Chapitre 6: Le rassemblement
Sanctuaire, salle du trône :
Athéna faisait des allers-retours compulsifs devant le trône, Hadès et Poséidon venaient de quitter la salle mais leur cosmos et leurs paroles ne s’effaçaient pas de sa mémoire. Ainsi en avaient-ils décidés tous trois. Elle avait beau avoir compris leur requête, elle n’arrêtait pas de se demander ce qui découlerait de leur volonté. Et s’il était un ennemi ? S’il refusait de prendre les armes ? Et puis quand bien même, serait-ce suffisant ? Pourtant elle y pensait encore et encore, retournant le problème dans tous les sens possibles, la même réponse tombait toujours sous le sens, il fallait qu’elle le fasse. Un moment elle avait oublié cette possibilité, mais tour à tour, Hadès, Poséidon puis Ellianor lui firent comprendre que cela était possible.
*
- Mais enfin pourquoi ? On ne peut pas faire autrement ?
- Sois sérieuse Athéna… ça me gène au moins autant que toi. Si Poséidon et moi avons pris notre décision, tu peux nous faire confiance. L’alliance que nous sommes obligés de former m’énerve profondément, mais je ne suis pas stupide au point de sacrifier ma vie sur l’autel de l’orgueil.
- Athéna, Hadès a raison. Ils seront d’une aide précieuse, sans parler de Lui.
Saori reprit une certaine contenance après la remarque d’Ellianor. Mais elle savait que leur entêtement était vain. Qu’ils n’y arriveraient pas.
- Très bien admettons. Vous comptez vous y prendre comment ?
- C’est là que le bas blesse. On est allé tous les deux sur l’Olympe et pas moyen de retrouver l’entrée du royaume. Et je pensais que tu saurais nous en dire plus.
- Je ne connais pas le moyen de nous y emmener… ma mémoire est encore obscure par endroits. Je suis désolée.
- Désolée ? Est-ce que tu te rends bien compte, gamine insouciante que nous n’en avons rien à faire que tu sois désolée ? Nous cherchons un moyen d’aller sur l’Olympe. Tu étais la seule à pouvoir nous dire et…
- Pas exactement …
Poséidon foudroya du regard le vieil homme qui l’interrompait. Mais Hadès paraissait intéressé et enchaîna :
- Parle vieil homme. Que veux tu dire ?
- Il se peut que je me trompe, mais je suis presque sûr de connaître l’endroit où se situe l’accès à la cité des dieux. J’ai été longtemps berger dans cette zone, et je connais chaque chemin par cœur. Je sais celui qui vous mènera vers les portes de la ville céleste.
- Toi ? Mais c’est impossible ! Comment peux tu … ? » fit Poséidon.
- Je ne suis pas exactement sûr, mais j’ai déjà vu Zeus venir de cet endroit là. Et quelque chose me dit que nous devrions commencer par là… Jusqu’à ce qu’Athéna recouvre la mémoire.
- Très bien … Nous n’avons pas mieux pour le moment. Athéna es-tu avec nous ?
- Qu’importe Hadès, nous n’avons pas besoin de son accord !!
- Faux… Si vous suivez la loi des dieux, vous lui devez obéissance pendant 250 ans environ.
Encore une fois Poséidon fulmina devant l’interjection d’Ellianor. Il allait ouvrir la bouche quand il entendit une voix résignée à cotés de lui.
- Très bien j’accepte… Après tout si nous voulons affronter notre Ennemi il faudra bien être aidé. Allons éveiller Zeus !
*
L’instant avait paru une éternité à Saori mais elle vit enfin Kanon entrer pour la chercher. Tous deux iraient avec Ellianor, Poséidon, Hadès, Orphéo, Shaka et Mù sur le mont grec pour enfin voir si le roi des dieux pouvait être sorti de son sommeil. Il était 3h du matin. Ellianor leur avait promis de les guider sur le bon chemin mais avait insisté pour qu’ils arrivent avant le lever du soleil.
Peu après un hélicoptère quittait le sanctuaire pour aller survoler la montagne où siégeait autrefois les plus puissantes divinités gouvernant le monde. En regardant de haut la campagne grecque, Hadès se surpris à penser qu’elle était belle. Mais quand ses yeux virent au loin les fumées de la pollution qui enveloppe chaque jour Athènes il ne put s’empêcher de serrer le poing. Kanon, lui, était très tendu. La présence de Poséidon et Hadès de chaque cotés de Saori, ça n’avait rien pour le rassurer, et aller réveiller un troisième olympien qui, lui, n’aurait pas à obéir à Athéna, vraiment il ne comprenait pas. Mais les ordres sont les ordres, et puis Shaka et Mù semblaient détendus alors pourquoi pas lui. Il s’apaisa en dormant un moment.
- Athéna, pourquoi refuses tu de recouvrer la mémoire ?
- Mais je ne le refuse pas… au contraire, je le veux plus que tout. Je souhaite vraiment pouvoir me souvenir de tout ce que j’ai à faire afin de ne pas nous conduire à la catastrophe.
- Pourtant ton cosmos est refoulé en toi. Je l’ai senti.
- Je n’en sais rien. Peut être ne suis-je pas encore prête après tout.
- Peut être…
La voix grave de Poséidon s’éteint ainsi dans sa gorge, pensif, il donnait une impression très différente de ce qu’il renvoyait d’habitude. Comme si l’idée de revoir son plus jeune frère l’avait troublé plus qu’il ne l’aurait volontiers admis.
Ils sautèrent depuis l’hélicoptère sur la pente nord à quelques centaines de mètres du sommet. Le chemin qui montait droit devant eux semblait assez large, mais rocailleux. En effet, culminant à près de 3 000 mètres, le sommet était dégarni à son sommet ne laissant que la pierre brute pour le couvrir. Poséidon et Hadès était déjà venu jusqu’ici et même au-delà lors de leur ascension, mais ils n’avaient vu aucune trace de l’ancienne cité divine.
- Tu es sûr de toi vieil homme ? fit Hadès perfide.
- Nous avons tous les deux monté ce mont il y a quelques jours et l’entrée n’existe plus alors comment comptes-tu la trouver ?
- Patience messeigneurs, je vais vous y mener. Comme je vous l’ai dit les pentes de cette montagne n’ont aucun secret pour moi. Suivez moi.
A la surprise générale, Ellianor prit le chemin dans le sens de la descente suivi de Kanon qui voulait être le premier humain à entrer dans l’Olympe. A un moment, l’Erhitil s’arrêta et huma la terre dont il avait pris une poignée. Il prit un long moment pour réfléchir laissant son esprit parcourir l’espace autour d’eux.
- Ce n’est pas un peu fini ?! Rentrons. De toute évidence, tu ne sais pas plus que nous comment on s’y prend pour trouver l’entrée.
- Allons, laissez le faire. Il vous a dit qu’il vous mènerait à l’entrée il le fera. Soyez un peu plus patient.
Une nouvelle fois Orphéo défiait Poséidon du regard. Mais celui-ci se contenta de hocher les épaules et de laisser les autres constater l’échec du vieillard qui ne manquerai pas d’avoir lieu… ça il en était sûr. Mais Ellianor souriait, il semblait ne pas avoir entendu les remarques. On aurait plutôt dit qu’il aimait bien ce qu’il ressentait. Comme s’il se souvenait d’une pensée agréable. Il se releva et se tourna vers eux « laissez moi quelques secondes, je vais juste vérifier si nous sommes bien là où je pense. »
Hadès ne parlait toujours pas et Ellianor s’éloignait. Mù le suivait des yeux en se demandant s’il fallait ou non prier pour qu’il trouvât cette fameuse entrée. « Ellianor semblait sûr de lui » pensa-t-il « pourquoi donc ai-je ce sentiment de malaise ? ». Mais il n’eût pas le temps de poursuivre plus loin sa réflexion, une voix émergea un peu plus loin. Ellianor avait disparu de leur champ de vision mais il appelait :
« C’est bien ici ! Rejoignez moi. Faîtes attention c’est escarpé. »
Le fait que ce soit le vénérable vieillard qui se soucie du sentier avait quelque chose de surréaliste et Shaka souriait à cette pensée. Il passa derrière Kanon toujours en tête et après le virage en descente, il le virent agenouillé près d’une pierre. Il semblait en train de déchiffrer quelque chose.
- Alors… Où est l’Olympe ? Demanda Kanon sur un ton qu’il eût aimé un peu moins enthousiaste.
Hadès et Saori qui fermaient la marche arrivèrent aussi. L’endroit semblait identique au reste de la montagne et un doute gagna le dieu des morts.
« Tu es sûr que c’est ici ? »
Ellianor se contenta pour seule réponse de déplacer un rocher et d’épousseter la pierre que ce dernier cachait.
- Orphéo, vient une seconde.
- Oui qu’y a t-il ?
- Est-ce que tu peux me prêter le pendentif que je t’ai donné.
- O.. Oui bien sûr.
Il lui tendit l’amulette de Jade l’air incrédule. Mais le vieil homme s’en saisit et commenta ce qu’il faisait.
- Il y a très longtemps, quand j’ai quitté la région, j’ai marqué cette pierre. Mais je ne voulais pas qu’on la remarque, alors j’ai camouflé ma marque. Lorsque la lumière traverse le Jade, elle révèle les runes que j’ai inscrite sur la roche.
- Qu’y a-t-il d’écrit ?
Shaka posa la question que tout le monde allait poser. Mais la réponse les surpris.
« Dans ma langue il est écrit : Trouvez le symbole de ma puissance. Lorsque vous verrez ma fille dans le soleil levant alors il vous suffira de suivre Hélios qui vous mènera à moi. »
- Ca veut dire quoi ce charabia ?
Ellianor soupira et regarda Poséidon.
- C’est une énigme.
- Quoi ?
- Elle nous permettra de trouver le moyen de traverser le chemin qui mène à l’Olympe.
- Et qui te l’a donnée ?
- Zeus … Cet homme était très énigmatique.
- Tu connaissais notre frère ?
- Disons que je lui ai parlé une fois ou deux.
Ellianor avait l’air malicieux, en fait cette énigme, il ne la tenait pas directement de Zeus, mais ce dernier avait laissé une pierre avec cette inscription en grec ancien dans son temple à Olympie. Il s’était contenté de recopier l’inscription dans sa langue natale et de l’effacer de la roche du sanctuaire Olympique.
- Tu l’as déchiffrée ?
- Partiellement. La fille sous le soleil c’est Athènes ! La ville d’Athéna. Le symbole de sa puissance, j’ai longtemps hésité entre l’égide et la foudre, mais je n’en sais rien. J’ai cherché des centaines de fois une pierre avec un symbole gravé dessus. Quant à Hélios, c’est le soleil. Je suppose qu’à midi il permet de trouver la bonne direction.
- Pff… Et moi qui croyais que tu nous mènerais sur le chemin.
Ironique Poséidon se satisfaisait de l’hésitation du vieillard. Hadès lui s’enquit plutôt de résoudre l’énigme au plus vite.
« Le soleil se lève dans une heure. Nous devons trouver l’endroit où se trouve le symbole de sa puissance d’ici là, sinon nous devrons chercher des jours entiers. Bon commençons par nous diriger là où l’on voit Athènes. Ça devrait être un début. »
En fait la ville était très éloignée de là et n’était pas visible. Ils se mirent à scruter l’horizon de leur mieux, mais rien n’y faisait. Athènes était bien trop loin même dans la bonne direction. Mais alors qu’ils montaient un chemin sans regarder où ils allaient Shaka s’arrêta net.
- Un instant, regardez.
Tous se penchèrent sur l’endroit que désignait Shaka. Il avait beau avoir les yeux fermés, il avait trouvé le symbole qu’ils cherchaient. En contre bas, deux pythons rocheux s’élevaient en plein milieu de la pente. Sur l’un d’eux était posé un nid… Un nid d’aigle. Mais quand ils regardèrent plus attentivement le nid était en brindilles de bronze. Totalement invisible si l’on ne le savait pas.
- L’aigle… Comment n’y ai-je pas songé plus tôt !
- Vous croyez qu’il faut monter sur le python ?
Athéna qui parlait pour la première fois depuis qu’ils étaient arrivés semblait bizarrement assez anxieuse.
- Sans doute » lui répondit Ellianor. « Allons jeter un coup d’œil. Kanon, monte et dis nous ce que tu vois. »
Kanon s’exécuta et bondit au milieu du nid. Il fouilla le sol mais ne vit que de la poussière et des cailloux.
- Attendons le soleil » fit Hadès.
Ils patientèrent encore quelques instants et le soleil émergea à l’horizon. C’est alors qu’ils la virent…
- Incroyable !
- Zeus est un génie !
Mù et Kanon n’en revenaient pas. Devant eux s’était formé dans la direction où se trouvait Athènes, une image floue de la ville. On aurait dit un fantôme flottant au dessus de l’horizon.
- Un Mirage » murmura Orphéo.
- Alors Athènes est bien visible d’ici. Hélios nous montre où est Athènes.
- Bien joli tout ça mais où est l’entrée ?
Poséidon ramena brusquement les esprits trop enthousiastes sur Terre. Hadès et Shaka eux semblaient avoir eu la même interrogation en tête.
- Ici !!
C’est Kanon qui avait crié. Il désignait un point derrière eux. Le soleil dardait ses premiers rayons qui avaient été diffractés par le bronze du faux nid. Ils virent furtivement la paroi s’ouvrir et se fermer quelques instants plus tôt. Ils se précipitèrent tous à l’endroit où le phénomène s’était produit. Là, la roche semblait moins dense, plus légère. Ils en eurent l’explication très rapidement en essayant de poser leur main dessus, ils la traversèrent.
- Une illusion. » dit simplement Hadès.
Celui-ci sourit en se souvenant du nom de son épée qui serrait contre lui. Il passa alors à travers. Poséidon et les autres le suivirent. Ils tombèrent dans une grotte grossièrement arrondie. Au fond à une trentaine de mètres, dans la pénombre, deux grandes portes en granit étaient refermées. Un demi cercle de marche permettait d’accéder au pied de ces dernières.
- Je me souvenais d’un endroit plus accueillant. » siffla Poséidon.
- C’est l’entrée des visiteurs » lui répondit Orphéo avec ironie. Il se planta alors devant les portes et les poussa mais rien ne bougea.
- Ta naïveté me touche …
L’ébranleur du sol approcha aussi et examina la paroi de granit.
- Ces portes sont scellées. Pour les ouvrir il faut probablement utiliser le cosmos, ou briser une sorte de sortilège.
Hadès réfléchissait… Il s’approcha de Mù. L’ombre du dieu passa sur son visage. Personne n’y faisait attention, mais le sourire qui passa sur Hadès à cet instant glaça littéralement le sang du Bélier qui se sentit paralysé, comme enveloppé par la mort elle-même. Hadès continuait de se rapprocher.
Mù ne sentit rien venir. Tout de suite la douleur, la surprise, mais surtout la douleur. Quand il s’effondra sur ses genoux alors seulement tous les regards convergèrent. Ils le virent se tenir le ventre. Hadès lui, faisait la moue en regardant sa main dégoulinant de sang. Il se retourna et s’avança vers les portes mais les cosmos de Kanon, Shaka, Orphéo et surtout Athéna l’arrêtèrent. Ils s’étaient unis dans une espèce de réunion cosmique contre l’énergie sombre qui émanait du dieu.
- Ecartez vous imbéciles !
- Hadès qu’est ce qui t’as pris !!!
- Vous n’auriez jamais dû lui faire confiance Athéna !
Kanon s’était jeté sur lui mais Hadès le balaya comme un fétu de paille.
- Je vous ai dit de vous poussez. Vous voulez ouvrir ces portes oui ou non ?
- Et en quoi la mort de Mù peut elle les ouvrir ?
- Pas sa mort mais son sang.
- Quoi ?
- Athéna, Pour passer le mur des lamentation il faut être un dieu n’est pas ?
- Oui …
- Et quelle est l’autre possibilité ?
- Que les rayons du soleil le frappent.
- Et pourquoi ?
- Car c’est impossible.
- Tout comme les dieux… Lorsque j’ai bâti les enfers, il était totalement exclu qu’un dieu daigne descendre dans mon royaume. C’était bien trop répugnant pour eux. De la même manière si profondément sous terre les rayons du soleil ne pouvait pas atteindre mon mur. J’ai utilisé deux clefs que je savais impossibles. Zeus a probablement le même genre de raisonnement pour son royaume. Qui ne peut accéder à l’Olympe ?
- Les mortels… » dit-elle machinalement.
Sans ajouter un autre mot Hadès posa sa main maculée du sang de Mù sur les portes. Pendant un instant il ne se passa rien, mais soudain une lumière scintilla entre les deux battants qui se séparaient.
- Il fallait du sang de mortel pour les ouvrir…
Mù qui se tordait toujours de douleur avait de la peine à ouvrir les yeux pour contempler le paysage qui s’ouvraient devant eux. Une tornade lumineuse, transpercée d’éclairs leur barrait la route qui menait semblait-il vers une vaste prairie au fond de laquelle on devinait une cité.
- L’Olympe » murmura Poséidon.
- Et son dernier Rempart, La prison du dieu.
- La prison du dieu ?
Shaka paraissait interloqué mais il n’en montra rien. Il laissa simplement Hadès répondre à Kanon.
- Oui, une tempête d’éclairs qui repousse les visiteurs indésirables. Elle peut foudroyer n’importe quel mortel. Même un dieu ne pourrait pas la traverser car il en serait prisonnier.
- Il n’y a aucun moyen de passer ?
- Il y en a un.
Poséidon avait dit cela d’un air sombre.
- La prison du dieu est un sortilège très puissant. Zeus l’a conçue pour tuer n’importe quel mortel, hors tu l’as vu seuls les mortels peuvent ouvrir les portes avec leur sang. Mais pour traverser la prison d’éclair, lui résister, il faut un dieu. En d’autres termes pour qu’un mortel accède à l’Olympe, il faut qu’un dieu accepte de s’emprisonner et de subir les milles morts que lui promet la prison.
- Et comment s’en sort le dieu ? » demanda Orphéo.
- Seul Zeus a le pouvoir de le sortir de là. Mais encore faut-il qu’il le veuille étant donné que le dieu aura permis à un mortel de pénétrer son royaume.
Ils s’entreregardèrent une minute, contemplant les foudres surpuissantes qui s’agitaient dans le vide avant qu’une voix parle.
- Je vais y aller.
- Non Athéna !!
- Mù… Tous les trois vous accompagnerez Poséidon, Hadès et nos deux hôtes. Vous trouverez mon père. Il me libèrera. Il n’aura pas le choix.
- Et pourquoi ça ? » demanda perfidement Poséidon.
- Parce qu’à vous aussi je vous ordonne de le ramener !
- COMMENT !!?
Le dieu des mers était furieux. Jamais Athéna n’avait encore osé lui donner un ordre direct. Mais ce qui le faisait bouillir le plus, c’était que selon les termes de la loi divine, elle en avait tout à fait le droit.
- Athéna … Si tu restes éternellement prisonnière, nous n’aurons plus aucun de tes ordres, et l’on ne pourra pas dire qu’on t’a désobéi.
- Très juste Hadès… Je vais reformuler : Je vous ordonne à tous les deux de ne cesser, par tous les moyens, de ramener Zeus afin qu’il me libère.
- C’est malin… Pourquoi as-tu dis ça ?
- Parce que je peux ramener Zeus, mais j’ai besoin de ta force s’il nous faut être persuasif.
- Mais toi aussi tu aurais été libre de ne pas obéir à cette fillette !
- Je ne veux pas lui obéir mais je veux qu’elle soit libre.
- Tu deviens sentimental.
Poséidon avait ajouté cela sur un ton perfide et ironique. Pourtant Hadès ne cilla même pas et le pénétra de son regard glacial.
- Tu me sous-estimes… Je veux qu’elle meure… Et pour cela il faudra bien qu’elle affronte l’Ennemi…
Les chevaliers d’or étaient révulsés prêt à se jeter sur Hadès, mais ils s’interrompirent en entendant le cri atroce qu’hurla Athéna en pénétrant dans la prison du dieu. Kanon fonça alors directement à travers le passage dégagé bien décidé à trouver et réveiller Zeus. Shaka, Mù, Orphéo et Ellianor lui emboîtèrent le pas.
Hadès regarda Poséidon et s’en alla suivre les autre. En passant devant Athéna qui hurlait il sourit.
« C’est vrai que j’ai été bête… Je n’avais pas besoin de Poséidon… Orphéo aurait suffit. Il est aussi fort que nous maintenant. »
Lorsqu’il s’en alla en riant, Poséidon lui courut après en l’injuriant de tous les noms possibles.
Vers l’Olympe :
La route qui menait à la cité des dieux était magnifique songèrent les chevaliers d’or. Le pavé fait de marbre rose traversait des prairies dont le vert ondulait sur les valons. Orphéo se surpris à se demander comment un tel monde pouvait exister au cœur même d’une montagne. Il réalisa soudain que la prison du dieu était sans doute aussi une barrière dimensionnelle. La beauté des lieux était de toute façon irréelle puisqu’ils avaient vus plusieurs îlots de terre, flottant dans l’air, tandis que la petite mer qui les entourait s’écoulait en cascade sur un des innombrables lacs aussi purs que le diamant qui clairsemaient le paysage.
La cité avait des remparts blanc neige. Il s’en dégageait une sorte de pureté qui sied si mal aux villes des hommes d’en bas. Mais là, partout où ils posaient le pas, partout où ils regardaient une harmonie imperceptible régnait autour d’eux. Le temple de Zeus était au sommet de la colline autour de laquelle la ville semblait avoir grandi. Ils ralentirent le pas, plus pour contempler les arches, les colonnes et les statues des magnifiques bâtiments que pour se mettre sur leur garde.
- C’est quand même très beau. Fit Mù.
- Oui mais c’est désert… Très franchement ce silence, moi, je le trouve morbide.
Orphéo qui ne mâchait que rarement ses mots, avait visiblement décidé de pas changer ses habitudes même ici. Ils pénétrèrent ensuite dans le temple du dieu céleste. En passant dans la nef central, tous furent émerveillés de la magnificence du ciel bleu qui miroitait au plafond. Les colonnes de marbre blanc semblaient des diamants baignés par le soleil. L’autel, au pied de l’immense statue était impeccablement lisse et blanc. Le trône du souverain des dieux était posé en contre bas, mais tout aussi blanc. Orphéo remarqua l’égide, posée négligemment contre le flanc droit ainsi que le sceptre de Zeus à gauche, comme s’il les avait laissé là un instant auparavant. C’est en contournant la statue qu’ils parvinrent à l’entrée du tombeau divin. Un escalier s’enfonçait dans le sol en colimaçon. Il menait à une chapelle éclairée par une faible lueur dansante et tournoyante dans le ciel.
- Une photone… » fit Hadès.
- Quoi ? demanda Kanon.
- Une photone, une âme de moineau incarnée dans de la poussière stellaire et de la poudre d’argent. Un jouet de dieu… C’est Héphaïstos qui en a fait pour tout le monde. Ou presque…
Ce sourire si particulier du dieu des morts fit à nouveau frissonner les chevaliers d’or. La voix profonde et froide d’Hadès, avait résonné dans le tombeau et avait plongé entre eux le silence. Juste assez longtemps, pour que leurs yeux tombent sur la dalle noire frappée d’éclairs et d’étranges symboles encadrant la pierre. Kanon se pencha alors poing en avant :
- Qu’il en soit ainsi, que Zeus vive à nouveau !
- Kanon !! NON !!
Mais Ellianor parla trop tard. Il y eut un vacarme sourd et un éclair jaillit les aveuglant tous. Le chevalier des gémeaux avait heurté de plein fouet le bouclier du tombeau divin et s’était retrouvé projeté en arrière. Imperceptiblement la pièce avait grandi et les avait éloignés les uns des autres.
- Il nous reste une énigme » fit Ellianor.
Les chevaliers retournèrent vers l’homme vénérable. Celui-ci fermait les yeux et semblait prier ou faire une incantation. Hadès revint alors vers eux avec son frère.
- Qu’est ce qui se passe encore ?
- Ellianor dit qu’il nous reste une énigme à résoudre.
Poséidon leva les yeux encore sur Orphéo. Décidément le jeune blanc-bec avait de quoi l’irriter. En lui répondant il y avait mis tant de lassitude qu’on y percevait du mépris. Mais regardant le stoïcisme de son frère aîné, il fit mine de rien et reporta son regard sur Ellianor.
- Je suis allé voir l’oracle de Delphes.
- Cette vieille folle qu’on enfumait avec des hallucinogènes ? » Fit Poséidon.
- Elle-même. Ce qui m’étonnait, c’était que la clef de l’Olympe se fût trouvé dans le temple de Zeus ; j’ai voulu en savoir plus. J’ai aussi voulu savoir si Zeus reparaîtrait un jour. Elle m’a alors livré sa prophétie : « Quand le temps des hommes viendra, que les dieux se mêleront à eux, Zeus sortira de son sommeil. Le Chaos viendra et personne ne pourra plus dire si mal ou bien en sortiront. »
- Je ne vois pas bien quel est l’intérêt de cette prophétie…
- J’y viens Shaka. J’ai toujours su que « le temps des hommes » signifiait pour les dieux se rappeler qu’ils sont des hommes. Hors Hadès, Poséidon et Athéna en ont pleinement repris conscience il y a quelques mois. Une guerre se prépare et le chaos en surgira. Même la pythie ne pouvait savoir si le bien ou le mal triompherait.
- Oui mais pourquoi nous faut-il résoudre une énigme ?
- Parce que la fin du message était une énigme : « Pour ouvrir le temps des hommes, il faudra l’éveil. Pour l’éveil, il faudra du sang, de la douleur, une lutte, un déchirement et de la chance… »
Tous regardèrent la tombe en tentant de comprendre la fin de la prophétie. Bien sûr il y avait eu le sang et la douleur. Mù et Athéna… Mais que seraient donc le déchirement et la lutte. Et surtout la chance. Le roi des dieux leur semait décidément bien des embûches. Comme s’il avait prévu que le moment de son réveil devait être retardé au maximum. Hadès avança alors un peu plus loin, son sourire glacial fit encore frissonner Mù lorsque l’ombre du dieu des ténèbres passa sur lui.
- Il va falloir passer aux choses sérieuses. J’en ai un peu assez de cette comédie.
- Que veut tu dire mon frère ?
- Qu’il est temps de montrer à nos jeunes « amis » que nous sommes des dieux.
Sans même un mouvement, en une fraction de seconde, le cosmos des deux Olympiens se mit à l’unisson et fusionnèrent. Leur puissance unie dépassait tout ce que pouvait imaginer Kanon. Il se tournait alternativement vers Shaka et Ellianor, tous deux affichant un grand calme devant la force déployée par les deux aînés de Zeus. Mais c’est la réponse d’Orphéo qui le fit sursauter. Bien qu’il avait plus ou moins compris que ce dernier était une sorte de guide de la rébellion mais il n’avait finalement jamais intégré le fait que son avenir et ceux de tous les autres reposait sur ses épaules. Et c’est en sentant la formidable vibration cosmique du jeune héritier d’Alandor qu’il comprenait enfin le calme de Shaka et Ellianor.
Même s’il ne s’était rien passé la tension qui régnait entre les deux forces en opposition avait quelque chose d’angoissant. Orphéo n’affichait plus le sourire légèrement provoquant qui le caractérisait d’habitude. Il venait de prendre un visage mélancolique ; son regard bleu traversant la brume qui le séparait d’Hadès et Poséidon. Il semblait résigné comme s’il avait toujours su qu’il devrait faire face à cette provocation.
- Alors que comptez vous faire ? Vous battre contre nous ?
- Tu penses peut être que tu pourrais nous faire face ?
- Tais-toi Poséidon, il pourrait le faire. Nous l’avons sous-estimé, il nous faudra l’affronter s’il y tient. Mais ceci dit, sait-il seulement pourquoi il s’oppose à nous ?
La question indirecte troubla Orphéo. Il releva la tête et son regard devint interrogateur.
- Pourquoi avez-vous soudain fait fusionné vos cosmos si ce n’est pour nous attaquer ?
- C’est bien ce que je pensais. Tu n’as rien compris. Tu es fort mais tu manques de subtilité dans tes analyses. Tu croyais vraiment que Poséidon et moi allions nous soumettre à Athéna ? Allons… Mon plan est de réveiller Zeus. Je connaissais moi aussi la prophétie… Que voulez vous, à une époque j’ai moi aussi eu des amitiés sur Terre. Zeus libéré, nous n’aurons aucun mal à le convaincre de tuer Athéna. Ce qui nous permettra à Poséidon et moi-même de sortir de cette stupide servitude. J’ai bien pris garde à ce qu’Athéna nous ordonne de réveiller Zeus, et à présent vous vous opposeriez ouvertement à Elle en nous en empêchant.
- Mais qui nous prouve que Zeus réagira comme vous le dîtes ?
- Chevalier de la vierge, je ne sais pas ce que tu penses connaître de Zeus, mais je le connais bien. Il n’a rien d’un enfant de cœur. Comment croyez vous qu’on puisse régner sur l’Olympe sinon ? Zeus est un cynique froid, calculateur et flatteur. Je doute que vous puissiez percevoir quel genre de personne il est.
- Alors pour le réveiller vous nous provoquez ?
- Pas vous… toi ! Seulement toi, car il se trouve que ton pouvoir est suffisant…
- Suffisant pour quoi ?
- Pour accomplir la prophétie. Mets toi en garde…
Sans plus d’avertissement Hadès déchaîna vers Orphéo un éclair chargé de toute la noirceur de son cosmos et qui le heurta de plein fouet l’obligeant à mettre genou à terre. Quand il se redressa, un filet de sang perlait du coin de sa lèvre.
- Si j’ai bien compris, pour que la prophétie s’accomplisse, il faut une lutte. Et c’est moi qui doit lutter contre vous deux.
- Bravo, tu as enfin compris semble-t-il.
- Mais j’ai vous avez besoin que je riposte. Je n’ai qu’à contrer vos attaques et …
- Imbécile ! Tu ne peux pas nous contrer !
Poséidon qui avait prit la parole s’exécuta en lançant à son tour une onde de choc du l’héritier d’Alandor, mais ce dernier fit alors volte face vers le dieu des océans et leva les bras vers le ciel. Il y eut un choc qui révéla une barrière cosmique dressée par Orphéo comme un bouclier.
- Bien essayé… Mais j’avais prévu que tu ferais ça… C’est pour ça que je me suis assuré que mon frère serait là.
Poséidon regarda alors aussi interloqué que les autres vers Hadès mais il comprit avant eux ce que voulait dire son frère.
- Mais bien sûr comment n’y ai-je pas pensé ? Hadès tu es un génie !
Reprenant sa contenance, Poséidon se plaça à coté de son frère. Les deux dieux faisaient face aux chevaliers et à Orphéo. Il joignirent alors le cosmos contenu dans leur main qui grandit pour devenir une effrayante sphère d’énergie.
- Orphéo ! Tu ne pourras pas résister à notre force combinée ! Par contre si tu essaies de faire obstacle, tes compagnons mourront.
Le jeune Erhitil vacilla soudain et porta rapidement son regard sur les autres qui lui parurent étonnamment vulnérables. Mais avant qu’il ait su quoi faire les deux frères déclenchèrent leur attaque. Comme un réflexe il leur répondit :
- FOUDRE ECARLATE !!!!!!!!!!!!!!
- Orphéo NOOONNNN !!!!
Mais Ellianor ne put empêcher l’inéluctable. Les deux puissances entrèrent en collision dans un fracas terrible, des colonnes s’effondrant autour d’eux. Au point d’impact, une colonne d’énergie s’éleva à la verticale, transperçant le plafond et mettant au jour le tombeau. Dans le ciel si calme de l’Olympe jaillirent mille éclairs comme si Zeus manifestait déjà sa colère et déchirait le ciel de toute sa puissance. Mais personne en dehors d’Ellianor semblait en avoir conscience tant la lutte était âpre.
- Hadès !! Que fais-tu ? Pourquoi as-tu baissé ton cosmos ! Je ne peux pas le faire plier seul !
- Ce que je veux, c’est une lutte, pas sa mort.
Poséidon regarda son frère d’un air effrayé tant celui-ci semblait satisfait de lui-même et affichait un air machiavélique.
- Tu y arriveras bien encore quelques secondes tout seul !
Et sans ajouter plus rien il se retira de l’affrontement laissant Orphéo et Poséidon se faire face. Il déplaça son regard latéralement et prit un plaisir presque indécent à voir le Bélier trembler de peur en le regardant. Hadès aimait plus que tout inspirer la peur. Il prit son temps pour avancer vers eux.
- Maintenant que la lutte est engagée, vous pouvez voir au dessus de vos têtes le déchirement. Ne me manque que la chance…
Il s’arrêta un instant pour tirer de sa poche une pièce d’argent.
- Savez vous ce que c’est ?
Devant l’absence de réponse il poursuivit d’un ton faussement las, en fait il jubilait.
- Ceci est le hasard. Cette pièce représente la chance. Regardez moi la lancer !
Il la jeta alors dans le ciel d’orage qui s’était créé. Soudain alors qu’elle tournoyait en évitant les éclairs, elle fut frappée par la foudre et l’énergie fût réfléchie directement au sol, en plein milieu de la dalle noire. Tout alla alors en un instant. L’énergie suspendue entre Orphéo et Poséidon se volatilisa dans le bruit sourd que fit le tonnerre entre les colonnes du caveau, le ciel redevint bleu, et le silence se fit jusqu’à ce qu’un son de pas résonnât dans leur oreilles tandis qu’ils ne pouvaient toujours rien voir, aveuglés par le cosmos qui venait d’apparaître.
Peu à peu une sorte de brume humide se leva et enveloppa la salle. Tous plongés dans le brouillard, leurs regards convergeaient vers la lueur dorée. Zeus venait de renaître : les chevaliers, les dieux, et les Erhitils scrutaient avec attention la forme du dieu qui apparaissait de plus en plus nette. Zeus était plus grand que ses deux frères et sa chevelure était mauve comme celle d’Athéna. Il avait lui aussi le visage digne et majestueux des olympiens. Ses traits fins soulignaient une personnalité très aiguisée et dans son regard scintillant on devinait facilement l’intelligence, la malice. Ses cheveux court ébouriffés comme ceux de Seiya lui donnaient un air plus jeune qu’à ses frères. Pourtant son visage paraissait bien plus dur et mélancolique. Malgré une jeunesse apparente, il dégageait une expression mêlant la lassitude à l’expérience. Perçant le silence de mort de sa voix douce il se retourna vers les uns puis les autres. Il s’arrêta sur Orphéo qu’il dévisagea pendant une seconde qui parut une éternité au jeune Erhitil.
- Voici une étrange équipe… Mes propres frères, des chevaliers d’Athéna, un gardien de chèvre et le probable héritier d’Alandor.
Il figea tout le monde. Personne ne pouvait se douter qu’il se souvenait d’Alandor, et encore moins qu’il aurait pu reconnaître Orphéo comme son héritier. Poséidon était bouche bée de même que tous les autres, mais Hadès, lui, était visiblement préoccupé. Son visage passa en une fraction de seconde de la contrariété à une joie manifeste qui paraissait tellement sincère qu’elle fit même douter Mù de n’avoir jamais eu à craindre le dieu de la mort.
- Enfin réveillé ! Eh bien on peut dire que tu nous auras donné du mal. On a dû accepter qu’Athéna se sacrifie pour arriver jusqu’ici. Il faut absolument que tu la libères au plus vite.
Tous regardèrent l’aîné de Zeus avec stupéfaction. Kanon serrait déjà son poing mais Ellianor lui fit un signe discret pour ne pas se manifester. Le revirement d’Hadès paraissait tellement grotesque, mais Zeus lui rendit son sourire et éleva la main droite dans laquelle il fit scintiller une aura électrique. Celle-ci disparut après quelques secondes en direction de l’entrée de l’Olympe, puis se tournant vers Kanon
- Toi, rends toi auprès d’elle et amène la moi. » il regarda alors Hadès « Je suis heureux de te voir aussi soucieux de la santé de ma fille mon cher frère ».
Hadès inclina légèrement la tête comme un signe de vassalité, tandis que Poséidon semblait de plus en plus perdu. Ce dernier eût cependant la présence d’esprit de rentrer dans le jeu de son aîné.
- Moi aussi je suis content de te revoir. Je peux savoir pourquoi l’accès de ton royaume est-il aussi pénible qu’on doive en arriver là.
- Mais parce que tout comme vous je n’aime guère être dérangé mais que, contrairement à vous, j’ai plein d’imagination. Je suppose donc si tu es là que nous approchons de la fin des temps ?
Il avait ajouté ces mots tournés vers Orphéo. Mais se dernier peinait à se montrer aussi digne qu’il l’aurait voulu, et son habituelle assurance fondait comme neige au soleil à mesure que les yeux de Zeus s’attardaient sur lui.
- Oui en effet majesté » fit Ellianor pour sauver son protégé. « Orphéo est bien l’héritier qu’Ellianor m’avait annoncé. Je suis heureux de voir qu’il vous en avait parlé aussi. Ça nous évitera une longue discussion pour vous convaincre.
- Me convaincre ? Mais me convaincre de quoi au juste ? D’affronter l’Ennemi ? De mourir en combattant ? Non merci… Je préfère attendre la mort ici chez moi. C’est quand même plus agréable.
Hadès souriait de toute évidence et Poséidon semblait aussi surpris qu’admiratif de son frère cadet.
- Mais majesté, il faut que nous joignions nos forces. Tous ensemble, sinon nous perdrons !
- Vieil homme… Tu m’as dis autrefois que nous autres dieux étions seuls, et que notre vie éternelle était une malédiction. Crois-tu que je pourrais avoir envie de prolonger cette malédiction ?
Le ton était nettement moins courtois et Zeus transperçait Ellianor du regard. Ce dernier tentait de balbutier quelques mots mais rien ne sortait. Hadès semblait fou de joie. Mais Zeus se retourna. Il ferma les yeux et se concentra un moment, il souriait. Mais peu à peu il sourit de moins en moins comme si son esprit venait de réaliser quelque chose de tragique. Son expression devint encore plus mélancolique, presque souffrance. Il murmura du bout des lèvres « idiot, ton ambition était-elle donc si grande que tu fasses une si grande bêtise… ». Il soupira, ferma les poings puis ajouta de façon plus audible : « Très bien… Je serai des vôtres… Puisse votre combat vouloir vraiment dire quelque chose. »
Orphéo n’en croyait pas ses oreilles. Tous étaient stupéfaits, Hadès était même effaré. Ils ignoraient ce qui avait bien pu faire changer le roi des dieux aussi subitement, mais celui-ci ne leur laissa pas le loisir de le lui demander.
- Montons… Je crois que nous avons un conseil à tenir.
Alors que tous suivaient silencieusement le nouveau venu derrière le temple, Athéna était reparu aux cotés de Kanon qui soutenait sa démarche encore chancelante après avoir enduré le supplice de la prison du dieu. Ils arrivaient sur une vaste esplanade entourée de colonne qui semblait former un immense temple circulaire dont le toit serait le ciel lui-même. Au centre, se tenait une table autour de laquelle on distinguait onze sièges et un trône. Zeus pris place sur ce dernier invitant du regard les autres à s’installer. Hadès et Poséidon prirent place de part et d’autre de la table, de telle façon que leurs sièges étaient disposés en triangle parfait avec le trône de leur cadet. Athéna prit place à gauche de son père. Alors qu’Orphéo s’avançait en face de Zeus, il perçut le regard effaré de Poséidon, mais aussi celui, bienveillant, de Zeus quand il prit place sur le siège qui revenait à Arès. Ellianor et les chevaliers d’or prirent place eux aussi à l’endroit même où Déméter, Hestia, Hermès et Héphaïstos auraient dû siéger.
- Je crois qu’il nous faut faire le point… J’ai dormi un peu trop longtemps sans doute. Où en est la Terre ?
Voyant que personne ne prenait la parole, Hadès la saisit au passage et parla sur un ton doux et méprisant à la fois :
- Depuis que tu t’es assoupi ô mon frère, les hommes ont cessé de nous craindre, ils ont pratiquement détruit la planète. Quant à ta fille, elle n’a cessé de m’empêcher de mettre un terme à cette infamie.
Tous l’écoutaient à présent. Mais le ton changea, il devînt plus grave, plus sourd aussi, presque murmuré.
- A-t-elle eu raison ? Est-ce que nous avons oublié nos origines… Depuis que ce vieillard et l’héritier sont apparus, je n’ai cessé de me demander s’il fallait à ce point unir nos forces aux leurs… Pour sauver la vie… Mais encore ? À quoi peut bien servir la vie de ces hommes qui s’évertuent à la massacrer le plus énergiquement possible. Nous allons nous battre et mourir pour peut être ne donner à cette planète que quelques années de répit.
Il prit une inspiration et se tourna vers sa nièce :
- Vraiment je t’admire ! Tu es resté à leur coté plus qu’aucun d’entre nous. Tu as touché du doigt tout ce dont ils étaient capables, et malgré ça, tu n’as pas perdu ta foi face à eux. J’ai revu il n’y a pas si longtemps un visage que j’avais oublié. Il m’a demandé de me rappeler… De me rappeler ce que j’étais, qui j’étais, pourquoi j’étais ce que je suis… Je l’ai bien écouté. J’ai fait ce qu’il m’a demandé, j’ai mis mon pouvoir au service des autres. Temporairement pensai-je… Aujourd’hui j’ai encore perdu… J’avais bercé mon cœur d’illusions.
Il toisa son cadet attentivement.
- Je me suis trompé plus que je ne l’aurai pensé sur ton compte. Ton revirement, m’a montré la lueur que je refusais de voir. Je ne sais pas ce qui t’a poussé à combattre, mais je sais que nous devrions tous en avoir peur. Aujourd’hui j’ai voulu te réveiller… Seul moi pouvais y arriver. Les imbéciles qui sont ici n’avaient rien compris à la prophétie.
- Quoi !!!?
Poséidon s’était levé d’un bond et lançait à Hadès un regard furieux. Mais ce dernier ne le regardait même pas.
- Assieds toi » lui dit-il. « Je savais très bien ce que je faisais. Tu es tellement manipulable que tu ne t’es pas posé l’ombre d’une question sur rien. Pourquoi me suis-je assuré que toi comme moi irions jusqu’au bout pour réveiller notre frère ? Pourquoi ai-je provoqué l’héritier ? Tu sais très bien où je voulais en venir. J’avoue que j’ai pensé un instant pouvoir désobéir, mais la curiosité l’a emporté.
Cette fois-ci Poséidon lui aurait sauté à la gorge si Zeus ne lui avait pas fermement intimé du regard de rester tranquille.
- Oui la curiosité. J’avais envie de savoir si Zeus aussi aurait peur… Si lui aussi connaîtrait la mélancolie… Si lui aussi ferait face.
- Tu insinues peut être que mettre sacrifier Athéna ne servait pas tes intérêts propres peut être ?
Kanon bouillonnait et avait craché ces mots plus qu’il ne les avait dit.
- Personne n’avait rien compris. J’ai pris les choses en main… Même si je dois avouer que voir Athéna souffrir est une satisfaction si profondément ancrée en moi qu’il me paraît difficile de ne pas le dire.
Zeus écouta attentivement son frère et profita du silence qui s’était à nouveau installé pour méditer une réponse. Poséidon venait enfin de comprendre, si Hadès avait bel et bien tenté de les sortir de leur servitude vis-à-vis d’Athéna, c’était plus pour tester leur destin. C’est alors que la pièce d’argent utilisée par le seigneur du monde des morts pour faire revenir leur cadet lui revint en mémoire. A cet instant, le sort, la chance, le hasard, toutes ces choses était symbolisé par ce simple objet ; et Hadès de tout son cosmos l’avait incarné, réalisant ainsi la prophétie.
- L’héritier est parmi nous. Nous devons donc nous attendre à une guerre sans merci. Et comme nous l’avons promis à Alandor, nous nous battrons aux cotés de son fils.
- Tu parles un peu vite Zeus ! Comment ça NOUS l’avons promis ?
- Ta mémoire défaille Poséidon et j’en suis chagriné. Néanmoins la mienne est intacte, et je puis t’assurer que nous avons tous fait ce serment au début de notre entraînement.
- Et en quoi cela nous lie-t-il encore aujourd’hui ?
- Simplement parce que dans les lois que nous avons-nous même établi, les serments des Olympiens ne peuvent être rompu. Et toi, aussi bien que moi, tu connais les conséquences.
- Le jugement puis la mort…
Les derniers mots de Poséidon s’étranglèrent dans sa gorge et il se rassit.
- Puisque votre mémoire à tous deux semble avoir subi les affres des siècles, je vais me charger de vous la rafraîchir.
*
Il y a bien longtemps, lorsque Alandor est venu nous aider à devenir des dieux, il nous enseigna qu’il existait dans l’univers sept planètes comme la Terre. Il les nommait constamment joyaux ; il nous enseigna alors la connaissance du cosmos. Pour nous trois, il versa son sang et fit de nous des êtres divins. Il nous fit entrevoir la façon de contrôler chaque atome de l’univers… Il guida nos esprits sur les chemins du Zâh en faisant résonner nos cosmos entre eux, chacun de nous put s’éveiller à l’infini de l’univers. Pendant une fraction infinitésimal de seconde j’ai pu apercevoir dans ma paume tout l’univers ou presque. Je suis celui des trois qui a le mieux vu… C’est pour cela que je suis le plus puissant. Il nous quitta après plusieurs mois ou années je ne saurais le dire mais il avait décidé de nous permettre de nous souvenir de lui. Il avait bâti un sanctuaire sur une île alors inhabitée. Il nous promit alors qu’en son sein nous trouverions le moyen de sauver la Terre de tout danger et qu’il nous donnerait l’arme ultime contre le mal. Ce temple formait une île hexagonale en plein milieu de ce que l’on nomme aujourd’hui la mer d’Azov. A l’époque, le détroit qui sépare la méditerranée et la mer noire était une imposante façade rocheuse granitique, et l’actuelle mer noire était en fait une vallée située en dessous du niveau de la mer. Au fond de cette vallée luxuriante il existait une mer intérieure, la mer d’Azov.
Au début, nous ne fîmes guère attention à ce temple. A dire vrai, nos pouvoirs étaient tellement immenses que nous en avions oublié peu à peu l’existence et nous ne prîmes pas la peine de le surveiller. Des trois frères, je crois avoir été le seul à y être allé. Au tout début… Je cherchais par tous les moyens à devenir plus fort encore que la terre elle-même. Je voulais devenir dieu. J’ai fouillé ce temple à peu près dans tous ces recoins et n’y ai trouvé que quelques runes indéchiffrables et des pierres sans vies ; cependant dans une des salles du plus grand temple j’avais pu voir une sorte de socle ou d’autel sur lequel je suis à peu près sûr qu’il y avait un bas relief qui montrait Alandor et son armée.
Revenu bredouille de mes recherches, j’en avais déduit que ma puissance qui dépassait de loin celle des autres dieux était sans doute l’ultime pouvoir. Je m’étais auto-satisfait de ma puissance, je me sentais invulnérable. Mais plusieurs siècles après ça, le sanctuaire d’Alandor fut colonisé par des hommes. Si au départ je n’y fis guère attention, je m’aperçus très vite qu’il se passait quelque chose d’anormal. Les trois peuples qui envahirent la cité devinrent peu à peu si intelligents et forts qu’ils ne tardèrent pas à dominer le reste du monde. De la mer d’Azov ils avaient la maîtrise des grands fleuves et ils colonisèrent peu à peu les pays voisins. Grâce à leur savoir ils était parvenu à envahir toute la vallée de la mer noire et à créer un port : Troie. C’était les Atlantes, le peuple le plus savant que la terre ait vu naître.
C’est alors que je me souvins de la prophétie d’Alandor ; l’idée qu’une puissance supérieure ou même égale à la mienne émerge m’était insupportable. C’est pourquoi je pris la décision de leur montrer que les dieux étaient définitivement les êtres les plus puissants de cette planète. Pour commencer, Poséidon, Hadès et Moi n’avions fait surgir que quelques catastrophes. Mais leur foi en eux même était telle qu’ils ignorèrent nos avertissements et continuèrent de nous provoquer. C’est pourquoi j’ai dû prendre la décision de les détruire à jamais. J’ai convoqué le conseil des dieux. Et nous avons coulé l’Atlantide en faisant rentrer la méditerranée en détruisant les montagnes du Bosphore. A l’époque Athéna prit la décision de sauver le seul des trois peuples non guerrier et je consentis à lui laisser le temps de les épargner. En coulant l’immense vallée en une fois, je pensais que les Atlantes se souviendraient un peu plus longtemps des bonnes manières car j’avais épargné Troie. Cette cité dominait encore presque toute la Méditerranée, mais loin du rayonnement de l’Atlantide. C’est mon peuple qui finit de détruire la civilisation Atlante avec la guerre de Troie. Il aura fallu pour ça qu’une simple pomme d’Or. Eris était parfois géniale. Pendant 10 années je me suis délecté de combats et de batailles. Cependant quand ces batailles prirent fin une lassitude étrange m’envahit. Et c’est quelques siècles après que je rencontrai Ellianor et décidai de retourner à mon sommeil.
*
Après le récit du roi des dieux, tous firent une pause dans leur esprit pour comprendre l’enchevêtrement des évènements. Ainsi il était clair qu’Alandor avait laissé le moyen pour eux de se défendre contre l’Ennemi. Malheureusement ce moyen était noyé. Orphéo rompit le silence le premier.
- J’ai parlé à Alandor…
Tous le regardèrent attentivement s’attendant à une révélation.
- C’était pendant mes nuits d’entraînement au sanctuaire. Alandor est venu hanter mes rêves pour m’apprendre le passé. Il m’a raconté comment il vous avait éveillé. Il m’a raconté également pourquoi l’on doit protéger absolument les sept joyaux. Enfin ce qu’il en reste. Notre Ennemi est issu du sang même d’Alandor. Une sorte de double créé par le chaos. Le chaos n’a pas de volonté, il n’a pas de plan, mais il existe. Son existence est l’essence même du néant, de la destruction. Le seul but du chaos est de détruire toute vie. Il faut savoir que toute l’œuvre du Zâh repose sur le mouvement des atomes et sa volonté, ou plutôt chaque particule de l’univers est le Zâh lui-même. Le néant a infiltré la vie car elle a un sens, celui de vivre. Il n’existe pas dans l’univers un seul sens autre que celui de la vie. En infiltrant la vie, le Chaos a créé ce que l’on pourrait appeler les démons. Leur vrai nom dans notre langue est Assilites. Ce sont simplement des humains qui se sont « éveillés » au mal… ou du moins à la volonté destructrice absolue. Ce sont les vrais serviteurs du Chaos. Alandor les affronta à chaque fois qu’ils apparaissaient sur un des joyaux ; mais ils pullulèrent si vite que 4 joyaux furent ravagés dans leur totalité. Le cinquième devint Morgoth. Plusieurs Assilites devinrent assez puissants et tentaient de pénétrer les barrières dimensionnelles d’Orphéa. Lors de ses nombreux combats, Alandor fut blessé. Et lorsque son sang, source de vie, se mêla à la terre morte du troisième joyau, naquit l’Ennemi. D’une puissance totalement démesurée il possédait une partie des connaissances d’Alandor mais toute sa volonté était tournée vers le Chaos. Alandor qui avait senti sa naissance prit alors la décision de protéger les joyaux restant. Il lui restait quelques années pendant lesquelles il forma les gardiens de Gaïa et les Erhitils. Bien qu’une bataille eût lieu sur Orphéa, celle-ci survécut et avec elle le cœur de l’Univers et la Source d’Emeraude. Gaia, elle, fut miraculeusement épargnée. C’est pourquoi c’est sur cette planète que je suis né.
- Tout ça c’est bien, mais est ce qu’il t’a parlé de l’arme ?
Poséidon se montrait tout à coup très avide, mais au fond tous se posaient la même question.
- Non… Rien à ce sujet.
- Alors c’est peut être un mythes » fit Shaka sceptique.
- Non » répondit Mù « souviens toi de l’énigme de Sion : Tu te rendras dans la cité des étoiles où se tient le temple de l’homme… Sur la vasque des temps anciens tu liras ton passé, Je suis sûr que les secrets de mes ancêtres se cachent dans l’Atlantide et que l’homme n’est autre qu’Alandor.
- Mais comment expliques-tu que ton peuple connaisse Alandor ?
Kanon avait fait ravaler son sourire au Bélier mais Ellianor intervint à temps :
- Ils ne le connaissaient pas… Mais si c’était bien le temple bâti par Alandor alors c’était au Zâh qu’il rendait hommage et à l’homme en particulier. Il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’un peuple comme les Muviens puissent comprendre vers qui se tournait le culte dans ce lieu.
- Alors il faut émerger l’Atlantide pour y voir plus clair n’est ce pas ?
Hadès semblait prêt à se lever pour se presser de ramener la cité à la surface.
- Reste assis mon frère… Ce ne sera pas si simple, même pour toi de remonter le temple à la surface. Et puis je viens de revenir alors je voudrais éviter de voir les humains piailler sans cesse parce qu’une cité sort des eaux Je suggère plutôt que notre cher Poséidon nous montrent comment on crée un sanctuaire sous marin.
Chapitre précédent - Sommaire - Chapitre suivant
Cette fiction est copyright Achille.
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.