Chapitre 24: Dieu ou Diable?
«Lorsque je demandai à Lucifer pourquoi il s’habillait toujours de noir il me répondit que c’était pour ne pas être confondu avec Dieu »
Lady Némésis était restée figée dans la position où l’accusation de la fillette l’avait surprise. La révélation de sa féminité aux archanges qui l’observaient lui était encore plus douloureuse que le fait de revivre ces souvenirs de son enfance.
« On a pas besoin de toi !! »
La fillette lança une dernière fois cette invective avant de fondre en larmes.
Dans un geste purement maternel Némésis la prit dans ses bras et après avoir défait le corset qui lui permettait de porter son aube en dissimulant sa poitrine, l’attira tendrement vers elle.
La petite fille parut choquée par cet élan de tendresse, elle se serra plus fort contre celle qui était son avenir lointain et ses sanglots se calmèrent.
Némésis elle aussi avait du mal à retenir ses larmes.
« Pourquoi n’es-tu pas morte Némésis ? Les choses auraient été tellement plus simples pour nous deux… »
L’effusion entre les deux déesses de la vengeance se prolongea un long moment, Némésis adulte prit la tête de Némésis enfant dans ses mains et l’approcha de son visage.
- Ne t’inquiète pas petite, tu deviendras forte et tu n’auras besoin de personne, jamais… mais tu devras oublier ton passé comme tes parents.
- Je devrai oublier ma sœur aussi ?
- Oui tu devras l’oublier car jamais elle ne parviendra à te retrouver. Oublie jusqu’à son nom car il n’existe plus. Elle appartient à Hadès désormais.
Et la petite fille répéta pour la dernière fois le nom de sa sœur jumelle qu’elle ne devait jamais revoir.
« El…Elysée… Adieu »
Ensuite, comme dans un rêve, Némésis revit impuissante cette scène de son enfance qui avait scellé son destin.
Une main attrapa la petite fille par les cheveux et la souleva de terre.
L’auteur de cet acte était un homme de taille moyenne aux cheveux blonds plaqués en arrière qui portait une armure de cuir. Ses yeux blancs comme la neige révélaient ses origines.
Lady Némésis ne fit pas un geste pour défendre sa protégée, pour se défendre, cette scène ne faisait que se répéter, elle n’était qu’un fantôme…
La petite fille se débattait, donnait des coups de pieds et de poings, tentait de mordre. L’homme parut s’en amuser.
- Caractère sympathique.
- Qui… qui êtes-vous ?!
- Mon nom est Ilya Muromets, je suis le chef du clan des Bogatyrs en Petite Russie.
- Qu… qu’est-ce que vous allez faire de moi ?
L’homme éclata d’un rire franc, il posa la jeune Némésis à terre puis lui tendit la main.
- Je vais t’emmener dans un pays magique très loin à l’Ouest.
L’imagination de l’enfant parut s’éveiller à l’énoncé de cette dernière phrase.
- C’est un pays où vivent des rois ?
Ilya éclata d’un nouveau rire plus franc que le premier.
- Oui il y a des rois ! Ce pays est tellement grand qu’il en compte 9 ! Et je suis l’un d’eux ! Si tu viens avec moi tu deviendras une princesse, mon histoire te plaît-elle ?
La jeune Némésis posa sa main dans celle d’Illya et l’archange qui les observait de loin savait d’avance ce que cette alliance réservait de bonnes choses et de moins bonnes…
Ils partirent au loin et lady Némésis resta longtemps prostrée devant la tombe de ses propres parents versant des larmes pour ces personnes qu’elle avait oubliées depuis longtemps. Elle pensait au hasard qui faisait que toutes ces personnes qui avaient oublié les liens qui les unissaient étaient aujourd’hui rassemblées.
Elle sentit alors une brûlure au niveau de son épaule, par quelques bonds de côté elle se mit hors de portée et put distinguer le visage de son adversaire.
C’était Uriel !
***
Odin ne comprenait pas vraiment par quel miracle en cherchant la chambre de Zeus il était tombé dans un décor aussi semblable à Asgard mais il était sûr d’une chose : l’archange porteur d’une épée enflammée qui lui faisait face n’était pas animé de bonnes intentions.
Saisissant l’épée de Balmung il se prépara à recevoir le premier assaut.
La bataille s’engagea, violente, cruelle ! L’épée de Balmung décrivait des cercles autour de son détenteur, rendant toute attaque frontale impossible mais les flammes dégagées par l’épée de l’archange forçaient le seigneur d’Asgard à reculer constamment pour éviter d’être carbonisé.
De son côté l’archange semblait anticiper chacune des attaques d’Odin comme si celui-ci les lui avait déjà montrées. Au bout de quelques reprises les deux adversaires durent faire une pause pour reprendre leur souffle.
Odin commençait à douter de sa victoire.
« C’est complètement fou ! Je n’ai jamais affronté cet homme et pourtant il semble connaître toutes mes techniques ! En plus je ne ressens plus le cosmos d’Arès, que se passe-t-il donc dans ce palais ?! »
Un peu à l’écart, rendus invisibles par la tempête de neige deux archanges commentaient le combat. Uriel ne cachait pas son enthousiasme.
- Formidable ! Grâce à tes illusions ce gêneur d’Asgard va bientôt mordre la poussière !
- En es-tu sûr Uriel ? demanda Oblivion qui concentrait toute son énergie dans le maintien des illusions qu’il avait crées.
- Cela ne fait aucun doute ! Némésis connaît toutes les techniques d’Odin et celui-ci croit avoir affaire à moi, du coup il ne sait plus comment riposter !
- Certes mais pour que mes illusions se maintiennent il faut qu’aucune d’elles ne soit détruite et l’échec de notre embuscade sur Hadès m’inquiète…
Pendant ce temps Odin était en mauvaise posture, ne sachant comment éviter les flammes de l’épée de l’archange il ne parvenait pas à riposter de manière cohérente.
Son adversaire prit alors appui sur ses jambes pour lancer une charge, Odin crut que son heure était arrivée mais contre toute attente la charge ne l’atteignit pas. L’archange n’était même pas parvenu à couvrir toute la distance comprise entre eux et semblait souffrir d’une blessure.
« Il a l’air d’être blessé aux jambes… Exactement comme… Se pourrait-il que ? »
Pris d’un affreux doute le seigneur d’Asgard rengaina alors Balmung dans son fourreau. Il passa alors une main dans sa chevelure et découvrit une sorte de pierre précieuse de la taille d’un œil incrustée sur son front. C’était l’œil de Wotan, cet œil sacrifié qui lui avait apporté la sagesse.
Odin ferma son œil unique pour permettre à la pierre magique d’agir. L’image de l’archange Uriel s’imposa d’abord à ses yeux puis une autre image plus trouble vient se superposer à celle-ci, celle d’une femme d’une extraordinaire beauté à peine recouverte par l’aube d’un archange. Ses yeux émeraudes et ses très longs cheveux blonds cependant ne pouvaient tromper son rival.
« Une femme ?! Je comprends pourquoi Némésis ne voulait pas revêtir sa véritable armure devant moi… »
Odin rouvrit son œil unique. Il sentit un moment d’hésitation chez son adversaire du fait qu’il avait rengainé son épée.
« Je sais qui il est vraiment mais il… enfin elle ne me voit pas tel que je suis. Que dois-je faire ? La tuer ? Elle n’est pas responsable de ses actes… »
Némésis s’immobilisa pour invectiver celui qu’elle croyait être Uriel.
- Uriel ! Comment as-tu osé ?! Toi, l’un des neuf rois d’Utopia, comment as-tu osé jouer ainsi avec mes souvenirs ?! Tu vas me le payer !!
Némésis se rua sur Odin comme une furie, sa rapière cassée à la hauteur de son bras gauche. Odin ne bougea qu’à la toute dernière seconde en plaçant le fourreau de son épée en perpendiculaire à l’arme de Némésis, brisant ainsi son élan.
- Il ne faut jamais sortir la lame du fourreau dans un intervalle aussi court ! Une experte de l’escrime comme toi devrait le savoir !
D’un geste précis il dégagea son fourreau d’un moulinet et l’envoya dans la direction de Némésis qui n’eut pas le temps de se retirer et fut touchée au nez.
Odin profita de cet instant de flottement pour tenter de convaincre son opposant.
- Tu ne vois pas qu’on te manipule ! Je ne connais pas cet Uriel ! Réveille-toi Némésis ! Aurais-tu déjà oublié mon style de combat à l’épée ?
Némésis le dévisagea d’un regard sans aménité et cette fois elle plaça sa rapière dans l’espace compris entre l’index et le majeur de sa main droite.
- Qui que tu sois, je suis sûre d’une chose : l’illusion dont je suis victime ne cessera que lorsque je t’aurai vaincu. Et même si ce n’était pas le cas, tu as vu trop de choses que je voulais cacher ! Alors prépare-toi !
Odin vit clairement son adversaire passer à l’assaut, il ne dégaina pas l’épée mais commença à intensifier son cosmos. L’armure de Balmung commença à émettre une vibration mélodieuse tandis qu’une cosmoénergie glacial l’enveloppait.
« Je vais concentrer mon cosmos sur mon armure. Le froid devrait ralentir ses mouvements et la glace limitera les effets de l’hémorragie si je dois faire face à un second assaut. Mon armure, je te confie ma vie ».
Némésis passa à l’attaque mais cette fois sans prendre appui sur ses jambes.
« Elle ne va pas se servir de ses jambes… sa prochaine attaque sera soit la comète angélique soit l’épée arc-en-ciel, si c’est la seconde je suis mort »
Le nom d’une attaque crié à s’en faire exploser les poumons, une comète lancée à bout portant, le bruit d’un corps qui s’écroule, des illusions qui disparaissent puis un nom crié par une femme : « Odin !! »
***
La voix de Rhéa était douce, suppliante, envoûtante, contrastant violemment avec le lieu d’où elle provenait.
Hadès n’avait prononcé aucun mot depuis qu’il avait rencontré sa mère. Il semblait maintenant indifférent au sang qui s’écoulait autour de lui et perturbait ses sens. Restant à distance de sa mère il semblait écouter religieusement les paroles de cette femme qui lui ressemblait tant.
« Hadès, je sais que tu me détestes pour t’avoir donné la vie, cette vie qui pour toi s’est résumée à une longue solitude mais comprends-moi : j’aimais ton père le roi Cronos et mon devoir en tant qu’épouse était de lui donner un héritier. »
Le dieu des morts persista dans son mutisme. Sa mère en sembla troublée car elle retourna son visage vers le sien et lui montra ses poignets dont les veines étaient ouvertes.
« Regarde ce sang mon fils. Ceci est mon sang et mes larmes aussi. Ce sang je le verserai jusqu’à la dernière goutte si nécessaire pour obtenir ton pardon comme le dieu des chrétiens a donné le sien pour le pardon de l’humanité »
Le sang continua de s’écouler comme jaillissant d’une fontaine sous les yeux indifférents du dieu des morts. Rhéa se leva alors et vint se prosterner devant son fils aîné. Ses yeux étaient brillants de larmes.
« Je t’en prie Hadès, dis-moi ce que je dois faire pour obtenir ton pardon »
Le dieu des morts consentit pour la première fois à répondre.
« Pourquoi m’as-tu préféré Zeus ? »
Rhéa parut surprise par cette question.
- Pourquoi l’as-tu sauvé lui et m’as-tu laissé à Cronos ? Pourquoi la lumière pour lui et les ténèbres pour moi ? J’étais pourtant ton premier né. Le premier être vivant auquel tu as donné le jour.
- Pardonne-moi… Il brillait d’une telle lumière… je n’ai pas pu me résoudre à l’abandonner.
- C’est vrai : je te déteste pour cela : tu m’as donné la vie sans me donner l’amour.
Rhéa observa son fils avec une expression mêlée de douleur et de terreur dans ses yeux aussi bleus que les siens et tout aussi tristes en cet instant.
La peur qui s’était insinuée en elle la quitta aussi vite qu’elle était venue.
Sans un mot elle posa ses deux mains ruisselantes de sang sur les joues de son fils aîné. Celui-ci semblait en éprouver une certaine gêne.
- Regarde-moi dit-elle simplement.
Hadès sentait la chaleur corporelle de sa mère s’insinuer dans sa peau, lentement, doucement, lui rappelant des sensations depuis longtemps oubliées.
- Regarde-moi bien Hadès. Ces yeux ne sont-ils pas de la même couleur que les tiens ? Et ces cheveux, ne te rappellent-ils rien ? En ce moment tu sens la chaleur de mes mains sur tes joues et tu commences à te souvenir.
- Oui je me souviens à présent…
Rhéa l’attira plus près d’elle puis déposa un baiser sur son front comme font les mamans pour encourager leur enfant à dormir.
- Je ne t’ai pas donné d’amour ? Mais alors comment pourrais-tu vivre aujourd’hui ? Même si tu l’as oublié, le jour de ta naissance tu criais comme tous les nourrissons qui réclament l’amour. A ce moment là je t’ai pris dans mes bras puis je t’ai embrassé. Même si cela n’a duré qu’une seconde je ne l’ai pas oublié et toi non plus.
Hadès semblait avoir abandonné toute prévention, sa tête inclinait de plus en plus vers l’avant comme s’il était sur le point de s’endormir tandis que la main affectueuse de Rhéa caressait tendrement ses cheveux.
Dans cet instant d’intimité personne ne faisait attention à un cosmos extraordinairement brûlant se déplaçant lentement le long de la rivière de sang.
L’archange Uriel guidé par son compagnon se préparait à porter un coup mortel au maître de la mort.
« Il est en mon pouvoir, Uriel, prépare-toi à frapper. »
Sûr de lui, l’archange du rayon lumineux ne prêtait plus aucune attention aux phrases que la mère et le fils continuaient à échanger.
Rhéa continuait à distiller des paroles de tendresse dans l’oreille de son enfant retrouvé, elle l’étreignait toujours avec émotion lorsque avec la même voix douce il demanda :
-Ah réponds-moi s’il te plaît. Comment se nomme le monstre qui a osé t’utiliser pour m’atteindre ?
La main du dieu se referma lentement sur la garde de son épée tandis que son visage s’approchait de plus en plus de celui de Rhéa, sa bouche et son oreille étant pratiquement au contact.
Uriel s’immobilisa instantanément en sentant le cosmos de sa victime s’accroître.
« Non c’est impossible ! Il n’a pas pu me repérer ! »
La voix furieuse d’Oblivion retentit à ses oreilles, balayant toute hésitation : « Qu’est-ce que tu attends pauvre pomme ?! C’est maintenant qu’il faut frapper ! »
« Oui tu as raison, pour Zeus et notre pays, Hadès doit mourir ! »
Trop absorbés par leur attaque conjuguée aucun des deux archanges n’avait prêté attention au dernier échange entre Hadès et Rhéa. L’épouse du roi Cronos avait en effet pris son enfant dans ses bras et commencé à déverser dans son cœur toute la tendresse dont elle était capable. Mais aucune réponse ne lui parvint.
« Hadès, tu m’écoutes ? »
Rhéa n’eut pas le temps d’achever sa question, les images que lui renvoyaient ses yeux étaient plus floues, lorsqu’elle les abaissa vers le visage de son fils, celui-ci n’y était plus, à la place se trouvait une longue lame d’acier qui lui perforait l’estomac.
Hadès était celui qui tenait cette épée.
« Si je t’écoute un peu. »
Uriel s’était arrêté net, frappé de stupeur par la scène à laquelle il venait d’assister : un fils tuant sa propre mère ! L’étonnement d’Oblivion égalait au moins le sien.
-Incroyable ! Ne pouvant frapper ce qu’il ne pouvait voir, il a préféré tuer sa propre mère et ainsi briser l’illusion dont il était victime ! Comment a-t-il pu garder une telle lucidité ?!
Mais ses réflexions furent brutalement interrompues : une souffrance intense le traversa, le faisant se plier en deux comme si l’on venait de lui porter un coup dans l’estomac. Comprenant en un éclair ce qui allait se produire, il interpella brutalement Uriel.
-Va t-en ! Pars tout de suite ! Maintenant qu’il a détruit une de mes illusions je ne pourrai pas maintenir les autres très longtemps !
-Mais je peux encore…
-Tu ne peux plus rien ! Hadès a surmonté cette épreuve, nous n’avons plus le droit d’intervenir !
En effet la rivière de sang commençait à s’évaporer pour révéler la véritable apparence de l’Olympe. Penché sur sa mère, le fils aîné hésitait à gratifier une illusion de cette phrase qu’il n’avait jamais été capable d’énoncer auparavant.
« Je…Maman… »
Il allait dire quelque chose… ses lèvres s’étaient ouvertes pour énoncer un mot… mais à ce moment précis le corps de Rhéa commença à se disloquer.
Le dieu des morts eut un geste inattendu : approchant ses lèvres du visage de Rhéa, il embrassa ses lèvres avec ferveur. Les yeux de celle qui avait tenu le rôle d’une reine brillèrent alors d’un nouvel éclat et ce fut le dernier souvenir qu’elle laissa au maître de la mort avant de redevenir poussière d’étoiles, le laissant à nouveau seul.
« Archanges, vous vous jouez cruellement de nos sentiments pour protéger Zeus mais je devrais sans doute vous être reconnaissant : ma véritable mère est morte il y a très longtemps, morte de chagrin en voyant ses enfants s’entredéchirer. Elle n’a jamais su que je lui avais pardonné, grâce à vous j’ai pu lui dire au revoir.»
***
-Je ne suis pas pire que mon frère tu sais.
Depuis que l’assaut d’Hadès avait commencé Pandore allait de surprise en surprise : au lieu de donner des ordres et de se préparer le maître de l’Olympe semblait décidé à lui faire les honneurs de sa demeure. L’Olympe était un domaine immense, d’aucuns prétendaient que sa surface dépassait celle de la Terre elle-même mais la comparaison s’arrêtait là car le domaine céleste était infiniment plus beau que la terre des hommes.
Au lever du soleil les nuages prenaient une couleur d’or inimitable qui ne les quittait que lors de son coucher un mois plus tard mais il n’y avait pas que cela : les 12 cités olympiennes bâties par les gigantesques cyclopes et immaculées de toute violence depuis la Gigantomachie reflétaient la lumière de l’astre solaire sur leurs immenses domaines chacun d’une couleur différente : rouge pour Arès, rose pour Aphrodite, bleu pour Poséidon… Mais la couleur dominante de cet arc-en-ciel était sans conteste celle du maître de l’olympe : la plus pure la plus immaculée et la plus blanche qui se mélangeait avec toutes les couleurs secondaires, les assimilant, leur donnant plus de force et de brillance chaque fois que le soleil dardait ses rayons et cela aussi longtemps que le désirait le maître des cieux.
Trop éblouie par le spectacle multicolore qui s’offrait à elle pour prêter attention à la question qui lui était indirectement posée, Pandore admirait ce magnifique domaine.
Amusé par sa candeur, le roi des dieux vint se placer à son côté et s’adressa à elle d’une voix suave qui dissimulait une cruelle ironie.
-La beauté d’un lever de soleil est irremplaçable n’est-ce pas ?
Pandore s’écarta légèrement en sentant la présence de son geôlier mais dans ce geste il y avait beaucoup moins de crainte qu’auparavant.
-Tu étais faite pour le soleil, je l’ai su dès le premier jour où je t’ai vue, lorsque ma sœur Déméter est venue te présenter à nous le jour de tes 15 ans.
La jeune fille prit une expression rêveuse en se remémorant ce souvenir d’une époque si lointaine, comme pour Athéna les souvenirs de sa vie dans les temps mythiques lui revenaient sous la forme d’intuitions parfois douces mais le plus souvent violentes.
Zeus savait très exactement quels sentiments agitaient le cœur de la jeune fille et il se faisait d’avance une joie de les briser tous, lentement, subtilement comme il l’avait fait avec Prométhée en le forçant à regarder le martyr des hommes.
-C’est sur ce même balcon que mon triste frère t’a donné ton premier baiser, je m’en souviens très bien : tu voulais échapper au contact de mes sujets et il se trouvait là à ce moment. J’espère que ce baiser donné ne fut pas le dernier.
Pandore aurait voulu répliquer quelque chose, lui envoyer une preuve irréfutable qui démonterait cette affirmation mais aussi loin qu’elle sonde sa mémoire elle ne pouvait saisir un seul souvenir de bonheur, tout était gris et terne.
-Je… je ne sais pas.
Zeus la prit doucement par l’épaule et l’invita à la suivre le long du balcon qui bordait toutes les fenêtres du palais.
-Non la vérité c’est que tu ne t’en souviens pas. Mais ne t’inquiètes pas : j’ai aidé ma fille à se souvenir de sa mission en prenant l’apparence d’un vieil homme qu’elle croyait son grand père alors je peux faire de même pour toi.
Pandore tenta d’échapper à l’étreinte du dieu mais elle n’y parvint pas, elle dut donc se résigner à le suivre et à l’écouter.
-La première chose que tu dois savoir est que tu es Perséphone comme Saori est Athéna et Julian Solo est Poséidon, nul ne peut aller contre cela même si tu n’en as pas conscience.
-Si je suis Perséphone, pourquoi est-ce que je ressemble si peu à la déesse blonde que j’ai vue dans mes rêves ?
-Cette déesse dont tu parles est morte ou du moins son corps n’existe plus.
-Comment est-elle morte ?
-Tu dis te souvenir de tes rêves alors tu dois te souvenir de ce que t’a répondu mon frère quand tu lui as demandé de te prendre avec lui.
-Il a dit « Je suis le dieu qui domine la mort, si tu restes avec moi c’est comme si tu abandonnais la vie »
Un sourire cruel flotta quelques secondes sur les lèvres du maître des cieux.
-Et sa prédiction s’est réalisée : la fragile Perséphone qui depuis son enfance ne vivait que pour Hadès a perdu la vie par sa faute.
-Vous mentez !
Devant tant de hargne, le sourire de Zeus s’élargit encore.
-En effet, Hadès n’est pas responsable de ta mort, il en est l’auteur.
-Comment ?
Cette fois l’interlocuteur de Pandore prit un air légèrement mélancolique, comme s’il s’apprêtait à énoncer une triste vérité dont il aurait été le témoin.
-L’amour le rendait faible, sa puissance déclinait. Le monde avançait et il voyait qu’il n’en ferait jamais partie s’il continuait de consacrer sa vie à te protéger. Un conflit éclata avec Déméter soutenue par quelques dieux, les 108 spectres eurent aisément le dessus mais les humains avaient été les premières victimes de cette guerre. Tu lui demandas de te laisser partir et il finit par accepter mais quand tu revins à lui il avait changé, l’amour dans son cœur avait fait place à l’orgueil, l’ambition le dévorait. En te voyant il a senti ses sentiments renaître avec sa faiblesse alors, sans un mot, il a pris ta vie.
-Vous mentez !!
-Oh je ne dis pas que ce fut un choix facile pour lui. Je ne doute pas non plus qu’il en ait éprouvé de la peine, cela a probablement dû lui briser le cœur. Cependant tu connais suffisamment mon frère pour savoir que ses actes même les plus abjects trouvent toujours une justification. Mais les faits sont là : l’assassin de Perséphone fut Hadès et malgré toutes les excuses que l’on pourra lui trouver, cet acte démontre qu’il est un être foncièrement mauvais.
Bien que moralement détruite par cette révélation, Pandore tenait vaillamment tête au roi des dieux et choisit d’abattre sa dernière carte.
-Si Perséphone était un poids pour lui, pourquoi aurait-il choisi d’avoir Pandore à son côté ?
-Ce ne fut pas un choix mais une punition. Un meurtre appelle toujours justice et quel plus beau châtiment pour un homme que d’avoir à son côté celle qu’il aime pour l’éternité sans jamais pouvoir le lui dire ? C’est moi-même qui ai soufflé cette idée au tribunal des dieux.
Sur ces derniers mots, le roi des dieux saisit le bras de celle qui était en théorie la réincarnation de sa fille pour l’emmener un peu plus loin. Pandore ne saisit que quelques secondes plus tard ce que ce geste avait de protecteur lorsque le mur auquel elle était adossée s’écroula sous l’impact d’une comète angélique.
***
Oblivion vaincu, les illusions créées par lui ne lui survivraient plus longtemps.
Autour de Némésis et Odin les plaines du grand Nord qui avaient servi de théâtre à leur dernier affrontement étaient en train de disparaître de pair avec la neige. Mais pour le dieu nordique le mal était déjà fait.
Ne parvenant pas à se décider à tuer une femme, le seigneur d’Asgard avait choisi de recevoir l’attaque de celle-ci de plein fouet, espérant à raison que cela dissiperait l’illusion dont elle était victime. Son plan avait fonctionné à la perfection à un détail près : son armure n’avait pas encaissé toute la force de l’attaque, il gisait donc à quelques mètres de là, inconscient, une femme blonde portant une aube d’archange penchée sur lui.
Némésis bien que vraisemblablement désolée d’être la cause de cette blessure n’en perdait pas pour autant son sang froid : après avoir vérifié que le ni le dos ni la nuque n’avaient été touchés, elle mit Odin en position assise puis ayant posé ses mains sur ses épaules, le secoua assez rudement d’avant en arrière provoquant son réveil instantané.
Odin ouvrit lentement les yeux puis porta vivement la main à son estomac. Apercevant Némésis il se força à sourire.
-Je ne sais pas comment tu m’as réanimé mais j’aurais préféré le bouche à bouche…
La jeune femme lui sourit en retour, visiblement soulagée.
-Ca n’aurait pas été désagréable en effet, pour une prochaine fois peut-être mais il me semble que le temps presse aussi…
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase car Odin lui saisit très fermement le poignet droit pour l’empêcher de partir.
-Attends. Tu viens de manquer de me tuer pour la deuxième fois aujourd’hui et de me ranimer de façon plutôt brutale. En plus de ça je découvre que tu es une femme et surtout tu as lâché un nom lors de notre duel « Uriel » alors je pense que tu me dois une explication.
La réponse de Némésis fusa tandis qu’elle essayait de s’arracher à l’étreinte du dieu nordique.
-Uriel est un des trois seigneurs des archanges de Zeus, il a utilisé ses pouvoirs pour m’obliger à te combattre de façon à ne pas se salir les mains, cela te suffit-il ?
-Il serait temps de cesser de mentir, tu ne crois pas ?
-Qu’est-ce que tu veux dire ?
Odin planta son regard dans celui de Némésis.
-Tu n’es pas plus archange que je ne le suis et avant le début de notre duel je t’ai entendu parler d’un pays gouverné par neuf rois dont l’un s’appellerait Ilya. Il est inutile de tenter de cacher la vérité plus longtemps : votre rôle n’est pas de protéger Zeus et vous ne venez pas de l’Olympe. Si tu ne me donnes pas une explication je ferai tout mon possible pour perturber le duel auquel vous autres archanges attachez une telle importance. Alors parle !
-Je risque ma vie si je te dis la vérité. Uriel ou Oblivion n’auront aucune hésitation à m’exécuter.
-Ils sont déjà passés à l’acte et n’hésiteront pas à recommencer ! En nous aidant tu es devenue leur ennemie, et puis… et puis cela doit être dur de garder un secret pendant si longtemps sans jamais pouvoir le confier.
Némésis envisagea un moment Odin comme un ennemi potentiel, ses yeux dévièrent dangereusement vers son épée posée à quelques mètres d’elle puis sans raison apparente son expression changea du tout au tout et elle décocha à son compagnon son plus charmant sourire.
-Oh et puis zut ! Tu as raison, c’est vraiment trop lourd de ne jamais pouvoir rien dire et puis maintenant ce n’est qu’une question de minutes avant le grand final ! Alors écoute-moi bien car je vais te révéler ce que je sais sur Utopia et les 9 rois.
***
Le maître de la mort s’immobilisa et tout son corps se raidit comme s’il venait d’apercevoir un fantôme.
- Que fais-tu là ?
Un homme de taille moyenne vêtu d’un manteau en fourrure de loup émergea de la pénombre.
- Quel accueil glacial monseigneur… il faut dire que les circonstances de notre dernière séparation n’étaient pas non plus très chaleureuses.
- Je sais Loki, je n’aurais pas dû te laisser la vie sauve ce jour là. Pour l’avoir blessée tu auraîs mérité de souffrir mille morts.
Pour calmer la nervosité que faisaient monter en lui ces souvenirs humiliants, le dieu malin commença à se gratter le nez.
- Je suppose que vous faites allusion à cette jeune fille, Pandore je crois…
- Je t’interdis de prononcer son nom !! La dernière fois tu ne dus la vie sauve qu’à son désir !!
Un sourire malsain déforma les lèvres du dernier des Vanes en constatant qu’il avait touché le point sensible.
- En parlant de Pandore, savez-vous ce qu’elle est devenue ?
Hadès était trop fin pour ne pas soupçonner une quelconque malice de la part de son ennemi aussi se concentra-t-il pour repérer une éventuelle trace du cosmos d’Oblivion synonyme d’illusion mais non il n’y avait rien que Loki et lui.
Devant l’inertie de son interlocuteur celui-ci enchaîna donc.
- Seigneur Hadès, je suis venu de très loin pour vous conter une histoire, la voici : les petits dieux qui étaient chargés de protéger votre domaine sur Terre ont trouvé plus fort qu’eux, la belle qu’ils étaient partis chercher dans un royaume enneigé s’est envolée vers le ciel en compagnie d’un beau prince charmant…
Jusque là Hadès n’avait que distraitement écouté les élucubrations du dieu malin et son regard se portait plutôt sur le cou de celui-ci comme s’il calculait mentalement le nombre de coups qu’il lui faudrait pour le trancher. Mais Loki avait un atout maître.
- … Le beau prince a laissé les gardiens… endormis… peut-être pour toujours. Quant à la belle… peut-être s’est-elle endormie aussi… son beau prince la réveillera sans doute d’un baiser… à moins qu’il n’aille directement à la conclusion du conte.
Si Loki s’attendait à provoquer une réaction violente de la part de son vis-à-vis, il dut être déçu. Le seigneur du Meikai n’avait pas bougé d’un cil : son épée était toujours posée dans sa paume, immobile, son opulente chevelure occultant l’expression de ses yeux. Pourtant il y avait comme une dissonance dans ce tableau, comme une couleur trop vive dont le peintre eût par mégarde maculé son œuvre.
Ce détail sauta tout de suite aux yeux de Loki qui approchant délicatement sa main de celle du dieu l’éloigna doucement de la lame pour l’examiner.
- Oh quel malheur, vous vous êtes coupé ? Vous aurais-je troublé ?
Avant qu’il n’ait eu le temps de savourer son triomphe, le traître sentit une douleur affreuse lui traverser la main, comme si toutes ses phalanges venaient d’exploser en même temps. Il n’eut cependant guère le temps de s’apitoyer sur son sort car une question fusa immédiatement à ses oreilles.
« Pourquoi ? »
Loki eut du mal à comprendre la question aussi dut-elle être répétée deux fois et ponctuée d’un nouveau cri de douleur.
- Pourquoi un démon de ton genre vient-il m’annoncer l’enlèvement de ma sœur par Zeus ?
Hadès relâcha la pression le temps nécessaire à Loki pour retirer ce qui restait de sa main.
- Quelle question… mais pour vous voir souffrir naturellement. Seigneur Hadès, vous ne pouvez savoir à quel point je vous hais, vous mais aussi Odin. Malgré vos grands discours vous n’êtes finalement qu’un lâche qui envoie des assassins régler ses affaires sous des prétextes fallacieux ! Je suis le dernier membre de la famille des Vanes, ma fille Hell était la dernière chose qui me restait dans ce monde et votre Hypnos l’a endormie à jamais… pour votre bon plaisir !
Un sourire ironique déforma les lèvres de Loki malgré la douleur. Hadès quant à lui ne semblait pas préoccupé outre mesure par ces accusations.
- C’est pour me dire cela que tu es venu jusqu’ici ? Je n’ai que faire de tes accusations : Hell, Aegir et maintenant toi, vous avez tous voulu me faire obstacle alors que ma lutte n’était pas dirigée contre vous. Ils en ont payé le prix, voilà tout.
Loki se releva péniblement, il n’y avait aucune peur dans ses yeux lorsqu’il toisa Hadès.
- Non effectivement, mon rôle est celui de messager. Je viens de la part des 9 rois qui gouvernent le royaume de votre père.
Cette fois Hadès paraissait vraiment intrigué.
- Le royaume de mon père ?
Loki devait tellement souffrir en cet instant qu’il ne songea même pas à ménager son effet.
- Oui majesté. Aux confins du monde, là où la mer rejoint l’astre de la nuit et celui du jour, se trouve une île enchantée que le roi Cronos appela « l’île des Bienheureux » ou Utopia, le royaume de l’Utopie.
- Qui es-tu donc, Loki ?
Le dieu malin était à nouveau en position de force, il aurait pu tout révéler mais il préféra réciter ce qu’on lui avait appris depuis qu’il était arrivé à Utopia.
« Notre nom est Légion car nous sommes nombreux. »
Cette citation fut immédiatement complétée par le dieu des morts :
- « Du diable nous venons et au diable nous retournons ». C’est la réponse que fit un homme envoûté par un démon au Christ qui tenta de savoir qui il était. Seriez-vous donc le diable ?
Loki sembla hésiter entre plusieurs possibilités mais finalement jouer au plus fin avec Hadès ne pouvait aboutir à rien et Caliban, le troisième roi d’Utopia, avait été très clair : Hadès devait savoir, absolument tout.
- Je te hais tellement Hadès… je te hais pour ce que tu as fait à mon peuple. Je te déteste encore plus que tous les olympiens réunis bien qu’ils aient fait des autres panthéons leurs esclaves. Mais mon maître, lui, semble t’apprécier. Aussi je vais devoir te révéler ce qu’est Utopia et la raison de ma présence.
Un court silence passa avant que le dieu déchu ne s’exécute finalement.
- Utopia est un royaume enchanté, cette île est née de la volonté du roi Cronos qui voulait en faire le point de départ d’un nouvel âge d’or. il voulait y fonder une nouvelle humanité mois corrompue que celle-ci, il souhaitait que la douleur fût bannie de cette Terre de façon à ce que tous les hommes puissent vivre en harmonie avec le concept qui les définissait. Dans les temps mythologiques seuls quelques rares élus furent autorisés à y séjourner mais lors de la défaite du roi Cronos, Utopia se coupa du monde et se divisa en 9 royaumes correspondant aux 9 concepts principaux censés définir l’essence de l’être humain.
Loki se préparait à enchaîner mais Hadès préféra le couper avant de le voir entrer dans des considérations théologiques.
- Je ne vois toujours pas quel est le rapport avec moi.
Son interlocuteur ne sembla pas outre mesure affecté par cette interruption.
- Utopia est un royaume enchanté gouverné par 9 des plus grandes puissances qui existent sur cette planète mais depuis les temps mythiques il nous est interdit de conquérir le monde tant que nous ne le faisons pas au nom de notre souverain légitime. Celui-ci, vous le savez, fut votre père le roi Cronos et depuis sa disparition le choix doit s’opérer entre ses fils. Poséidon étant défait, il ne reste plus que Zeus et vous-même. Utopia a besoin d’un souverain, majesté. Ce duel entre Zeus et vous-même nous est apparu comme le moyen le plus approprié de procéder à une élection. C’est pour cette raison que les archanges Uriel et Oblivion ont jugé bon de s’occuper de ceux qui vous accompagnaient et auraient pu gêner votre duel.
- Les archanges sont donc tous des espions d’Utopia ? Cela veut dire que tes neuf rois désirent que Zeus soit leur souverain ?
- Non majesté. Seuls les rois connaissent leur identité respective. Je vis à Utopia depuis des milliers d’années et pourtant je n’en connais que deux. Mais je crois pouvoir dire que mon maître Caliban, le troisième roi, vous est favorable.
Hadès ne parvint pas totalement à cacher sa contrariété : Caliban était le nom d’un personnage de La Tempête de Shakespeare, un monstre aux pouvoirs surnaturels au service de l’archimage Prospéro mais perpétuellement en révolte contre lui. Compter parmi ses alliés un homme qui avait choisi un tel nom n’était pas nécessairement réconfortant.
- C’est pour cette raison qu’il m’a envoyé ici : il veut vous témoigner son soutien.
Jusqu’à maintenant, Loki n’avait fait que dire la vérité mais il venait de mentir : Caliban lui avait juste ordonné de transmettre la prophétie du premier roi à Némésis de façon à ce que celle-ci puisse jouer son rôle. Jamais il ne lui avait ordonné d’assurer Hadès de son soutien.
- Tu mens, Loki. La raison qui t’a poussé à venir me dire cela est que tu voudrais que j’attaque Zeus immédiatement. Et s’il me tuait, toi et les tiens seraient alors vengés. Ai-je vu juste ?
L’émissaire d’Utopia se courba soudainement en deux comme en proie à une douleur fulgurante mais en fait c’était le rire qui le faisait trembler.
- Ah ah ah !! Oui tu as tout à fait raison ! C’est une défaite totale ! Ah ah ah !! J’ai échoué sur toute la ligne et maintenant tu vas me tuer !
Loki mit quelques secondes à reprendre son calme tandis qu’Hadès lui tournait étrangement le dos.
- Mais en fait j’ai réussi : j’ai accompli ma vengeance et la volonté de mon maître. Car je sais que Zeus te tuera, Hadès et avec toi Odin et tous les autres ! Mais il n’y a pas que ça : maintenant je sais que tu vas souffrir comme j’ai souffert d’avoir perdu ma fille car Zeus vient de te prendre les seules personnes que tu chérissais et bientôt il sera aussi le roi d’Utopia, le successeur de Cronos ! Quelle belle vengeance !! Mais… tu ne réagis pas ?
A cet instant les yeux d’Hadès avaient viré à la couleur blanc acier qui ne les animait que lorsqu’il était en proie à une colère sans borne.
- Ne… ne me dis pas que cela ne t’affecte pas !! Quel genre de monstre es-tu pour ne pas t’émouvoir de cela ?! As-tu seulement un cœur ?!
Des dents serrées du sombre dieu, seul un sifflement s’échappa mais il était rempli de haine.
« Tais-toi ! Tu m’énerves ! »
Loki vit le danger arriver mais trop tard : déjà le cosmos d’Hadès avait englobé tout son corps, ses yeux étaient devenus aveugles, l’air qui pénétrait ses poumons était irrespirable et en son corps brûlait une flamme ardente.
- Tu… tu as tout détruit en moi… tout ce qu’il restait de bon… maintenant il n’y a plus qu’un homme qui veut se venger !!
Hadès avait fait volte-face et bien que ses yeux ne puissent plus voir, le dieu malin se sentit comme transpercé par une multitude de poignards.
- Pour la première fois… je vais tuer avec plaisir !!
Il avait pensé à des flammes en prononçant ces mots et les flammes apparurent. Retrouvant la vue à cet instant, Loki fut incapable de détacher son regard des pupilles de son bourreau, il s’y vit lui-même brûler, sa peau lentement arrachée par les caresses des flammes lui semblait être celle d’un autre et pourtant la douleur était bien réelle, elle était là, dans les yeux de la Mort.
Au moment même où le corps de l’éternel ennemi d’Odin échappait enfin à l’étreinte de son meurtrier, loin très loin de là, dans un palais aussi froid que la glace, une jeune homme blond laissa échapper un gémissement de douleur : la première partie de sa prédiction était réalisée.
***
-Les rois sont donc au nombre de neuf ?
-Non, ce chiffre n’a jamais été atteint mais il est dit que lorsque que le 9ème roi arrivera, Utopia aura un nouveau souverain. J'ajoute que les rois d’Utopia ne sont pas immortels : aucun des rois actuels n’a été nommé par Cronos, j’ai moi-même tué le roi qui avait été nommé par lui.
-Tu en as tué un dis-tu ?
-Oui. Te souviens-tu de cet homme dans l’illusion d’Oblivion ? Il se nomme Ilya Muromets, c’est un ancien héros légendaire de Russie, il y a très longtemps j’étais une enfant perdue dans les plaines du Nord, avec ma sœur nous attendions un sauveur, le mien fut Ilya. Il m’emmena à Utopia et m’éleva comme sa propre fille mais ceci est une autre histoire. Un jour Ilya me présenta à l’un des rois d’Utopia. C’était un homme très âgé et fatigué, le bruit courait qu’il cherchait un successeur.
-Comment s’appelait-il ?
-Sviatogor, comme Ilya il venait de Russie et dans les légendes on disait qu’il avait voyagé toute sa vie à cheval en portant le poids du monde dans une besace qu’il tenait d’une seule main. Il regarda l’enfant que j’étais s’approcher puis quand je fus devant lui, il me donna un ordre et cet ordre était :
« Tue-moi. »
-Et qu’as-tu fait alors ?
-Les guerriers d’Utopia ne connaissent que l’obéissance, cet ordre venant d’un roi je ne pouvais que l’exécuter même si cela signifiait ma propre mort. Je tirai alors mon épée et lui tranchai la gorge. Je regardai Sviatogor se vider lentement de son sang, ses yeux exprimaient une infinie reconnaissance tandis que moi je sentais la peur me nouer le ventre.
-Que s’est-il passé ensuite ?
-Ilya m’a prise dans ses bras puis embrassée. Il m’a annoncé qu’en tuant cet homme tout en sachant que cela signifiait ma propre mort j’avais accompli une sorte de rituel et que j’étais maintenant destinée à lui succéder. Peu de temps après je fus envoyée à la cour de Zeus pour devenir archange de Zeus. Uriel et Oblivion arrivèrent plus tard. C’est tout ce que je sais.
-Tu ne m’as pas tout dit : cet Ilya a bien dû te donner des instructions lorsqu’il t’a envoyé à la cour de Zeus.
Némésis laissa passer un silence, soignant probablement la formulation de sa réponse.
-Il a juste dit qu’au moment venu, les rois d’Utopia seraient amenés à élire leur souverain et que ce jour là il me faudrait prendre partie pour l’une des deux étoiles géantes qui s’affronteraient.
***
Il arrive qu’un orateur, à force de s’écouter parler, en arrive à desservir la cause qu’il défend et c’est ce qui était en train d’arriver.
-Comme je te l’ai dit je ne suis pas pire que mon frère aîné, je serais sans doute bien meilleur en fait. Car contrairement à lui je me bats pour protéger quelque chose, non pour tout détruire.
Depuis un moment, le monarque recherchait constamment un signe d’assentiment de la part de Pandore et son attente était presque toujours déçue si bien qu’il se sentit encore une fois obligé de poursuivre.