Chapitre 19: La nouvelle done
Sanctuaire de Samos, Douzième Temple, celui de Stankovis de Cassiopée, Chevalier de Cerbère
Mosu, en compagnie de Jabu et d'Ikki regardait avec dédain le corps de Stankovis qui gisait à terre. Il songeait à tout le mystère qui avait entouré ce fameux douzième guerrier d'Héra. Le voir ainsi défait ne pouvait que l'encourager à poursuivre la lutte.
Mosu ramassa le collier de Stankovis tombé à terre, constata que seule la bille brillait pour le moment mais qu'également neuf autres s'éclaircissaient lentement, et enfin il le mit à son coup.
Ikki interrompit ce à quoi le chevalier du Lion songeait et lui dit :
- Il faut y aller, Mosu, Athéna a besoin de nous, et même s'il doit nous rester plusieurs heures, nous ne pouvons pas nous permettre de tarder.
- Je regrette, nous ne pouvons pas y aller, je suis désolé, lui répondit-il.
- Comment ?,s'interrogea Jabu. Mais pourquoi ? Renoncerais-tu à te ranger aux cotés d'Athéna ?
- Pas du tout. Mais avec toutes ces péripéties, j'ai négligé une chose qui n'aurait pu être qu'un détail insignifiant mais qui va prendre toute son importance : Je n'ai pas la moindre idée de la manière avec laquelle nous allons accéder au palais d'Héra.
- Quoi ? Ca n'est pas possible, il y a plusieurs années que tu vis ici !
- Exact, mais c'est la raison pour laquelle Dakovica vient de se sacrifier. Il avait noté ce fait avec attention, et ne connaissant pas lui-même le chemin. Ainsi, il a poussé Kerbéros à la folie pour mieux l'obliger à redonner la vie à tous les protecteurs d'Héra, et particulièrement à la gardienne du Temple des Ecuries d'Augias. Durant toutes ces années, personne ne s'est douté du danger qu'elle représentait. Stankovis et Sani qui sont les seuls parmi les guerriers d'Héra à connaître l'accès à l'ultime Temple, ne l'avaient pris que pour une innocente habitante de cette île. J'ai pris conscience de tout ceci lorsque j'ai senti que le Cosmos du chevalier des Ecuries d'Augias avait réintégré ce lieu sacré. Tous ces mystères autour de son Temple vide mais aussi des troubles qui me traversaient lorsque je la rencontrais se sont dissipés en une fraction de seconde.
- Comment faire maintenant ? Nous n'allons tout de même pas …
- Si Ikki, nous allons redescendre au Sixième Temple pour la chercher et qu'elle nous vienne en aide. Allons-y sans plus attendre. Tous les protecteurs d'Héra vont bientôt retrouver la vie et peut-être même avant que nous puissions traverser leurs temples. La donne a changé. Si nous écartons, Kéna et Gokunes il nous en reste sept.
- Nous sommes parvenus jusqu'ici en plus de dix-neuf heures, et tu nous dis que nous devrions recommencer cette tache en un tiers de ce temps ? s'interrogea Jabu, découragé.
- Beaucoup ne résisterons même pas, dit Ikki. Toute leur vie s'est effondrée. La déesse en laquelle ils croyaient s'est révélée être une imposture. Je doute qu'ils puissent encore la défendre.
- Je partage ton avis, dit Mosu. Mais il restera toujours quelques chevaliers bornés qui au contraire nous combattrons parce que nous avons brisé leur rêve… Mais nous avons déjà trop parlé. Allons-y en hâte.
Ainsi, les trois hommes repartirent dans le sens inverse de leur course, sans réellement savoir ce qui allait les attendre.
Troisième Temple du Sanctuaire d'Héra, celui de Sokan d'Orion
Le colosse philippin était étendu sur sol de son Temple, comme s'il se réveillait doucement d'un long sommeil. D'étranges cauchemars emplissaient son esprit. Les dernières sensations qui avaient précédé sa mort le perturbaient. Victime de sueurs froides, il s'imaginait face à la mort personnifiée en faucheuse, prête à lui couper la tête. Alors que l'issue de son rêve allait arriver, des bruits de pas le réveillaient peu à peu. Un homme s'approchait de lui et se penchait sur son corps. Instinctivement, il protégea son visage en opposant ses bras devant lui. L'homme n'avait pas d'intention belliqueuse, il le secoua seulement.
- Sokan ! C'est moi, Nadalos ! , réveille-toi !
Le chevalier d'Orion écarta ses bras, regarda son ami, puis contempla son Temple comme s'il avait été victime d'une hallucination.
- J'ai rêvé Sokan ! Personne ne nous a attaqués et je suis toujours en vie !, se réjouit-il.
- Malheureusement si, lui répondit le chevalier de l'Hydre. Je me suis dit la même chose en me réveillant, il y a quelques minutes. Mais j'ai vu les ruines de mon temple. Regarde autour de toi, des pierres criblent partout le sol, de même que deux chevaliers de bronze.
- Mais que faisons-nous là alors ?
- Tu te souviens du mystérieux Kerbéros, celui qui passait son temps à nous surveiller, le fameux douzième chevalier ? J'avais entendu dire qu'il avait reçu d'Héra le pouvoir de tous nous redonner la vie, en tant que Chef des armées d'Héra, et il semble que cela vienne de se réaliser… Mais tu semblais bien paniqué dans ton rêve, tes adversaires t'ont-ils fait tant souffrir que la douleur te poursuivre par-delà la mort ?
A ces mots, Sokan se remémora son combat et ses étranges pressentiments.
- Non ! Ca n'était pas eux qui m'inquiétaient de la sorte. Durant le combat précédant ma mort j'ai été victime d'une illusion d'un chevalier qui n'était pas présent en ces lieux. Comme si cela s'agissait d'un avertissement extérieur provenant d'un soutien à Athéna, comme si… Oh mon Dieu Nadalos ! Je me rappelle maintenant ! Il faut que nous rejoignions le palais d'Héra sans plus attendre pour la prévenir ! Elle va trouver la mort !
Gokunes, allongé sur le sol, venait de rouvrir les yeux. En une fraction de seconde, il comprit la majeure partie des faits qui venaient de se produire : l'intervention du fameux douzième gardien, et son retour dans son Temple. Il n'avait pas encore eu le temps de se demander si ce n'était qu'un bref sursis ou bien une nouvelle vie qui lui était accordé, qu'il entendit qu'un homme courrait vers son Temple. Alors, il attira mentalement vers lui sa canne qui se trouvait à quelques mètres, la saisit et commença à s'en servir comme appui pour se relever péniblement.
L'homme ralentit sa course, puis se mit même à marcher et enfin, apparut dans la lumière.
- Vous voilà donc, Maître Gokunes du Cancer, celui dont la sagesse est inégalée. Je suis très honoré de vous rencontrer enfin, après toutes ces années où nous avons vécu à quelques mètres, sans pour autant faire connaissance.
Le chevalier turc trouva d'abord son équilibre, se tata le dos, puis marcha à pas lents vers son visiteur, tout en le dévisageant.
- Hum ! Tu dois être pour ta part le jeune Ranevski de Kourgan, dont on dit que le froid pourrait geler le plus chaud des Enfers.
Les deux hommes, peu bavards se regardèrent pendant de longues secondes, avant que le plus âgé des deux ne brise le silence.
- Comme je te vois là, tu attends quelque chose de moi, mais je ne saurais répondre à tes questions à ta place.
- Il est vrai que je me pose de nombreuses questions, mais celle qui m'occupe actuellement l'esprit est l'explication de mon retour : J'ai cru trouver la mort, mais je me trouve bel et bien là, à vous parler.
- Sache tout d'abord qu'entre ta mort et cet instant, neuf des douze protecteurs d'Héra avaient trouvé la mort quand ce phénomène s'est produit. Dans ta vie, tu as sûrement dû être amené à te poser des questions sur le douzième chevalier de ce Sanctuaire.
- En effet, on le disait immensément fort, mais personne ne l'avait jamais vu à visage découvert.
- En effet, il était mystérieux et redouté, en tant que chef de l'Armée d'Héra, il nous dirigeait mais aussi nous épiait. D'Héra, il avait reçu ce don de tous nous ramener à la vie et il vient de s'en servir. Mais depuis cet instant il a du tué le chevalier de la Croix du Sud, avant lui-même de trouver la mort. De la sorte, ni l'un, ni l'autre ne pourront revenir à la vie.
- Pourquoi s'est-il servi de ce don, au risque de ramener à la vie des chevaliers comme vous, hostiles à Héra ?
- Il a dû être poussé à le faire. Pourquoi ? Parce qu'il manquait aux forces d'Athéna une pièce majeure du puzzle.
- Laquelle ?, se demanda Ranevski.
- L'accès au Temple d'Héra ! Et cela, une seule personne peut nous y aider…
- Mais qui ?
- La protectrice du Temple des Ecuries d'Augias.
- Mais elle est morte depuis des années !
- Pas le moins du monde, il s'agissait en fait de la jeune Kéna, qui vivait ici parmi nous.
Ranevski fut cloué sur place quelques secondes par cette révélation. Il l'avait souvent rencontré sans se douter un seul instant de son identité. Le chevalier de la Couronne Boréale était encore plus soucieux et partagé qu'en pénétrant dans ce temple.
Gokunes en profita alors pour l'interroger :
- Même si tes jambes t'ont mené rapidement jusqu'en ces lieux, je discerne encore en toi le doute au sujet de ton engagement, du côté pour lequel tu vas combattre. Tu crois toujours devoir être fidèle à Héra, mais également tu ne parviens pas à vouloir me menacer. Ce n'est même pas le fait d'avoir peur, c'est seulement que tu n'arrives pas à savoir pourquoi tu devrais m'affronter. Je voudrais te dire une seule chose, c'est que ton choix est déjà fait. Tes questions sont nombreuses mais la voie qu'indique ton cśur est claire. Tu as choisi de rejoindre les rangs des protecteurs d'Athéna, et tu m'y trouveras à ses côtés.
Le chevalier de la Couronne Boréale fit quelques pas, se pris la tête à deux mains en réfléchissant quelques secondes puis lui répondit alors :
- Cela a été si dur de s'apercevoir que les idéaux que l'on a mis tant de force à défendre se sont écroulés en si peu de temps. En voyant des choses qui m'étaient inconnues : le courage, l'espoir et la ténacité, je n'ai pu que comprendre mon erreur. Je n'avais plus la force de supporter ce funeste destin et j'ai voulu que ma mort soit utile….
- Tes sentiments ont été bien confus mais malheureusement… Andromède, que tu as cru mener sur le chemin du succès, a trouvé la mort, lui aussi. Face au mal, il ne peut y avoir un instant de faiblesse, de doute ou de désespoir, il faut toujours être attentif pour mieux le combattre, et surtout faire abstraction de ses sentiments personnels. Ce sera d'ailleurs la voie de ton prochain combat, pour saisir cette nouvelle chance qui s'offre à toi.
Gêné, le chevalier russe s'arrêta un instant, puis tourné vers la sortie, dit à son nouvel allié :
- Allons-y ! Je vous rejoins, et étant donné vos propos, nous n'avons pas de temps à perdre ici en belles paroles !
Il s'élança alors, mais seulement pour quelques mètres, après s'être rendu compte que Gokunes ne le suivait pas.
- Que faîtes-vous ? Un autre paramètre vous soucierait-il ?, lui demanda t-il.
- Tu ne sembles pas avoir compris la totalité de mes propos, jeune Ranevski. Ta nouvelle chance ne concerne que toi. Je ne pourrais pas t'accompagner plus loin. Tu dois seul tenter d'atteindre la prochaine maison.
- Mais pourquoi ?
- Pourquoi ? Sais-tu quel âge ais-je ? Ce dernier voyage dans l'au-delà a encore alourdi le poids des années qui passent sur mes frêles jambes. Je n'ai désormais plus la force de courir, et de la sorte, je ne serais qu'un poids pour toi. Poursuis ta route seul mon ami. Et de plus, je ressens déjà le souffle des deux gaillards qui défendent les Temples de l'Hydre et de la Biche de Cérynie. Rassure-toi, je ne vais pas rester longtemps inactif.
- Mais justement ! Vous ne pourrez pas leur résister, voulez-vous que je reste pour vous porter main forte ?
- Ne me considère pas non plus comme un vieillard grabataire, il me reste encore de quoi m'occuper d'eux. Poursuis ta route, je leur réserve quelques-unes de mes meilleures surprises, sourit le chevalier turc.
Ranevski s'élança, franchit le seuil du Temple de Gokunes, s'arrêta quelques secondes pour regarder vers le chevalier du Cancer chez qui il distingua une petite larme, dans le coin de l'śil, puis lui dit :
- Prenez soin de vous Maître !
- Affronte avec courage ton plus grand ennemi, lui répondit-il.
Mais Ranevski se doutait déjà qu'il devrait affronter son propre frère….
Sanctuaire d'Athéna
Le matin se levait sur le Sanctuaire. Shina n'avait pas dû dormir beaucoup durant ces dernières heures. Elle trépignait d'impatience de devoir rester au Sanctuaire pendant que la lutte finale s'engageait. Pourtant, elle n'était pas restée inactive pendant toutes ces heures, loin de là. En effet, lors du premier retour de Kiki au Sanctuaire, deux heures après le départ des chevaliers, elle l'avait mis au courant des dangers qui menaçaient Athéna. Celui-ci lui avait alors révélé le but de la mission que la déesse lui avait donné. Devant la faible durée qu'il avait pour la réaliser, Shina avait prit la liberté de lui venir en aide, contrairement aux règles fixées par Marine. Ainsi, chacun de leur côté, ils avaient arpenté les quatre coins du Monde. Mais à cette heure-ci, la jeune femme avait accompli sa part de la mission, et attendait que Kiki apporte la dernière pierre à l'édifice.
Et alors que Shina se trouvait dans la maison du Bélier, elle vit tout à coup Kiki arriver au loin, accompagné d'un enfant, qui portait un collier au cou, mais qu'elle ne distinguait pas encore. Elle s'approcha de lui, le regarda attentivement et vit une lumière qui ne la trompait pas dans ses yeux. Elle dit alors à Kiki :
- Notre mission est désormais accomplie. Ils sont tous réunis !
- J'espère que tu dis vrai Shina, c'est notre dernier espoir car je ressens un grand affaiblissement parmi nos forces. Les chevaliers de bronze se sont presque tous éteints après avoir mené une formidable lutte. Cependant, il se passe tellement des choses là-bas qu'il est difficile de les comprendre sans y être sur place…
Il regarda alors derrière Shina, en direction du Temple de son maître, dans lequel il distinguait un grand nombre de présences.
- Ils sont tous là ?, demanda t'il. Bien, allons les rejoindre et partons sans plus attendre pour le Sanctuaire d'Héra !
Sanctuaire d'Héra, Cinquième Temple, celui de Gokunes du Cancer
Ranevski avait quitté le Temple de Gokunes depuis quelques minutes, et déjà, Sokan et Nadalos avaient pénétré dans l'entre de l'ancien chevalier du Cancer. Ils ne s'attendaient pas vraiment à le voir sur leur chemin, et à vrai dire, cela ne les inquiétait pas outre mesure. Depuis qu'ils étaient arrivés au Sanctuaire d'Héra, ils ne lui avaient que rarement adressé la parole, si ce n'est pour le dédaigner. De la sorte, alors qu'ils étaient en train de courir en pénétrant dans ce temple, ils ne souhaitèrent même pas s'arrêter en passant devant lui.
Seul Sokan s'écarta un peu de sa route pour le bousculer et lui dit :
- Pousse-toi Papy ! Ce n'est plus de ton âge de te battre.
Gokunes fut projeté violemment au sol, et glissa sur le sol pour finalement atterrir contre une des colonnes de son temple.
Quelques secondes plus tard, alors que les deux protecteurs d'Héra étaient prêts à sortir du Temple, Nadalos se retourna pour voir le chevalier turc gémir à terre. Tout en continuant à courir, son visage se crispa instantanément car il ne vit plus son adversaire. Il sentit alors devant lui comme une lumière qui l'aveuglait, et se tourna vers l'avant. Il vit alors Gokunes, entouré d'une aura dorée, qui pointa vers eux un seul doigt. Instantanément, ils furent repoussés par un terrible souffle. Projetés de la sorte en arrière, toutes les colonnes qui se trouvèrent sur leur passage ne purent les arrêter.
Quelques minutes plus tard, ils retrouvèrent leurs esprits, alors qu'ils se trouvaient à plusieurs centaines de mètres du Temple de Gokunes, entre le deuxième et le troisième temple.
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Cette fiction est copyright Kanon
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.