Chapitre 22:
Aucun retour possible

 

 

Le jet privé de la Fondation Kido venait de prendre de l’altitude, tout en bas se dressaient les dernières montagnes de la Chine. A l’intérieur du jet, un épais silence s’était installé depuis le décollage, Hideaki regardait les nuages à travers son hublot, Thomas discutait avec les pilotes dans le cockpit, Kara faisait une sieste dans sa cabine, Diane et Itsuya sirotaient un cocktail au bar, elles se parlaient en chuchotant tant le silence était dense.

Le petit groupe avait quitté l’île de Sotoro par l’Océan Pacifique Nord pour rejoindre le Japon. Là-bas, Kara dut se rendre au musée afin de faire acte de présence pour une réunion très importante. Les jeunes gens restèrent au Japon vingt-quatre heures tout au plus. Au lendemain, ils prirent un jet privé de la Fondation afin de se rendre le plus rapidement possible au Sanctuaire, en Grèce. Hideaki avait suivi le groupe simplement parce qu’il le devait, si cela n’avait tenu qu’à lui, il serait resté sur l’île afin de continuer les recherches pour retrouver Milan, mais ses amis lui avaient fait comprendre que cela ne servirait à rien, Milan était perdu, peut-être mort (idée que Hidy rejetait en bloc), ou il avait simplement fui après avoir appris la mort de sa mère.

Milan n’était pas un lâche, cela, Hidy le savait, bien mieux que quiconque, mais il était introverti, ne faisait jamais état de ses états d’âme, encaissait ce que la vie lui envoyait, il était sensible et bon. S'il y avait une personne sur cette Terre qui ne méritait pas ce qui lui arrivait, c’était bien Milan.

Le menton dans le creux de sa main, Hidy regardait les nuages passer devant son hublot. Milan lui manquait, lui manquait terriblement. Hidy se sentait perdu, démotivé, apeuré, il repensait sans cesse à cet affreux cauchemar qu’il avait fait une nuit sur le yacht, un cauchemar où il voyait sa mère Lily brûler dans les flammes de l’enfer.

Le jeune homme avait tenté par la suite d’appeler sur le portable de sa mère, mais à chaque fois, il tombait sur la messagerie.

Poussant un long soupir d’angoisse, Hidy ferma les yeux, reposant sa tête contre le dossier de son siège, peut-être arriverait-il à dormir un peu.

 

Le vol se déroula sans encombres, le jet atterrit sur une piste d’un aérodrome en banlieue d’Athènes, c’était une fin de journée, plusieurs jours après l’escapade d’Oleg et d’Alex.

A la descente de l’appareil, les jeunes gens furent accueillis par un homme très mince et au visage rond qui se présenta sous le nom de Galec. Interloquée, la bande avait échangé des regards perplexes et Galec leur apprit que leur venue était prévue par le Grand Pope et qu’il les attendait avec impatience.

Ce fut alors dans deux Mercedes noires que les jeunes gens furent conduits au Domaine Sacré, la nuit tombait.

Durant le trajet, les gens parlèrent peu, même Thomas était silencieux, appréhendant le moment de mettre enfin le pied dans ce Sanctuaire si énigmatique et où s'était trouvé son ancêtre Ikki.

Les voitures traversèrent la ville, brillante, resplendissante de tous les côtés. Thomas laissa ses yeux se perdre dans la multitude de façades lumineuses de diverss magasins, cinémas ou boîtes de nuit. A côté de lui, Kara et sa sœur Itsuya se tenaient la main, Kara avait les yeux levés vers le ciel au travers de sa fenêtre, elle regardait les premières étoiles scintiller dans le ciel marine.

Dans l’autre voiture se trouvaient Hideaki et Diane accompagnés de cet homme qui les avaient accueillis à l’aérodrome. Les chauffeurs des deux Mercedes roulaient doucement, ils ne faisaient aucun excès de vitesse, les phares des véhicules traçaient le chemin. Ils quittèrent la ville, la laissant derrière eux, au loin, on pouvait voir la pointe du Cap Sounion et le temple du Dieu Poséidon saluer les derniers feux du soleil couchant.

Alors que le soleil disparaissait dans un embrasement rouge or qui enflammait la Mer Méditerranée et les montagnes avoisinantes, les deux voitures du Sanctuaires montaient dans les hauteurs de la Grèce. Le cœur de Kara battait la chamade, ses yeux brillaient d’excitation, elle avait hâte d’arriver, pour enfin connaître ce lieu mythique, cet endroit où son ancêtre Seiya avait appris à devenir chevalier de Bronze.

 

Après plusieurs minutes de trajet, les deux voitures noires s'arrêtèrent. Dans la pénombre de la nuit, les jeunes gens aperçurent de hautes colonnes se dresser devant les capots des Mercedes.

-Voilà, à partir d’ici, nous allons être obligés de marcher, fit Galec en ouvrant sa portière.

-Nous sommes arrivés ? S’enquit Diane.

-Presque, l’informa Galec en descendant de voiture.

Dans l’autre auto, Thomas fronça les sourcils en voyant Hidy et Diane mettre pied à terre. Il fit de même, suivi de Kara et Itsuya. Les phares de la voiture encore en route éclairaient la partie d’un édifice en ruines. Thomas leva ses yeux et sa bouche s’ouvrit en grand lorsqu’il vit d’imposantes colonnes ouvragées debout, soutenant un toit. L’édifice était immense, royal, élégant.

-Où sommes-nous ? semanda-t-il à Galec qui les rejoignait tous.

-A l’entrée même du Sanctuaire.

Tous le regardèrent, interloqués.

Galec s’était tourné vers l’édifice.

-Ceci est une des entrées du stadium qui se situe tout en bas de la montagne où se trouve le Sanctuaire.

Il se retourna devant les jeunes gens, sourire aux lèvres.

-Nous nous trouvons au pied de cette montagne.

-Pourquoi ne pouvons-nous pas continuer en voiture ? demanda Kara.

-Le Sanctuaire n’a jamais été agencé pour accueillir des véhicules, quels qu’ils soient. Nous allons rejoindre le palais du Grand Pope par le chemin que vos ancêtres ont pris lors de la guerre du Sanctuaire.

-Vous voulez dire…Le chemin des douze maisons ? fit  avec une teinte d’anxiété dans la voix. Cette nuit ?

-Tout à fait, jeune fille, mais ne vous faites pas de soucis, celles-ci ne sont pas encore gardées, vous ne serez donc pas obligés de défier son gardien si c’est cela qui vous inquiète ; ceux-ci sont encore trop jeunes pour pouvoir prétendre à porter l’armure d’or.

-Euh… Non… En fait, j’ai entendu dire que ce trajet était particulièrement éprouvant et long.

-Je ne vous le cache pas, j’espère que vous avez de bonnes chaussures !

-Nous avons l’habitude de crapahuter ! s’exclama Tom.

Hidy était venu glisser sa main dans celle d’Itsuya, ils se regardèrent et il lui souri.

-Et nos valises ?

-Nos chauffeurs vont s’en charger et les amener dans vos locaux au village de Rodorio.

Sur ces mots, les deux Mercedes repartirent par le chemin d’où elles étaient arrivées et disparurent dans la descente. De ce fait, le petit groupe se retrouva dans une quasi-obscurité.

Frissonnante, Kara regretta de ne pas avoir prit un gilet. Apercevant ses bras complètement nus, Tom vint les lui frictionner pour la réchauffer.

-Bien, vous êtes prêts ?

Tous hochèrent la tête.

-Allons-y ! Ne vous faites pas de souci pour la lumière, nous allons bientôt y voir plus clair, une fois dans le stadium.

 

Et Galec eut raison. Une fois passées les imposantes colonnes, une fois après avoir pénétré dans la partie couverte, là où la chaleur ne pouvait entrer, le groupe, conduit par Galec, arriva sur le terre-plein du stadium et celui-ci était éclairé par une centaine de torches disposées tout autour, dans les gradins ainsi qu’au centre du stadium. Le groupe traversa l’enceinte du Colisée sur toute sa largeur.

-C’est ici que votre ancêtre Seiya a gagné son armure de bronze de Pégase, mademoiselle Kara ! s’exclama Galec sans se retourner vers elle.

La jeune fille tournait la tête de tous côtés, une intense émotion l’envahit, elle foulait le sol que Seiya avait foulé, son regard s’embrasa et une chair de poule recouvrit tout son corps.

-Tu as froid ? lui demanda Tom.

-Non… Plus maintenant… lui dit-elle, ses yeux bruns pétillant, regardant en tout sens. Ils sont tous venus ici, Tom ! Te rends-tu compte ?

-Oui.

Lui aussi avait glissé sa main dans celle de Kara.

Seule Diane se retrouvait dans son coin, les yeux tristes.

-Et Milan n’est pas là pour voir ça.

Hidy et Itsuya se retournèrent vers elle et la sœur de Kara vint lui offrir son bras.

-Viens.

La remerciant, Diane alla rejoindre le couple et Itsuya étreignit chaleureusement sa main.

Du coin de l’œil, Galec assista à la scène, il eut un sourire en coin.

Il y avait de la force chez ces jeunes, tant mieux, ils allaient en avoir besoin dans les mois à venir.

 

Ils sortirent du stadium, traversèrent un nouveau couloir glacial, de nouveau de gigantesques colonnes, puis ils se retrouvèrent à l’extérieur, longèrent une longue allée de gravier où se dressaient de chaque côté de très haut peupliers, l’allée était éclairée par des torches fixées aux troncs des arbres, cela donnait à l’endroit une touche et une atmosphère romantiques.

La nuit était complètement tombée maintenant, mais le Sanctuaire baignait dans une lumière douce et agréable, des torches et des feux brûlaient un peu partout.

C’était un autre lieu, un autre temps. Ici, rien n’avait bougé, la Grèce antique se mélangeait étrangement avec le temps moderne car, bien qu’il y eût beaucoup de torches pour illuminer le lieu, le groupe aperçut également, par moments, des lampadaires artistiquement ouvragés qui se fondaient harmonieusement dans le lieu.

Ils quittèrent ainsi la grande allée centrale qui menait au stadium et Galec bifurqua sur la droite, s’engageant sur un chemin plus mince et moins éclairé.

Les cinq jeunes gens échangèrent des regards.

Au bout de quelques minutes, ils arrivèrent vers un premier escalier, Galec stoppa la marche et se retourna vers eux.

-Nous voici vers l’escalier qui mène à la première maison, celle du Bélier. A partir de là, nous n’allons cesser de grimper, il faut plus d’une heure pour atteindre le sommet de la montagne, c’est à dire le Palais du Grand Pope. Il nous attend, alors ne tardons pas.

Ils atteignirent le temple du Bélier. Impressionnés, les jeunes gens ne purent que s’extasier devant la beauté de l’édifice. Il se tenait fièrement debout, son entrée était élégante, ils y entrèrent, émus. Leurs pas résonnèrent dans le silence et se répercutèrent contre les murs et les colonnes qui soutenaient le toit de l’imposante demeure.

Ce fut dans un silence absolu qu’ils montèrent comme cela jusqu’à la troisième maison, celle des Gémeaux. Thomas brisa finalement le silence en posant une question qui le taraudait depuis plusieurs minutes :

-Monsieur ?

-Pas de "Monsieur" avec moi, jeune homme, nous allons nous croiser souvent, appelez-moi Galec.

-Si vous voulez. Dites-moi, Galec, n’y a-t-il donc personne au Sanctuaire ?

-Bien sûr qu’il est habité, lui dit-il sur un ton d’évidence tout en continuant de marcher. Il y a le village de Rodorio, un peu plus en bas, nous l’avons contourné pour venir ici, où vivent deux mille cent soixante six habitants.

-Mais la garde du Pope, ses chevaliers, ses soldats ?

-Ils sont là, mais les futurs chevaliers ne sont encore que des apprentis et à cette heure-ci, tout le monde dort, fit Galec d’un air entendu vers Thomas, et les gardes sont là, mais ils ont appris à être invisibles et discrets.

Ils continuèrent de marcher en silence. Thomas se dit qu’il avait hâte qu’il fasse jour pour qu’il puisse voir quel aspect avait le Sanctuaire en plein jour avec ses apprentis chevaliers et ses soldats postés aux différentes frontières du Domaine.

Ils passèrent la maison du Cancer, puis celle du Lion. Galec leur raconta son histoire, comment il avait rencontré le Grand Pope, il éluda volontairement l’identité de celui-ci, ce qui arracha une question à Itsuya :

-Et ce grand Pope ? Qui est-il ?

Galec eut un hoquet de surprise et cessa sa marche pour regarder la jeune fille, interloqué.

-Je vous demande pardon, mademoiselle ?

-Le grand Pope ? Vous savez qui c’est ? N’est-ce pas ?

Galec prit son inspiration et dit, en regardant bien Itsuya dans les yeux : 

-Sachez, mademoiselle Itsuya, que l’identité du Grand Pope est une chose secrète, personne, excepté l’individu le plus proche de lui, en conséquence moi, ne connaît sa véritable identité.

Itsuya se sentit rougir de gêne, apparemment, elle avait posé une question sensible.

-Pourquoi cache-t-il sa vraie identité ? demanda Thomas, ce qui n’étonna pas Hideaki, il commençait à connaître le garçon et ce genre de sujet titillait sa curiosité, voir l’agacer.

-Je ne peux pas vous répondre, jeune homme, vous saurez seulement que son nom est Onissifor.

Sur ces mots, Galec tourna les talons et poursuivit la montée des marches.

Quelques secondes s’écoulèrent, mais Thomas entendait bien ne pas laisser le sujet en plan.

-Comment pourrais-je faire confiance à quelqu’un qui me cache sa vraie identité ? Précisément un homme qui règne sur toute une principauté ?

Une fois de plus, Galec stoppa sa marche et fixa Thomas dans les yeux.

-Durant toutes ces dernières années, j’ai appris à connaître vos ancêtres en vue de votre rencontre et je suis sûr de ne commettre aucune erreur en disant que vous êtes le descendant du chevalier Ikki du Phoenix. Distant, solitaire, forte personnalité, n’a besoin de personne pour se faire ses propres opinions, pourtant sensible… Votre regard en dit long, Thomas, vous êtes le digne héritier de votre ancêtre !

Tom accusa le coup quelques secondes. Les dents serrés, il commençait à bouillonner à l’intérieur, puis sa sœur vint mettre sa main sur son épaule, ce qui le calma un peu.

-Ceci ne répond pas à la question que je vous ai posé ! fit-il finalement en retenant sa colère.

-Ce qui est sûr, c’est que vous pouvez faire confiance au Grand Pope, c’est un être profondément humain et bon, habité par un amour pour les êtres, la Terre et sa Déesse Athéna sans limite, il sait où se situe le Bien et le Mal.

-Vous ne répondez toujours pas à ma question ?! insista lourdement Thomas.

-Vous êtes tenace ! fit Galec avec un sourire sympathique.

-Vous n’avez pas idée, soupira sa sœur derrière lui.

-Si je vous dévoilait qui il est véritablement, vous ne me croiriez pas.

-Pourquoi ? demanda Kara.

-Vous lui poserez vous-même la question.

Et sur ces mots, Galec continua l’ascension en direction du temple du Lion sur un rythme soutenu.

Ils passèrent les trois temples suivants comme cela sans un mot. Le pas de Galec ne faiblissait pas, à la différence des trois filles qui commençaient à montrer des signes de faiblesse.

-Ne pourrions-nous pas faire une petite pause, s’il vous plaît ? demanda d’une petite voix Itsuya qui se massait les talons.

-Vos ancêtres n’ont pas eu le temps de faire une pause, comme vous dites, pendant la guerre du Sanctuaire, lui rétorqua Galec sans animosité aucune.

-Je vous en prie ! Nous ne sommes pas en guerre, laissez les filles se reposer un peu ! fit Hidy sur un ton de reproche.

Itsuya s’était assise sur une pierre sur le côté de l’escalier et se massait le pied gauche.

Galec observa la scène. Hidy reprenait son souffle, Thomas massait les épaules de Kara qui, elle-même, avait le visage qui ruisselait de sueur et Diane avait l’air de rêvasser.

-Cela me chagrine de voir la descendance des cinq chevaliers de bronze élevés au rang de saints par la Déesse Athéna se plaindre de quelques marches d’escalier.

-Eh ! On n’a pas demandé à vivre ça !! s’écria Tom avec mauvaise humeur.

Les mains dans les poches de son pantalon, Galec scrutait calmement le visage de Thomas.

-Vous avez raison, vous êtes tombés dedans dès votre naissance.

-Oh non… ça va pas recommencer ! se lamenta Hidy. Tom, on est venu ici de notre plein gré, Galec a raison, on n'a pas le droit de se plaindre. Les filles, relevez-vous, si Milan était là, ils nous dirait d’avancer, que les réponses aux questions qu’on se pose sont là devant nous.

Les filles regardèrent Hidy un long moment, puis hochèrent la tête. Il se tourna ensuite vers Tom qui hocha également la tête.

-Nous ne sommes plus très loin ?

-Il y a encore trois temples à traverser et le palais sera au bout.

-Allons-y !

 

Ce fut sans un mot que le groupe continua son ascension. A la sortie de la maison des Poissons, le panorama changea du tout au tout, le dernier escalier qui menait au palais du Pope ne serpentait plus au milieu des roches, des maquis et des arbustes, il montait bien droit au milieu d’une cascade de roses blanches et rouges.

A la vue des fleurs épineuses, le cœur de Kara fit un bond et elle n’avança pas plus loin.

-Non ! Pas encore ! murmura-t-elle.

Galec se retourna vers elle.

-Je vous demande pardon, mademoiselle Kara ?

Thomas lui prit fermement la main et l’obligea à avancer.

-Kara n’aime pas les roses, elle en a un très mauvais souvenir ! Lui explique Tom en traînant Kara derrière lui.

-Sont-elle inoffensives ? s’enquit Hidy.

-A priori, lui répondit Galec en regardant d’un air incertain Tom tirer son amie par la main.

-Kara est rosanophobe, fit Tom en passant devant Galec avec un clin d’œil.

-Rosanophobe ?

Galec posa un regard complètement interloqué vers Hidy et Itsuya qui haussèrent les épaules.

Kara ne se sentit en sécurité que lorsqu’ils arrivèrent devant les lourdes portes de bronze du palais. Kara ouvrit grand la bouche d’extase lorsqu’elle vit la beauté des deux battants sculptés à même le bronze, deux dragons se faisaient face sur chacune des portes qui mesuraient pas loin de cinq mètres de haut sur trois de large.

-Est-ce réellement de bronze ? demanda-t-elle abasourdie en venant toucher un des battants de la main.

-Tout à fait ! Taillées directement dans la pierre qui se trouvait encore dans la carrière. Les architectes et les sculpteurs ont vraiment fait un travail admirable pour faire renaître ce lieu, fit fièrement Galec comme s’il avait vécu ici toute sa vie.

Deux gardes étaient postés de chaque côté de la porte, habillés de treillis de couleurs bleu nuit, vert et noir. Ils portaient une épaisse ceinture à la taille affublée d’un lasso et d’un sabre d’une longueur non négligeable.

Impassibles, les deux gardes restèrent immobiles face aux nouveaux visiteurs et ne firent pas un geste lorsque Kara apposa sa main sur une des portes pour sentir le marbre. Galec s’était approché d’eux et leur avait parlé dans un chuchotement. Dans la seconde suivante, ils firent quelques pas au devant des jeunes gens et s’inclinèrent face à eux. Surpris, les jeunes gens ne surent quoi dire, puis les soldats ouvrirent les portes en les poussant à deux mains et le palais du Pope s’ouvrit pour les jeunes visiteurs.

Ils avancèrent dans un vaste hall aux murs recouverts de tapisseries représentant des scènes de batailles, on pouvait y voir des chevaliers en armures d’or, d’argent ou de bronze faire face à différents ennemis, certaines de ces tapisseries représentaient une grande et belle jeune femme auréolée d’une magnifique lueur dorée, tenant un sceptre dans sa main droite. Hidy reconnut dans ce sceptre le symbole que l’on pouvait voir sur le portail du manoir de Camus en région Parisienne.

Impressionnés, les jeunes gens comprirent que ces tapisseries racontaient les guerres des chevaliers ayant vécu deux cent ans plus tôt. Le sol dallé était recouvert en partie par un tapis rouge vif qui les mena jusque vers un corridor dont la clarté contrastait singulièrement avec le hall qu’ils étaient en train de traverser, tamisé lui, de faiblardes torches qui donnaient au lieu une ambiance feutrée.

Une fois dans le corridor, leurs yeux ne cessèrent de s’extasier. Des lustres de cristal pendant du plafond par intermittence scintillaient de mille feux et se reflétaient sur le sol carrelé de blanc ainsi que sur le mur de gauche peint entièrement en blanc. Sur leur droite, de grandes fenêtres ouvragées montaient jusqu’au plafond, une nuit noire se collait aux doubles carreaux.

Une autre porte, celle-ci de marbre rose brun, moins imposante que celle de l’extérieur, les attendait à l’autre bout du corridor et deux autres gardes, habillés de la même manière, étaient postés de chaque côté.

Galec se dirigea vers les gardes et leur parla un instant.

Tom remarqua que ces gardes-là étaient légèrement différents de ceux qui se trouvaient à l’extérieur. Ceux-ci avait leurs cols ornés d’un écusson doré représentant un cheval ailé entouré d’une étoile par ce qu’il pouvait en juger de là où il se trouvait.

Il devait sûrement s’agir d’un garde. songea Tom.

-Bien, vous allez vous présenter devant le Grand Pope, il vous attend de l’autre côté de cette porte, dans la salle du trône. Onissifor possède un esprit large et très ouvert, mais je vous demanderai de ne faire aucune allusion sur son identité, c’est lui et lui seul qui décidera de vous dévoiler qui il est vraiment, mais je pense que cette question n’aura pas de réponse ce soir.

-Que va-t-il se passer à l’intérieur ? demanda Kara avec une légère nervosité.

-Il va certainement vous demander de lui montrer les journaux de vos ancêtres, ainsi que les parties de la statuette en votre possession.

Tom, qui portait un sac en bandoulière, posa une main protectrice dessus.

-Il ne vous veut aucun mal, montrez-lui votre respect en mettant un genou à terre, les rassura-t-il. Il est là pour vous aider et vous donner des réponses à certaines questions que vous vous posez encore.

-Nous sommes surtout là pour cela ! s’exclama Tom sur un ton évident.

-Il en attend aussi de votre part.

Galec regardait Tom d’un œil perçant.

-Il y a certaines choses qu’il ne comprend pas… Mais il est temps, allons-y !

 

Alors la porte de marbre pivota lourdement sur ses gonds, les deux battants émirent une longue plainte grave et enrouée. Les deux gardes s’écartèrent ainsi que Galec.

Nos cinq jeunes gens retenaient leur souffles, n’osant faire un pas.

Une odeur de fleur et de fruit tropical vint subrepticement chatouiller leurs narines et une douce chaleur les accueillit chaleureusement.

Au début, les portes s’ouvrirent sur du noir, la clarté du corridor dans lequel ils se trouvaient faisait contre-jour. Ce fut Hideaki qui s’avança en premier, ses amis lui emboîtèrent le pas sans tarder, avec appréhension.

Hidy entra dans une vaste pièce plongée dans la pénombre, éclairée seulement par quelques torches qui brûlaient timidement. Les murs étaient recouverts d’une multitude de rideaux d’un rouge velouté et de tapisseries artisanalement ouvragées. Le petit groupe entra sur la pointe des pieds tant le silence régnait en maître.

Une fois tous à l’intérieur, la porte se referma derrière eux. Kara sursauta se serrant contre Tom, celui-ci lui jeta un regard de reproche qui semblait dire « Je t’en prie ! Ce n’est qu’une porte ! »   

-N’ayez crainte, fit soudain une voix grave devant eux.

Et ils le virent, là, plus loin, assis sur son trône, vêtu d’une robe blanche immaculée, ceinturée à la taille d’une cordelette colorée.

Le groupe s’avança doucement, leurs yeux grand ouverts, fixés sur le Grand Pope. Il portait son heaume doré surmonté de deux grandes ailes de dragons, son visage était dissimulé derrière un masque blanc.

Les cinq jeunes gens se regardèrent réciproquement, puis se décidèrent à saluer le Pope en posant un genou à terre et le monarque, surpris, se leva, descendit les quelques marches qui menait à son trône et ouvrit ses bras en un geste d’accueil vers ses visiteurs.

-Relevez-vous, mes amis, leur dit-il de sa voix grave et profondément chaleureuse. Votre venue au Sanctuaire est bien plus qu’honorable.

Impressionnés, ils se relevèrent sans détacher leur regard du Grand Pope.

Chacun se sentait comme un enfant devant le plus vieux sage de la Terre.

Tom était gêné de ne pouvoir scruter le visage du Pope, son masque le dérangeait franchement.

-Vous n’êtes que cinq ?

Ce fut Diane qui prit la parole. A la surprise de ses amis, sa voix limpide légèrement montée dans les aigus se fit écho dans la salle du trône.

-Vous avez raison… Majesté… Milan a disparu sur notre île.

-Racontez-moi, dans quelles circonstances cela est-il arrivé ?

-Majesté ?

Tom passa devant Hidy.

-Vous saviez que nous allions venir, n’est ce pas (Onissifor ne dit rien, il tourna seulement légèrement la tête vers Tom)?

-Je prends votre silence pour un oui, fit Tom du tac au tac.

-Il sentit le regard de ses amis peser sur lui, il n'était pas étonné de les voir abasourdis par son impertinence.

-Je pense alors, au vu de ce que Galec nous a raconté de vous, que vous devez avoir le pouvoir de voir au-delà de la vue d’un simple mortel ?

-Je n’ai pas le regard d’un aigle si c’est cela que vous suggérez, jeune homme, fit Aiolos d’un ton posé où ne suintait aucun agacement.

Tom ne se contenta pas de sa réponse.

-Vous voyez très bien de quoi je veux parler.

-Mais Tom ! Qu’est-ce que tu fabriques ?! lui murmura Kara dans une voix aiguë où pointait une certaine panique.

Le Grand Pope resta un moment silencieux, la tête toujours tournée vers Tom qui défiait le masque qu’il portait.

Dieu que j’aimerais te l’arracher.

Aiolos s’approcha doucement de Tom, le jeune homme resta bien droit sur ses jambes, tous levèrent la tête, Aiolos était grand, très grand.

Il doit être monté sur des échasses ! songea follement Itsuya qui se demanda immédiatement après ce qui lui prenait d’avoir des idées aussi absurdes dans un moment pareil.

Tom vit le Grand Pope poser une main fraternelle sur son épaule, ses yeux bleus scrutaient ce visage blanc, inerte.

Il me regarde bien droit dans les yeux, je le sais.

Puis soudain, le jeune homme ressentit en lui un bien-être incroyable. Il se sentit soulagé, apaisé, Tom n’eut plus envie de savoir qui il était, il avait l’envie soudaine d’aller flâner dans la forêt, d’aller boire l’eau pure d’une rivière, de cueillir des marguerites…

-Arrêtez !! s’écria-t-il soudain avec colère en repoussant la main du Pope de dessus son épaule. Arrêtez de faire ce que vous êtes en train de faire ! Tom jeta des regards furtifs vers ses amis, Kara ouvrait de grands yeux terrorisés, Diane n’avait pas l’air de se rendre compte de ce qui se passait, Itsuya et Hidy semblaient sincèrement gênés et désolés.

-Mais je ne faisais rien, fit simplement le Pope.

Il recula ensuite pour embrasser du regard tout ses hôtes.

-Thomas est dans le vrai, mes pouvoirs me permettent de voir beaucoup de choses, mais ces derniers temps, mes méditations ont été sans cesse dérangées par une force hostile et malfaisante m’empêchant de la sorte de voir les choses telles qu’elles se déroulaient.

-Que voulez-vous dire, Grand Pope ? demanda Diane.

-Avant toute chose, je vous invite à me suivre, nous serons plus confortablement installés à l’air libre.

Aiolos se dirigea alors vers la gauche, vers une tapisserie qui représentait un plan des douze maisons du Zodiaque. Il écarta le tissu et ouvrit une porte qui se trouvait derrière. Les cinq jeunes gens le suivirent.

-Qu’est-ce qu’il t’a fait ? demanda Kara à Tom en chuchotant.

-Rien de bien méchant, j’en suis sûre, lui répondit Diane devant elle. ça lui aura remis les idées en place ! N’est-ce pas, frangin ? fit-elle à Tom d’un air suffisant.

Les mains dans les poches, le jeune homme émit un grognement vexé.

Le groupe fut conduit sur une grande terrasse qui surplombait un immense champ de verdure et de fleurs. Ils s’assirent autour d’une table ronde en pierre sous le scintillement bienveillant des étoiles. Des rafraîchissements les attendaient.

Tous n’étaient pas mécontents de pouvoir enfin s’asseoir, toutes ces péripéties les avaient exténués.

Le Grand Pope avait pris place en face d’eux., les coudes sur la table, les mains croisées devant lui, les regardant derrière son masque. Les cinq jeunes gens attendaient qu’il parle, mais Aiolos fit tout autre chose.

Ses deux mains se portèrent jusqu’à son heaume, puis il l’ôta. Hidy et ses amis virent avec surprise une masse de cheveux bouclés châtain clair. Le Pope posa le heaume sur la table à côté de lui, puis sa main droite alla décrocher le masque blanc qui lui cachait le visage.

Ils avaient devant eux le visage d’un homme aux traits déjà un peu ridés, séduisant, on pouvait lui donner pas loin de la cinquantaine, ses pupilles étaient d’un bleu profond. Aiolos regardait ses hôtes avec une douceur peu commune.

Tom avait retenu son souffle.

Les filles se sentirent tout de suite en confiance avec cet homme et Hidy sut immédiatement qu’ils étaient au bon endroit.

-Mon visage ne vous dit rien, j’en suis persuadé, pourtant, vos ancêtres ont marché sur mes traces toute leur vie durant.

-Co…Comment est-ce possible ? fit Kara dans un souffle.

-Laissez moi vous raconter mon histoire, ensuite, vous me raconterez la vôtre.

 

Cela prit plus de deux heures en tout. Les cinq jeunes gens eurent énormément de mal à croire l’histoire d’Aiolos, ils lui posèrent un nombre incalculable de questions sur le Misopéthaménos pour essayer d’en comprendre la logique, Tom cherchait en vain une faille dans le récit du Grand Pope et dut admettre que son histoire se tenait malgré les incroyables faits qu’elle comportait. Ils comparèrent le récit du Pope en incluant celui de Galec et tombèrent d’accord. Après tout, ils étaient bien poursuivis par une Déesse.

Aiolos écouta ensuite très attentivement les évènements du groupe, ils parlèrent chacun à leur tour. Hidy dut raconter son histoire seul puisque Milan n’était plus là, ce qui lui fit mal au cœur, sentant avec froideur l’absence de son meilleur ami.

Les jeunes gens avouèrent au Grand Pope qu’ils savaient qu'Ikki était encore en vie et qu’il les attendait dans les mines de Jade au Mexique.

-Ce n’est pas un mal que vous le sachiez, dit Aiolos, je suis en contact permanent avec le chevalier Phénix.

Il les regarda ensuite un par un d’un œil intense.

-Qu’en avez-vous déduit ?

Il y eut un silence, aucun d’eux ne voulut répondre de peur de dire une bêtise. Ce fut Tom qui finit par prendre la parole :

-Nous pensons qu’il veut que nous lui ramenions la statuette.

-Mais elle est incomplète, poursuivit Itsuya.

-Et nous pensons qu’il a le dernier fragment, termina Hidy.

Le Grand Pope joignit ses mains devant sa bouche. Kara vit un délicat sourire planer une seconde sur ses lèvres et le bleu de ses yeux brilla un instant.

L’homme hocha subrepticement la tête, l’air satisfait.

-Mais ce n’est pas tout, fit-il sur un ton mystérieux, vous devez aussi lui ramener l’arme.

-L’arme ?

-Vous-voulez parler de la treizième armure ?

Aiolos se leva doucement de sa chaise, sa longue toge blanche traînait par terre en faisant un bruit de tissu froissé. Ils le regardèrent s’approcher du balcon et poser ses mains sur le bord, une légère brise vint faire onduler les plis de sa robe.

Fascinés, les cinq jeunes gens admirèrent sa belle stature et son élégante prestance, il émanait de cette homme la bonté, l'amour, la sagesse et la gentillesse.

-Laissez-moi vous conter une autre histoire, dit-il de sa voix grave et veloutée, son visage tourné vers les jardins du palais.

Il leur raconta alors le récit d’Héphaïstos lorsqu’il confectionna une arme magnifique en l’honneur de la Déesse Athéna. Une arme si puissante que même les Dieux ne pouvaient rivaliser contre elle. Il leur raconta la punition de Zeus envers Héphaïstos pour avoir crée une arme aussi dangereuse.

-Athéna partit donc dissimuler cette arme dans les montagnes de l’Olympe en y apposant son sceau et pour que personne ne puisse la retrouver, l’arme devait changer d’aspect tous les deux cents ans.

-Excusez moi mais, pourquoi ne pas la détruire ? demanda Kara.

-Héphaïstos avait crée une arme indestructible, plus on essaierait de la détruire, plus elle se renforcerait dans sa puissance.

Le Grand Pope se tourna vers eux.

-Le chevalier du Phénix désire que nous lui ramenions cette arme ? s’enquit Hidy.

-Mais nous ne l’avons pas.

-Nous pensions justement la trouver dans les mines de Jade ! fit naïvement Kara.

Le Grand Pope garda un moment le silence, les regardant tous, il lisait l’incompréhension dans chacun de leurs regards.

-L’arme est en votre possession depuis le début de votre quête ! s’exclama finalement Aiolos.

Diane étouffa une exclamation de surprise.

Les garçons ouvrirent de grands yeux étonnés.

Kara et Itsuya se regardèrent, abasourdis.

Le Grand Pope se rapprocha de la table, posa ses mains à plat sur la pierre froide de la table, il scruta les jeunes gens d’un intense regard bleu.

-Ce n’est pas possible… fit dans un souffle Diane.

-Repensez à ce que je vous ai dit tout à l’heure : l’arme change d’aspect et de lieu tous les deux cents ans.

Tom fronçait ses sourcils en faisant perdre son regard sur la texture irrégulière de la table en pierre.

-Les journaux ? s’exclama Kara.

Tom secoua la tête.

-Non, je ne crois pas, fit-il, ils étaient dans le manoir, n’importe qui aurait pu les trouver.

-La statuette alors ? avança Itsuya.

-On y a déjà pensé, rappelez-vous, dit Tom, on est tombé d’accord sur le fait que ce n’était pas ça. 

-Pensez plus large ! leur dit Aiolos le regard brillant. Pensez à quelque chose qui serait là par hasard, un objet qui n’aurait pas dû être là !

Tous réfléchirent.

-Vous dites que nous l’avons avec nous depuis le début ? demanda Itsuya d’un air interdit.

-Oui.

Hidy réfléchissait intensément, ne prêtant pas attention à ce que disait les autres. Il essayait de se souvenir de quelque chose, une chose que sa mère avait retrouvée avant leur départ pour la Chine à Milan et à lui. Hidy se souvint ce qu’elle lui avait dit, comment elle l’avait retrouvé.

Soudain, Hidy se souvint, comment avait-il pu oublier, alors qu’il le portait autour du cou depuis leur départ. Il sentit de nouveau son métal froid sur sa poitrine, son regard s’illumina.

-Oh, mais…Est-ce que ce serait…

Tous se tournèrent vers lui, ils le virent plonger sa main dans son T-shirt et en retirer la chaîne où pendait le médaillon, une étoile entourée d’un cercle.

Il fit passer la chaîne par-dessus sa tête et tendit le médaillon à bout de bras pour que tout le monde le voit.

Ses amis ouvrirent de nouveau de grands yeux ébahis.

Le Grand Pope vint se rasseoir doucement en face d’eux, ses yeux observant le médaillon se balancer au bout de sa chaîne.

-Le médaillon de ton ancêtre Shun ? fit Tom.

-Ma…Ma mère n’a pas compris comment ce médaillon avait pu réapparaître chez nous, alors qu’il avait disparu avec la mort d’Hadès lors de la dernière guerre sainte. On a pensé que c’était mon ancêtre Shun qui l’avait fait revenir pour que je le porte… Mais maintenant…

-Le médaillon serait cette fameuse arme ?! s’exclama Diane.

-C’est exact ! dit Aiolos, satisfait.

Le médaillon scintillait doucement sous les torches qui brûlaient autour d’eux. Le tenant toujours à bout de bras, Hidy sentit soudain une étrange vibration dans sa main. Prenant conscience de ce qu’il tenait réellement, il le posa précipitamment au milieu de la table où il émit un petit tintement discret au contact de la pierre et il retira sa main qui tremblait.

-Nous allons la mettre en lieu sûr, fit Aiolos.

-Est ce que c’est cela que recherche Artémis ? osa demander Kara.

-Oui, mais elle ne sait pas sous quelle forme cette arme se cache, nous, nous le savons, nous avons un temps d’avance sur elle.

-Mais elle le saura tôt ou tard ! N’est ce pas ? fit Thomas.

-Oui, elle le saura, lui dit Aiolos d’un regard pénétrant, mais tant que cette arme restera dans le Domaine de la Déesse Athéna, nous n’avons pas à craindre qu’elle mette la main dessus.

Tous avaient leurs yeux rivés sur le médaillon posé au milieu de la table de pierre, la lune se reflétait à l’intérieur.

-Tout ce chemin pour finalement apprendre que cette arme était en notre possession depuis le début… fit Hidy abasourdi.

-Il le fallait, pour que vous puissiez arriver jusqu’ici.

Soudain, Hidy sentit une colère remonter du plus profond de son être. Il serra les poings sur la table et ce fut un sentiment de dégoût et de frustration qui le fit parler sur un ton de ressentiment.

-Alors… Ce serait au nom de cette chose que Milan a disparu ?!! Que sa mère est morte, que mon père est devenu un meurtrier ?!!

Aiolos planta ses yeux bleu foncé dans ceux d’Hidy qui étaient d’un vert lumineux flamboyant de colère et de défi.

-Il m’est impossible de savoir ce qui est arrivé à ton ami, Hideaki, il a disparu de ma vision quelques temps après avoir appris la mort de sa mère Vilma, tout ce que je peux te dire, Hideaki, c’est qu’il était véritablement perturbé intérieurement.

-Je le sais, dit-il d’un air sombre, et je n’ai rien fait pour l’aider.

Le Grand Pope se leva soudain, faisant bien face aux cinq jeunes gens.

-Maintenant, je vous demande de bien prendre conscience des enjeux et de ce qui va se passer dans les jours, les mois, les années à venir ! La guerre contre Artémis sera inéluctable ! Le voyage dans les mines de Jade aussi ! Mais peut-être que vous ne ferez pas partie de cette aventure.

Les cinq jeunes gens se regardèrent un moment.

Ils comprenaient ce que voulait dire le Grand Pope, leurs enfants allaient hériter ce qu’ils avaient ramené avec eux.

-Alors… Nous sommes bloqués ici ? N’est ce pas ? demanda timidement Itsuya, une timidité qui surprit grandement sa sœur Kara.

Aiolos hocha la tête.

-A partir de ce soir, le Sanctuaire est votre nouvelle demeure, aucun retour possible.

-Mais… Et notre île ?!

-Les établissements thermaux ?!

-Mon musée ?!

-Je suis désolé.

 

Beaucoup plus tard, une fois que le médaillon fut mis en lieu sûr et que le Grand Pope prit congé de ses hôtes, nos cinq jeunes gens furent conduits dans le village de Rodorio où on leur montra l’endroit où ils vivraient désormais.

C’était une agréable villa entourée d’arbres et de verdures avec un immense jardin à l’arrière.

Mais ceci ne réjouit aucun d’entre eux.

Thomas retenait une colère sans nom.

Bien qu’ils furent dans le Sanctuaire de la Déesse Athéna, qu’il savaient qu'ils étaient dans le camp des gentils comme on dit, ils étaient prisonniers tous les cinq et ça, il ne pouvait l’accepter.

Non, rien n’allait !

Où était Milan ? Qu’allait-il leur arriver maintenant ?

On ne leur avait pas tout dit ! Trop de points restaient obscurs !

Où était cette déesse Athéna ?

Qu’était-il arrivé aux parents de Hidy et Milan ?

Désormais, le Domaine Sacrée de son ancêtre Ikki ne lui paraissait plus autant attrayant, plus autant charmant, il lui faisait même peur.

Alors, ce fut sous un ciel noir étoilé de milliers de points scintillants que Tom entra de mauvaise grâce dans une villa étrangère, une villa dans un village qu’il était sûr de ne pas aimer, habités par des gens qu’il était sûr de ne pas avoir envie de connaître… Et il referma la porte derrière lui.

 

Dans le palais du Pope, la porte de la nurserie de l’aile ouest s’ouvrit doucement, une très belle jeune femme brune entra sur la pointe des pieds et vint regarder dans le berceau si la petite déesse dormait.

Opalline sommeillait à points fermés, recouverte par des draps roses et blancs, des petits angelots lui souriaient au-dessus de son visage reposé. La belle jeune femme remonta le mécanisme du petit carrousel suspendu au-dessus du berceau et les petits anges commencèrent à tourner doucement en diffusant un délicat air cristallin.

La belle jeune femme brune sourit tendrement au petit bambin en caressant sa joue du dos de son index puis s’en alla aussi doucement que possible et referma la porte derrière elle.

Les petits angelots semblaient danser avec la petite musique cristalline qui sortait du carrousel, emmenant la jeune Déesse Athéna dans des rêves féeriques.

 

 

Fin du premier livre

Les mots oubliés

 

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Cette fiction est copyright Galatée
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.