Chapitre 3

 

Année 1987, lieu inconnu

 

 

Quand Saori ouvrit les yeux il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaître l’endroit où elle se trouvait. Une telle atmosphère de félicité et de sérénité ne se rencontrait pas n’importe où sur Terre et les endroits imprégnés d’une telle ambiance se comptaient sur les doigts d’une seule main. L’Elysion était l’un d’eux, mais ici il ne pouvait s’agir que de l’Olympe, la Demeure des Dieux.

 

Saori se releva sur sa couche et à peine avait-elle posé les pieds par terre que la porte de la chambre où elle reposait s’ouvrit. Une silhouette imposante fit son entrée dans la pénombre de la pièce ; une aura de majesté et de puissance absolue l’environnait.

 

Saori et le nouvel arrivant se toisèrent du regard. L’homme avait un regard calme mais dur et déterminé. Elle percevait également une pointe de chagrin. Elle lui retourna sa propre détermination en s’efforçant de paraître inflexible. Il se passa ainsi une minute entière, mais il sembla à Saori que c’était un siècle, avant que le silence soit enfin rompu.

 

- Athéna, ma fille…

- Zeus, mon père…

 

Saori savait depuis un bon moment déjà qu’une telle rencontre était inévitable et elle s’y était préparée, mais elle ne pensait pas qu’elle eût dû survenir aussi vite.

 

 

 

Grèce, Sanctuaire d’Athéna.

 

 

 

Pendant un long moment, les quatre Chevaliers Divins et Shina contemplèrent, incrédules, le fond du cratère au centre des Arènes et celui qui y gisait. L’inconnu reposait la tête en bas, couverte d’une épaisse poussière qui rendait impossible toute identification. Son armure était aussi couverte de poussière mais elle restait facilement identifiable. Il ne pouvait s’agir que d’une Armure d’Or, et ses larges épaulières qui se rejoignaient au centre de la poitrine ne laissaient pas de doute possible quant à sa constellation ; aucune autre Armure d’Or n’avait de pareilles épaulières.

 

Il s’agissait de l’Armure d’Or de la Vierge.

 

Ikki fut le premier à oser parler.

 

- Shaka ?

 

Shina et lui s’approchèrent du corps les yeux écarquillés, n’osant pas croire au retour de l’un des plus terribles Chevaliers d’Or. Mais dès qu’ils purent distinguer le visage et constater que les cheveux poussiéreux n’étaient pas longs mais courts ils durent se rendre à l’évidence.

 

- Mais qui est-ce ?! s’écria Ikki, interloqué.

 

 

 

Elysion

 

Malgré la disparition de son corps, Hadès avait réussi à retarder la destruction d’Elysion en utilisant ses dernières forces. Même privé de son corps il restait un dieu et la blessure infligée par son ennemie ne l’avait pas privé de tous ses moyens. Grâce à son puissant cosmos il était parvenu à garder la cohésion de son domaine favori et à l’empêcher de disparaître pour de bon. Mais cette tâche éprouvante drainait ses forces petit à petit et, après deux jours terrestres passés à lutter contre l’anéantissement, il sentait la fin approcher.

 

Par-dessus le marché Hadès souffrait. Sa souffrance n’avait rien de commun avec celle que chacun connaît en ce bas monde. Il souffrait comme seul peut souffrir un dieu qui vient de subir une défaite telle qu’elle le pousse à se remettre en question mais qui, en même temps, refuse tout changement dans son attitude et sa façon de penser.

 

Il ne pouvait s’empêcher d’éprouver de l’admiration envers Athéna, son ennemie depuis si longtemps. Jamais encore elle n'avait été si proche de la défaite et pourtant, elle avait fini par triompher d’une façon qu’il n’aurait jamais osé imaginer, lui infligeant une défaite comme il n’en avait jamais connu lors de ses précédentes guerres contre la fille de Zeus.

 

L’amour. C’est grâce à ce sentiment, lui avait dit Athéna, qu’elle avait pu remporter la victoire. Hadès avait du mal à croire que ce fût possible et pourtant…

 

Et pourtant c’était bien l’amour qui avait motivé Orphée, le Chevalier d’Argent de la Lyre, à descendre aux Enfers pour y chercher sa défunte compagne Eurydice. Hadès avait été si ému par le son de la lyre du jeune Chevalier qu’il avait accédé à son désir.

 

C’était encore l’amour qui avait motivé Seiya face à Thanatos, l’amour qu’il éprouvait envers sa sœur disparue et qu’il désirait retrouver par-dessus tout.

 

L’amour…

 

D’ailleurs, maintenant qu’il y repensait, Hadès trouvait plutôt étrange d’avoir si facilement cédé à Orphée. Sur le coup il avait senti que c’était la meilleure chose à faire, qu’Orphée le méritait ; mais pourquoi donc avait-il été aussi ému par sa musique ? Était-ce parce qu’elle avait éveillé en lui un lointain souvenir ? Un souvenir d’amour ?

 

Tandis qu’autour de lui la destruction d’Elysion progressait, Hadès se remémora soudain quelque chose. Oui, lui aussi avait un jour ressenti de l’amour. C’était il y a si longtemps qu’il l’avait presque oublié. C’était un amour si fort qu’il n’avait pu y résister. Il se souvenait même à présent qui il aimait. Mais il ne l’avait pas vue depuis longtemps, trop longtemps. En fait depuis les temps mythologiques…

 

Elle ne pouvait être morte, Hadès en était certain car il l’aurait su ; donc elle avait disparu mais où ? Il était certain qu’elle se trouvait quelque part, hors de sa portée, mais il voulait la retrouver, la revoir, l’aimer à nouveau… Il se sentait prêt s’il le fallait à revenir de la mort elle-même. Il ferait n’importe quoi !

 

Oui, Athéna avait raison, l’amour était bien un sentiment si puissant qu’il pouvait pousser les hommes à se dépasser, à devenir toujours plus forts. C’était ainsi que le Chevalier de Pégase avait réalisé un miracle face à Thanatos en faisant brûler son cosmos si fort qu’il s’était approché du niveau des Dieux eux-mêmes et que son Armure de Bronze réduite en cendres était revenue à la vie elle aussi.

 

Hadès savait désormais ce qu’il devait faire. S’il voulait retrouver celle qu’il aimait, il fallait qu’il réalise lui aussi un miracle. Dans un ultime sursaut d’espoir, le Dieu des Enfers intensifia son cosmos.

 

 

 

Olympe

 

 

 

- Es-tu bien consciente de ce que tu as fait, Athéna ?

 

Le regard de Zeus était toujours rivé à celui de sa fille et se durcissait un peu plus à chaque mot qu’il prononçait. Il en fallait plus cependant pour déstabiliser Saori.

 

- Je n’ai rien fait de plus que ce qu’il fallait pour protéger la Terre et les Humains, car telle est ma mission

- Ta mission !

- La mission que tu m’as toi-même confiée, Père.

 

Devant tant d’insolence, les yeux du Roi des Dieux se mirent à lancer des éclairs de rage. Saori sentit un léger frisson lui parcourir le dos mais elle n’en laissa rien paraître.

 

- Je sais parfaitement quelle était ta mission ! Elle n’impliquait en aucun cas que tu assassines l’un d’entre nous ! De plus tes Chevaliers ont ravagé les Enfers sur leur passage et gravement perturbé sa bonne marche en tuant ses gardiens !

 

Saori s’abstint de réfuter cette accusation. De toute façon c’était inutile.

 

- Et ce n’est pas tout. Tu t’es aussi abaissée à protéger un simple humain qui avait éveillé la colère de mon frère ! Comment as-tu pu tomber aussi bas ? Vraiment tu ne me laisses guère de choix Athéna.

- Que veux-tu dire, Père ?

- Que s’il ne tenait qu’à moi j’aurais préféré éviter d’en arriver là malgré la mort de mon frère, mais puisqu’il en est ainsi, tu devras subir le Théios Crisê !

 

 

 

Elysion

 

 

 

La destruction de ce paradis continuait de plus belle, les forces déclinantes d’Hadès ne parvenant plus à retarder davantage l’inéluctable. Le lieu de repos favori du Dieu des Enfers était dans un état avancé de délabrement. Partout les constructions s’effondraient, les temples étaient jetés à bas par de terribles secousses, les esplanades pavées éclataient et dans les grandes prairies les fleurs se flétrissaient.

 

Les nymphes qui peuplaient le domaine gisaient à terre, le teint cireux et le visage creusé, comme privées de vie. Les seuls êtres encore en vie, si l’on pouvait parler de vie, étaient les âmes des héros défunts des guerres passées, ceux dont la grandeur, le dévouement et l’abnégation leur avaient gagné le respect des Dieux. Eux seuls se déplaçaient encore sur le domaine au bord de l’anéantissement.

 

Pas un endroit de ce lieu autrefois idyllique n’échappait à l’assaut du néant, à l’exception toutefois de la zone qui environnait le caveau d’Hadès surmonté de sa colonne commémorant les hauts faits du Dieu des Enfers. La grande esplanade entourant le caveau, situé exactement au centre du territoire, était ravagée par les secousses qui avaient abattu toutes les fières colonnes des temples, une formidable pression jaillissant du sous-sol faisait jaillir les pavés de marbre en les pulvérisant, mais une zone circulaire centrée sur le caveau résistait encore tant bien que mal à la destruction.

 

A l’évidence, les pouvoirs d’Hadès protégeaient encore ce périmètre, mais la destruction gagnait petit à petit du terrain, se rapprochant inexorablement du tombeau désormais vide qui abritait le corps originel d’Hadès. L’âme du Dieu des Enfers, tournoyant autour de la colonne surmontant le caveau, semblait vouloir repousser le chaos, mais en vain.

 

Quand la dévastation eut enfin atteint les murs du tombeau, l’âme d’Hadès sembla se résigner à l’inévitable et le caveau tomba en ruines. Aussitôt, une vive lueur illumina le ciel d’Elysion au-dessus de la colonne détruite du tombeau d’Hadès. Se propageant lentement sur tout le territoire, elle en engloutit toute la surface dans un grand flou lumineux.

 

 

 

Olympe

 

 

 

Le Roi des Dieux s’apprêtait à prendre congé de sa fille rebelle lorsqu’elle l’interpella.

 

- Où est-il, Père ?

- De qui parles-tu, ma fille ?

- De Seiya. Où est-il ?

 

La mention du nom du Chevalier Divin de Pégase fit passer une ombre sur le front de Zeus. Dans le ciel de l’Olympe, des nuages d’un gris sombre s’amoncelèrent.

 

- Cet… humain… pour lequel tu t’inquiètes tant a commis un crime de lèse-divinité ! Comme toi il sera jugé et il recevra le châtiment qu’il mérite !

- Père, il est mort !

 

Zeus fit volte-face et ce qu’il vit le renfrogna. Sa fille, Athéna, une Déesse, pleurait pour le sort d’un humain ! Il ne put en supporter plus et laissa éclater sa colère.

 

- Il sera jugé et châtié ! Ainsi en ai-je décidé !

 

Dehors un gigantesque éclair déchira le ciel, aussitôt suivi d’un puissant roulement de tonnerre qui fit trembler tous les murs sur l’Olympe.

 

 

 

Lieu inconnu

 

 

 

 

- Voyez !

 

La voix du souverain des lieux retentit dans la salle du trône. Agenouillés à côté du bassin situé sous l’ouverture dans le toit de la salle, onze hommes et femmes revêtus de somptueuses protections dont l’aspect évoquait à la fois la roche et le métal contemplaient en silence, le casque sous le bras, les images que leur roi faisait apparaître dans l’eau du bassin.

 

- Nous approchons du moment critique pour lancer notre attaque. Dans peu de temps, les Olympiens seront divisés et trop occupés par leurs querelles à cause du procès d’Athéna pour nous opposer une résistance efficace ! Notre armée doit se tenir prête à intervenir à tout moment !

 

Les onze personnages se relevèrent avec majesté, croisant le regard de leur chef qui déploya son cosmos et effaça les images du bassin.

 

- Êtes-vous prêts à vous battre, Titans ?

- Oui, nous sommes prêts ! Nous vous suivrons jusqu’au bout, grand roi Cronos !

 

Les douze Titans enflammèrent leur cosmos et se toisèrent du regard, durs et déterminés, prêts au combat. Cronos reprit la parole.

 

- Mon armée est-elle prête au combat ?

 

La réponse jaillit simultanément de onze gorges comme s’il se fût agi d’une seule.

 

- Les Géants sont prêts !

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Cette fiction est copyright Eric Souty
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.