Chapitre 7: Une de perdue... Le voyage en Chine...

 

 

 

Le père d’Hideaki rentrait enfin chez lui, fatigué du stress que venait de lui occasionner cette journée, une tonne de commande lui était tombée dessus d’un seul coup et son fils n’avait même pas daigné l’avertir qu’il ne viendrait pas !

Un peu bougon, Alexandre jeta son double de clés dans la petite soupière en étain posée sur une petite tablette en bois à gauche de l’entrée.

-I’m home, honey !!

C’était son truc à lui, ça, s’annoncer en anglais, ça lui permettait de se sentir dans une satisfaction supérieure, ce qui donnait toujours un air de dédain amusé à sa femme Liliane, ça les amusait tous les deux.

Il passa dans la cuisine après s’être débarrassé de son blouson et de ses bottes encore toutes crottées de neige sale, il ouvrit le frigo et but une grande gorgée de lait à même la brique.

Horrible manie qui faisait dresser les cheveux de sa femme.

Alexandre arrêta soudain son geste, la brique en l’air, le coude levé.

- Pas de protestation ?

- Pas de bonsoir non plus ?

Inquiet, Alexandre remit la brique de lait dans le frigo et referma celui-ci.

-Chérie ?

L’homme avait lancé son appel en direction du salon, pas de réponse.

La maison était plongée dans un silence inqualifiable !

D’habitude, la télévision était allumée et Liliane s’affairait à préparer le dîner. Mais ce soir, même les lumières, il le remarquait maintenant, n’étaient pas allumées.

-Liliane ? Tu es là, mon ange ?

Sourcils froncés, il entra dans le salon qui jouxtait la cuisine par une ouverture sans porte, la pièce se trouvait plongée dans le noir complet, il alluma sans hésiter, mort d’inquiétude et trouva sa femme assise dans le canapé du salon, toute droite, toute silencieuse, le regard dans le vague droit devant elle.

-Liliane ? s’enquit-il en allant s’agenouiller devant elle et il vit qu’elle ne cilla pas d’un iota. Ma douce…qu’est ce qui ne va pas ? lui demanda-t-il en lui dégageant une mèche de cheveux qu’elle avait devant ses yeux humides.

La tristesse qu’il lisait dans les yeux de sa femme le laissait interdit et il se demanda soudain si ce qu’il redoutait n’était pas en train d’arriver.

Elle baissait enfin les yeux vers lui, une larme coula sur sa joue qu’il alla essuyer tendrement.

-Alex…

Les lèvres de Liliane avaient à peine remué, la jeune femme ouvrit sa main gauche découvrant un objet dans le creux de celle-ci. Alexandre posa un regard incertain sur l’objet, un médaillon en argent fait d’une étoile entourée d’un cercle avec ces mots : Yours Evers.

La main de Liliane tremblait.

Alexandre s’empara du médaillon en tenant la main de sa femme dans la sienne, inspectait quelques secondes le bijou et le retourna, quelle ne fut pas sa surprise de voir inscrits derrière les prénoms de l’arrière-grand-père de sa femme et le prénom du frère de celui-ci : Shun et Ikki.

Alexandre posa un regard interrogateur sur sa femme.

-Je l’ai trouvé cet après-midi…sur le rebord de fenêtre de notre chambre.

-Comment est-il arrivé là ?

Liliane serrait les lèvres d’angoisse et étreignait la main de son mari avec force.

-Tu te souviens ? Une fois, je t’avais raconté que le jour où l’on verrait revenir ce médaillon, cela voudrait dire qu’Hidy allait partir.

-Oui je me souviens, tu m’avais même dit que tu savais ceci de la bouche même de ton arrière-grand-père alors que tu ne l’as jamais connu ! fit Alexandre sur un ton dubitatif.

-Je sais que tu as toujours eu du mal à croire à l’histoire de ma famille, Alex…mais Hidy va s’en aller, je te l’assure, il va partir avec Milan.

Le père d’Hidy rendit le médaillon à sa femme et se releva agacé.

-Partir pour quoi faire ?! Cette mission farfelue dont tu me parles sans cesse ?!

Alexandre ne criait pas, mais son esprit s’embourbait dans le passé abracadabrant de la famille de sa femme !

-Thork m’a appelé tout à l’heure, il va venir avec Chantal ainsi que les parents de Milan.

-Qu’est ce que c’est ? Une réunion ?

-Ce sont les garçons qui veulent nous voir…et je m’y attendais un peu…Liliane baissait des yeux empreints de tristesse une fois de plus .

Alexandre ne savait que dire, il était dépassé.

 

Oleg garait sa Saab devant l’entrée du Lotissement des Lys, descendit de voiture et rejoignit Thork qui arrivait par l’allée central enneigée.

-Vous n’auriez pas dû vous déplacer, Thork, je serais venu vous chercher !

Thork jeta un regard espiègle au père de Milan.

-T’inquiète donc pas pour moi, fiston ! lui dit-il en lui présentant son bras. Je suis plus vigoureux que tu ne le crois !

Oleg était un homme robuste et fier, ses cheveux châtains clairs coiffés à la mode européenne tombaient sur un front large et ombrageaient des yeux bleu acier et froids. Le père de Milan avait une beauté scandinave héritée bien sûr de son ancêtre Hyoga, mais ne s’en était jamais vanté.

Aidant le grand-père d’Hidéaki à monter dans sa voiture, Oleg parut soudain contrarié :

-Chantal ne vient pas ?

Thork se montra évasif dans son propos, balayant de sa main la question du père de Milan :

-Elle est fatiguée.

Oleg n’insista pas et referma la portière.

Fatiguée ?

Non, il ne le pensait pas, elle ne voulait tout simplement pas se mêler à leurs histoires, il ne la blâmait pas.

Sur le chemin menant chez Liliane et Alexandre, Thork avait eu envie de savoir comment Oleg prenait la mort de son père, Ivan.

-Comment est ce que ça va depuis le décès de ton père ?

L’homme jeta un bref regard vers le père de Liliane.

-Ca va, Ivan a laissé un sacré héritage à mon fils !

-C’est sûrement de cela qu’ils vont nous parler tout à l’heure.

Il y eut un soupir venant d’Oleg.

-Les choses vont se précipiter !

Thork hochait la tête.

-Je comprends.

Arrivé chez les parents d’Hideaki, les deux hommes furent chaudement accueillis par la maîtresse de maison leur annonçant que les garçons étaient déjà là.

 

Liliane prépara un peu de café et quelques sablés le cœur lourd, car Alex, excédé, décidait, avant l’arrivée du père de Milan et du grand-père d’Hideaki, de quitter la maison et de partir faire un tour dans la capitale. Liliane ne lui en voulait pas, après tout, ce qui se passait dans leurs familles était si complexe et farfelu, qu’il était dur de s’y faire pour de bon.

Inspirant fortement, Liliane se dirigeait vers le salon, une assiette de gâteaux dans une main et un thermos dans l’autre, elle vit qu’ils étaient tous assis, Thork et Oleg installés dans le canapé, Milan assis dans le fauteuil en face.

Hidy alla poser sur la table du salon entre eux, les deux journaux, celui de l’ancêtre Hyoga et celui de Camus et alla s’asseoir  par terre non loin.

Liliane posa un regard craintif sur ces journaux, mais de la curiosité brillait dans les yeux d’Oleg et du grand-père d’Hidy.

Ce fut Milan qui prit la parole en premier :

-Hidy et moi, nous revenons tout juste du manoir et nous avons trouvé ceci, fit-il un geste de la tête vers les journaux, celui de droite nous l’avons trouvé aujourd’hui, celui de gauche, le jour où j’ai hérité du manoir.

-Milan et moi pensons que le premier journal était là pour dérouter nos ennemis, il révèle l’existence de la statuette et de la treizième armure.

-Ce n’est pas la même chose ? demanda Oleg.

-Non papa, fit Milan, la statuette possède le secret de la treizième armure mais elle n’est en aucun cas celle-ci !

-Nous sommes venus ici vous voir pour vous annoncer que nous partons dès demain à la recherche de la statuette.

-Et de l’armure, renchérit Milan.

-Ce n’est pas la même chose ? demanda Oleg aux garçons.

-Non papa, la statuette possède le secret de l’armure mais n’est en aucun cas celle-ci !

-Le premier journal révèle certaines choses vraies, enfin, nous le supposons…

-Et d’autres sont, sans aucun doute, des leurres, comme cette histoire d’énigmes soi-disant retrouvées dans la statuette par Hyoga, par contre, nous sommes certains que la statuette a été divisée en 3 parties et que ce sont Ikki, Seiya et Shiryu qui les ont dissimulés !

Ce fut Hidy qui prit la parole ensuite :

-J’ai lu, dans un magasine de faits divers, que la partie cachée par Seiya a été retrouvée accidentellement.

-En résumé, Hidy et moi avons découvert que Seiya avait caché son morceau dans l’orphelinat qui est parti en fumée, il y a quelques semaines !

-Milan pense que ce sinistre n’est pas accidentel !

-Nous sommes suivis, espionnés par des êtres ailés !

-Les Anges d’Artémis, fit le grand-père.

-Pourquoi ne font-ils rien ? questionna Milan.

-Ils ne peuvent pas, lui répondit doucement son père, ce n’est pas encore leur ère, ils ne peuvent qu’apparaître, vous…intimider.

-Artémis elle-même n’a pas le droit d’agir ! s’exclama Thork.

-Elle peut agir, si !

-Maman ?!

Liliane avait pris la parole pour la première fois, la voix nerveuse, les yeux tristes mais très lucides :

-Elle est venue, ce matin même, j’étais dans la serre, elle a voulu m’intimider.

Hideaki s’était approché de sa mère, s’accroupit devant elle, comme l’avait fait son mari un peu plus d’une heure auparavant lorsqu’il l’avait trouvée assise dans le noir.

Le jeune homme prit les mains de sa mère dans les siennes, de ce geste, il résulta que le pendentif qu’elle avait gardé jusque là glissa dans la paume de son fils. Hidy baissa son regard vert sur le bijou :

- C’était à ton arrière-arrière grand-père Shun, je pense qu’il souhaite que tu le portes désormais (Hidy avait levé les yeux vers sa mère, elle lui sourit doucement), mets-le, il te protègera…

Hidy serrait le médaillon dans sa main et alla prendre sa mère dans ses bras.

-Maman, pourquoi tu n’as rien dit pour Artémis?

-Je ne voulais pas vous inquiéter, fit-elle en jetant des regards attristés vers Milan, Thork et Oleg.

-Elle vous a fait du mal ? lui demanda Oleg.

-Elle a essayé, mais elle n’a pas pu.

Milan se rendit soudain compte que leurs parents, tout du moins, son père et la mère de Hidy, avaient eux aussi connu et connaissaient encore, des instants singuliers à cause de cette histoire.

 

 

 

Tokyo, Musée d’histoire et de recherche archéologique.

 

Kara Kido rattachait ses cheveux bruns en une longue queue-de-cheval remontant presque sur le sommet de sa tête, des mèches duveteuses tire-bouchonnées s’échappèrent du chouchou vert tendre et retombèrent sur ses tempes et ses joues lisses. La jeune fille approcha son visage près du miroir pour s’ausculter les yeux et les sourcils, pas besoin de maquillage ce matin, ses yeux marrons grands ouverts sur le monde suffisaient à embellir le charme de son visage rond et enfantin. Kara reculait ensuite, tournait sa silhouette devant son reflet, l’image que lui renvoyait le miroir la satisfaisait grandement : son tailleur en daim lui allait à ravir, il lui donnait une taille svelte avec quelques rondeurs impeccablement bien réparties et ce petit chemisier en soie vert pastel rendait la jeune fille encore plus jolie.

Vraiment, elle n’avait pas besoin de maquillage ce matin.

Mais aujourd’hui était un grand jour, ce soir, William prenait sa retraite et Kara allait enfin avoir les pleins pouvoirs sur ce musée !

Kara Kido se mit bien en face du miroir :

-Mademoiselle la Directrice ! fit-elle un sourire aux lèvres en exécutant une courbette des plus comiques devant son reflet puis éclata d’un rire clair et cristallin.

Ensuite, la jeune fille de 25 ans, guillerette, sortit de sa chambre et longea un long couloir tapissé de mousse angora rouge et se dirigea vers un ascenseur.

Arrivée au rez-de-chaussée, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent en haut de deux grands escaliers en pierre donnant sur un vaste hall aéré. Kara descendit l’escalier de gauche, le visage épanoui, la démarche saine. Il n’y avait personne dans le hall, il était encore trop tôt pour voir arriver les premiers visiteurs.

La jeune fille se dirigea ensuite vers une lourde porte à double battant se trouvant en bas de l’escalier sur la gauche, elle y entra et se retrouva dans une immense salle de réception où travaillaient déjà beaucoup d’employés du musée. Kara parcourut la grande salle encore nue de toute table mais qui allait bientôt être encombrée d’une quarantaine de tables rondes dressées pour une dizaine de personnes chacune. Elle passa sous un gigantesque lustre en cristal que nettoyaient trois femmes pendant par pendant.

La salle plongée dans le calme faisait résonner les chaussures à talons de Kara qu’elle faisait joyeusement claquer sur le dallage de couleur marbre blanc.

Kara vit qu’on venait de livrer les fleurs.

-Sachiko ?

Une femme d’une cinquantaine d’années se retourna et sourit à l’arrivée de Kara Kido.

-Bonjour, Mademoiselle. fit-elle en s’inclinant légèrement.

-Bonjour, Sachiko ! Tu vas mettre les tulipes blanches sur les tables à buffet froid et les lys jaunes sur le bar, il risque de faire très chaud ce soir et les lys vont éclater, je ne voudrais pas que du pollen tombe dans les petits fours.

-Tout à fait, Mademoiselle.

Kara regardait autour d’elle, les employés s’affairaient à différentes tâches pour que la réception se passe dans les meilleurs auspices, la jeune fille y veillait avec sérieux et n’hésitait pas à mettre les petits plats dans les grands.

-J’ai encore bien du mal à comprendre pourquoi tu insistes pour organiser ta réception ?

Kara Kido sourit à l’homme qui venait de la rejoindre, petit, costume noir, petites lunettes cerclées d’or, physique typique d’un directeur de musée.

-William…fit-elle en saluant respectueusement le directeur. Ce n’est pas seulement ma réception mais aussi la vôtre, un départ en retraite doit se fêter dignement.

-J’en conviens, Kara…mais tout ceci ne serait-il pas un peu surdimensionné ? fit l’homme en balayant du bras la salle en chantier.

-Je ne crois pas, William. lui dit-elle avec un sourire.

-Tu n’en as toujours fait qu’à ta tête…un trait de caractère qui n’a jamais quitté ta famille !

-Exact ! Mon ancêtre Seiya était très fort pour ça ! fit Kara avec fierté.

-Kara ? Quelqu’un veut te voir à l’entrée du musée.

La jeune fille se rendit à l’entrée du musée et ne fut pas surprise de voir Itsuya l’attendre près de la porte tambour.

Avec ravissement, Kara alla prendre Itsuya dans ses bras.

-Bonjour Kara, cela faisait longtemps.

-Itsuya !

Itsuya était une jolie jeune fille de 18 ans, japonaise mais elle habitait en Chine dans la province du Shanxi.

-Je dois te parler !

Kara vit l’urgence dans les yeux bleu marine de son amie.

-Viens !

Kara prit Itsuya par la main et l’emmena dans une petite pièce, une espèce de mini-bibliothèque, et referma la porte derrière elles, la pièce était vide.

-Bon, qu’est ce qu'il y a ? lui demanda Kara.

-Ils arrivent, fit simplement Itsuya.

Kara Kido devint soudain toute blanche, les yeux écarquillés :

-Tu en es sûre ?

-Oui ! J’ai tiré les tarots chinois hier au soir, les cartes ne mentent pas, ils sont en route ! Il faut absolument que le morceau de la relique reste sur le territoire japonais ! s’exclama Itsuya le regard grave.

-Jusqu’à ce soir, je ne peux rien faire, ma chérie! lui dit Kara d’un air désolé. Normalement, le gouvernement grec nous envoie quelqu’un mais uniquement la semaine prochaine, d’ici là, j’aurai pris la direction du musée.

Itsuya se tortillait les doigts, angoissée.

-Si tu le dis.

Kara lui mit une main sur son épaule.

-Ne t’inquiète donc pas comme ça, tout devrait bien aller, et puis, une fois que j’aurai repris les commandes du musée, je vais faire en sorte que le morceau de la statuette retrouvée dans le sinistre de l’orphelinat reste chez nous.

-Merci Kara.

-Tu restes combien de temps à Tokyo ?

-Deux jours.

Kara fit l’étonnée :

-Deux jours ?! Ne me dis pas que tu as fais le voyage exprès pour me dire ça ?

-Si…

Itsuya poussa un long soupir, toute gênée.

La jeune Kido lui adressa un sourire gentillet :

-Tu crèches où ?

-Au Plaza. fit la jeune fille en ce passant une main nerveuse dans sa longue chevelure bleu nuit.

-Bah dis donc ! Tu as gagné au loto ?

-Euh…non, pas le Plaza du centre ville…celui de la banlieue.

-Ah oui, cet hôtel tout miteux ?

Itsuya regarda son amie d’un regard légèrement blessé :

-Je n’ai pas vraiment les moyens que tu as, ma chère Kara.

Kara croisait les bras :

-Je te signale que la fondation Kido t’a plusieurs fois, ainsi qu’à tes parents et les parents de tes parents, tendu la main à tous les niveaux sociaux !

-Oui, je sais, inutile de me le répéter ! fit Itsuya en se dirigeant vers la porte de sortie de la petite bibliothèque, puis elle se retourna vers la jeune fille. Tu sais, y’a des moments, je me demande vraiment si tu descends bien du Chevalier Pégase.

Véritablement vexée, Kara décroisa les bras :

-Vraiment, c’est bas ce que tu viens de dire !

Itsuya ouvrit la porte :

-Excuse-moi…je t’ai fait de la peine.

-Oui.

La jeune fille sortit dans le hall, suivie de Kara :

-Itsuya ? (Elle se retourne) Prends soin de toi, ma grande.

-Oui…et toi, prends soin de la relique.

Puis la jeune fille se détourna et repartit en direction de la porte-tambour du musée. Kara la regardait partir.

Elle aimait beaucoup Itsuya, elles se voyaient trop rarement toutes les deux.

Kara lui fit au-revoir de la main avant que la jeune fille ne disparaisse vers l’extérieur.

Par la suite, le regard de Kara se tourna vers les bureaux de la direction, c’est là qu’elle vit William discuter avec une femme, dans la trentaine d’après ce qu’elle put voir, elle les vit se serrer la main et la femme tourna les talons en direction de l’entrée du musée. Kara s’aperçut qu’elle était accompagnée d’un jeune homme, tenant une boite carrée entre ses mains.

La jeune fille suivit cette femme, le regard de Kara et celui de cette femme ne se croisèrent que le temps d’une seconde, mais ce fut une très longue seconde, Kara put constater la blondeur presque blanche des cheveux de cette femme, la couleur mauve de ses yeux et, surtout, le sourire narquois qui flottait sur ses lèvres rouges.

Kara eut l’impression que cet instant se déroulait au ralenti, la femme passa devant elle, la démarche sûre, suivie de ce jeune homme, puis le couple passa la porte-tambour et s’engagea dans la rue.

Kara Kido fronça les sourcils, qu’était-elle venue faire ici, cette femme ?

La jeune fille alla rejoindre William.

-Qui était-ce ? lui demanda-t-elle avec un signe de tête en direction de la sortie.

-Une grecque envoyée par le ministère d’Athènes.

Kara eut soudain un "Okay!" de surprise et accourut dans la rue, mais hélas, le couple avait disparu, Kara regarda dans tous les sens, le trottoir était bondé à cette heure matinale.

Une main sur la bouche, Kara s’en voulait terriblement.

William vint la rejoindre dehors :

-Tout va bien, Kara ?

-Cette femme, était-elle en règle ?

-Oh oui, bien sûr, elle avait tous les papiers nécessaires pour récupérer le morceau de la relique, il est vrai que nous les attendions seulement la semaine prochaine, mais c’est bien mieux ainsi, de la sorte, tu n’auras pas besoin de t’en occuper.

William avait l’air ravi.

Comment lui en vouloir, il n’était au courant de rien, le pauvre.

Quelle sotte elle était !

Kara s’en voulut de ne pas avoir été plus vigilante.

Itsuya va me tuer !

 

 

Paris, France

 

Les garçons dirent au revoir à leurs familles, Hideaki se rendit dans la boutique de son père, il savait que celui-ci s’était rendu là-bas pour rassembler ses idées.

Une fois arrivé dans l’horlogerie, Hideaki avait trouvé son père en train de travailler sur une horloge à cadran solaire, le jeune homme, les mains dans les poches de son jean, n’avait osé faire de bruit. Pendant un long moment, il s’était abstenu d’ouvrir la bouche, sachant que son père lui en voulait pour tout ce qui se passait et puis, Hidy s’était décidé à parler, essayant de s’expliquer, d’expliquer ses implications, mais Alexandre n’avait pas bronché d’un iota, ne se retournant même pas pour faire face à son fils. Alors Hidy, triste, soudain submergé par l’amour qu’il ressentait pour son père, se contraignit de rester, alors qu’il était en train de tourner les talons, son père lui avait parlé :

-Si j’avais su à cette époque dans quel merdier…

Alexandre avait regardé son fils sans continuer sa phrase, Hidy vit que son regard en disait bien plus long que tous les mots.

Le père était ensuite retourné sur son cadran solaire.

Le jeune homme avait hésité pendant plusieurs secondes, triste et agacé en même temps et puis, se faisant violence :

-Prends soin de maman.

Et il était parti.

 

Milan, de son côté, s’était rendu chez sa mère. Ils avaient discuté longuement, elle comprenait ce qui se passait, mais avait très peur pour son fils. Il lui promit de faire attention.

Liliane était plus compréhensive qu’Alex, mais ne voulait pas se mêler des affaires de son mari, bien qu’elle sentît que ces histoires étaient sombres et étranges.

 

Lorsque tout le monde s’était séparé après cette réunion, Oleg voulut rester avec Liliane, il la sentait fragile et angoissée et ne voulait pas la laisser seule en l’absence de son mari.

-Tout de même, je trouve qu’Alex pourrait faire un effort, avait dit Oleg alors qu’il apportait un verre d’eau à la jeune femme assise sur une chaise.

-Je ne lui en veux pas…ce n’est pas facile à avaler ce genre de choses, tu sais, avait-elle dit en regardant Oleg. Nous, nous sommes plongés dedans depuis presque 200 ans.

-C’est vrai.

-Oleg ?

-Oui ?

-Je peux te confier quelque chose ?

Le père de Milan s’était assis de l’autre coté de la table.

-Bien sûr. Il y a quelque chose qui te turlupine, n’est ce pas ?

Liliane hochait de la tête, son regard se perdait dans son verre d’eau :

-Un soir de l’année de mes 13 ans, j’ai eu la visite…(La jeune femme déglutit, Oleg voyait bien que ce qu’elle voulait lui raconter la faisait souffrir, il lui prit tendrement la main) Artémis est apparue dans ma chambre, en pleine nuit (Oleg eut un regard étonné) Bien sûr, à cette époque, je croyais que je rêvais ! Je me souviens que la Déesse a tendu sa main et m’a offert une graine qu'elle m’a ordonné de la manger…ce que j’ai fait. Elle a ensuite dit que je n’aurais le droit d’enfanter qu’une seule fois et que ce serait un garçon et que par la suite je deviendrais stérile. Et puis elle a disparu.

-Tu n’as pas rêvé Liliane.

-Je le sais.

-Elle m’a rendu visite à moi aussi et elle m’a aussi fait avaler une graine en me prédisant la même chose !

-Pourquoi avons-nous mangé ce qu’elle nous offrait ?

-Peut-être parce que, au fond de nous, nous savions que nous ne rêvions pas et que si nous ne faisions pas ce qu’elle nous disait, elle nous tuerait…ça se voyait dans ses yeux…

-Oui mais…

-Quoi Liliane ?

La mère d’Hideaki regarda bien en face le père de Milan :

-Je suis enceinte, Oleg.(L’homme accusa le coup.)

-Je le sais de source sûre et Artémis s’en est aperçue ce matin lorsqu’elle est apparue dans la serre et elle a eu l’air étonnée de ne pas avoir du tout prévu que cela arriverait…je crois qu’elle va essayer de me prendre cet enfant.

-On va le protéger ! lui assura Oleg.

-La protéger…je pense que ce sera une fille…

 

 

Shanghai

 

Les garçons atterrirent à l’aéroport de Shanghai, une structure moderne, aérée et très linéaire, une véritable architecture de son temps. Au terminal, Hideaki se permit de perdre un bagage, bagage qu’ils retrouvèrent une heure plus tard sur le tapis des arrivées, les garçons ne cherchèrent pas vraiment à savoir ce qui c’était passé. Dans le hall immense, bondé de touristes et vitrifié de l’aéroport, les 2 garçons s’égarèrent au milieu d’une langue incompréhensible, heureusement, il y avait beaucoup d’anglais sur les panneaux et ils réussirent à trouver la sortie. Ils se retrouvèrent donc à l’extérieur, face à un immense trafic de taxis en pleine heure de pointe puisqu’ils avaient pris l’avion à Paris la veille un peu après 21h, avec les 10 heures de voyage et le décalage horaire, il était 15 h passées et les gens se bousculaient pour prendre un taxi.

Ils réussirent à trouver un bon taxi, une fois les valises mises dans le coffre, la voiture quitta l’aéroport assourdissant par une étrange route qui descendait sur une grande étendue d’eau.

Milan écrivit sur un morceau de papier le nom de l’hôtel où ils voulaient se rendre et le montra au conducteur du taxi qui, soit dit en passant, n’avait pas l’air chinois du tout, ce qui n’empêcha pas celui-ci de leur répondre en asiatique en leur faisant comprendre qu’il avait compris la destination.

Durant ce petit trajet en voiture, les deux garçons avaient les yeux rivés sur les vitres, sans même se parler, ils se sentaient complètement décalés, ne comprenant pas bien ce qu’ils voyaient, ni ce qu’ils entendaient de ce qui sortait de la radio du chauffeur. La neige tombait fort ici et il faisait bien plus froid qu’en France. Milan détournait son regard de la vitre pour le poser sur son ami, il fut surpris de voir celui-ci les yeux illuminés, un sourire béat sur les lèvres, embrassant du regard tout ce qui se passait devant lui.

Milan en fut littéralement attendri; lui se rongeait les sangs en ce demandant comment ils allaient bien pouvoir se rendre dans la province du Shanxi et Hideaki, lui, jouait les touristes ébahis!

Lorsque le taxi commença à ralentir, Milan tendit son doigt vers un grand bâtiment éclairé, extrêmement fréquenté.

-On arrive, dit-il à son ami.

-C’est notre hôtel ?

-Oui, lui dit Milan avec un grand sourire que Hidy ne comprit pas bien.

Et il saisit bien vite pourquoi Milan avait sorti son plus beau sourire, Milan leur avait réservé une chambre dans le plus luxueux hôtel de la ville !

Des porteurs vinrent prendre leurs valises et des portiers leur ouvrirent une immense porte toute vitrée avec cet air de complaisance suffisante qu’ont les gens qui travaillent dans l’hôtellerie.

Le deux jeunes hommes entrèrent dans un hall gigantesque, estomaqués. Ils découvrirent l’effervescence de ce lieu, la richesse des corniches intérieures qui soutenaient un dôme de verre situé a plusieurs dizaines de mètres au-dessus d’eux. Une fontaine trônait en plein centre de ce hall d’entrée, imposante et moderne, les jets d’eau changeaient de couleur au gré d’un mécanisme informatique. Les gens sortaient par masses d’ascenseurs translucides et ovoïdes qui montaient et descendaient comme des bulles aériennes. Les deux garçons croisèrent des gens pressés, bien habillés, des femmes resplendissantes de beauté riant aux éclats, des enfants sautillants, des hommes d’affaires pendus à leur téléphone. Ils virent des gens de toutes nationalités, aperçurent un groupe de Turcs conduit par un guide asiatique si petit à côté d’eux que c’en était risible.

La traversée du hall se fit au ralenti, du moins, il semblait à Milan et Hideaki qu’ils marchaient dans ce hall d’entrée depuis des heures. Ils ne purent s’empêcher d’admirer les splendides arts floraux qui ornaient chaque espace de la place. Des plantes vertes exotiques immenses et magnifiques.

Le garçon d’hôtel qui portait leurs valises arriva vers une grande réception où ils purent enfin s’adresser à quelqu’un qui comprenait leur langue.

Un réceptionniste très courtois les accueillit avec une grande politesse.

-Que puis-je faire pour vous ?

-J’ai réservé une chambre au nom de Nikolaï.

L’homme, apparemment un Européen, un Anglais peut-être à l'écoute de son accent, alla pianoter sur son ordinateur quelques secondes,  puis revint avec un sourire vers les deux garçons.

-C’est exact ! Une chambre pour deux avec deux lits ?

-Oui, c’est ça, lui répondit Milan un peu mal a l’aise, ne se sentant pas vraiment dans son élément ici.

Le réceptionniste sortit un petit appareil de dessous son comptoir, une espèce de boite rectangulaire d’une dizaine de centimètres de longueur et cinq de large. Cette petite boite comportait une plaque lisse et noire sur sa surface. L’homme actionna un bouton et la plaque s’illumina d’un étrange bleu luminescent.

Milan et Hideaki se regardèrent, puis regardèrent le réceptionniste, interloqués.

-Puis-je vous demander d’apposer votre pouce sur la plaque, messieurs ?

Hideaki vit qu’à leur gauche, un couple prenait, eux aussi, possession d’une chambre et il leur fut demandé la même chose et, apparemment, ils n’hésitèrent pas à s’exécuter, faisant ce geste comme s’ils signaient un papier.

Hidy se retourna vers son ami, le questionnant du regard.

Milan haussa les épaules.

-Notre Hôtel est équipé du système Bio In Print ! leur expliquait poliment l’homme. Nous relevons votre empreinte à la réception, puis nous l’entrons dans l’ordinateur, de cette sorte, plus besoin de clés pour ouvrir la porte de votre chambre. Il vous suffira de poser votre pouce sur la plaque située au niveau de la poignée, cette empreinte est également valable pour tous les produits que vous allez consommer dans le mini-bar.

Ceci étant dit, un peu désarçonnés, les garçons emboîtèrent le pas au jeune valet asiatique qui portait leurs sacs à dos façon routard rebelle. Ils accédèrent dans cet espèce d’ascenseur en forme de bulle translucide, un garçon d’étage se trouvant dans l’ascenseur les salua et annonça de sa vive voix le chiffre 24 une fois les portes coulissantes fermées.

L’ascenseur commença son ascension dans un chuintement si discret qu’il donnait  l'impression que les rails glissaient sur du velours.

Milan et Hideaki se virent s’envoler, soulever comme des plumes, les gens et les objets rétrécirent, les lumières devinrent des étoiles, un autre ascenseur les croisa dans un souffle en descente, ils furent à leur étage en quelques secondes.

Le valet les conduisit jusqu’à leur chambre, Milan apposa son pouce sur une plaque noire placée à l’endroit où normalement il devait avoir une poignée, et dans un cliquetis presque inaudible, la porte s’ouvrit doucement.

Milan remercia le valet de chambre en lui donnant un bon pourboire et celui-ci prit congé en les saluant.

La chambre était véritablement spacieuse, dans un style classique Louis XVI, Hidy s’assit sur un des lits, inspectant autour de lui, apparemment sur son nuage, ce qui amusa beaucoup Milan.

-Alors ? Qu’en penses-tu ?

-C’est magnifique, Milan !

-Bah, profites-en bien parce qu’on part demain matin pour la province du Shanxi !

-Déjà ?!! s’étonna son ami, puis il afficha un regard morne. T’as le don pour casser l’ambiance !

-Aurais-tu oublié ce pourquoi nous sommes ici ?

Hidy se levait, agacé et se dirigeait vers le mini-bar.

-Nan, nan ! J’ai pas oublié ! Hidy ouvrit le mini-bar.

Milan se laissa tomber sur son lit.

-Ce voyage m’a tué !

« Vous vous apprêtez à consommer une bouteille de Perrier de 50cl »

Hidy sursauta et du coup, laissa tomber la bouteille sur la moquette.

Milan se redressa, interloqué par cette voix suave qu’il venait d’entendre, il vit Hidy qui le regardait, penaud.

-Notre mini-bar est une femelle, fit-il.

Milan éclata de rire.

-Et en plus, elle parle le Français !

 

 

 

Tokyo, Musée d’Histoire et de recherche Archéologique

 

Kara tirait sur sa cigarette comme si c’était la dernière qu’elle était en train de fumer, alors que cette cigarette se trouvait être sa première de la journée et son paquet était déjà presque vide, mais ceci n’était pas son souci principal. Elle devait gérer un nouvel arrivage de vases en jade datant du japon du 19ième, vases qui auraient appartenu à un groupe de Shuras.

Mais ce n’était pas encore ceci qui la rendait nerveuse, passée Directrice du musée seulement depuis quelques jours, Kara avait vue partir le morceau de relique grecque sous ses yeux sans qu’elle puisse faire quoi que ce soit et Itsuya n’était toujours pas au courant, elle n’osait tout simplement pas lui dire, Kara aimait beaucoup sa petite sœur Itsuya, mais celle-ci avait un caractère bien trempée sous sa petite taille et sa petite voix, dormait un dragon en puissance et Kara n’avait vraiment pas envie de se confronter à la colère de sa petite sœur.

Debout sur la terrasse de son bureau au premier étage, Kara laissait tomber ses cendres sur le sol, le regard perdu sur les passants en dessous d’elle. Le froid lui piquait la peau mais elle n’en avait cure, il faisait un grand soleil d’hiver et la neige fondait. Kara avait ses cheveux bruns qui lui tombaient en cascade sur son dos et ses épaules, son joli visage imprimait déjà une nervosité grandissante, la jeune fille tira une dernière fois sur sa cigarette et écrasa son mégot dans un cendrier. Elle retourna dans son bureau et ferma la grande porte-fenêtre, à ce moment là, Sachiko, entra dans le bureau.

-Mademoiselle Kido ?

-Oui Sachiko ?

-Les gens du ministère grec vous attendent en bas dans le hall.

Kara afficha un visage étonné.

-Comment ?!!

La jeune fille se rendit ardemment dans le vaste hall du musée, fréquenté par de nombreux visiteurs, mais elle n’eut pas de mal à reconnaître l’équipe envoyée par le ministère de la Grèce.

Kara les salua comme il se doit.

L’un des hommes lui apprit qu’ils étaient là pour récupérer le morceau de la statuette représentant la Déesse Athéna, Kara essaya tant bien que mal à garder son sang froid. L’homme lui présenta tous les papiers nécessaires à la récupération de la relique.

-Je ne comprends pas, fit Kara nerveuse, des collègues à vous sont passés la semaine dernière et ont emmené la relique.

Les hommes, au nombre de trois, se regardèrent, interloqués :

-Nous n’avons envoyé personne la semaine dernière, vous faites erreur !

Rouge de confusion, Kara conduisit les trois hommes dans son bureau et leur montra les papiers signés et en règle :

-C’est une femme qui s’est présenté, assez jeune, avec un autre homme, encore plus jeune qu’elle.

Le plus âgés des trois homme lut avec attention les documents et dut se rendre à l’évidence : Ces papiers étaient vrais.

-Ceci est une bien étrange affaire, fit-il comme pour lui-même, je vais devoir en référer à mon supérieur hiérarchique.

-Peut-on qualifier ceci d’un vol ? Demanda une Kara sous-tension.

-Je le crois oui, car la description que vous me faites de cette femme m’est complètement inconnue !

Kara eut très peur, peur pour son musée, ce fut son premier sentiment, hélas, et ça n’aurait pas étonné Itsuya. Les hommes repartirent, sans porter plainte contre Kara et le musée, après tout, ce jour là, elle n’était même pas encore Directrice.

Assise seule dans son grand bureau silencieux, seuls les bruits de la ville transperçaient vaguement le double vitrage de la porte-fenêtre derrière elle, Kara respira, évacua son stresse et se ralluma une cigarette pour la peine, ça valait bien ça !

A demi-allongée dans son fauteuil, la tête renversée sur le dossier, ses yeux noisettes scrutaient le plafond orné d’une fresque chinoise ancienne, une copie, peinte directement sur la matière, elle inspira sa première bouffée et puis manqua de s’étouffer car une pensée lui revint en mémoire !

Kara se redressa, pliée en deux, toussant tout ce qu’elle pouvait et cracha ses poumons !

La relique !!

Mais où était-elle donc alors ?

Qui était cette femme ?

Où l’avait-elle emmenée ?!

La jeune fille posa sa cigarette dans le cendrier à coté d’elle, affalée sur son bureau, la tête dans les bras, elle allait devoir subir la colère du dragon !

 

 

 

Quelque part entre Shanghai et le Shanxi

 

 

Le train filait à une allure raisonnable depuis bientôt 3 heures, le jour venait à peine de se lever et on pouvait enfin voir à quoi ressemblait la campagne chinoise. Le wagon baignait dans le calme, bien plus parce qu’il n’y avait pas beaucoup de monde à l’intérieur. Hidy avait le menton posé dans le creux de sa main et regardait le paysage passer derrière la vitre d’un œil éveillé où brillait une curiosité bien présente. A coté de lui, Milan dormait à poings fermés, la tête de côté sur le dossier du siège, les bras croisés, le corps se balançant légèrement au gré des mouvements du train. Le jeune homme avait très peu dormi la nuit dernière, plongé dans le journal du défunt chevalier du Verseau, il avait voulu en apprendre le plus possible avant d’arriver aux 5 Terrasses, résultat, il n’avait dormi que 4 heures et ils avaient pris le train à 5 heures du matin.

Hidy se sentait bien, mais dans un état irréel, cet état dans lequel on se trouve lorsqu’on vit une chose qui nous sort littéralement de notre quotidien, jamais il n’aurait pensé qu’un jour il quitterait sa maison, son pays, pour poursuivre une quête formidable et unique ! Hidy s’était mis dans la tête que la vie, c’était études, travail, femme et enfants et c’était dans cette optique-là qu’il avait commencé son existence lorsqu’il avait été en âge de comprendre les choses.

Et voilà qu’aujourd’hui, dans ce train l’emmenant, lui et son meilleur ami, dans une contrée chinoise afin de retrouver un morceau de pierre, il jetait aux orties ses principes les plus fondamentaux !

Merde…J’avais jamais voyagé aussi loin !

Une petite musique se fit entendre des haut-parleurs du train et la voix charmante d’une hôtesse annonça en trois langues différentes que le wagon-restaurant était désormais ouvert et que les voyageurs pouvaient s’y rendre afin de se restaurer avec une petite collation.

A cette idée, le ventre d’Hideaki émit un drôle de grognement sourd. Le jeune homme observa quelques secondes Milan qui dormait comme un bébé et décida d’aller se prendre un bon petit déjeuner.

Lorsqu’il revint une heure plus tard, le jour illuminait totalement l’extérieur et Milan était réveillé.

-Alors ? Bien reposé ? lui demanda-t-il en reprenant sa place à ses côtés. Tiens, je t’ai ramené un bon petit café et des croissants.

-Des croissants ? Milan jeta un œil encore voilé de sommeil dans le sac en papier que venait de lui donner Hidy.

-Eh oui ! Qu’est ce que tu crois, on est dans un pays civilisé !

-Tu m’as l’air bien jovial.

-Je suis en pleine forme ! Dis-moi, quand allons-nous arriver ?

-Et bien…( Milan partit fouiller dans la poche en aumônière devant lui et en ressortit une petite carte)…Nous sommes partis de Shanghai et…(Il mit son doigt sur un nom de ville à la frontière du Shanxi), nous devrions pas tarder à arriver sur Jincheng, puis le train devrait continuer tout droit (Milan suivait de son doigt une ligne blanche et noire en pointillés qui zigzaguait entre les montagnes) jusqu’à Taiyuan.

-La capitale ?

-Oui, de là, on devrait se trouver un autre moyen de transport pour aller jusqu’à la petite ville de Beitai Ding, et là-bas, on devrait facilement trouver le Mont Wutai.

-Endroit où aurait vécu Shiryu ?

-Tout à fait !

Hidy prit la petite carte un instant :

 

     

  

 

 

 

Il serrait les lèvres.

-Ca nous fait encore un sacré bout de chemin !

-Je sais et...

-Excusez-moi ?

Les deux garçons s’entre-regardèrent une seconde, puis se retournèrent vers cette voix qui venait de l’autre côté de l’étroit couloir du train, un petit homme tout frêle, la cinquantaine, des petits yeux marrons, les regardait avec intérêt.

-Je n’ai pu m’empêcher de vous écouter.

Milan et Hideaki observaient l’homme avec méfiance.

-Vous-vous rendez au Mont Wutaishan ?

L’homme avait un fort accent anglais mais parlait un français des plus corrects.

-Euh…(Milan jeta un rapide coup d’œil à son ami) Oui.

-Puis-je vous faire une petite suggestion ?

-Allez-y ! lui dit Hidy enthousiaste.

-Je vous conseillerais de prendre le train pour Shahe une fois à la capitale, c’est une vieille voie de chemin de fer, mais elle est encore en état de marche, le train n’est certes pas très rapide, mais il vous emmènera pratiquement au pied du Mont Wutai. A Shahe, il y a une petite route qui vous mènera au Mont Wutai.

Les deux garçons clignèrent un instant des yeux tout en regardant cet homme, puis Milan s’adressa à lui :

-Vous avez l’air de bien connaître la région ?

-Disons que des évènements familiaux m’ont obligé à m’exiler ici, fit-il simplement avec un air bien aimable.

-Et bien, merci beaucoup, monsieur, nous tâcherons de suivre vos conseils.

L’homme hocha la tête d’un mouvement satisfait et replongea dans la lecture d’un journal.

 

Et les garçons durent se rendre à l’évidence, l’homme du train les avait bien conseillés, ils prirent une correspondance à la capitale de Taiyuan et montèrent dans un train qui avait l’air de dater des débuts du 19ème s.

Le voyage ne fut pas de tout repos, secoués, bringuebalés, à chaque instant, les garçons avaient l’impression que le train pouvait dérailler.

Mais il arriva à bon port, dans une minuscule ville. De là, ils se trouvèrent un genre de bar où ils se posèrent un moment, fatigués, la journée était déjà bien avancée (pour ne pas dire que le début de soirée n’était pas loin) et les deux garçons n’avaient qu’une seule envie : ne plus bouger !

Ne sachant pas vraiment où aller, désorientés et fatigués, les garçons se retrouvèrent dans ce bar à demander des Cocas, chose que le serveur, un autochtone, ça se voyait comme son nez au milieu de sa figure, comprit sans problème. Les deux jeunes hommes se sentaient comme deux oisillons perdus. Hidy avait l’estomac retourné, avachi sur la table du bar, la joue reposant lourdement dans le creux de sa main et Milan ne brillait pas mieux.

-Qu’est ce qu’on fait ? demanda piteusement Hidy sans trop espérer de réponse de la part son ami.

Milan avait sorti son portable et poussa un juron lorsqu’il vit l’état de la batterie.

-Tu as ton portable ? lui demanda-t-il renfrogné.

-Non, désolé, je l’ai oublié chez moi.

-Quoi ?!! Mais comment peut-on oublier son portable quand on sait qu’on va partir à des milliers de kilomètres de chez soi ??!

Hidy s’était redressé soudain, regardant son ami s’énerver d’un air morne.

-Je te signale... (Hidy se reprit en baissant la voix, voyant qu’il l’avait un peu trop élevée, les quelques citoyens d’ici les observaient d’une drôle de façon) Je te signale qu’on est parti en coup de vent ! Et que c’est sûrement pas la seule chose que j’aie oubliée !

-Heureusement que j’ai pensé à prendre les journaux ! fit Milan de mauvaise humeur.

-Ca c’est sûr ! C’est bien la seule chose que tu aies vraiment pensé à prendre !