Prologue: Le guerrier des temps anciens
Il se tenait debout, fier et digne malgré ses vêtements en lambeaux et ses blessures. Le paysage autour de lui était complètement ravagé. On aurait pu entendre les gémissements de la planète tant elle venait de souffrir. Pourtant rien ni personne ne pouvait nier que s’échappait de cette aurore qui pointait timidement à l’horizon, une sorte de plénitude. La même que celle qui peut envahir le marin qui a essuyé la tempête pendant la nuit et qui, brisé, se réveille sur le sable chaud, à terre et vivant, avec le doux chatouillis des vagues sur ses chevilles.
L’homme fit un pas en avant puis un second, avec une infinie lenteur, ou bien était-ce le temps qui s’était enfin stoppé après une nuit si folle ?
L’aurore parfumait de ses rayons rouges ce qui était autrefois une vallée. Avant … avant tout ceci. L’homme s’agenouilla et prit dans sa main une poignée de cette terre sablonneuse, qu’il laissa filer entre ses doigts tandis que la poussière suivait la direction que la timide brise du matin lui imprimait.
Il était grand et ses muscles très bien dessinés, saillaient à travers ce qu’il restait de son ancienne protection dorée. En effet il portait une armure couleur or qui était à moitié détruite. Son épaule gauche et la partie supérieure de sa protection thoracique avaient été détruites emportant avec elles une des deux ailes qui, en temps normal, étaient pliées dans le dos de son armure. Son bras gauche semblait avoir supporté le poids d’un bouclier dont on ne distinguait guère plus que le centre. Son regard était bleu nuit, sa chevelure aussi noire que le jais avait perdu son éclat bleuté depuis un moment déjà, et son visage terne masquait difficilement les souffrances qu’il subissait encore.
Se relevant, il regarda vers le ciel, prit une profonde inspiration et fit rayonner son aura. Celle-ci, bien qu’ayant grandement diminué à cause de ces évènements, parvenait tout de même à dissiper les nuages qui persistaient encore dans le ciel. Fermant les yeux puis se concentrant, il étendit ses bras et, au fur et à mesure que le halo doré touchait le sol pierreux celui-ci se recouvrait peu à peu d’herbes et de fleurs qui encensaient l’air alentour. A un endroit, l’aura rencontra un gros rocher sur lequel elle se lova, s’insinua dans ses interstices, puis jaillit de nouveau faisant place à un ruisseau d’eau claire. L’onde du petit courant semblait gambader à toute vitesse pour faire son lit, elle prit un parcours tortueux pour finalement passer aux pieds de l’être qui venait de l’engendrer. Ce dernier relâcha sa respiration puis se mit à genou pour goûter la fraîcheur des premières gorgées d’eau de ce qui deviendrait un jour un fleuve. Au moment de se relever, il sentit une vive douleur qui semblait le poignarder de part en part ! Il mit sa main sur une des blessures de son flanc, sourit et murmura à la terre :
« Il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre… mais je suis heureux d’avoir pu accomplir ma mission. Mon dieu, j’ai vaincu le mal, mais j’ai fini par comprendre que la lutte ne prendra jamais fin. Toutefois je suis sûr que les combats ne reprendront que dans quelques siècles. »
Embrassant le paysage d’un regard circulaire, il fit alors un sourire un peu amère avant de reprendre :
« Tout de même, c’est dommage pour Orphéa, j’aurais aimé ne point la faire souffrir. Je me suis grandement attaché à cette planète. Mais elle survivra. Un jour mon héritier devra prendre mon épée et il se lèvera pour la protéger à nouveau. »
A ces mots il se saisit de la garde de l’épée qui pendait à son flanc. Bien qu’ayant pourfendu les forces ténébreuses toute la nuit durant, la lame ne portait aucun stigmate et continuait de briller d’un éclat si brillant et bleuté qu’on eût dit qu’un bout de ciel azur était enfermé dans la lame. L’épée dégageait sa propre aura et semblait gémir de la mort imminente de son maître. Il brandit alors la lame vers le ciel puis la fit pendre devant lui à ses pieds. C’est alors qu’un bruit de gravier se fit entendre. L’homme ne prit même pas la peine de se retourner pour reconnaître l’ombre qui s’avançait vers lui :
- Ellianor… je suis heureux de te revoir mon ami.
Ellianor était un homme assez mince et de taille moyenne. Il portait également plusieurs blessures et des ecchymoses, mais semblait malgré tout assez bien en point. Il avait une longue chevelure brune, que plusieurs fils d’or tenaient attachée en une longue natte. Il s’était agenouillé devant l’homme. Il portait une protection bleue foncée qui était très abîmée et dont on ne pouvait manifestement plus distinguer l’ancienne splendeur. Ses paupières closes cachaient en vérité un regard bleu acier qui était doux tout autant qu’il pouvait se révéler impitoyable. Bien qu’ayant le visage marqué par la dureté, il ne s’en dégageait pas moins de la bonté et de la générosité.
- Maître, est-ce que tout est fini ?
- Ne me nomme pas ainsi veux-tu. Je suis au crépuscule de ma vie et je n’ai plus que toi. Appelle moi par mon nom. Je veux que personne ne l’oublie. Je veux que, par delà les siècles, les forces que j’ai vaincues me craignent et fuient à ce nom.
- Bien … comme vous voudrez. Je n’en reviens pas de toujours être vivant.
- Hélas… tu seras seul désormais car tes compagnons sont morts et je ne vivrai pas longtemps encore.
- Que voulez-vous dire ?
- Mon temps est révolu. Mes blessures ne se fermeront pas ; j’ai enfermé mon savoir et mon âme dans l’épée, lorsque je m’en dessaisirai, la vie me quittera. Mais ainsi mon héritier la recevra en héritage et saura trouver le chemin.
- Mais comment le trouverais-je ?
- Ne t’en fais donc pas … je t’ai confié à toi mon plus fidèle compagnon, le secret de la longévité. Tu survivras, tu trouveras et élèveras mes héritiers. Tu seras la mémoire de notre dynastie pour que jamais ne s’éteigne la vie.
A ces mots qu’il avait prononcés en souriant, il tendit son épée qu’il avait remise dans son fourreau.
- Mais maître qu’attendez vous de moi ?
- Tu m’ennuies Ellianor dit-il lui rendant un sourire amusé. J’ai pourtant demandé que tu ne me nommes plus ainsi.
- Pardon … Ce n’est pas facile. Mais que voulez vous que je fasse de cette épée.
- Je veux que tu rejoignes une planète nommée Gaïa, là tu y déposeras l’épée dans un endroit connu de toi seul. Cette planète est veillée par de valeureux guerriers que j’ai, comme toi, éveillés à la maîtrise de la longévité. Ne les rencontres pas, ce n’est pas la peine. Tu ne seras là-bas que pour y couler une vie paisible et veiller sur l’épée jusqu’à ce que tu trouves mon héritier. Rassemble également les armes de nos compagnons, je suis sûr qu’elles trouveront également des héritiers sur Gaïa. Veille sur eux comme tu as pu veiller sur moi. L’épée renferme en elle mon pouvoir et nul autre que mon héritier ne pourra plus s’en saisir une fois que tu en auras lâché la garde. Souviens-t’en bien !
- Bien mais … Et Orphéa ?
- Elle va revivre. Bâtis-y un sanctuaire quand tu t’en sentiras capable. Rien ne presse désormais. Je te rappelle qu’une fois que je serais mort, tu seras le seul à pouvoir en trouver le chemin. Cette terre possède le cœur de l’univers et la source d’émeraude. Tu connais leur importance n’est-ce pas ? Alors ne laisse personne venir ici jusqu’à ce que mon héritier reprenne l’autorité que je te confie aujourd’hui. Il sera alors de son devoir suprême de la protéger. Enseigne lui l’univers … il trouveras le reste tout seul !
L’homme tendit à nouveau la garde de son épée à son compagnon. Les larmes d’Ellianor coulaient à flot quand il se saisit de l’objet. Un instant ils restèrent liés à l’épée, se regardant profondément l’un l’autre. Puis l’homme se dessaisit de l’épée et alla s’asseoir en tailleur à quelques pas. Lorsqu’il ferma les yeux, un souffle de vent dispersa sa silhouette comme un nuage de poussière et il s’effaça. Ellianor tomba à genou et frappa violement le sol avec sa main qui tenait l’épée ! Il s’écria alors « ALANDOOOOOOOOOR !! »… Ce fut le dernier cri de ce jour sombre, mais aucun ne l’avait encore égalé en émotion. Quiconque l’aurait entendu aurait aussitôt senti son âme se déchirer.
Celui qui fût le plus grand guerrier de tous les temps venait de mourir ; Ellianor se saisit de l’épée dans son fourreau. Puis il fit un regard d’adieu à cette planète. Il disparut de là instantanément et se téléporta sur Gaïa !
Cette fiction est copyright Achille.
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.