leur cosmos se rejoignirent et se mêlèrent à nouveau, comme à chaque fois qu’il s’était relevé grâce à elle… pour la protéger. Une fois encore il sentit pénétrer en lui la douce chaleur de sa déesse. Une fois encore il venait à son secours, seul dans la nuit pour la soutenir, l’aider à affronter le poids de sa charge. Saori n’avait pas besoin de le voir pour se sentir protégée, elle savait qu’il était là. Tout en bas, près de la mer, elle savait qu’il ne dormait pas. Elle l’avait trop de fois guetté pour ne pas savoir le percevoir en fermant les yeux. Seiya était plus qu’un chevalier… Il était sa bonne étoile, son ange gardien. Rien ne pourrait jamais venir à bout de cet homme. « Jamais… » Lança-t-elle dans un murmure que la brise porta au loin. Dans une étrange communion à distance le chevalier Pégase baissa les yeux et acquiesça comme s’il avait entendu tout prêt de lui la voix d’Athéna. Ils plongèrent dans les bras de Morphée au même instant, laissant la fin de cette longue nuit leur apporter la sérénité dont ils avaient besoin. Mais le lendemain, Seiya avait déjà regagné son lieu d’entraînement.

 

Mont Olympe :

 

Dans la campagne grecque, la chaleur avait calmé les ardeurs de plus impétueux grimpeurs de collines. Les touristes, comme les locaux avaient renoncé à l’ascension du mont des dieux pour lui préférer quelques verres d’Ouzo. Pourtant sous le soleil de Midi, quatre ombres avançaient comme si de rien n’était. D’ailleurs, personne ne les regardait.

 

-         Ça a changé n’est ce pas Hadès ?

-         Oui… les chemins qui ont été tracés sont moins encombrés de ronces et d’épine.

-         Je suis étonné de n’avoir rencontré aucun humain. Est-ce que par hasard certains se souviendraient que cette montagne est sacrée ?

-         Ne te fais pas trop d’illusion je pense que c’est surtout la chaleur qui les a retenus.

 

Poséidon esquissa un sourire sadique puis ajouta avec cynisme :

 

-         Bah s’ils ont trop chaud, je vais les rafraîchir.

 

Aussitôt le ciel se couvrit de nuages sombres. Un immense orage se mit à tonner et des trombes d’eau tombèrent sur la colline sacrée. Hadès, Thanatos et Hypnos se turent et regardèrent l’ébranleur du sol démontrer sa puissance.

 

-         Zeus semble s’être amusé à nous cacher l’entrée de son royaume, je ne la retrouve pas.

-         Ça ne sera pas nécessaire.

-         Pardon ?

-         Je ne t’ai pas fait venir ici pour retrouver Zeus, mais pour que nous puissions combattre.

-         Hadès … Tu …

-         Ne te méprend pas. Je veux que nous nous entraînions voilà tout.

-         Quoi ?!

-         Je le savais, si je te l’avais dit, tu aurais refusé de venir. Maintenant tu vas bien être obligé de te battre.

-         Et pourquoi je te prie ?

-         Parce que dans ta précipitation à noyer les pentes de ce mont, tu n’as pas remarqué qu’Hypnos et Thanatos ont tissé une toile dimensionnelle qui nous isole. Si tu veux sortir, il faudra que tu les sépares. Si tu veux les séparer il faudra d’abord me combattre.

-         Tu m’as bien piégé. Très bien, je relève ton défi dieu de la mort. Tu apprendras que l’empereur des sept mers ne se défile pas.

-         Très heureux.

 

Sous les yeux attentifs des deux jumeaux, Poséidon et Hadès se mirent en garde ; leurs  cosmos s’élevèrent dans le ciel comme pour le déchirer. Des foudres noires et bleues se combattaient déjà alors qu’aucun des deux adversaires n’avait fait de mouvement. Puis ce fut le signal… Infime… Hadès se rua le premier pour décocher un immense coup de genou dans l’estomac de son frère qui recula sous la pression. Ce dernier ne se fit pas prier et la riposte fut immédiate avec un coup dans la mâchoire. Ils firent alors démonstration de tout ce qu’ils avaient appris au cours des siècles comme techniques de corps à corps. La danse de la mort et de l’Océan était aussi magnifique que terrifiante. Thanatos peinait  à contenir son envie d’intervenir pour son maître tant il semblait que les deux Olympiens se livraient des assauts acharnés, juste avant qu’il ne se stoppent mutuellement paume contre paume, les pieds rivés au sol. Tout était concentré dans la puissance de leur empoignade.

 

-         Te voilà rassuré j’espère.

-         Quoi tu es à ton maximum ? Heureusement que je t’ai bougé pour éviter que tu ne rouilles dans ton temple sous-marin.

-         On va bien voir qui de nous deux est rouillé.

 

Et la puissance de Poséidon se mit à grimper en flèche, tant et si bien qu’Hadès sentit ses mains le brûler et qu’il lâcha prise. D’un bond il se mit hors de portée prêt à contre-attaquer aussi.

 

-         Je vois… à nous deux !! BLACK STORM !!!

-         Toi d’abord !! PAR LES LAMES ABYSSALES !!

 

L’onde de choc terrible fit trembler toute la montagne et sans la barrière d’Hypnos et Thanatos, la zone aurait été rasée jusqu’à Athènes. Pourtant dans la foule qui s’était amassée sur la terrasse des cafés avoisinants, aucun n’avait perçu quoique ce soit dans le sol, seule la Montagne était nimbée d’un nuage sombre inquiétant tantôt ébène, tantôt parcouru d’éclairs bleus. Ce nuage se dissipa après qu’une lumière aveuglante ait illuminé la pente sud qu’ils scrutaient. Au cœur de ce nuage Poséidon avait posé un genou à terre et Hadès se tenait appuyé sur l’épaule de Thanatos arrivé juste à temps.

 

-         Je crois que nous en avons assez fait.

-         Oui… J’ai vu ce que je voulais voir. Thanatos est là, tu peux partir comme tu le souhaites.

-         Merci… Soigne toi bien. La prochaine fois c’est moi qui te mettrais à genoux.

-         Comptes-y.

 

Les deux dieux avaient retrouvé pendant un instant la fougue et la rage de leur jeunesse commune. Avant que l’érosion du temps ne fasse son œuvre et ne les rende acerbes. Hadès soutint le regard de son frère et le regarda quitter les lieux avant de sombrer dans l’inconscience. Plus loin Poséidon fut épaulé par Sorrente qui l’avait suivi de loin sur ordre de ce dernier mais n’avait pu franchir la barrière des jumeaux.

 

Temple du grand pope d’Athéna :

                                            

Orphéo était seul assis comme à son accoutumée en tailleur. Depuis qu’Ellianor avait quitté le sanctuaire avec les autres Erhitils il se sentait seul, malgré la présence de Kalido. Orphéo et lui n’avaient jamais été très proches. Ils savaient bien pourquoi. Pourtant Kalido s’était attaché à ce gamin et s’était souvent comporté en grand frère … Et parfois en père. Il n’empêche, le jeune héritier se sentait terriblement seul. Marine venait d’accoucher, et il ne leur restait guère de répit avant que les Assilites ne se montrent un peu plus que ce qu’ils avaient déjà fait. Et malgré ce temps qui passe vite, Orphéo ne voyait toujours pas venir en lui les progrès dont lui avait parlé Ellianor. Bien sûr il était plus fort que presque tous les autres Erhitils, mais il l’avait bien senti, cela n’avait rien à voir avec la puissance qui était la sienne quand Alandor a investit son corps. Depuis lors, il s’était mis d’arrache pieds à s’endurcir, gagner en endurance, en puissance et en vitesse. Mais il avait l’impression que laissé seul à l’entraînement il stagnait. Le seul endroit où il se sentait encore bien était cette immense salle vide de tout visiteur où il avait l’impression d’être en méditation permanente.

 

Alors qu’il tentait d’augmenter encore son cosmos, un bruit l’interrompit. Il ouvrit les yeux agacés et regarda. C’était un rideau qui avait bougé. Il avança vers ce dernier, puis le contourna. L’air frais s’engouffra dans ses poumons aussi agréablement que s’il reprenait enfin une inspiration après une longue apnée. Il se sentait bien… pourquoi ? Il n’en savait rien, mais il était bien. C’est alors qu’à nouveau il le sentit. Il sentit sa force monter en lui comme une sève vitale ; son cosmos s’embrasa … Jamais il n’avait ressenti autant de puissance en lui. Mais ça n’était pas sa puissance, il le savait. Ellianor lui avait tout expliqué. Cette phénoménale cosmo-énergie, c’était celle d’Alandor.

 

Tandis que l’énergie croissait, son regard se fit de plus en plus flou, les sons s’estompèrent, il sentit sa voix coincée dans sa gorge, ses muscles se paralyser alors que de sa peau partaient d’étranges sensations de ne rien sentir. Même l’odorat le fuyait. Ses cinq sens le quittaient alors que son cosmos flamboyait. S’il ne distinguait plus le sanctuaire, il avait l’intuition d’une puissante lumière blanche, et d’y distinguer une ombre. Ou plutôt un visage… Des traits semblables aux siens… Une chevelure bleue nuit, et un sourire.

 

-         Pas de doute… Alandor n’est ce pas ?

-         En effet fils.

-         Attend une minute. Fils ? … Et alors tu es …

-         Ton père… oui … enfin pas exactement. Disons que c’est un peu compliqué.

-         Mais Ellianor m’a dit que j’avais été choisi parce que j’étais l’héritier… Je croyais que j’étais spécial… Mais je ne suis que ton fils… Mon dieu… Si les autres le savaient.

-         Calme toi Orphéo. Je vais tout t’expliquer. Mais je n’ai pas énormément de temps. Tout d’abord aimerais tu voir Orphéa ?

-         Quoi ? La planète d’Ellianor ? Bien sûr !!

-         Alors ouvre grands tes yeux !

 

Alors qu’il n’avait toujours pas repris conscience, son corps s’effondra près de la balustrade. Une main providentielle le retînt avant sa chute. Orphéo continuait à errer dans son rêve. Kalido sourit… Pff Ce gamin est un vrai danger public pour nous tous… Et c’est notre seul espoir.

 

Il prit doucement le corps endormi du jeune homme dans ses bras puis le ramena vers sa chambre. Son visage est serein… Comme s’il savait que je serai là pour l’empêcher de tomber. Et ce cosmos… Quelle puissance, quel calme aussi… Je paierai cher pour savoir ce qui se passe dans ta tête petit. Bah… Après tout, ça n’a plus vraiment d’importance.

 

Il se contenta de sortir à pas de loup sans bruit laissant là son compagnon. Dans la journée qui suivit, personne ne put voir Orphéo. Il était en transe et rien ne pouvait l’atteindre. Son cosmos  changeait à chaque instant, tantôt sublimé, tantôt malmené. On aurait qu’une tempête agitait cette aura. Pourtant rien ne vînt troubler l’étrange sourire de l’héritier d’Alandor.

 

Temple de Poséidon :

 

Malgré les prédictions de Poséidon, le temple de ce dernier avait tenu le coup malgré l’absence de son corps originel comme scellé. Grâce au puissant cosmos de l’empereur des 7 mers, les colonnes du sanctuaire sous marin se dressèrent à nouveau dans la méditerranée. C’est là que Bulaï avait entraîné les chevaliers de bronzes du loup,  de la licorne, de l’hydre et du Lionnet, mais également le général de l’atlantique Sud. Le géant avait une certaine prédisposition pour enseigner c’est pour cela qu’on lui avait confié les hommes les moins expérimentés. Et bien que Sorrente fût très puissant, il possédait peu d’expérience de combat car il les avait toujours fuis.

 

-         Quel temple magnifique… Et la mer au dessus…

-         C’est beau en effet !

 

Jabu et Nachi n’en finissaient pas d’admirer l’œuvre du puissant Poséidon. Sorrente était silencieux, mais il continuait d’apprécier ce lieu à chaque seconde qui passait. Dès le début Bulaï décida d’un entraînement spécial pour les jauger tous. Bien qu’il eût une idée de la force des bronzes, il n’en avait aucune concernant le général des mers. D’ailleurs après un premier round d’attaques lamentables de ses quatre compagnons, ce dernier se décida à s’engager dans le combat alors qu’ils étaient tous à terre, se demandant encore comment l’Erhitil pouvait bien être aussi rapide avec sa masse.

 

-         Alors qu’attends-tu Sorrente. C’est à ton tour.

-         Je vous attends vous-même…

 

Le sourire en coin de la sirène ne masquait pas sa détermination. S’il n’avait pas non plus distingué la totalité des mouvements de Bulaï, il voulait néanmoins faire meilleure figure que les autres. C’est pourquoi il attendrait le premier assaut. Curieux de nature, le géant se résolut à attaquer le premier par une charge puissante. Son adversaire esquiva, et tenta une riposte par une balayette qui n’eût pour effet que de faire vibrer son corps. Reculant par mesure de sécurité, Sorrente avait la réponse à l’une de ses questions, le physique n’était pas le point faible de Bulaï. Il saisit alors sa flûte et la porta à ses lèvres.

 

-         Désormais, quoique tu fasses tu ne pourras plus arriver jusqu’à moi car la mélodie enchantée de la Sirène t’arrêtera ! DEAD END SYMPHONY !!

 

La musique envoûtante s’empara aussitôt des lieux. Bulaï ne sentit pas aussitôt les effets de la terrible attaque. Mais lorsqu’il voulut se lancer contre Sorrente, il s’aperçut qu’il était cloué au sol, que ses membres ne lui répondaient plus, et surtout que rien d’autre que cette puissante musique ne s’imposait dans son esprit. Il vacilla, mais ne chuta pas. Les chevaliers de bronze étaient médusés. Jamais ils n’auraient cru que les généraux puissent être assez puissants pour stopper un adversaire comme l’Erhitil. D’autant plus qu’ils avaient vu Shina et Marine totalement impuissantes face à lui.

 

-         Ta technique est vraiment au point général… Néanmoins, elle ne m’empêchera pas de te porter une attaque. Je tenais à te féliciter, je n’aurais pas cru être obligé de révéler l’un de mes meilleurs arcanes dès le début de l’entraînement. Je pense que tu es assez fort pour y survivre. Prépare toi général, voici le visage de l’Erhitil du volcan.

 

Surprenant tout le monde, son cosmos embrasa les lieux avec tant force que l’humidité ambiante se changea en brouillard épais. Seule la lueur orangée de son cosmos perçait… Sorrente avait pris soin de continuer à jouer, sûr de lui. Soudain toute la brume disparut dissipée par les éclairs de l’aura de Bulaï. Derrière lui était apparu une montagne gigantesque et sombre… Une illusion pensa Sorrente. Mais il comprit très vite que ce qu’il voyait était en fait les prémices de l’arcane annoncé.

 

-         ERUPTION !!!

 

Levant les bras au ciel, l’Erhitil du volcan dégagea toute la puissance d’une éruption volcanique sur Sorrente. Ce dernier fut pris de cours ne pensant pas qu’un adversaire puisse lancer une telle attaque sous le coup de sa symphonie mortelle. Il eût à peine le temps d’élever une dérisoire barrière d’énergie avec sa flûte qu’il reçut l’attaque de plein fouet. Projeté au loin il ne se releva pas. Il avait perdu.

 

*

 

Les mois passèrent ainsi entre le sanctuaire sous-marin, et la surface dans un entraînement intensif pour tous. Contre toute attente, une réelle amitié était née entre les bronze-saints, Bulaï et Sorrente. Mais plus particulièrement entre le chevalier de l’hydre et la Sirène. Ces deux là que tout oppose, avaient trouvé en eux assez d’humanité pour franchir les plus hautes barrières qui s’étaient dressées entre eux. Icchi était d’un naturel joueur et plutôt moqueur, et il avait passé son temps les premiers jours à tenter de faire sortir le général de ses gonds. Mais rien n’y faisait, Sorrente restait imperturbable à toutes les provocations. Provocations qui devinrent rapidement des pitreries dans lesquels tous découvrirent chez l’hydre un certain talent. Sorrente finit par craquer un jour et se mit à rire de bon cœur avec les autres. Bulaï légèrement en retrait laissait ses « élèves » se détendre. Malheureusement la nouvelle de la mort de Geki vint entacher leur bonne humeur à tous. Ce fut pourtant Sorrente qui trouva les mots justes.

 

-         Mes amis, je ne puis vous aider à surmonter la peine qui vous accable, néanmoins je tiens à vous dire que je serai à vos cotés dans l’épreuve. Pensons au chevalier de l’ours qui a perdu la vie par la faute de l’ennemi que nous avons en commun et laissez votre peine devenir l’énergie qui nous permettra de lui faire regretter de s’être attaqué à l’un d’entre nous. Sachons lui montrer qu’il ne nous abattra pas ainsi… Au contraire il nous renforce.

-         Sorrente a raison. Jabu je sais que tu étais proche de Geki, tout comme toi Nachi. Et même si Ban et moi, nous le connaissions moins nous avons aimé ce compagnon. Il nous manque. Je sais qu’en quelques mois, c’est le second à mourir soudainement. Mais laisser la peine nous submerger c’est capituler… Et ça moi je le refuse.

-         Bien parlé Icchi ! Je ne suis pas des vôtres depuis longtemps, pourtant je peux vous affirmer qu’il vous faudra vous battre car désormais, il ne s’agit plus de vous seuls, mais de l’honneur de Geki et June qui ne pourront pas livrer l’ultime bataille à nos cotés. Pour eux nous devons vaincre.

 

Sorrente, Bulaï et Icchi semblaient vraiment transportés… Totalement focalisés sur leur combat.

 

-         Vous nous demandez de continuer … Mais à quoi bon… Nous ne serons jamais aussi forts que Seiya, nous allons nous faire massacrer … Nous sommes des poids inutiles pour Athéna.

 

Nachi s’avança vers Jabu et lui décocha une paire de gifles comme rarement la Licorne en avait subi.

 

-         Arrête tes complexes Jabu… Nous sommes chevaliers d’Athéna autant que les chevaliers d’or eux-mêmes, et si nous portons nos armures pour la protéger, nous ne sommes pas inférieurs à Seiya, Ikki, Shun, Hyoga ou Shiryu. Je suis le chevalier du loup et je n’ai pas l’intention de me laisser hanter par les exploits passés de mes compagnons. Je compte bien prouver ma valeur. Si toi tu n’en es pas capable, alors moins qu’un chevalier, tu n’es même pas un homme !

 

Tous regardèrent stupéfaits la scène. Jabu avaient un regard vide. Il était comme inhabité. Il se contenta de se retourner vers son armure puis de partir dans la direction opposée en murmurant : « Je ne peux pas »

 

Ban voulut l’empêcher de partir mais il fut retenu par la main de Sorrente. Il fallait que la Licorne soit seule pour affronter sa peur. Ils ne revirent plus Jabu… Quand ils finirent l’entraînement pour remonter à la surface et rejoindre le reste des troupes au sanctuaire, pas une once de son cosmos n’était perceptible. Il semblait avoir disparu. Nachi ne pouvait pas s’empêcher d’éprouver des remords. Mais il continua à s’entraîner pour se battre espérant secrètement que son compagnon finirait par réapparaître comme un sauveur, encore plus fort qu’avant.

 

Désert du Sahara :

 

Le soleil venait de se coucher et la vie du désert commençait à s’éveiller. Un serpent, un scorpion, quelques Bédouins et leurs chameaux. Rien ne manque au tableau. En dessous d’une dune, à l’abri du vent et des regards quatre hommes sont assis autour d’un feu de camp. Les lumières dansent sur leurs visages graves, et le silence qui s’est installé entre eux semble peser plus lourd encore qu’une chape de plomb sur leurs épaules. Tous ont une bonne raison de ne pas parler. Le télégramme porté le matin même avait été très clair : « Geki mort – Stop – Cause inconnue – stop – Vous tiendrai au courant – Stop – Continuez entraînement – Stop – Saori. »

 

Ce bout de papier froid les avait littéralement asséchés dans leurs conversations et ce soir là, ils vécurent comme des robots ; Atlas n’était pas homme à se laisser aller mais il comprenait que ses compagnons avaient vraiment besoin de repos. Et Seiya qui s’était déjà absenté une fois pour le sanctuaire ne partit même pas cette fois-ci. Il devait faire ce qu’elle lui ordonnait. Quelques jours auparavant Ikki lui avait confié qu’il avait senti un évènement étrange en Sibérie … Ils n’y avaient pas prêté attention… Aujourd’hui leur pressentiment leur sautait au visage. Ils n’eurent besoin que d’un regard pour arrêter là l’entraînement et rentrer se reposer. Atlas et Aiolia qui arrivèrent peu après se turent quand Seiya leur tendit le télégramme.

 

Lorsque l’aurore réapparut au loin, Pégase était déjà debout et s’entraînait sur les dunes. Aiolia et Ikki se joignirent à lui sans mot dire et Atlas respecta leur silence qui dura jusqu’au matin. Moment où Ikki l’interrompit.

 

-         Quelqu’un veut m’accompagner, je vais faire un tour en ville…

 

Seiya le regarda médusé. Ikki cherchant de la compagnie… Cette histoire l’avait semble-t-il davantage touché qu’il n’y paraissait. Un sourire prit même naissance sur son visage lorsqu’il accepta d’un hochement de tête de suivre son frère d’arme. La ville était à environ 4h de Jeep et ils n’y étaient allés qu’une seule fois pour un ravitaillement d’eau car la livraison de la fondation avait tardé cette semaine là.  

 

*

 

Les villes d’Afrique ont ceci d’à part qu’elles semblent avoir une âme propre. La croissance des mégapoles du continent est complètement anarchique, les buildings présidentiels flambant neuf côtoient dans une très belle indifférence la pauvreté la plus extrême. En dehors de ce contraste purement urbain, ce qui frappe aussi, ce sont les habitants. Semblable à la houle d’un océan rageur, la foule est imprévisible, tantôt accueillante et joyeuse, tantôt comme une marrée destructrice. Les parties de football improvisées par des gamins armés de kalachnikovs, les rythmes endiablés de quelques percussionnistes assoiffé de musique, les sourires des habitants des quartiers pauvres. Tout se mêle. Ikki était tombé amoureux de ce pays, de ce continent. Tout semblait tellement simple et beau… Les gens étaient si différents de ceux qu’il croisait au Japon.

 

Au détour d’une des grandes artères, Seiya lui fit signe d’un hochement de tête. Un convoi officiel traversait à tambour battant la ville, toutes sirènes dehors, les berlines noires clinquantes comme une insulte à ce pays où la plupart des gens ne possédaient que leurs mains. Le temps s’arrêta une seconde. Ikki serrait son poing. Quelques gouttes de sang perlèrent du creux de sa main. C’est alors qu’ils le virent, rond traversant la route : un ballon. Et juste derrière deux mômes lui courant après.

 

Le choc fut terrible. Le sang éclaboussa la peinture noire de la berline dont les roues crissaient encore. Des hurlements terrifiants des femmes qui passaient là. Ikki avait bien stoppé l’auto mais il l’avait fait tellement fort que les occupants de la voiture s’en étaient trouvés éjectés et que leur sang maculait désormais le trottoir.

 

Des dizaines de passantes hurlaient, apeurés par la vision. Les enfants dévisageaient le phénix. Un regard empli de terreur devant la force herculéenne d’Ikki ; ce dernier mit un moment à réagir et quand il ouvrit la bouche pour leur demander si tout allait bien, les petits étaient déjà partis en courant affolés.

 

-         Pourquoi ont-ils eu peur ? Je les ai sauvés.

-         Bah … Tu sais qu’au fond tu as toujours été effrayant. Mais bon… Je crois que nous allons avoir des ennuis.

 

Seiya désignait les motards armés qui braquaient leurs armes sur eux, ainsi que les voitures de police dont les sirènes criaient au loin annonçant les renforts. Ikki haussa les épaules et se mit en garde, poings en avant, mais Seiya baissa sa main et tenta une approche pacifiste.

 

« Pardonnez nous… Nous ne sommes pas dangereux. Nous japonnais ? Vous comprendre ? »

 

La seule réponse qui lui vint fut celle d’un 357 dont la balle filait droit vers son front avant qu’elle ne soit broyée sèchement par la main d’Ikki.

 

-         Inutile de discuter Seiya. Ils veulent la bagarre. Donnons la leur et partons.

-         Ikki NON !!

 

Mais l’avertissement du jeune pégase ne fut pas écouté ni d’un cotés ni de l’autre. La fusillade éclata mais aucune balle ne leur parvint car l’envol du Phénix les stoppa net en même temps qu’il mettait en pièce les autos et que les corps de leurs opposants voltigeaient devant eux pour se fracasser contre le macadam. Les deux amis quittèrent en hâte les faubourgs de la capitale. Sur la route, au volant de la Jeep, Seiya serrait les mâchoires.

 

-         Tu te rends compte de ce que tu as fait…

-         Ne me parle pas comme ça ou tu pourrais le regretter, ces espèces d’enfoirés ont eu ce qu’ils méritaient. Ils auraient tué ces enfants sous nos yeux et t’aurais voulu que je reste de marbre… Très peu pour moi.

-         Tu sais bien que je ne te reproche pas d’avoir sauvé les petits. Je parle de la fusillade.

-         Et tu voulais faire comment ? Ils nous avaient mis en joue, ils ont tiré au premier mot que tu as prononcé. Ils nous avaient condamnés.

-         Combien d’entre eux étaient pères ? Combien était simplement au service de ce qu’ils croient être juste ? Y as-tu pensé seulement ?

-         Non… Mais si ça peut te rassurer, tu aurais dû t’apercevoir que je n’en ai tué aucun.

-         Sur le coup ! Ikki, tu sais aussi bien que moi que même si quand on est parti ils vivaient tous, la moitié ne survivra pas. Et ce n’était pas à toi d’en décider.

-         C’est bon arrête toi là… Je veux descendre.

-         Ikki je …

-         ARRÊTE TOI J’AI DIT !

 

Seiya bondit sur la pédale de frein et la voiture fit plusieurs glissades avant de se stabiliser.

 

-         Je rentre à pieds j’ai besoin d’être seul.

-         Allons, remonte et ne fait pas l’imbécile. Le désert est dangereux.

-         Je préfère encore l’affronter lui que la conduite approximative d’un ado attardé qui n’a pas l’âge du permis.

 

Au lieu de se vexer, Seiya se mit à rire. La bougonnerie du Phénix était de bon augure pour les jours suivants. « Après tout, se dit-il, si Ikki a sauvé ces enfants c’est un moindre mal. Et puis qui sait combien de temps ils pourront encore vivre. »

 

Un instant son regard devint flou et son esprit s’immergea dans le brouillard de ses souvenirs. Il repensa à la discussion de Poséidon, Hadès, Athéna et Orphéo. Aux avertissements qu’ils avaient reçus. Il repensa à Shaka. Lui aussi devait éprouver des doutes, lui aussi devait sans doute en avoir lourd sur le cœur de ces secrets. Mais Athéna avait été très claire

 

«  Si vous parlez de cela avant que tout soit fini, je vous renierai. »

 

Elle avait eu un visage si grave ce jour là. Comme si la déesse avait réellement pris le pas sur la jeune fille. Ce fut fugace mais il s’était senti écrasé par le regard pers de la déesse.

 

*

 

Finalement, Ikki avait eu raison une fois de plus. Seiya, perdu dans ses songes avait  foncé dans une dune et l’engin patinait en refusant d’avancer. La lune était déjà haute dans le ciel, et un semblant de fraîcheur semblait arriver. Il s’installa près du véhicule pour le dégager mais il n’en avait guère envie. Ce contre temps allait lui permettre à lui aussi de s’isoler un instant et de songer au calme du désert. Alors qu’il s’apprêtait à passer la nuit là il fut réveillé par une sensation très désagréable qui s’expliqua très vite quand il ouvrit les yeux : Ikki lui versait du sable sur le visage.

 

-         Debout là dedans !

-         Mince… Ikki c’est vraiment nul … Ah j’en ai partout ça pique imbécile.

-         Imbécile ? Dis donc t’as l’air de quoi « Môsieur je sais conduire une auto » avec ta sieste alors que ta jeep est enfoncé dans le sable et que la nuit est tombée ? Tu crois pas que t’aurais pu faire un effort. C’était pas si compliqué pourtant.

 

Seiya leva un œil et vit qu’Ikki avait dégagé l’auto.

 

-         Je pouvais très bien le faire !

-         Mais bien sûr … C’est évident. Allez grimpe on rentre pas la peine d’inquiéter davantage les autres.

 

Sur le chemin restant ils se turent comme s’ils avaient ressentis l’un et l’autre le besoin de boire le silence du désert à peine perturbé par le grondement du moteur. Mais à leur arrivée, ils furent quelque peu surpris. Atlas et Aiolia étaient rivés sur une petite télévision satellitaire d’appoint qu’ils n’avaient alors jamais utilisés, tous quatre méprisant assez profondément ce qu’il s’y racontait. Et leur étonnement grandit encore en découvrant leurs visages en gros plan avec les commentaires exaltés d’un commentateur fou ou terrorisé dont la voix couvrait les cris des femmes du matin même.

 

-         Mais qu’est ce que vous avez fait encore ?

 

Aiolia dévisageait les bronzes avec colère, comme un lion prêt à bondir.

 

-         Laisse tomber minou… Dis moi plutôt ce qu’ils disent.

-         Eh bien ils disent que vous avez perpétré un attentat contre le ministre de la santé du pays, que lui et son chauffeur sont morts et qu’après vous avez pris la fuite dans une fusillade après avoir blessé plus de trente policiers. Qu’as-tu à nous expliquer Ikki ?

 

La voix du géant était douce, néanmoins il était clair qu’Atlas ne plaisantait pas vraiment. Mais c’est Seiya qui pallia à la fierté de son frère pour répondre.

 

-         C’était un accident. Deux enfants… Ils jouaient et la voiture arrivait trop vite. Ikki a bondi pour stopper l’auto mais deux morts… Et puis après tout s’est enchaîné. On a dû sortir de là et on a dégagé le terrain. On a essayé de fuir en tuant personne.

-         Passons, mais vos visages sont célèbres dans le monde entier, c’est Athéna elle-même qui nous a contacté pour faire le point sur cette affaire. Vous lui raconterez tout demain.

-         Pourquoi pas ce soir ? Après tout il n’est pas si tard au Japon. Il est 11h je crois ?

-         Oui mais elle est en Grèce et là il est vraiment très tôt.

 

Seiya souffla et se retira dans la tente. Ikki n’était déjà plus là et s’était retiré à quelques centaines de mètres. Aiolia et Atlas s’entreregardèrent d’un air entendu et partirent également se coucher. Le lendemain la conversation avec Athéna fut brève. Mais l’identité d’Ikki et Seiya était déjà révélée car les fans du tournoi intergalactiques avaient déjà reconnu ceux qu’ils avaient adulés quelques mois auparavant. Au rappel du tournoi ils jetèrent les yeux au ciel… Tous deux avaient vraiment l’impression qu’il s’était déroulé dans une autre vie. Mais grâce à d’habiles conférences de presses et certaines largesses avec le gouvernement du pays, la fondation était parvenue à étouffer l’affaire. Et puis de toute façon une bien plus grande nouvelle allait bientôt occuper le monde entier. 

             

 

*

 

Un frisson parcourut son corps. Une sensation étrange d’un brouillard se dissipant à grande vitesse mais sans que rien ne soit visible avant que tout ne soit dégagé. Sa peau était tendue, avait-il chaud ? Avait-il froid ? Il n’aurait su le dire. Tout paraissait si lent en lui à cet instant. La contraction des muscles de son dos, de ses membres. Mais il se redresse. Aucun doute il est sur le sol. Il tente d’embrasser la zone du regard mais n’y parvient pas, trop de lumière encore. Il se penche alors sur l’endroit où il s’est éveillé, mais il découvre qu’il n’en est rien. Son corps est toujours étendu au sol, endormi paisiblement. Alors instinctivement il s’assoit près de lui-même et tente de se réveiller.

 

Tout à coup ça y est, il la sent : la vie coule en lui. Sa respiration, son pouls, ses muscles, les sensations, les odeurs, les bruits et surtout il ouvre les yeux. Un rêve étrange. Bien évidement il est seul et personne, pas même lui n’est assis auprès de son corps. Reprenant peu à peu ses pensées il se souviens… « Où suis-je ? J’étais dans le temple du grand pope… Et puis ce cosmos si puissant… Puis plus rien… Quel est cet endroit ? »

 

Orphéo était totalement abasourdi par les paysages qui fleurissaient devant lui. Il était au sommet d’une butte rocheuse recouverte par une vaste prairie et devant lui s’étendait une immense vallée ceinte de très hautes montagnes dont les sommets dépassaient les premiers nuages. Au milieu coulaient les deux bras d’un fleuve qui se jetaient au loin dans une chute commune sur la mer. Ces deux cours d’eau délimitaient une avancée de terre entre eux dont la pointe avançaient quasiment jusqu’aux chutes. Sur cette île Orphéo crut apercevoir une ville… ou en tout cas des construction. Il regarda devant lui et vit qu’un chemin escarpé descendait dans la vallée.

 

-         Après tout… Il faudra bien que je sache où je suis.

 

Et alors qu’il allait poser le pas sur le chemin une voix douce intervînt.

 

-         Ceci est la vallée sacrée de Gladel.

-         Qui as dit ça ?

 

Et alors qu’il s’était retourné Orphéo vit venir à lui une sorte de fantôme à l’apparence humaine ; l’homme lui ressemblait étrangement. Il était grand et majestueux, portait une aube blanche et une parure dorée. Son visage ferme et acérée ne dégageait pourtant aucune agressivité, au contraire il semblait empli de tendresse et de compassion. A mesure que l’image s’approchait elle devenait de plus en plus nette jusqu’à ce qu’Orphéo put distinguer nettement son corps et se rendre compte que l’éblouissement était venu du cosmos surpuissant qu’il avait déjà ressenti plusieurs fois.

 

-         Je suis Alandor.

-         Mon père ?

-         Oui … Comme te l’as enseigné Ellianor tu es l’héritier de ma dynastie…

-         J’ignorais pourtant que nous avions un lien de parenté.

-         Il est si lointain… Mais nous en parlerons plus tard. Le temps presse et il faut que tu accélères ta formation.

-         Pardon ?

-         Oui… Ton cosmos est puissant mais tu es instable et si j’ai pu investir ton corps par deux fois c’est que tu n’es pas encore prêt et que j’utilise une partie de mes pouvoirs à travers toi. Malheureusement ça ne sera pas suffisant. Pour affronter l’Ennemi il faudra que tu aies un cosmos égal au mien. Je vais t’y aider.

-         Quoi ? Mais Ellianor m’avait dit que vous étiez le sauveur, le messie, et je ne sais quoi d’autre. Vous vivez en moi qu’il m’a dit… Alors pourquoi me battrais-je à votre place ? Je ne suis pas capable d’obtenir le même cosmos que vous.

-         Si tu l’es. Tu es mon fils … Le même sang que le mien coule dans tes veines. C’est à toi de relever les défis de ton temps. Je ne suis là que pour t’aider à suivre le bon chemin. Tu as en toi la capacité de me surpasser. Je vais t’aider à y croire.

-         Mais je ne suis pas à la hauteur… Je ne suis pas un meneur. Et puis je ne suis pas aussi puissant que cela, Kalido est bien plus fort que moi. Et même Ellianor… Il a toujours été plus fort, et s’il n’était pas aussi âgé il serait encore plus fort que moi. Non vraiment je crois que vous vous trompez de personne.

-         Hélas je te comprends, fils, mais ni Kalido ni Ellianor n’ont ce que tu possèdes.

-         Quoi donc ?

-         Ton sang. Tu es né de mon propre sang, de la Source d’Emeraude, et du Cœur de l’Univers. C’est Orphéa elle-même qui t’a engendré et envoyé sur Gaïa.

-         Orphéa ?

-         Oui la planète ou nous nous trouvons … La planète des Erhitils. Ta planète natale.

-         Mais comment ?

-         Orphéa est très spéciale… Elle a une âme… Et deux immenses trésors capables de produire la vie au sein de tout l’univers.

-         La Source d’Emeraude et le Cœur de l’Univers.

-         Exact. Grâce à eux tu as pu naître pour affronter le mal.

-         Mais comment suis-je arrivé sur Terre ?

-         Gaïa et Orphéa ne sont pas si lointaine si l’on en connaît le chemin. Mon cosmos a survécu ici car une grande partie de moi-même est liée au pouls de cette planète. J’ai même obtenu un nouveau corps. Malheureusement mon sang ne coule pas à l’intérieur. C’est juste mon cosmos qui est palpable. Orphéa le sait… Elle a besoin d’un nouvel être pour la protéger. Quand je suis mort elle a bu mon sang. Et l’a conservé. Elle t’a créé à partir de mon sang. Puis elle t’as déposé ici même et m’as demandé d’utiliser ma force pour te la transmettre. J’ai obéi sans l’ombre d’une hésitation. Et je t’ai moi-même expédié bébé sur Gaïa. Là où j’étais certain qu’Ellianor te trouverait.

-         Mais alors je suis vous ? Si j’ai le même sang … Je ne suis qu’une copie de vous ?

-         Non mon fils… Tu n’es pas moi… Tu es Orphéo, mon héritier… Celui qui prolongera ma lame jusqu’à la gorge de l’Ennemi. Ce que tu vois en bas, c’est la cité de Cnos.

-         Celle dont parlait Ellianor ?

-         Oui c’est bien elle. Viens avec moi je vais te montrer quelque chose.

 

Orphéo suivit Alandor sur les pentes de la montagne et suivit le chemin qui menait jusqu’à la cité. Arrivé aux pieds des remparts, Orphéo en apprécia mieux l’immensité. Les murs faisaient plusieurs dizaines de mètres de hauteurs et d’épaisseur. Les lourdes portes en bronzes qui en barraient l’accès s’ouvrirent simplement sous une impulsion de cosmos d’Alandor. Ce dernier fit pénétrer son fils dans la cité qui était en fait un immense jardin avec d’immenses palais et temples blancs. Les allées fleuries guidaient les visiteurs vers le même endroit, le cœur de la ville, une immense esplanade elliptique au centre de laquelle culminait à plusieurs centaines de mètre de hauteur une colonne effilée.

 

-         C’est la tour de Cnos. C’est là qu’était gardé le Cœur de l’Univers avant la grande guerre contre l’Ennemi. Comme tu peux le voir il n’y a pas d’entrée. Seul les Erhitils pouvaient en approcher. Le pouvoir de défense de cette tour est immense. Et si elle tient aujourd’hui encore debout c’est qu’aucun ennemi n’a pu en approcher. Frappé des rayons du soleil, elle pouvait étendre un bouclier impénétrable jusqu’au devant des remparts. Frappé des rayons de la lune le bouclier allait des remparts lorsque la lune était pleine à l’esplanade quand elle était au dernier quartier. Lors des nouvelles lunes, ce bouclier ne dépassait pas la tour.

-         Pourquoi avoir déplacé le Cœur de l’Univers si cette tour était si puissante ?

-         Mais parce que notre ennemi est un Erhitil.

 

Le ton sentencieux de la phrase cachait mal la douleur d’Alandor. Et une larme coula le long de sa joue avant de mourir sans même toucher le sol.

 

Ils continuèrent leur chemin sur l’esplanade jusqu’à un chemin pavé de roche bleu qui serpentait autour d’une colline sur laquelle était juchée un immense temple majestueux et austère.

 

« C’est là que tous les Erhitils se sont rassemblés à la veille de la grande bataille. »

 

Orphéo se laissa pénétrer par l’atmosphère lourde de sens de ce qu’on venait de lui dire. Depuis le début il semblait que cette ville morte ne l’était pas et qu’à chaque instant des habitants, des Erhitils allait surgir. Mais cette sensation était décuplée à l’infini dans ce temple. Il entendait presque les conversations qui s’étaient tenues autour des piliers, les rires, les paroles, les pleurs aussi. En un instant son corps fut parcouru de frissons et ses yeux et ses oreilles furent assaillis par des sensations du passé, comme s’il revivait les scènes d’il y a 3000 ans.

 

-         Es tu prêt à recevoir mon enseignement fils ?

-         Oui… Si cela est mon destin je l’embrasserais du mieux qu’il me sera possible.

-         Alors montre moi donc ce que tu sais faire.

 

.

 

Paris, place de Notre Dame :

 

Le soleil luisait haut au dessus de la flèche de la cathédrale. Il faisait très chaud et une nuée de touristes prenait d’assaut le parvis, tentant en vain de faire céder le monument sous le nombre. Mais les trois grandes portes absorbaient un flux continu comme si l’édifice se riait du monde qui s’y presse. Les pigeons picoraient les quelques miettes que leur donnait un enfant. Il régnait sur la ville une belle quiétude dans le brouhaha rassurant de la foule.

 

Pourtant au sein de cette insouciance, quelques signes dénotent peu à peu. Les oiseaux s’envolent délaissant les miettes, un nuage passe dans le ciel, des vibrations imperceptibles pour l’homme parcourent les tours de Notre Dame. Un vent étrange s’agite entre les cloches. Même le gros bourdon vibre légèrement. Malheureusement ou heureusement personne dans la foule, ne remarque cet avertissement, couvert par l’écho des pas et des chuchotements.

 

Seuls, à l’écart, deux silhouettes en tenue sombre semblent avoir noté l’avertissement. Un sourire apparaît sur les lèvres du plus grand. Personne ne leur prête attention, pourtant, en cette belle matinée d’été, leurs longs manteaux noirs hors d’âge, le décharnement de leurs mains grises et livides, l’odeur de mort qu’ils répandent, leur teint blafard, mais surtout leur regard noir comme le néant auraient pu alerter les passants. Mais ils ont la discrétion des vrais signes du destin. Ceux dont on se souvient après une lourde erreur.

 

Le plus petit fait un pas en retrait, et retient son compagnon.

 

-         N’avance pas plus loin… Le périmètre est là.

-         Bah, avec tous ces gens, on ne risque rien à avancer encore un peu.

-         Souviens toi de ce qu’a dit le maître : pas de surprise, « regardez simplement si le périmètre est en place ». Or, il l’est… pas besoin d’en savoir plus.

-         Très bien. Mais je ne comprends pas pourquoi.

-         Nos forces sont en train d’éclore à grande vitesse… inutile de se presser et de risquer la rencontre avec un chevalier d’Athéna ou un Erhitil.

-         Bah pas la peine de s’en faire.

-         Pourtant notre espion nous a affirmé qu’ils seraient prêts très bientôt.

-         Peut-on le croire ? Il reste un humain…

-         Pas pour longtemps… Le maître va s’en charger.

-         De toutes façon nos forces seront bientôt à même de terrasser ces misérables. Ce n’est qu’une question de semaines… peut être même de jours.

 

Les deux complices échangèrent un regard machiavélique avant de s’éclipser hors de vue de la cathédrale et de disparaître dans une des ruelles des vieux quartiers. Le nuage avait quitté le ciel, les pigeons étaient revenus et plus aucune vibration n’était perceptible.

 

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Cette fiction est copyright Achille.

Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.